mercredi 20 mai 2009

Les soeurs Kessler, les jumelles du Lido





Imaginez deux sœurs jumelles, blondes, hyper sexy, douées pour la danse mais sachant également chanter à l’unisson. Avec de telles cartes en main, les Soeurs Kessler ont mené une carrière internationale, en enchaînant les comédies musicales en Allemagne, battant des records d’audimat dans des shows télévisés en Italie, descendant le grand escalier du Lido à Paris, ou dansant avec les crooners les plus fameux lors du Ed Sullivan show. Si on n’en parle plus du tout en France depuis des décennies, les plus de 40 ans n’ont pas oublié leur sex appeal et leur présence.

Alice et Ellen Kessler sont nées en 1936 près de Leipzig. Encouragées par leur papa, un ingénieur porté sur la bouteille, les deux gamines prennent des cours de danse classique à l’opéra de Leipzig dès 1947. Elle vont vite bifurquer vers le show business et trouver un engagement dans une revue au Palladium de Düsseldorf. Leur taille (1 m 76) et le fait qu’elles soient jumelles vont très vite attirer l’attention des producteurs et du public. Elles sont engagées au Lido, le fameux cabaret des Champs Elysées, et c’est le début d’une gloire qui va les mener dans toutes les grandes capitales. Le cinéma allemand qui à l’époque tournait en grandes quantités des films musicaux fait appel à leurs services pour Tant qu’il y aura de jolies filles, un film revue de Rabenalt, des heimatfilms (films folkloriques avec tyroliennes et paysages enchanteurs) comme 4 filles du Wachau (1957) où on les associe à deux autres jumelles, les sœurs Gunther.

Cependant, il n’est pas facile de trouver des intrigues valables pour les jumelles (les producteurs espagnols auront les même difficultés dans les années 60 avec les sœurs Pili et Mili), qui ne sont pas non plus spécialement douées pour la comédie, aussi les deux beautés vont-elles souvent apparaître dans des rôles secondaires pour faire ce qu’elles savent le mieux : danser. Évidemment la parfaite symétrie des mouvements et l’évidente complicité existant entre les deux sœurs garantit un joli spectacle.

Dans la catégorie film-revue (schlagerfilm pour les spécialistes), la Paloma(1959), film bien quelconque où elles dansent sur une sorte de ritournelle italienne aux paroles archi débiles. On les retrouve aussi dans des opérettes filmées comme l’étudiant pauvre (pas mal du tout avec un coté picaresque très film de cape et d’épée) ou le comte du Luxembourg (1958) et l’oiseleur (1962) ; des films qui sortiront en France, mais que les cahiers du cinéma, sans doute allergiques ne voudront même pas commenter. Leur seul ressort comique repose souvent sur des anachronismes et des adaptations twist ou yéyé des principaux morceaux musicaux ;

L’affiche du film insiste sur la présence des jumelles alors qu’en réalité elles n’ont que des rôles secondaires


Toujours présentes là où on ne les attend pas, les deux sœurs tentent l’aventure du disque et de la chanson, et participent au concours eurovision de 1959. Elles vont enregistrer pas mal de disque en français, allemand, italien et anglais durant toute la décennie (elles sont très à l’aise avec les langues étrangères). Les jolies sœurs sont fréquemment invitées dans les shows américains d’Ed Sullivan et, Dean Martin et les plus grandes stars d’Hollywood (John Wayne, Cary Grant, Fred Astaire) les congratulent. Elles côtoient dans leurs shows Harry Belafonte et Burt Lancaster et vivent leur rêve américain.
Si les sœurs jumelles triomphent partout, en Italie elles sont véritablement adulées comme des reines. Elles deviennent animatrices de shows télé aux cotés de Johnny Dorelli. Au milieu des shows, elles se réservent une longue scène de revue, où elles dansent légère et court vêtues : c’est quelque part aussi le début d’une certaine image de la présentatrice télé italienne, très sophistiquée et exagérément sexy, agaçant bien des féministes (ça ne s’est pas arrangé depuis).

Jamais les deux sœurs ne tenteront de faire carrière à part, même si les histoires de cœur ont sans doute provoqué quelques dissensions dans leur duo : Ellen sera longtemps fiancée à l’acteur Umberto Orsini qui la quittera pour une femme plus jeune, et Alice liée au célèbre chanteur Marcel Amont.
Dans les années 70, on voit encore un peu les deux sœurs à la télé (un show des Carpentier leur sera consacré) et elles posent nues ensemble dans l’édition italienne de playboy, pour monter qu’à 40 ans, elles sont encore dans le coup.

Néanmoins, dans ce métier et dans le monde de la revue, c’est surtout logiquement l’âge de passer à autre chose.
Aujourd’hui ; les deux sœurs continuent de vivre ensemble, dans la même maison comme un vieux couple. Cependant, elles ont chacune leurs pièces avec en commun la salle à manger où elles partagent leurs repas (avec un gros faible pour la cuisine chinoise). Un système de cloison leur permet de s’isoler quand elles se font la tête, mais cela ne dure jamais très longtemps. Elles partagent tout, y compris les liftings, en se faisant opérer en même temps ! On les retrouve à l’occasion dans des talk shows en Allemagne et évidemment en Italie où elles ont laissé un souvenir vivace.

1 commentaire:

  1. C'est pas un scopitone, mais une mini-superproduction. Et quel talent dans la scénographie. Pas de doute: c'était mieux avant.

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