dimanche 29 mars 2009

Bibi Johns, blondeur, charme et fantaisie



Et si on se replongeait un peu dans le cinéma allemand des années tunnel (années 50), si peu connu chez nous (Il faut dire qu’il existait alors une certaine réticence à tout ce qui venait de là bas) à l’heure du miracle économique : alors qu’aux USA, les comédies musicales étaient en train de disparaître progressivement des écrans, outre Rhin, elles fleurissaient à un rythme soutenu : au programme jazz et swing sur fond de Bavière de carte postale aux bleus pastels garantis agfacolor avec un petit coté Jean Mineur publicités.
La très jolie chanteuse suédoise Bibi Johns était fréquemment la star de ces aimables spectacles.

Née en 1930 en Suède, la jolie Bibi commence à chanter dans divers orchestres (dont l’un spécialisé en musique hawaïenne) à la fin de la guerre tout en vendant des disques dans un grand magasin : son idole est alors Ella Fitzgerald. En 1951, après avoir gravé un premier 78 tours, la jeune et blonde chanteuse tente sa chance aux USA : Grâce au soutien d’une tante américaine, elle y obtient un contrat avec la firme RCA : hélas les quelques disques qu’elle enregistre passent inaperçu. Peut être manque t’il un peu de personnalité à Bibi qui semble beaucoup s’inspirer de Doris Day ? En tous les cas, elle aura la chance de se produire dans des cabarets avec Eartha Kitt et Harry Belafonte.

Ce qui lui donnera une petite renommée lors de son retour chez elle en 1953 : Elle décroche du coup le rôle principal d’une comédie musicale « Flicka med Melodie », un bide. Nul n’est prophète en son pays. C’est en Allemagne que Bibi va enfin rencontrer la gloire. Son enregistrement de Bella Bimba, sorte de comptine folklorique est un tube. Le public allemand qui a toujours eu un faible pour les suédoises (Zarah Leander, Kristina Söderbaum) est sous le charme.

Grâce à son joli minois et ses formes généreuses on la compare parfois à Marilyn Monroe, Bibi est aussitôt engagée à l’écran : d’abord en tant que guest star et rapidement en vedette. Dans les premiers temps, elle maîtrise si mal l’allemand qu’on la double pour les dialogues, mais au fil du temps, elle va assurer elle-même son texte, avec un accent ravissant très prisé des spectateurs.

Musikparade (1956) est une comédie familiale bien enlevée avec le facétieux Peter Alexander. Dès le générique, Bibi étonne en chantant un rock endiablé. Probablement à cause de la présence des troupes américaines dans le pays, on était incontestablement largement en avance sur la France sur un plan musical ! Dans l’idiote du village (1957), elle nous livre encore un rock déchaîné, avec une sorte de pantalon en lamé, tout en remuant ses cheveux comme Dalida ! Cela dit, c’est Ruth Stephan, dans le rôle d’une fille un peu demeurée qui rêve de devenir une star, qui retient l’attention.

Parmi les nombreux films que Bibi va enchaîner entre 1954 et 1961, on retiendra Kleine leute, grosse reise (film pour enfants très mignon avec un adorable petit orphelin, envoyé en vacances à la campagne, et soigné par la très jolie sœur Birgit –alias Bibi- dont le tour de poitrine et les robes colorées ne collent pas trop avec son statut de bonne sœur, surtout quand elle danse et chante un morceau swing que n’aurait pas renié Line Renaud !), la joyeuse débandade (une fantaisie débridée, où Bibi chante à ses nains de jardin, tout en tondant le gazon, dans un paysage idyllique du Tyrol. Le clou du film demeure cependant le banquet lors duquel les animaux de la ferme vont se livrer à toutes les bêtises possibles : intellos s’abstenir !) et Ainsi sont les hommes 1957 (où elle se révèle étonnement bonne dans un rôle de voleuse, et chante son plus gros tube, le rock aber nachts in der bar).

En revanche, mieux vaut oublier de médiocres heimat-films (films musicaux folkloriques) comme l’amour est une mélodie (1956) où elle semble parachutée entre une fanfare et une intrigue sentimentalo-dramatique ou des comédies aux scenarii tenant sur un ticket de métro comme Sérénade et Calypso (1958) avec le chanteur italien Teddy Reno et l’ex star du muet Lil Dagover, en comtesse allergique à la musique (ça y est, j’ai résumé toute l’histoire) .
Au début des années 60, les schlagerfilms vont envahir les écrans allemands : un genre très germanique cherchant à promouvoir les chansons en vogue : en revanche, au niveau de l’intrigue, les spectateurs en sont pour leurs frais ! La Paloma (1959) n’a de commun avec le magnifique film d’Helmut Kautner que le titre et la chanson. Ici c’est un film-revue des plus plats, avec un morceau assez nul de Louis Armstrong en duo avec la petite Gabrielle à la fin.

Adieu, liebewohl, goodbye (1961) n’est pas meilleur : les innombrables chansons sont piètrement mis en bobine (où sont les chorégraphes ?). Plus Marilyn que jamais, gainée dans un fourreau en lamé, Bibi y chante un morceau assez sympa.
Je n’ai pas vu son dernier film « Aujourd’hui, nous faisons la bombe 1961». Si on en croit les critiques, c’est un vrai ratage qui sonne le glas de la carrière cinématographique de Bibi et de celle, plus longue et plus prestigieuse de Marika Rökk, sa partenaire.

Alors que Bibi doit faire face en Allemagne à la concurrence de chanteuses plus jeunes et plus dans le coup comme Conny Froboess ou Heidi Brühl, et surtout à la british wave, elle tente à nouveau de conquérir son pays natal et y parvient finalement : sa version suédoise de Chariot de Petula Clark est un tube. Elle reprendra aussi le « même si tu revenais » de Claude François. En Allemagne, on la voit beaucoup à la télé dans des shows nostalgiques où elle reprend ses vieux succès : on peut leur préférer sa belle version des moulins de mon cœur de Michel Legrand, très inspirée de celle, archi brillante, de Dusty Springfield.
En 2007, Bibi est toujours sur la brèche : elle fait même une tournée, si vous passez par là.
Sur un plan sentimental, après plusieurs divorces, elle a enfin trouvé le bonheur avec son pianiste … de 35 ans son cadet. Comme dirait Céline Dion « l’amour n’a pas de calculatrice » ! Il faut dire que les années ne semblent pas avoir prise sur elle !

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