samedi 7 mars 2009

Katalin Karady, la Mata-Hari hongroise






La plus grande vedette féminine du cinéma hongrois d’autrefois fut la chanteuse Katalin Karády. Certes, la soprano Martha Eggerth (qui chantait encore il y a quelques années lors de galas de charité) et la danseuse Marika Rökk ont toutes les deux réussi de très belles carrières internationales, mais n’ont tourné que leurs tout premiers films dans ce pays, avant d’être happées par les studios berlinois (et même hollywoodiens pour Miss Eggerth).


Née en 1912 à Budapest, Katalin Karády s’est très tôt fait remarquer par sa grande beauté. Il semble qu’elle ait eu, toute jeune, une liaison secrète avec Sir Winston Churchill dans les environs du lac Boloton. Au cours des années 30, Katalin se produit dans plusieurs opérettes et pièces de théâtre. Elle commence également à enregistrer plusieurs 78 tours. Elle interprète surtout des tangos et d’autres mélodies sentimentales, à la fois chantées et parlées, dans un style très proche de Marlène Dietrich et des autres diseuses de l’époque. Néanmoins, elle possède une voix beaucoup plus mélodieuses (mais moins personnelle) que celle de Marlène, et moins masculine que celles de Zarah Leander ou Damia.
Parmi ses nombreuses chansons, la plus célèbre demeure « Szomorú vasárnap », qui sera reprise dans le monde entier par Billie Holiday, Damia, André Pasdoc, Mel Tormé, Artie Shaw et consorts (sous le titre Gloomy Sunday ou sombre dimanche). Nous avons déjà eu l’occasion de discuter avec Lylah de cette fameuse chanson, jugée si déprimante, qu’elle aurait engendré de nombreux suicides. En tous les cas, la version de Miss Karàdy est vraiment particulièrement désespérée.

En 1939, la chanteuse débute à l’écran dans l’adaptation cinématographique du roman de Lajos Zilahy « Printemps mortel » co-réalisé par l’auteur lui-même. Dans ce mélo, dont les moments dramatiques sont soulignés par une musique grandiloquente, Katalin incarne une femme du monde frivole et insouciante dont s’éprend un jeune homme passionné (joué par Pal Javor, le plus célèbre acteur hongrois de l’époque). Elle le plaque finalement pour un homme plus fortuné. L’amoureux transis, après avoir essayé de refaire sa vie avec la première femme rencontrée (qui va devenir son souffre douleur), finira par se suicider. Le film (qui fut exploité en France) est plutôt efficace et le charme de Katalin Karády certain, notamment dans la scène où elle effectue un discret strip-tease pendant que Pal Javor est au piano.
Toute sa carrière, elle va ainsi incarner la femme fatale, troublante, qui rend les hommes fous et brise leur destinée. Des femmes dures, voire un rien masculine de la trempe de Garbo, Dietrich ou de la fascinante italienne Isa Miranda, à laquelle elle ressemble beaucoup. Bien évidemment, elle chante aussi quelques airs mélancoliques (et enregistre à cette époque les grands tubes du moment : Lili Marlene, Besame mucho…). Pendant la seconde guerre mondiale, la vedette ne va pas cesser de tourner et ses films vont remporter un égal succès auprès du public hongrois.

Entre autres, on note dans sa filmographie, une adaptation de la mégère apprivoisée (1943).
En 1941, la Hongrie est entrée en guerre du coté allemand. En 1944, alors que la Hongrie tente de se retirer du conflit, les troupes allemandes envahissent le pays, Katalin Karády est emprisonnée et torturée : on la soupçonne d’avoir oeuvré, avec son amant Istvan Ujszaszy, un agent secret, contre le troisième Reich. (Notons à ce sujet qu’Istvan Ujsazaszy inspirera le personnage principal du roman et du film « le patient anglais ».).
Après avoir été relâchée au bout de 6 mois d’incarcération, l’actrice cachera chez elle des enfants juifs jusqu’à la libération de Budapest par les russes.
Après la guerre, Katilin Karády tourne un dernier film. En 1947, après une courte période de démocratie, la Hongrie devient un état communiste : l’artiste préfère quitter le pays et s’exiler au Brésil (la revue française Samedi soir titrera que la "Mata Hari hongroise" est parvenue à franchir le rideau de fer). En tout état de cause, il est certain qu’elle n’aurait plus pu trouver de rôles dans les nouvelles productions cinématographiques, très éloignées du star system.

Au Brésil, Katalin monte un petit atelier de modiste et conçoit quelques chapeaux pour des films brésiliens. Elle s’installe ensuite aux Etats Unis où elle décède en 1990. Il semble que lors de l’effondrement du communisme dans son pays natal, elle caressait l’espoir de faire un come-back en Hongrie, mais elle n’en aura pas le temps. Pendant les quatre décennies placées sous le régime communiste, les films et les disques de Katalin Karády avaient été interdits. Néanmoins, son souvenir restait vivace chez les personnes d’un certain âge. Dans les années 90, ses chansons sont ressorties sur un 33 tours, puis certains de ses films (d’autres semblent disparus à jamais) en VHS puis DVDs. On a assisté alors à un revival consacré à celle qui fut la seule très grande vedette féminine à avoir fait carrière dans son pays : la chanteuse Judit Hernadi lui a rendu hommage en reprenant ses plus beaux tangos. P.Basco a réalisé en 2002 un film (pas terrible, paraît-il) sur la vie de la comédienne (où il évoque les efforts qu’elle fit pour aider un compositeur juif à échapper au front russe où il avait été envoyé en première ligne).


En 2001, l’institut in memoriam Yad Vashin, lui a remis, au nom de l’Etat d’Israël, à titre posthume, le titre de juste afin d’honorer la comédienne qui a mis sa vie en danger pour sauver des juifs pendant la guerre. Une grande Dame, vraiment.

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