lundi 9 mars 2009

Danielle Godet, le chic parisien






Si dans les années 50 on a tourné pas mal de comédies musicales en France, force est de constater qu’elles n’avaient rien de remarquable pour la bonne raison que presque aucun grand metteur en scène n’a voulu s’essayer au genre (qu’ils estimaient réducteur ? trop formaté ? inintéressant ?) et que des producteurs n’ont jamais voulu beaucoup investir dans ce domaine. Ce qui donne de petits films de série Z, souvent bâtis autour d’un chanteur populaire, ou alors de la renommée d’un grand cabaret parisien, avec force girls un peu dénudées pour attirer le spectateur. Le survol de la carrière de la jolie comédienne Danielle Godet, va nous permettre d’explorer un peu ce genre complètement laissé de coté par les critiques.

Née en 1927, la jolie Danielle s’inscrit après son bac au cours Florent. Après avoir participé à un concours de beauté pour Cinémonde, sa carrière semble s'annoncer sous les meilleurs auspices : Après une courte apparition dans le classique "silence est d’or" de René Clair, aux cotés de sa camarade Marcelle Derrien, la toute jeune actrice se voit proposer le rôle principal de la version filmée de Manon Lescaut que prépare HG Clouzot. Finalement, le rôle si convoité lui échappera (et sera confié à Cécile Aubry) lorsque Danielle refusera les avances du metteur en scène (Apparemment, à l’époque les choses se passaient souvent comme ça, et le livre de souvenirs de la comédienne mentionne plusieurs épisodes du même genre). Le premier film en vedette de la comédienne ( l’Idole d’A. Esway avec Yves Montand) sera à la fois un cuisant échec critique et public. Elle ne tirera non plus aucune gloire de sa participation au "Chevalier de Londres", un film britannique du fameux (et souvent brillant) tandem Powell et Pressburger aux cotés de Daniel Niven, car ce dernier sera très fraîchement accueilli (qui l’a vu ?).Après ce mauvais départ, la jeune actrice, passablement désillusionnée, se rabat sur les films de série B, à tendance musicale, où on va beaucoup la voir pendant une bonne dizaine d’année.

Dans une femme par jour (1948), comédie cocae et coquine signée par Jean Boyer (le seul réalisateur de musical français digne de ce nom avec Jacques Demy), elle est la fiancée de Jacques Pills (couché dans le foin, avec son ukulélé), chanteur bien connu à l’époque, qui case quelques refrains dans cette comédie irrévérencieuse qui se laisse voir (et où « Danièle est bien jolie » comme le souligneront les journaux de l’époque.Nous irons à Monte Carlo (1951) est un musical de bon aloi, sans doute l’un des meilleurs que l’on ait tourné en France après guerre, qui remportera un beau succès commercial. L’histoire du bébé adopté par l’orchestre de Ray Ventura est amusante, les comédiens sont naturels et s’amusent visiblement, les chansons composées par Paul Misraki particulièrement entraînantes et souvent bien filmées (notamment le numéro final sur le piano géant. Dommage que le rôle de Danielle soit aussi inintéressant (je la soupçonne d’être doublée pour les jolis duos avec Philippe Lemaire).

Boum sur Paris (1953, ressorti en DVD) a l’avantage de nous donner l’occasion de revoir les plus grandes gloires de la chanson française des années 50 (de Piaf à Trent en passant par Mick Mycheyl). Danièle participe à la petite intrigue (une course poursuite pour retrouver un dangereux explosif caché dans un flacon de parfum) qui lie entre eux les innombrables chansons, filmées sans aucune imagination. On classera dans la même catégorie (films multi artistes à réserver aux amateurs de chanson rétro) Quitte ou double avec (c’est parti mon) Zappy Max et Line Renaud.



La blonde actrice s’est également illustrée dans les films bâtis uniquement sur la renommée de grands cabarets parisiens et essentiellement destinés aux spectateurs provinciaux ou encore aux étrangers qui viennent rechercher une certaine idée de Paris (Paris clandestin, Paris Pigalle, c’est une fille de Paname). Vague intrigue policière, dialogues en argot, jolies pépées à moitié nues, strip-teases, sont les ingrédients obligatoires de ces films qui ne brillent ni par leur originalité ni par les numéros musicaux proposés. Néanmoins, il n’est pas désagréable d’en voir un ou deux pour le « fun » et le dépaysement, ne serait ce que pour les seconds rôles ou la voix très parisienne de Danielle Godet : Mais que tout ce pseudo Paris nous paraît loin à présent ! Attention, certains de ces films sont réalisés par Henri Lepage, un réalisateur qui avait reçu le titre (hélas non usurpé) du plus mauvais réalisateur du cinéma français. En 1956, Danielle donne la réplique à Luis Mariano dans un film musical espagnol bien médiocre comme elle le concède elle-même !(dans le même genre, elle avait donné la réplique quelques années avant au célébrissime ténor Benjamino Gigli dans son ultime rôle à l’écran).

Moins demandée en France, compte tenu de la disparition progressive du « cinéma de papa » broyé par la nouvelle vague, Danielle va beaucoup tourner en Espagne, notamment pour le célèbre Jess Franco qui va lui confier différents rôles dans ses différents films de série Z, cultes pour certains, nanarissimes pour d’autres. : le premier en date, Marikita, la belle du Tabarin (1960), film à « couplets », inspiré par les succès récents de Sara Montiel, est une bio musicale belle époque d’une profonde nullité où Danielle n’a qu’un rôle secondaire.


Avec beaucoup d’ironie et d’auto-dérision, Danielle Godet analyse son parcours et la médiocrité de ses films, dans son autobiographie sans concession. Si l’on croit ses affirmations, elle aurait tourné dans de meilleurs films si elle avait su être plus docile, voire davantage avec certains producteurs et réalisateurs. Mais la comédienne n’a jamais voulu mélanger amour et business. Sur un plan privé, elle n’a guère plus de chance car ses liaisons avec Yves Montand, Philippe Lemaire et Maurice Ronet tourneront court. Désappointée par la tournure prise par sa carrière (pas beaucoup plus florissante à la scène- où on la verra dans une adaptation musicale en français des hommes préfèrent les blondes- qu’à l’écran), elle noie ses peines dans les cocktails des soirées mondaines.

Dans les années 60, la comédienne tente un détour par la chanson et remporte un joli succès au Casino de Deauville en interprétant du Gainsbourg (apparemment, elle n’a jamais gravé de disques), mais plus les années passent, plus les rôles se font rares. Faute de mieux, elle est bien contrainte d’accepter quelques co-productions européennes d’espionnage très bas de gamme, dont les titres édifiants en disent long (le commissaire X traque les chiens verts ), ainsi qu’un film limite porno de son cher Jess Franco (en faisant bien spécifier dans son contrat qu’elle ne participera pas aux scènes licencieuses).Ce film est ressorti en DVD dans une version tronquée sans toutes les scènes hot dont parle Danielle, avec beaucoup d’humour dans sa bio. Ce qui subsiste n’est pas nul (Danielle, toujours belle, est convaincante dans son rôle de bourgeoise sadique qui fait emprisonner sa rivale dans un bagne pour femmes), mais vraiment pour apprécier pleinement ce nanard, il faudrait le voir en entier !


Autre éclaircie dans sa carrière, sa lumineuse apparition dans un film de Bolognini « ce merveilleux automne » 1968 où elle éclipse Gina Lollobrigida). Les années 70 seront difficiles pour l’actrice : sans boulot, elle joue dans des courts-métrages professionnels filmés par des entreprises et destinés à leurs employés Le fond du fond pour un comédien, du travail alimentaire par excellence. Depuis la publication de sa décapante autobiographie et son rôle de maman dans le film érotique Joy, on n’a plus revu Danielle Godet à l’écran. Elle a consacré son temps à la peinture, son passe temps favori . Danielle Godet vient de nous quitter en décembre 2009, des suites d'une longue maladie. Compte tenu du peu de chance dont a pu bénéficier la comédienne dans sa carrière, de la médiocrité de la plupart des films auxquels elle a participé, et de la vacuité des rôles qui lui ont été confiés, on retiendra surtout un visage et une silhouette d’une grande beauté ainsi qu’une diction théâtrale très années 50. C’est d’autant plus regrettable que dans les rarissimes occasions qui lui ont été donné de jouer un personnage intéressant, l’actrice a su faire preuve de beaucoup de présence.

5 commentaires:

  1. Sauf erreur de ma part, il semble de cette biographie de Daniele Godet a oublié, en 1953, sa participation au film d' André Hunnebelle "Les Trois mousquetaires", tourné en Gévacolor, et restaurés avec plus ou moins de bonheur. Elle y jouait Mme Bonacieux, aux cotés de Georges Marchal (d'Artagnan), et Bourvil (Planchet), sur des dialogues de Michel Audiard.

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  2. C'est vrai que j'ai volontairement insisté sur les films musicaux, mais Danièle a tourné dans pas mal de films dont Les trois mousquetaires; pour ma part, j'aimerais bien voir le Chéri Bibi avec Jean Richard.

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  3. Il y a fort à parier que si Danièle Godet, au regard de son beau physique et de son charme, avait été américaine et facile, elle eut une carrière bien plus brillante, lumineuse, de star, et qu'elle serait bien plus connue aujourd'hui. Avec rigoureusement le même talent... Enfin, la revoir en Constance dans le film de 1953 cité plus haut, joliment costumée, aux côtés du grand Georges Marchal à la voix si belle, est déjà un régal..

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  4. Pour ma part, je lui est écrit une jolie lettre en 2007 où je lui demandais de me raconter le tournege du film d'André Hunebelle. Elle m'a gentillement répondu et m'a dédicacée une photo d'elle. Je regrette en effet qu'elle n'ait pas fait une grande carrière au cinéma et music-hall.

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  5. Danielle godet etait vraiment une femme remarquable que j'ai connu pendan un an avant son décès ses vraiment dommage quelle n'est pas ete aussi bien reconnu

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