vendredi 13 août 2010

Ruth Leuwerik, la noble héroïne des mélos d'après guerre


La talent de Ruth Leuwerik grande dame du cinéma sentimental allemand des années 50 n’a pas souvent été apprécié à sa juste valeur en raison de l’aspect lacrymal et très féminin des mélos qui lui ont apporté la gloire autrefois et du mépris des cinéphiles pour le cinéma allemand de cette période souvent jugé archi-conventionnel et inintéressant. Pourtant, il conviendrait de redécouvrir cette fiévreuse interprète délicate et tourmentée, qui aurait pu briller dans des fresques romanesques comme les hauts du hurlevent ou Jane eyre. Loin d’être une « pleurnicharde poupée de salon » pour reprendre quelques acerbes critiques français, la Deborah Kerr allemande était une excellente comédienne : elle fut aussi l’interprète de la toute première version (un gros succès commercial dans toute l’Europe) de la Mélodie du bonheur, ce qui justifie amplement sa présence sur ce blog.

Née en 1924, Ruth Leuwerik d’abord exercé en tant que dactylo avant de travailler à la fin de la guerre dans une usine d’armement. Avec ses maigres revenus, la jeune femme prend des cours de théâtre.
A force de persévérance, Ruth va faire de sa passion un métier. C’est à Brême en 1947 que sa carrière théâtrale débute véritablement : elle joue Shakespeare et Pirandello.
Au début des années 50, l’actrice assure quelques doublages en allemand de stars américaines (Maureen o’Hara notamment), avant de décrocher quelques rôles qui vont rapidement la rendre très populaire comme « la grande tentation » un bien médiocre mélo se déroulant dans le milieu hospitalier (qui curieusement a toujours fasciné les lectrices de romans à l’eau de rose) ou « l’amour n’est pas un jeu » , à l‘intrigue particulièrement rocambolesque. On ne sait si des kleenex éteint livrés à l’entracte mais ces monuments de guimauve et de larmes ont rempli les salles de cinéma et fait de Ruth Leuwerik la première star du cinéma allemand. Forte et fragile à la fois, courageuse et patiente, elle incarnait pour le public féminin un véritable modèle. Il serait pourtant dommage de confondre l’actrice et ces romances à deux sous, pas toujours bien ficelées.
Comédienne sensible et subtile, Ruth Leuwerik aura davantage l’occasion de prouver ses talents dans les films historiques : elle incarne une fragile et digne Sissi l’impératrice dans la baroque version de Louis II de Bavière (1954) signée Helmut kautner le meilleur réalisateur allemand d’après guerre; Il s’agit d’un film visuellement superbe, aux couleurs flamboyantes et au charme étrangement glacé. Pour apprécier davantage le film, on aurait peut être aimé un peu plus de démesure et de folie. De même, l’homosexualité du roi n’est presque jamais insinuée (époque oblige), alors qu’elle explique tout de même partiellement les angoisses du souverain et son mariage avorté avec la sœur de Sissi. En tout état de cause, l’interprétation de Ruth Leuwerik et d’OW Fischer est impeccable, et le film baigne dans un onirisme wagnérien fort prenant.
Elégante et blasée, l’actrice est moins à son aise en reine Louise de Prusse, implorant Napoléon d’épargner son pays.

Ruth Leuwerik chante pour la première fois dans Portrait d’une inconnue, un mélo de Helmut
Kautner, qui n’a certes pas le doigté d’un max Ophuls ou de George Cukor mais une subtilité qui lui permet de fort bien manier l’univers mélodramatique et féminin.
Le rôle d’Effi Briest, sorte de cousine allemande d’Emma Bovary, semblait taillé pour l’actrice : elle le tient parfaitement dans « Roses d’automne » comme autrefois la grande Marianne Hoppe. Bénéficiant d'une superbe photographie en agfacolor, ce mélo somptueux mériretait vraiment d'être redécouvert. La reine du mélodrame va connaître le summum de sa gloire en 1956
avec la famille Trapp, biographie romancée de la baronne von Trapp, bonne sœur novice dépêchée comme gouvernante dans une famille de sept enfants qu’elle va initier à la musique et au chant. Ce gentil mélo musical signé Wolfgang Liebeneiner tient entièrement sur ses épaules. Sa composition est étonnante : elle semble stressée, hyper émotive, gauche et attachante et loin de l’insouciance de la lumineuse Julie Andrews qui reprendra le rôle dans le remake américain. Mais c’est justement ce qui fait le charme et l’intérêt de cette version et j’imagine qu’aucune des deux vedettes ne ressemblaient à la vraie Maria Von Trapp, qui était beaucoup moins gentille dans la réalité! Coté musique, on est surpris de ne pas entendre les fameux airs de Rodgers et Hammerstein qui font la splendeur de l‘opérette américaine et du film de 1965 et qu’on attend à chaque scène. Ici, les enfants chantent du Bach et des cantiques…comme dans la réalité d’ailleurs et j‘en connais qui ne s’en plaindront pas! . La musique de Franz Grothe (un ami intime de Ruth Leuwerik) et notamment l’air principal sont de très bonne facture.
Alors, évidemment le film pèche par un excès de guimauve surtout dans sa seconde partie, ce qui lui vaudra quelques coups de griffe de la presse française (un journal le qualifira de film le plus infame qu'on ait vu depuis longtemps!!!)…mais ne l’empêchera pas de faire un tabac en France, notamment dans les patronages!
Une suite tout à fait inutile (de l’aveu même de Ruth) sera tournée en 1958 : la famille Trapp en Amérique..; qui sera ainsi accueilli par la revue Cinéma « qu’elle aille au diable! ».
Auréolée par cet énorme succès, Ruth Leuwerik reçoit même des propositions d’Hollywood : Curtis Berhardt souhaite l’engager pour un remake d’Anna Karenine. Dubitative, l’actrice préfèrera décliner l’offre que de risquer les comparaisons avec Garbo (ce qui ne l’empêchera pas de jouer en 1965 dans un remake télévisé de Ninotchka).

En 1958, Ruth joue sous la direction de Robert Siodmak, revenu des USA, Dorothea la fille du pasteur , drame naturaliste qui dépeint la descente aux enfers d’une vieille fille ignorante. Le réalisateur espère bousculer ainsi l’image angélique et chaste de la bonne sœur chantante . Ce sera un ratage total : un mélodrame poussif et ennuyeux que même l’actrice n’arrive pas à sauver.
Heureusement, l’année suivante, elle se rattrape avec « elle n’a pas hurlé avec les loups » la biographie réussie mais pas très réaliste de Renate Muller, artiste de comédie musicale des années 30(Victor victoria) dont la tragique destinée sera un jour contée dans nos colonnes. A déafut de ressembler à la pétulante et exubérante actrice des années 30, la digne et réservée Ruth est vibrante d’émotions dans ce personnage de star amoureuse d’un juif dont la vie va basculer dans l’horreur : victime de persécutions nazies, elle mourra dans un asile psychiatrique dans des conditions restées mal élucidées.
Le film comporte de superbe scènes, notamment de déchirants adieux d’une belle intensité émotionnelle où Ruth court sur le quai de la gare, . En revanche, que l’actrice semble bien moins à l’aise (surtout vocalement) dans les scènes de comédies musicales.
En 1962, elle aborde sous la direction d’Helmut Kautner un virage difficile en incarnant la Rousse (avec Rossano Brazzi) une femme blasée qui plaque son mari et son amant pour faire le point sur sa vie : un mélo intimiste et introspectif qui s’inspire des films nouvelles vague; et qui laissera de marbre les critiques du festival de Venise, qui jugeront le résultat de « sous Antonioni« . Des rediffusions télé ont pourtant démontré que ce film intelligent était très largement meilleur qu’on ne l’avait dit et figure parmi les meilleures prestations de la star. Néanmoins, il sera fatal à la carrière de Ruth Leuwerik.
Même si l’actrice a souvent fait la une des magazines des années 50 , elle ne s’est jamais épanchée sur sa vie sentimentale , ni appuyée sur un quelconque scandale pour relancer sa carrière. On sait tout juste que ses mariages avec un comédien rencontré à ses débuts puis le grand baryton Dietrich Fischer-Dieskau ont tourné court, avant qu’elle n’épouse un ophtalmologiste.
Depuis les années 60, Ruth Leuwerik s’est fait discrète autant au cinéma qu’à la télévision (où on l’a aperçue dans des épisodes de l’inspecteur Derrick). Lors de ses interviews l’artiste étonne par sa grande modestie. Quand on lui demande pourquoi après avoir joué dans de pièces classiques au théâtre, elle s’est fourvoyée dans le cinéma populaire, Ruth Leuwerik rappelle le 7ème art doit avant tout demeurer un divertissement. Une grande dame qui mérite d’être redécouverte: une réédition en France de ses meilleurs films serait la bien venue et notamment de la famille Trapp, souvent réclamée par des cinéphiles au détour de forums spécialisés.(le film n’existe qu’en Allemagne et sans sous-titres).

mardi 20 juillet 2010

Ilona Massey, le charme slave








Blonde et sophistiquée, la belle chanteuse hongroise Ilona Massey n’est finalement pas parvenue à inscrire de manière durable son nom dans l’histoire de l’opérette filmée. Malgré le soutien appuyé du patron de la plus prestigieuse firme hollywoodienne qui veillait tout particulièrement sur elle, la belle n’est pas parvenue à convaincre le public qui ne lui pardonnait pas de vouloir prendre la place de la populaire Jeanette Macdonald aux cotés de Nelson Eddy. Très vite, la vamp slave fut réduite aux westerns et films d’horreurs de série B.


Née en 1910 à Budapest, dans une famille très pauvre, Ilona Massey a connu une enfance misérable et avoue n’avoir goûté à la viande qu’à l’âge de 7 ans. Apprentie couturière, la jeune femme ne songe qu’à échapper à sa sordide condition : elle économise ses maigres revenus pour prendre des cours de chant et n’hésite pas à pousser la porte de l’opéra de Budapest pour obtenir n’importe quel poste : davantage intéressé par sa beauté que par sa voix, le directeur lui propose un emploi de choriste.
La publication de sa photo sur un magazine va lui apporter la gloire. Afin de progresser dans l’échelle sociale, la blonde divette épouse un noble jeune homme, contre l’avis de ses parents : une brève union qui s’achèvera par un divorce puis le suicide de l’incosolable époux. Mais la carrière d’Ilona est lancée : la nouvelle protégée du directeur de l’opéra de Vienne Ilona chante la Tosca et Aida et joue dans deux films autrichiens. Le premier d’entre eux avec le fin comédien Heinz Rühman est d’ailleurs une charmante comédie optimiste. En villégiature en Hongrie, le patron de la MGM, Louis B Mayer, venu goûter aux vertus des eaux de Karlsbad , aurait alors rencontré et remarqué la belle Ilona : les versions foisonnent sur les conditions exactes de cette entrevue : d’aucuns affirment que l’agent de l’actrice aurait envoyé sa photo au producteur, qui cherchait de nouvelles recrues pour son usine à rêve, d’autres qu’il l’aurait entendu chanter à l’opéra, rencontré à Salzbourg au château de Max Reinhardt ou enfin qu’il aurait dansé avec elle lors d’une soirée, que la bretelle de sa robe aurait glissé, dévoilant largement sa généreuse poitrine…
En tout état de cause, louis b Mayer ramena bien dans sa bagages la belle hongroise ainsi que l’actrice Hedy Kiesler, qui venait de faire scandale en se baignant nue dans le film Extase (1933) et qu’il transformera en Hedy Lamarr
, et enfin Rose Stradner(future Mme Mankiewicz). Les trois jeunes femmes furent ensuite logées dans le même appartement afin de parfaire ensemble leur anglais. Les mauvaises langues prétendent qu’elles étaient devenues la propriété privée du brave papy Louis B Mayer, très sensible aux jolies dames.
Ilona Massey remplace au pied levé Della Lind dans Rosalie une comédie musicale sont les vedettes sont le ténor Nelson Eddy et la danseuse à claquettes Eleanor Powell.
Production à très gros budget (2 millions de dollars), cette comédie romantique et féerique (qui raconte la passion d’un cadet de la West point pour une princesse voyageant incognito) éblouit encore par le nombre de ses figurants et les numéros de la danseuse. Même si elle récite phonétiquement son texte et ses chansons, la nouvelle venue bénéficie d’un accueil très favorable par la presse. Lancée comme la nouvelle Marlène Dietrich, Ilona retrouve Nelson Eddy dans balalaïka, somptueuse opérette filmée. Alors que Jeanette mac Donald que Nelson Eddy ,couple vedette de tant d’opérettes à succès, désiraient poursuivre leur carrière respective avec d’autres partenaires, le public avait du mal à les apprécier séparément (il pensait d‘ailleurs qu‘ils étaient mariés ensemble!). En dépit de sa lumineuse beauté, Ilona dans son rôle de révolutionnaire russe avait du mal à convaincre les fans de Jeanette et de Nelson : trop maniérée, trop sophistiquée (c’est un euphémisme!) et vocalement un peu limitée peut être (mais franchement, Jeanette MacDonald n‘était pas vraiment meilleure sur ce plan !), elle était incontestablement moins douée pour la comédie que son illustre rivale.
Néanmoins, il semble que le déclin rapide de la vedette hongroise soit davantage lié à sa vie sentimentale. Compagne de Sam Katz , producteur à la MGM, son infidélité et sa liaison avec l’acteur Alan Curtis qui lui coûtera son contrat avec la firme du lion.
Désormais récupérée par des studios aussi peu prestigieux que la Républic, le belle tournera pourtant dans quelques films d’honnête facture comme une bio complètement fictive mais distrayante de la vie de Schubert où elle partage l’affiche avec Alan Curtis devenu son mari, ou International lady, un film d’espionnage dans lequel elle délivre des messages secrets au travers de ses chansons (un peu comme sa concurrente Macdonald dans Cairo qui sème des signaux en morse dans ses vocalises!). Si Frankenstein rencontre le loup garou (1943) est assez sympa, on comprend bien que ce n’est pas dans ce genre de film, à la limite du ridicule, que la belle blonde va redore son statut de star.
En 1943, Ilona Massey tente sa chance à Broadway dans les Ziegfeld follies, où elle remporte un certain succès malgré quelques réserves sur ses capacités vocales. (elle y interprète notamment Zing went the strings of my heart empruntée à Judy Garland). Généreuse, elle reverse une grosse partie de ses gains à la croix rouge. Devenue citoyenne américaine, la belle fait un retour inattendu à la MGM pour remplacer son éternelle rivale Miss McDonald , dans une grande fantaisie musicale « Féerie à Mexico » dont la nubile Jane Powell est la vedette. Dans cette comédie amusante narrant les d’une toute jeune fille pour tenter de séduire un homme qui aurait largement pu être son père, voire son grand père (le pianiste José Iturbi), Ilona Massey parvient à se faire remarquer surtout par sa beauté : le technicolor lui sied à ravir et dans la séquence où elle chante Someone to love avec l’orchestre typique de Xavier Cugat elle subjugue vraiment par sa splendide allure. Mais pour quelle étrange raison l’a ton doublée pour le chant?

En 1947, Ilona retrouve Nelson Eddy dans un western musical et romantique plutôt bien fait (poste avancé). Je n’ai en revanche pas vraiment accroché à son film avec les Marx brothers (la chasse au trésor).
Dans les années 50, on verra sporadiquement la chanteuse à la télévision. Farouchement anti-communiste, l’actrice exprimera haut et fort ses convictions et sa colère, notamment après l’invasion de Budapest par l’armée rouge. Lors de la visite de krutchev aux USA, elle n’hésitera pas à demander son expulsion aux nations unies.
En1955, Ilona Massey épouse un ancien général de l’armée de l’air et sombre vite dans l’oubli.
Elle est décédée en 1974 après une longue lutte contre le cancer.

jeudi 24 juin 2010

Anny Ondra, clown en jupons






Le voile de l’oubli a peu à peu estompé l’image de la blonde et vaporeuse actrice tchèque Anny Ondra dont la renommée fut portant très grande pendant les années 20 et 30, dans toute l’Europe.
Comique en jupons, se tirant des situations les plus inextricables, la vivace blonde platinée annonçait avec plus de 10 ans d’avance les héroïnes américaines des screwballs comédies.

Fille d’un officier impérial de l‘empire austro-hongrois, Anny Ondra est née en Pologne en 1902 avant de s’installer à Prague avec ses parents. Fascinée par le théâtre et la danse, la jeune fille suit des cours de comédie. Remarquée par le réalisateur Gustav Machaty (qui fera plus tard de sa compatriote Hedy Lamarr une star internationale avec le film Extase), Anny obtient en 1919 un rôle dans la comédie policière « la fille aux petits pieds » , malgré la vive opposition de ses parents, furieux que leur fille se dévergonde en épousant le métier de saltimbanque. La grâce et la beauté de la toute jeune actrice ne laissent pas indifférents son partenaire le talentueux Karel Lamac, séducteur à l’écran mais aussi réalisateur, directeur technique et scénariste. Il lui propose le rôle principal de son nouveau film « Gilly découvre Prague », une farce qui va faire des deux acteurs le couple de rêve du cinéma tchèque. Entre les deux artistes, les liens d’abord strictement professionnels vont rapidement prendre un tour beaucoup plus intime…à la grande colère du père d’Anny Ondra.
En tous les cas, les deux comédiens vont enchaîner les films, parfois sous la direction d’un autre réalisateur . Anny Ondra y rode son personnage de jeune femme infantile et irresponsable qui cumule les gaffes et dévoilant dès que l’occasion se présente ses adorables gambettes.


Inutile de préciser que beaucoup de ces films muets sont à ce jour considérés comme perdus, et qu’il n’en subsiste que quelques clichés (seul fille d’Ève1928) est disponible en DVD). Alors que le cinéma tchèque connaît une mauvaise passe, le couple fonde une société de production la Kalosfilm qui va vite s’avérer lucrative : le film « Paradis blanc »1924 est un tel succès en Allemagne que la vedette tchèque y est conviée pour quelques tournages (Ich liebe dich de Paul Stein avec Liane Haid). Rappelons qu’à cette époque Berlin était la Mecque du cinéma européen. Le comte Sacha Kolowrat, grand producteur de cinéma autrichien (qui découvrit notamment Marlène Dietrich, Michael Curtiz et Alexander Korda) et amateur de jolies femmes convia également Anny à Vienne pour « die pratermizzi -1927 » charmante pâtisserie viennoise, qui possède la charme et la légèreté des opérettes de Lehar un scénario de Walter Reisch qui connut ensuite la consécration à Hollywood (Ninotchka).

Si l’on se réfère à la presse de l’époque, Velbloud uchem jehly (1926) serait le meilleur muet d’Anny Ondra, une comédie sophistiquée sur l’histoire d’amour impossible en le fils d’un industriel et une mendiante. En 1927, Anny Ondra joue pour la dernière fois aux cotés de Karel Lamac dans la fleur des bois. Avec son ukulélé et sa coiffure à la garçonne, la pétillante blonde est à la pointe de la mode : on ne peut en dire autant de son compagnon qui a beaucoup forci : il se réfugiera dorénavant derrière la caméra. Sa nouvelle réalisation, Suzy saxophone (1928), est un tel succès international, qu’il fera l’objet d’un remake parlant 4 ans plus tard (Baby). Anny est réclamée jusqu’en Angleterre où elle signe un contrat pour 4 films, dont deux sous la direction d’Alfred Hitchcock. Le fameux réalisateur saura très bien utiliser le charme et la présence de la comédienne qui sera la première blonde dans la filmographie du cinéaste. Le film policier Chantages (1929) sera d’ailleurs un immense succès commercial qui sera d’ailleurs plus bénéfique au réalisateur qu’à la star. Très handicapée par son accent slave, Anny Ondra s’avère incapable de lire correctement ses répliques lors de la sonorisation du film, et sera donc doublée pour cela. Il subsiste d’ailleurs un étonnant bout d’essai où le cinéaste goguenard propose à la star catastrophée d’écouter ses essais en anglais avant de lui lancer quelques grivoiseries! (à savourer sur youtube).
De retour en Allemagne, le destin de la star va connaître alors un tournant décisif : elle rencontre lors d’une première Max Schmeling, le premier boxeur européen sacré champion du monde poids lourds le 12 juin 1930 après avoir battu l'américain Jack Sharkey. Entre la blonde vedette de cinéma et l’idole des rings, qui partageait la vie de la star russe Olga Tschechowa, c’est le coup de foudre.
Très curieusement, la vedette tchèque va néanmoins poursuivre assidûment sa collaboration professionnelle avec son ex-compagnon Karel Lamac avec lequel elle vient de fonder une nouvelle société de production en Allemagne. Pourquoi mettre fin à une formule qui gagne? Auréolée par la publicité incroyable que lui confère son idylle avec Schmeling, Anny est plus populaire que jamais et ces films parlant tournés en langues multiples dans les studios berlinois triomphent (et même en version muette pour les salles non équipées). C’est Pierre Billon qui se charge de co-réaliser les versions françaises. Même si ce film a beaucoup vieilli, Anny au music hall (1930)comporte deux ou trois scènes désopilantes qui vaudront à la star de flatteuses comparaisons avec les Marx brothers (notamment la célèbre scène où la star essaie de jouer un air sur un piano complètement déglingué qui se démantibule sous ses doigts). Le très court passage où Anny danse sur les touches d’un piano géant inspirera plus d’un musical d’Hollywood comme trois jeunes filles en bleu).. Ce qui fait l’intérêt de ces comédies, c’est leur inventivité, leur absence de prétention : la naïveté d‘un cinéma musical balbutiant où l‘on pouvait tout essayer. On y rit simplement comme dans un spectacle de fête foraine : bien avant Lucille Ball ou Carole Lombard, Anny Ondra prouvait que l’on pouvait faire rire aux éclats tout en restant extrêmement jolie.
Baby (1932) charmant remake de Suzy saxophone, comporte beaucoup de gags visuels testés et approuvés à l’ère muette. Mais c’est Kiki (1932) qui demeure pour Anny Ondra son meilleur souvenir et son plus gros succès commercial. Remake d’un film de mary Pickford (qu’Anny admirait infiniment). Son humour pince sans rire et ses acrobaties lui vaudront cette fois d’être qualifiée de Buster Keaton en jupons!
En 1933, Anny Ondra épouse Max Schmeling pour la plus grande joie de ses fans. Le couple le plus célèbre d’Allemagne est fréquemment invité chez Hitler et Goebbels qui viennent d’accéder au pouvoir et compte bien utiliser le sportif qui a réussi à battre un américain et la jolie blonde dans leur entreprise de propagande. On prétend même qu’Hitler était très attiré par la vedette tchèque et qu’Eva Braun en était fort jalouse.
Pourtant si Max Schmeling s’est effectivement rendu à plusieurs dîners chez le dictateur, il ne partageait nullement l’idéologie nazie et à la grande fureur du führer et n‘a jamais adhéré au parti nazi.
Jusqu’à la fin des années 30, Anny Ondra va poursuivre sa carrière au cinéma dans des comédies légères souvent mises en scène par son vieux complice Karel Lamac qui a parfois tendance à se répéter. Néanmoins, ce dernier ne manque pas d’idée pour les gags visuels, en témoigne la fameuse scène de la fille du ballet (1937) où la robe d’Anny est soulevée par le souffle d’une bouche d’aération …qui sera reprise près de 20 ans après par une autre blonde platine : Marilyn Monroe (7 ans de réflexion). Le cinéaste tchèque, loin d’être apprécié par les nazis, préfère s’exiler en Angleterre. Sans son mentor, la carrière d’Anny Ondra va vite péricliter d’autant plus vite que Max schmilblick vient de se faire battre par un noir américain lors des championnats du monde de 1938. Une vraie claque pour les nazis. Tombé en disgrâce, Schmeling est envoyé au front sans aucun régime de faveur, et sera grièvement blessé lors de combats. Anny Ondra ne tournera que deux films pendant la guerre : Dans le petit homme (1941) , elle n’est que le faire valoir d’ Heinz Rühmann, l’acteur comique le plus aimé d’Allemagne.
Après la guerre, le célèbre couple sera blâmé pour les bonnes relations qu’il entretenait avec les Goebbels. Pourtant, on appris bien des années plus tard qu’ils avaient caché chez eux deux enfants juifs en 1938, et œuvré pour qu’ils puissent quitter l’Allemagne sains et saufs.
Quant à Anny, elle tentera un come back en 1951 dans la beauté mène la danse où elle tient le rôle d’une ancienne vedette jalousée par une plus jeune : nul doute que les producteurs comptait davantage sur cette dernière (Sonja Ziemann) pour attirer le public. Anny passera le reste de sa vie dans l’ombre de son boxeur adoré. Devenu patron de Coca Cola en Allemagne du nord, il était réputé pour sa générosité et ses activités philanthropiques (il aidait financièrement son ancien adversaire Joe Louis tombé dans la misère). Si Anny Ondra nous a quitté en 1987, Max Schmeling est décédé en 1997 à 99 ans.
Le couple célèbre inspira par deux fois des téléfilms. Dans l’un d’eux Britt Ekland incarnait Ondra. Si l’on veut retrouver le tandem authentique, pourquoi ne pas se procurer le film qu’ils tournèrent ensemble en 1935 : Knock out, disponible en DVD en Allemagne.
Si beaucoup des films de Miss Ondra sont évidemment datés et pêchent par des maladresses techniques, ils serait néanmoins bon de redécouvrir tout le talent de cette fantaisiste blonde, délicieuse femme enfant et clown en jupons. Un documentaire figurant ses meilleurs gags rendrait un bel hommage à une artiste si injustement oubliée en France.




samedi 22 mai 2010

Tahia Carioca, légende de la danse orientale







Tahia Carioca demeure encore à ce jour la danseuse du moyen orient la plus mythique et la plus respectée. Par sa grâce, sa beauté et son tempérament volcanique, la brune danseuse a donné ses lettres de noblesse à la danse orientale et acquis une immense popularité auprès du public arabe par le biais du cinéma puis de la télévision. Son style tout en lenteur et en sensualité la démarquait de ses concurrentes souvent trop vulgaires ou trop remuantes : sa carrière fut d’une longévité exceptionnelle (elle a quitté l’écran à la fin des années 80) et l’artiste a laissé une emprunte si forte dans sa discipline que la relève a été difficile à assurer! Plus qu’une danseuse d’exception, Tahia Carioca fut également une comédienne de grand talent, ainsi qu’une femme de conviction.

Née en 1915, Tahia Carioca s’est très jeune consacrée à la danse au grand désespoir de ses parents et de ses frères très protecteurs. Afin d’échapper à leur emprise, elle fugue (à 12 ans!) et s’installe au Caire chez un voisin où elle est remarquée par Badeai Masabni grande figure de la danse orientale et de la vie nocturne du Caire qui l’engage dans son cabaret. La belle artiste va rapidement séduire le public par ses prestations mêlant habilement la danse traditionnelle et les influences étrangères notamment les rythmes tropicaux, mais toujours avec la plus grande élégance. Son pseudonyme carioca sera d’ailleurs inspiré par une danse pseudo brésilienne popularisée par le premier film du couple Fred Astaire/Ginger Rogers.
En 1936, la notoriété de jeune danseuse est telle qu’elle est conviée aux festivités accompagnant les noces du roi Farouk (on raconte au passage que la danseuse se serait payé le luxe de gifler le roi coquin …qui venait de lui glisser un cube de glace dans son décolleté!)
Très vite, Tahia est contactée par les studios de cinéma qui lui proposent quelques apparitions dansées dans plusieurs productions cinématographiques : à l’époque, tous les films arabes étaient systématiquement interrompus de numéros de danses du ventre qui venaient plus ou moins bien s’intégrer à l’intrigue. La musique les chansons et les chorégraphies étaient le meilleur trait d’union entre des pays et des régions na partageant pas toujours les mêmes dialectes, ce qui expliquait la grande popularité des films musicaux.
Hélas, il est terriblement difficile de nos jours d’apprécier le talent de Tahia dans sa prime jeunesse, ses tous premiers films n’étant plus diffusés par les médias : les amateurs estiment pourtant qu’elle y donnait ses plus belles prestations de danseuse.
C’est dans le film Li'bet al-Sit (1946) avec le grand Naguib el Rihani (un ex de Badeia Masabni
, qu’elle tient pour la première fois le rôle d’une vamp séductrice et manipulatrice qui va lui coller à la peau.
Le public masculin est médusé par ses prouesses chorégraphiques et la belle ne reste pas insensible à ses admirateurs : on lui prêtera…14 maris! Elle n’a néanmoins gardé aucune tendresse pour ses différents compagnons qu’elle qualifia rétrospectivement de salopards! Au tableau de chasse de cette prédatrice, on compte un officier américain rencontré pendant la

seconde guerre mondiale (avec lequel la danseuse était partie vivre peu de temps aux USA), l’acteur Rushdy Abaza (qui épousera par la suite son amie Samia Gamal autre légende de la danse orientale) , le chanteur Muharram Fouad, le scénariste Falez Halawa (qui lui causera bien des tourments), le capitaine Moustapha Kamel sedky qui fut arrêté après la révolution de 1952 et impliqué dans un procès communiste),un pilote, un médecin et d‘autres encore…Mais le public ne lui tiendra jamais rigueur pour sa vie sentimentale pour le moins agitée!
Outre ses amours tumultueuses, la vedette est connue pour son franc parler et ses convictions politiques: elle ne manque pas de donner son opinion lors des réceptions royales auxquelles elle était conviée, s’exprimant avec aisance en anglais et en français.
En 1953, elle sera même arrêtée sur ordre de Nasser et emprisonnée 3 mois pour activités communistes.
Le film le plus mémorable de Tahia (projeté lors du festival de Cannes de 1956) demeure la sangsue de S Abou Seif, œuvre néo-réaliste confrontant avec brio le monde villageois et l’univers citadin. Dans le rôle d’une cairote d’age mûr qui séduit un jeune étudiant, Tahia y brille par son abatage et sa forte présence : on se souviendra notamment de la scène lourdement évocatrice où la belle entraîne le jeune homme chez elle pour lui démontrer (et avec quelle efficacité!) qu’elle danse bien mieux que les jeunes filles de la rue. Tout dans la pièce (bouilloire fumante, etc.) semble chauffé à blanc dans un des passages les plus connotés sexuellement de toute l’histoire du film égyptien!
En 1958, Tahia retrouve sa vieille collègue et protégée des années 40, la lumineuse Samia Gamal dans habibi al askar : une rencontre au sommet pour les deux plus prestigieuses danseuses du cinéma oriental qui ne vaut que pour les scènes de danse des deux étoiles.
En 1960, elle fournit une excellente prestation dans les rivages de l’amour , joli mélo romantique avec le célèbre chanteur Farid el Attache. Elle y incarne avec talent et beaucoup d’émotion une vieille danseuse de cabaret dont la fille ignore l’identité. Avec de telles qualités de comédienne, l’actrice n’aura aucun mal à poursuivre sa carrière loin des comédies musicales quand elle abandonne la danse en 1963.
Dans la mère de la mariée (63), film familial très rythmé, elle est parfaite en mama égyptienne qui veille sur sa maisonnée. La notoriété de l’artiste était loin de se limiter aux pays arabes et
Tahia Carioca était sur le point de tourner un film à Hollywood quand la guerre des 6 jours fut déclarée et que la star préféra rentrer dans son pays où elle poursuivra sa carrière. On retiendra notamment
Le mirage (70) film controversé qui rencontra un très gros succès commercial en raison du sujet scabreux abordé : le complexe d’Œdipe. Il narre les péripéties d’un jeune homme (l’excellent Nour El Shérif) complètement dominé par l’image de sa mère (incarnée par Tahia), qui éprouve les pires difficultés à affronter sa vie d’adulte.
On se souviendra aussi de sa prestation dans Méfie toi de Zouzou (72) considéré par beaucoup comme la comédie la plus réussie du cinéma égyptien des années 70.
Dans les années 70, Tahia Carioca va poursuivre sa carrière tant au cinéma que sur scène, dirigeant une troupe permanente qui porte son nom ainsi qu’ une salle de théâtre. Elle obtiendra un très gros succès dans une pièce anti communiste (Hourrah pour la délégation) d’une grande vulgarité. La sirène aux sept voiles des années 40 s’était transformée au fil des années en matrone obèse , mais n’en conservait pas moins beaucoup de verve et de caractère. Très impliquée dans les syndicats du cinéma égyptien, la comédienne n’avait pas sa langue dans sa poche et sa virulence était proverbiale.

En 1985, l’actrice tient un rôle de sage femme dans adieu Bonaparte de Chahine qu’elle présentera au festival de Cannes.
Toujours très impliquée politiquement, elle s’est rendue à Athènes en 1988 avec quelques intellectuels égyptiens , à l’initiative de l’organisation de la libération de la Palestine qui planifiait d’affréter un navire le Al-Awda, pour rapatrier des palestiniens dans leurs foyers et terres d'origine occupées par Israël.
A la fin des années 80 , Tahia Carioca s’est retirée définitivement de la vie artistique. Désormais voilée, la tapageuse star d’autrefois a fini sa vie dans la prière, le recueillement et la lecture du Coran, se consacrant entièrement à l’éducation de sa fille adoptive, sans toutefois jamais renier sa carrière de danseuse étoile.
Tahia est décédée en 1999 d’une crise cardiaque. A l’heure où la danse orientale est interdite en Égypte dans les pièces de théâtre «pour éviter la détérioration de la qualité théâtrale », on se replongera avec d’autant plus de délices dans les vieux films de Tahia Carioca (même si peu d’entre eux ont fait l’objet de rééditions en DVD) qui fit rêver tant de générations.

lundi 10 mai 2010

Adieu Lena Horne (1917-2010)



Lena Horne était une immense artiste américaine.
Outre ses apparitions dans quelques comédies musicales où ses passages étaient souvent limités à une chanson, qui pouvait du coup être facilement coupée pour l'exploitation du film dans les états racistes des USA, on retiendra aussi ses disques.
J'adore les 33 T qu'elle a gravés à la fin des années 50 et dans les années 60 "soul" lovely and alive" "give the lady what she wants" et je les ai souvent écoutés.
Dans son one man show triomphal "a lady and her music" 1980, Lena Horne racontait sa vie en chansons et reprenait son mégatube Stormy weather (qu'Ethel Waters avait pourtant enregistré bien avant elle ) d'abord de façon classique comme dans le film de 1943 puis de façon plus soul où l'artiste libérait sa voix, son tempérament et son émotion.
Dans le même show, Lena livrait une interprétation magnifique de "Hier encore" d'Aznavour que nul n'a mieux chanté qu'elle et If you believe de The Wiz.


samedi 1 mai 2010

Ilse Werner, la jeune première des années sombres




Ravissante jeune première du cinéma allemand du IIIème Reich, Ilse Werner personnifiait l’optimisme et la spontanéité en cette période plus que troublée. Avec ses chansons sifflotées et ses personnages de sages jeunes filles volontaires et énergiques, la comédienne était un véritable symbole d’équilibre et d’opiniâtreté, qui boostait le moral des troupes comme des familles . Actrice douée au charme juvénile évident, Ilse Werner a au passage brillé dans deux ou trois excellents films et l’historien du cinéma Ado Kyrou, l’auteur d’Amour, érotisme et cinéma, ne tarissait pas d’éloges à son sujet .

Fort curieusement en cette période de xénophobie exacerbée, presque toutes les stars féminines du cinéma allemand étaient des étrangères. Née en 1921 à Djakarta, Ilse Werner avait même une grand-mère chinoise dont elle avait hérité ses superbes yeux en amande. Revenue en Autriche avec ses parents , riches commerçants dans l’exportation de thé et de riz, la jeune fille de 15 ans entame des cours de comédie auprès de Max Reinhardt, avant de se produire au festival de Salzbourg. Très remarquée dès sa première apparition scénique, Ilse est aussitôt engagée dans une opérette filmée « Sourires de Vienne », qui sera la dernière production autrichienne avant l’annexion du pays par les troupes allemandes.
Deux propositions s’offrent alors à l’adolescente. L’UFA, le studio allemand nationalisé par les nazis et la MGM, le prestigieux studio hollywoodien sont intéressés par la prometteuse Ilse. De façon très pragmatique, afin de pouvoir surveiller sa fille, encore mineure, le père de l’actrice optera pour les studio berlinois…
La nouvelle coqueluche enchaîne les comédies romantiques aux titres évocateurs « Eveil », « Mademoiselle », où l’optimisme est de rigueur. Pas question de déroger à la règle : le film « la vie portait être si belle » qui évoque innocemment les soucis matériels d’un jeune
Couple (Ilse Werner et Rudi Godden) qui a peur de s’engager sera tout bonnement interdit par la censure. Le concert de l’espoir (1940) sera en revanche vivement recommandé par le régime : un film de propagande bien médiocre, auquel Goebbels a collaboré étroitement où Ilse Werner incarne une jeune fille aimée de deux soldats allemands qui participe à un spectacle radiophonique destiné aux soldats. Ilse Werner prétendra plus tard avoir été contrainte de jouer dans le film par peur de représailles. En tous les cas, sa participation à ce film (qui remporta un très gros succès commercial : 26 millions de spectateurs) lui vaudra de gros soucis après guerre, tout comme U bootewestwärts (1941) autre film de propagande (mais plutôt bon, celui là) dont l’action se situe dans un sous marin.

.Ilse y chante ou plutôt siffle quelques refrains avec un talent sûr. Si sa voix n’est pas mélodieuse, elle possède en revanche un curieuse facilité pour le sifflement, dont elle fera longtemps sa spécialité (tout comme Micheline Dax en France). En tous les cas, elle sera doublée pour la bien quelconque biographie de Jenny Lind le rossignol suédois, dernier film de Joachim Gottschack (qui y incarne Andersen) . Persécuté par les nazis, car marié à une juive, l’acteur se suicidera peu après le tournage.
La comédie musicale Vive la musique (1942) du grand metteur en scène Helmut Kautner est un film nettement meilleur, un spectacle intelligent où l’artiste brille par sa beauté. On regrettera en revanche la pauvreté des chorégraphies et des numéros musicaux même si les chanson s , excellentes , compteront parmi les plus gros tubes d’Ilse. En 1943, Ilse participe aux Aventures du baron de Munschausen, étonnant film fantastique, d’une grande qualité visuelle. Resplendissante en technicolor, Ilse fascine par sa beauté. Au fil des années, la jeune adolescente s’est muée en une actrice sensible et expressive d’un rare magnétisme. Elle n’a sans doute jamais été meilleure que dans la Paloma, merveilleux film de Kautner sur les désillusions sentimentales d’un marin. Exempt de propagande, ce film intimiste d’une grande beauté visuelle et d’une poésie mélancolique extrêmement touchante figure probablement parmi les plus beaux films de cette noire période. Jugé trop déprimant et trop réaliste par les autorités nazies, ce chef d’œuvre sera interdit et projeté seulement après guerre sur les écrans. C’est évidemment LE film que je conseillerai à tout cinéphile souhaitant découvrir la vedette allemande.
A la fin de la guerre, Ilse Werner, à laquelle on reproche sa participation aux deux films de propagande susvisés fera l’objet d’une interdiction scénique par les alliés, tout comme ses collègues Sybille Schmitz ou Kristina Söderbaum. Un blâme et un hiatus dont sa carrière cinématographique ne se remettra jamais. En 1948, l’actrice épouse un journaliste américain qu’elle suit en Californie. Après son divorce, elle tente un come back à l’écran , mais les films qui luis sont proposés font pâle figure à coté de la Paloma ou de Munshausen. Profondeurs mystérieuses, pourtant signé Pabst, n’offre que quelques splendides vues de grottes et concrétions. Ilse y case quelques chansons sifflées qui n’ont rien à faire avec l’intrigue; Reine d’une nuit (1951) est une opérette poussive où la vedette est même doublée pour le chant, quant à Anchen von Tharau, ce n’est qu’un petit heimatfilm en noir et blanc, comme il en pullulait à l’époque : même le charme mystérieux de l’actrice semble s’être complètement évanoui en quelques années. Pour survivre, il lui reste encore la chanson, et certains de disques (pourtant guère remarquables) se nicheront dans les hit parades. L’actrice se produira sur scène dans le roi et moi : un rôle fait pour elle, et particulièrement l’air « je siffle un air joyeux » qui tombe à point.
Dans les années 80 et 90, on la reverra sporadiquement à la télé, dans des feuilletons policiers, des émissions de variétés et même à l’occasion sur grand écran comme pour « les Hallo sisters », comédie décevante sur les caprices de deux vieilles vedettes tentant leur retour à la télévision.
On remarquera que le groupe Scorpions si populaire dans les années 80 utilisera quelques sifflements de la star comme intro de son plus gros succès « wind of chance ». Une discrète révérence de la jeune génération à une artiste qui 50 ans auparavant incarnait si bien la jeunesse .
Ilse Werner est décédée dans sa maison de retraite en 2005.


vendredi 23 avril 2010

Dorothy Lamour, déesse de la jungle






Vénus des mers du sud, la brune Dorothy Lamour reflète toute la magie du cinéma hollywoodien d’autrefois où tous les rêves étaient permis et où sa voix mélodieuse et langoureuse berçaient plus d’un film d’aventure ou comédie musicale. Peinturlurée de fond de teint , vêtue d’un sarong, adossé contre un arbre, cette jolie sirène des années 40 représente presque un mirage d’un monde aujourd’hui perdu. Une fine comédienne qui a également su évoluer avec humour dans des farces déjantées aux cotés du crooner Bing Crosby et de Bob Hope.

Née en 1914 à la nouvelle Orléans , Dorothy Lamour a travaillé très jeune pour subvenir aux besoins de sa famille. Alors qu’elle vend des jouets dans un grand magasin, la jeune fille se présente à un concours de chant à Chicago. Repérée par le chef d’orchestre Herbie Kaye, Dorothy est engagée dans sa formation pour des tournées à travers les USA et des émissions de radio très populaires. Elle devient aussi l’épouse d’Herbie. De passage à Hollywood , la belle est remarquée par louis B Mayer et d’autres producteurs mais la maladresse de son impresario lui fait perdre bien des opportunités. Finalement la Paramount lui propose d’incarner « Hula, fille de la brousse » dans une jungle de pacotille. Couverte de peinture foncée (qui lui vaudra des problèmes cutanés), flanquée du chimpanzé Bogo et du tigre Kimau, Dorothy chante et enchante le public avec son personnage de Tarzane.
Tout en poursuivant les tournées avec son mari, la nouvelle star sous contrat avec la Paramount tient des rôles secondaires dans plusieurs musicals de la Paramount comme la furie de l’or noir (1937) où elle est éclipsée par Irène Dunne. Conscient du potentiel de la brunette, Samuel Goldwynn l’emprunte à la Paramount pour Hurricane de John Ford. Son rôle de fille de îles enthousiasme le public et les journaux de cinéma qui se focalisent sur sa beauté « typée » comme on disait à l’époque. Elle enregistre aussi la chanson du film « the moon of Monakoora » une mélodie hawaïenne entêtante, qui fait un tabac (reprise en France par Elyane Célis). Désormais abonnée aux rôles de natives, Dorothy Lamour sera successivement « Toura la déesse de la jungle » (au milieu de vilains indigènes qui veulent jeter aux crocodiles les hommes blancs), l’héroïne du Typhon (en technicolor et sarong raccourci ), Aloma le reine des îles (avec un Jon Hall tout en muscles) ou la comparse de Mahok, éléphant du diable (qui fera beaucoup rire quelques critiques acerbes) …et d’autres fantaisies tropicales qu’on aimerait bien revoir aujourd’hui et dont la saveur faussement exotique a pris un goût délicieusement kitsch.
Pour promouvoir certains films, Dorothy donnait un tour de chant en première partie , avec son sarong et ses bracelets, dans les salles obscures de New York.
Dorothy Lamour paraît également dans des comédies musicales (Saint Louis blues, l’escadre est au port) de facture classique ou dans des polars de qualité (Johnny Appolo avec Tyrone Power) ou encore des films à costumes comme la belle écuyère où pour une fois, elle est saluée pour son interprétation, sans rencontrer l’adhésion du public. Humble et lucide, Dorothy Lamour n’a jamais prétendu être une grande comédienne; Aux journalistes lui demandant si elle avait pris des cours de chant ou de comédie , elle répondait « non, ça se voit! ».
En 1940, Dorothy triomphe dans la route pour Singapour, une comédie musicale burlesque aux dialogues délirants avec Bing Crosby et un Bob Hope extravagant. Le succès est tel que plusieurs suites seront tournées avec le même trio tour à tour au Maroc, à Rio puis à Bali. Outre des jolies chansons languissantes, Dorothy est impeccable dans ce genre de comédies loufoques où sa malice et son ton moqueur apportent un zeste bienvenu à ce cocktail de fantaisie.
Divorcée d’Herbie Kaye, la star qui se consacre sans compter aux œuvres de charité et à l’effort de guerre (on raconte qu’elle a réussi à vendre plus de bons de guerre qu’aucune autre vedette) sort souvent avec JE Hoover, patron de la CIA, avec lequel elle restera liée jusqu’à sa mort. Il semble à posteriori qu’il s’agissait bien plus qu’une tendre amitié mais l’actrice épousera portant le capitaine WR Howard.
En 1944, elle crée le slow It should happen to you dans le musical 4 flirts et un cœur avec la pétulante Betty Hutton. On la retrouve ensuite dans le remake musical de la baronne de minuit « Mascarade à Mexico » de Mitchell Leisen, son réalisateur favori. Toujours aussi modeste, l’actrice aurait alors déclaré : le script est trop bon, il y a des dialogues, ce n’est pas pour moi! Avant d’être convaincue par le réalisateur . Si le résultat est décevant (il semble que quelques chansons et passages soient tronqués dans la version subsistante), la prestation de Dorothy est tout à fait honorable.
Désireuse de faire évoluer sa carrière vers des films plus ambitieux, l’actrice n’hésitera pas à brûler symboliquement son sarong devant la presse spécialisée. Mais est-il facile d’abandonner si facilement une image qui vous colle à la peau?
Après avoir formé un amusant tandem avec Bob Hope dans la brune de mes rêves, l’actrice s’est fourvoyée dans les corsaires de la terre, film d’aventure descendu par la critique avec une rare violence.
La Paramount qui en profitait pour rajeunir son staff d’acteurs rendit sa liberté à Dorothy afin de lancer de nouvelles actrices plus jeunes.
Hélas, les quelques films que l’actrice tournera en free lance n’auront aucun impact auprès de public. Danseuse de cancan dans slightly french (1949) ou chanteuse de la belle époque dans lulu Belle (condamné par une ligue de décence comme amoral), Dorothy n’a pas le même attrait qu’en sarong .
Elle accepte de se produire en tour de chant au Palladium de Londres où elle remporte un franc succès.
En 1952, Dorothy fait son come back à l’écran dans Sous le plus grand chapiteau du monde, une superproduction de Cecil B de Mille, souvent rediffusée à la télévision. Un film mémorable m^me si le rôle de Dorothy est plutôt effacé. Après une dernière pirouette dans Bal à Bali avec ses copains Bob Hope et Bing Crosby (et en sarong comme autrefois), Dorothy quitte l’écran pour se consacrer à ses enfants. Comme elle l’avoue elle-même, le téléphone ne sonnait plus !
Hollywood n’a jamais vraiment misé sur les vedettes glamoureuses de plus de 40 ans, surtout quand elle sont sujettes au double menton.
Dorothy continuera à chanter sur disque , dans les night clubs et à Londres à nouveau., avant de refaire une apparition fugace (amis remarquée) dans un ultime numéro d’En route vers…Hong Kong (1962), malgré l’opposition de Bing Crosby qui ne la jugeait plus bancable et la présence de Joan Collins dans le principal rôle féminin.
Si à l’occasion, l’actrice accepte un rôle voire même n’importe quoi pour ne pas se faire oublier (l’indigne Pyjama party par exemple), Dorothy chante surtout désormais sur scène (Hello Dolly en 1967). Interrogée sur le cinéma d’aujourd’hui, l’ancien sex symbol se montrait quelque peu aigrie fustigeant « le sexe, la nudité et l’homosexualité à l’écran qui ruinent l‘espoir de la jeunesse» . Elle apparaîtra encore dans des séries télé , ne refusant jamais une interview. Collègue très appréciée de ses pairs pour a bonne humeur , sa simplicité et son humour, Dorothy Lamour nous a quitté en 1994.
Hélas, la Paramount dont elle fut la star la mieux payé à la fin des années 30, n’a jamais vraiment accordé d’intérêt à son catalogue et hormis la série avec Bob Hope, les films de Dorothy Lamour sont difficilement visibles aujourd’hui Nul doute qu’un ressortie en DVD occasionnerait un regain d’intérêt pour cette splendide créature. En tous les cas, on peut toujours écouter sa voix berceuse, ensorcelante sur quelques Cds importés des USA ou d’Angleterre.