samedi 14 mars 2009

Diana Dors, une Marilyn d'outre Manche










La sortie concomitante en Grande Bretagne d’un coffret DVD et d’un CD consacrés à la blonde Diana Dors, réplique britannique de Marilyn Monroe me conduisent à rendre un petit coup de chapeau à cette capiteuse star si connue dans les années 50 et pourtant si oubliée (Qui saurait citer, sans consulter internet, plus de deux films dans lesquels elle a joué ?) et qui sauf erreur n’a jamais été évoquée sur DVDclassik. En tous les cas, dans son Angleterre natale, la bombe blonde reste une figure mythique (dans le sillage de James Dean, Marilyn et Marlon Brando) à laquelle les Beatles (couverture de l’album Sergent Peppers), Morrissey n’ont pas manqué de rendre hommage.

Née en 1931, la toute jeune Diana est une gamine ultra gâtée à laquelle ses parents ne refusent rien : à 14 ans, elle participe à un concours de pin-up proposé par un magazine. Sans remporter le prix, elle éveille l’attention des photographes et pose de plus en plus déshabillée pour divers artistes. Après avoir un peu chanté pour la radio de son collège et joué dans quelques pièces de théâtre, l’adolescente tente sa chance à l’écran. A l’âge de 15 ans, elle signe un contrat avec la firme cinématographique Rank : naïve et sûre d’elle, l’adolescente déchante vite quand elle constate que le rôle féminin du Narcisse noir qu’elle convoitait est finalement confié à Jean Simmons.

Pendant plusieurs années, la jeune comédienne à la moue boudeuse et aux formes opulentes, va devoir escalader une à une les marches de la célébrité dans diverses productions de qualité très variable dont Oliver Twist (1948) de David Lean, une mémorable adaptation du roman de Dickens ou le démon de la danse (1950), mélo musical à sketches narrant les histoires d’amour de 4 jeunes ouvrières dans un night club (l’une d’elles est joué par la jeune Pétula Clark).

La jeune actrice, dont le visage plein et sensuel évoque Alice Faye, la star de la Fox des années 40, ne manque pas de talent et de sensibilité et une jolie carrière de comédienne s’ouvre devant elle.

Au début des années 50, comme suite à l’explosion de phénomène Marilyn Monroe, la carrière de Diana prend un virage décisif qui passe par un changement de look radical : décolorée en blonde platine, ses formes opulentes moulées dans des fourreaux échancrés et hyper sexy, elle devient une bombe sexuelle dans la mouvance des Jayne Mansfield, Mamie Van Doren, Sheree North, Anita Ekberg et autres copies de Marilyn, en un mot le premier sex symbol anglais depuis Lady Godiva. Pas toujours la meilleure panoplie pour hériter de bons rôles ! On peut d’ailleurs se demander ce que l’actrice serait devenue si elle n’avait pas suivi ce mouvement (dans un désir irréfrénable de goûter à une gloire maximale). Et pourtant, on doit bien souligner que Diana avait entamé sa carrière avant Marilyn et que lors de la sortie en GB d’Asphalt jungle (1950) la presse anglaise avait déclaré sur Marilyn : comme elle ressemble à notre Diana Dors !

La blonde ravageuse est devenue en revanche une bombe sexuelle idéale pour réveiller un musical languissant et un peu futile comme « le chanteur de charme »1955, gentille comédie parodique sur la préfabrication d’un crooner, dans lequel Jack Buchanan trouve un de ses derniers rôles. Dans le genre comique et musical, « an alligator named Daisy » dans lequel la star est éclipsée par un alligator (en plastique dans certaines scènes) n’est pas du tout déplaisant. Diana chante de façon honnête et pas déplaisante (mais sans risquer de concurrencer Doris Day, Julie London ou les autres grandes dames de la chanson de charme). D'ailleurs dans les années 60, elle a gravé quelques titres pop à la Phil Spector, pas désagréables.
Dans un joli film onirique de Carol Reed, la dame à la licorne, elle joue avec fort peu de conviction et de présence l'amie d'un petit garçon rêveur.

Cependant, Diana fait davantage impression dans « Peine capitale -1956 », qui relate l’histoire vraie de Ruth Ellis, la dernière femme condamnée à la pendaison en Angleterre (après le meurtre de son amant). Ironie du sort, la vraie Miss Ellis avait fait de la figuration aux cotés de Diana dans Lady Godiva rides again (film interdit aux USA car Diana y exhibait son …nombril ! oh ! shocking !). Le film fera d’elle la vedette la mieux payée du Royaume Uni. N’est elle pas surprenante dans cette scène de prison ? (le film fera l’objet d’un remake : danse with a stranger en 1985).

Avide de publicité, Diana est très coopérative avec la presse people, et se confie volontiers sur ses amours, ses projets. En France, elle fait plusieurs fois la couverture des revues de cinéma (enfin plutôt Ciné Revue que les cahiers !). La bombe tente alors sa chance aux USA, mais sans trop s’y faire remarquer tant les carbones de Marilyn sont légion. Pourtant la femme et le rodeur 1957 (où elle tient encore le rôle d’une criminelle qui tente de rejeter les soupçons sur son mari, Rod Steiger) est un film noir plutôt réussi si j’en crois mes souvenirs (je l’ai vu il y a bien 25 ans !).La liaison torride que l’actrice, mariée avec la playboy Dennis Hamilton, aura avec Steiger fera les choux gras de la presse spécialisée.

Après la mort de Marilyn, la carrière des clones de Marilyn va très rapidement partir en vrille, voire prendre une tournure vraiment dramatique, le star system vivant ses dernières heures. Diana joue encore dans beaucoup de comédies, pas toujours très classe, avec un érotisme qui ne fait pas non plus dans la dentelle ainsi que des films d’épouvante bas de gamme qui pour la plupart ne sortiront jamais chez nous. On la retrouve en revanche au générique d’Allez France(1965), comédie de Robert Dhéry que j’avais trouvée tordante et qui m’avait laissé un souvenir jubilatoire ! Que serait devenue Marilyn, si elle avait passé le cap des 40 ans ? Diana, elle a tendance à s’arrondir, et dans le grotesque « Cercle de sang »1967 avec Joan Crawford, son allure de matrone ne se prête guère à la minuscule tenue qu’elle porte.

Dans les comédies coquines des années 70, elle tient à présent des rôles de mère maquerelle ou de dames sympas et rembourrées, dans un registre proche de Shelley Winters. On la retrouve aussi dans le joueur de flûte de Hamelin de Jacques Demy, que j’avais beaucoup apprécié mais n’ai pas revu depuis ma petite enfance !
La destinée des blondes ravageuses a souvent été bien cruelle et le sort de Diana Dors n’échappe pas à la règle :
Après 2 mariages (son premier mari décède en 1959 de la syphilis), la star connaît la stabilité auprès de l’acteur Alan Lake, un alcoolique qui la bât. Elle meurt d’un cancer des ovaires à l’âge de 53 ans. Son mari désespéré se suicidera dans les mois qui suivent laissant les enfants de Diana désemparés (d’autant plus qu’elle n’a laissé qu’un code erroné des coffres fort où elle cachait sa fortune ! Les 2 millions de livres dorment encore quelque part, plus de 20 ans après son décès !). Une statue de la star, vison sur les épaules, poitrine opulente, et mèche sur le front (pour un résultat plus « camp » que glamour a été érigée dans sa ville natale de Swindon.

Personnellement, le prix prohibitif du coffret DVD Diana Dors (90 euros !, 6 films + un téléfilm sur sa vie sans sous-titres français par-dessus le marché) m’avait fait reculer. Mais très vite, de fortes soldes (pour mévente?)ont rendu l'objet accessible. Dommage que dans certains des films, l'actrice n'apparaisse qu'à peine!



1 commentaire:

  1. Une petite erreur bien pardonnable à rectifier : Yield in the Night (également intitulé Blonde Sinner). Le film étant sorti en 1956, on pense immédiatement qu'il s'inspire de la vie de Ruth. Il n'en est rien : le roman de Joan Henry dont il est tiré était déjà sorti en 1954. Le film est juste sorti au bon moment.

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