vendredi 20 février 2009

Conny Froboess, yéyé girl allemande






En raison de la présence des troupes américaines en Allemagne, ce pays a très vite adopté au milieu des années 50 le rock n’roll et les changements de mode en matière musicale, alors qu’en France cette transition s’est faite plus tard vers 1962 et de façon plus brutale. Alors que nos premiers yéyés apparaissaient avec Johnny Hallyday, les chaussettes noires et Sheila cela faisait déjà 5 ans que la RFA avait ses propres vedettes teenagers comme Peter Kraus ou Conny Froboess.






Née en 1943, d’un père musicien et compositeur, Conny devient une vedette de la chanson à l’âge de 8 ans sous le nom de la « petite Cornelia ». Son disque « prends ton maillot de bain » obtient un gros succès en 1951. La voix de la gamine, petite Shirley Temple teutonne, n’a rien d’original ni de prodigieux, mais la chanson est pleine d’optimisme et de fraîcheur. La fillette passe vite du disque au music hall puis à l’écran dans des films pour la famille, ou des comédies musicales comme Grossestarparade, un remake très correct de Nous irons à Paris, tout aussi entraînant et divertissant que l’original. Après une petite traversée du désert, Cornelia, rebaptisée Conny enregistre la version allemande de Diana de Paul Anka et retrouve le succès, ou mieux, devient encore plus populaire qu’avant. Cheveux coupés court, en blue jean, c’est désormais une ado, dans le coup. Son apparition en guest star dans le musical « le joyeux vagabond » dont la vedette est le chanteur Fred Bertelmann est si remarquée (elle y chante et danse le rock « blue jean boys » dans une décapotable), que les exploitants des salles de cinéma vont rajouter en gros à la main, le prénom de Conny, au dessus de celui de Fred Bertelmann



Très vite, on lui offre un premier rôle dans « Teenager Melodie » avec Peter Kraus, la vedette masculine dont toutes les ados sont amoureuses. Celui qu’on surnomme le James Dean allemand et qu’on compare à Elvis Presley, n’est en fait qu’un sympathique petit chanteur yéyé aseptisé de la trempe de Frank Alamo. Le film, agréable est évidemment un carton. Conny devient un phénomène de société, en Allemagne, Suisse et Benelux : on copie sa coiffure, sa façon de s’habiller, on collectionne ses disques. Le magazine « Bravo » propose à ses lecteurs un poster grandeur nature de la jeune vedette. Ce n’est pas une grande chanteuse, néanmoins, elle a beaucoup de présence, un charme juvénile évident et un enthousiasme débordant.Ses films proposent souvent des séquences musicales inspirées des films hollywoodiens, mais d’une qualité bien moindre (faute d’idées, de moyens et de bons chorégraphes). Dans midi midinette (1960), elle reprend le fameux « everybody loves a lover » de Doris Day et donne la réplique à l’éternel dandy du film musical allemand (Johannes Heesters, qui est aujourd’hui le plus vieil acteur du monde : 102 ans).



Après de décevantes retrouvailles avec Peter Kraus dans l’insipide « Sérénade à deux », Conny tente un premier virage en interprétant un heimatfilm (film folklorique) Mariandl. Ce remake d’un film de 1947 contient tous les éléments du genre : chansons du terroir, splendides décors de campagne, intrigue sentimentale et secrets de famille. C’est néanmoins, un des films les plus réussis de ce genre mineur à consommation purement locale. En plus, Conny a enfin l’occasion de faire valoir de réelles qualités de comédienne. Le succès du film conduira à une suite « les fiançailles de Mariandl »1962, toujours avec Peter Weck, Rudolf Prack et Waltraut Haas..La même année, Conny représente l’Allemagne à l’eurovision de la chanson. Si elle ne remporte pas le concours, elle peut se consoler en voyant sa chanson « zwei kleine italianer » devenir un succès international (en France, cheveux fous et lèvres roses, repris par les Compagnons de la Chanson). Après une opérette remise au goût du jour « l’oiseleur »1962 (autre spécialité germanique), et un petit rôle (dont elle se tire fort bien) dans le caporal épinglé de Jean Renoir, Conny joue deux films avec Peter Alexander, le chanteur le plus populaire des films musicaux allemands et autrichiens, l’école des menteurs 1963 et ma fiancée est une chipeuse 1964. C’est très moyen voire franchement médiocre, et comme toujours, le sémillant et énergique Peter Alexander tire la couverture à lui.Concurrencée par de nouvelles chanteuses (Gitte, Siw Malmkvist, Wencke Myhre, Manuela…), la place de Conny s’effondre dans les hit parades. Son dernier succès sera une version allemande de la chanson interprétée par Melina Mercouri dans le film « Topkapi ».




En 1967, Conny décide de redevenir Cornelia Froboess. Elle enregistre un ultime 33 T (avec une version réussie d’un homme et une femme) et joue dans une charmante comédie sans musique (Rheisberg) qui lui vaut un prix d’interprétation. Le cinéma populaire allemand change alors de visage : les schalgerfilme et comédies sentimentales laissent la place à des films érotiques qui vont constituer la majeure partie de la production du pays. Conny se tourne alors vers le théâtre (elle a épousé un professeur de théâtre rencontré lors de cours pris parallèlement à sa carrière au cinéma.) , et devient une comédienne sérieuse dans une longue série de pièces de Schiller ou de Botho Strauss. On est loin des films qu’elle jouait autrefois ! Au cinéma, Fassbinder l’engage pour « le secret de Véronika Voss » dans lequel elle interprète, impeccablement, le rôle de l’infirmière. On la retrouve aussi fréquemment à la télévision, souvent dans l’inspecteur Derrick, feuilleton dans lequel elle joue les rôles les plus divers (des clochardes, des alcooliques, etc…) avec un talent incontestable.Il paraît que Cornelia déteste qu’on lui reparle de sa carrière de chanteuse sous le prénom « Conny », et des films qui ont fait rêver les adolescents allemands, belges, hollandais et suisses à la fin des années 50.Tant pis, on s’en est souvenu pour elle.





2 commentaires:

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  2. ...
    des films qui ont fait rêver les adolescents allemands, belges, hollandais et suisses à la fin des années 50.Tant pis, on s’en est souvenu pour elle.

    ...Stimmt ! C'est vrai je suis 'une' fan de cette époque ! Ah oui Peter et Conny ...ça nous fait rêver !

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