samedi 7 mars 2009

Betty Ting Pei, la vamp de Hong Kong


Cap sur Hong Kong à présent, avec Betty Ting Pei, une jeune actrice qui s’est illustrée dans plusieurs sympathiques comédies musicales de la fin des années 60, mais dont le nom demeure surtout attaché au mystérieux décès de Bruce Lee, le roi des arts martiaux.

Née à Taiwan en 1947, la jeune Betty Ting Pei entame une carrière au cinéma dans quelques comédies (si l’on croit le semi biographique Bruce and I, tourné en 1976, à ses tout débuts, elle a été abusée par quelques producteurs malveillants et contrainte de jouer dans des films osés). Remarquée par les puissants Shaw Brothers, Betty se rend à Hong Kong, où on lui offre la tête d’affiche de plusieurs comédies, souvent musicales. Avouons qu’elle n’a pas beaucoup de présence, qu’elle n’est pas d’une grande beauté (surtout quand on la compare avec la sublime Jenny Hu autre vedette des Shaw brothers, même si sa coup de cheveux sera très copiée à l’époque), mais elle s’intègre facilement dans les petites comédies sans prétention.
En effet, on tournait encore beaucoup de films musicaux là-bas, alors que le genre était moribond aux USA et en Europe. On sent beaucoup l’influence des films hollywoodiens, mais sur un plan chorégraphique, c’est vraiment la misère ! En revanche, les chansons oscillent entre jerks, numéros yéyés et beaucoup, beaucoup de mélodies sentimentales kitsch qui rappellent la variété easy listening américaine ou les airs qu’on entend en fond sonore dans les restaurants chinois.

La chasse au millionnaire (1969) d’Inoue Umetsigu s’inspire clairement de « Comment épouser un millionnaire » et de toute cette série de comédies américaines loufoques présentant des chercheuses d’or cupides. Betty Ting Pei et ses 2 consoeurs sont vraiment représentées comme des bécasses (Betty a le hoquet dès qu’elle croise un homme qui lui plait). Evidemment, les quiproquos s’enchaînent : le vieux milliardaire que l’héroïne tente de séduire n’est qu’un escroc et le garçon modeste qu’elle aime réellement (Peter Chan Ho, le « Cary Grant chinois ») est en réalité très riche. En tous cas, le rythme est rapide et on ne s’ennuie pas. L’intrigue est souvent interrompue par de numéros musicaux chantés bien quelconque (les actrices sont doublées), quand aux mouvements de jambes des filles, ils sont bien limités !
Toujours du même réalisateur, Apartment for ladies est à mon goût bien plus réussi. C’est une très amusante comédie : Betty Ting Pei recherche partout dans Hong Kong sa sœur qui tente une carrière dans le show business : elle la retrouve après bien des péripéties : c’est très mignon, les chansons sont charmantes (surtout celle que Betty fredonne à plusieurs reprises) et très bien intégrées au récit.


Betty tourne ensuite dans The yellow muffler (1971), musical bâti sur le même concept que la chasse aux millionnaires. En 1973, elle rompt son contrat avec les Shaw brothers, et tente une carrière en free lance. Les films musicaux n’ayant plus la côte, on la retrouve dans des films d’action, souvent violents, dans lesquels elle tient des rôles de plus en plus déshabillés. La même année, le scandale éclate : Bruce Lee, le mythique acteur de kung fu, décède chez elle. Betty prétendra en premier lieu que l’acteur était simplement un excellent ami et qu’il était venu chez elle pour lui proposer un rôle dans son nouveau film « le jeu de la mort ». Ce dernier aurait été alors victime d’une violent mal de crâne : Betty lui aurait donné de l’aspirine. Il serait mort quelques temps après.
Evidemment, les rumeurs vont très rapidement prétendre que Bruce Lee, marié et père de 2 enfants, était l’amant de Betty (ce qui en effet paraît plus que probable), mais aussi qu’elle l’aurait empoisonné, ou qu’il serait mort d’une overdose, …
Malgré (ou à cause ?)du scandale, Betty va continuer sa carrière notamment dans la comédie Games gamblers play, qui remportera un gros succès commercial ou dans films d’action comme le pitoyable Stoner se déchaîne à Hong Kong avec George Lazamby un ex 007 (il semble qu’à l’origine Bruce Lee devait jouer dans ce film).

Afin de rétablir la vérité et de faire cesser les rumeurs les plus malveillantes (elle est régulièrement insultée et vilipendée), Betty Ting Pei s’est ensuite livrée à un périlleux exercice : une bio de Bruce Lee sorti en France sous le titre « la vie sentimentale de Bruce Lee », réalisé par les Shaw brothers, dans lequel elle tient son propre rôle. Rarement on sera descendu si bas ! Loin de redorer son image, la comédienne est présentée comme une alcoolique arriviste, flambant toute sa fortune dans les casinos. Elle rencontre alors Bruce Lee, l’amour de sa vie ! Tout est mis en œuvre pour attirer le chaland : scènes de combats, séquences sexy (apparemment doublées). Le film sera interdit aux moins de 18 ans. C’est grotesque à tel point qu’on peut se demander si les Shaw brothers n’ont pas voulu se venger de Bruce qui avait claqué la porte de leurs studios peu avant sa mort. Après la mort de Bruce Lee, il y eut beaucoup de films essayant de récupérer le filon, mais là c’est vraiment un comble.
Après cette faute de goût, la comédienne va encore jouer dans quelques films de kung fu dont certains sortiront chez nous. Depuis longtemps, elle ne donne plus du tout d’interviews : Après avoir été peu de temps l’épouse d’un producteur, la rumeur (encore !) prétend qu’elle est devenue nonne bouddhiste, et qu’elle vit retirée dans une communauté religieuse.
Pour redécouvrir Betty Ting Pei et le cinéma musical de Hong Kong, rien de mieux que les nombreux DVDs des Shaw brothers : ils sont très bien restaurés, avec sous-titres anglais, bonus, bandes annonces.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire