dimanche 22 février 2009

Marisol, un rayon du soleil d'Andalousie









Les espagnols ont toujours raffolés des enfants chanteurs et acteurs. Chacun se souvient de Josélito, l’enfant à la voix d’or qui connut un succès fulgurant même en France à la fin des années 50. Il y eut également Pablito Calvo, le petit acteur de Marcelino, pain et vin et beaucoup plus récemment Maria Isabel qui a remporté en 2004 le concours eurovision junior de la chanson.
Et bien évidemment, Marisol

Née en 1948, la petite Pepa Flores est remarquée à l’âge de 10 ans par le producteur Manuel Goyanes alors qu’elle danse avec une troupe de danseur à Malaga, sa ville natale. Le producteur, désireux de trouver un équivalent féminin au petit chanteur Josélito (découvert par Luis Mariano) qui triomphe au cinéma depuis 1956, pense avoir déniché l’oiseau rare : il fait signer un contrat d’exclusivité aux parents de la gamine, et l’installe chez lui (sans ses parents !!) et la rebaptise Marisol.
Son premier film, Un rayon de soleil (1960) possède tous les ingrédients des mélos de Josélito : c’est culcul et lacrymal à souhait : Marisol y tient le rôle d’une petite fille qui a perdu son père et que sa mère, une chanteuse de cabaret a confié à une pension. A la fin du film, elle arrive à attendrir et émouvoir son grand père paternel, bougon et sévère en chantant le flamenco, les yeux pleins de larmes, en regardant le portrait de son défunt papa….
Goyanes avait vu juste. Apparemment, c’était exactement le genre de film que le public espagnol attendait. La voix puissante et étrangement mure de la petite fille, sa blondeur et ses yeux en amande font fondre le public. Marisol devient une star du jour au lendemain : on décline son image sur des livres à colorier, poupées, etc…

Son deuxième film est une excellente surprise : un ange nommé Marisol (1961) toujours de Luis Lucia est une comédie fort sympathique, dans laquelle Marisol a davantage l’occasion de démontrer l’étendue de ses talents de chanteuse, de traditionnels flamenco à des airs plus modernes. Cela dit, le film qui reste le plus attaché à son souvenir en Espagne et dans toute l’Amérique latine reste Tombola (1962), dans lequel elle chante un twist endiablé.
En douceur, Manuel Goyanes, va parvenir à faire passer à la gamine le stade de l’adolescence, tout en gardant son succès intact. Sans être des chefs d’œuvres, les comédies musicales qu’elle interprète (notamment rumbo à Rio 1963 où elle joue un double rôle et chante une bossa-nova des plus endiablées avec beaucoup de dynamisme) se laissent voir avec plaisir et rappellent un peu les films que Jane Powell ou Deanna Durbin ont tourné aux USA.
Compte tenu de l’énorme succès de la jeune chanteuse dans tous les pays de langue espagnole, Goyanes mise à présent sur les USA et engage le réalisateur américain George Sherman et l’acteur de télé Robert Conrad (les mystères de l’ouest) pour la nueva cenicienta (le rossignol de castille)1964. Sur un plan strictement musical, c'est à mon avis, le meilleur film de Marisol (l'intrigue est malheureusement d'une rare vacuité) . Les ballets chorégraphiés par Antonio, qu’ils s’agissent de flamenco ou de numéros plus modernes, sont impeccablement réglés. Si Marisol est un peu mal à l’aise dans les grandes scènes de danse, elle chante en revanche remarquablement. A défaut de faire un tabac aux USA, le film fera un malheur au Japon (plus grand succès de l’année 1964 dans ce pays !).(Ce film est sorti en DVD en Espagne, et je le recommande). En 1965, c’est l’acteur Mel Ferrer qui dirige Marisol dans Cabriola (qui lorgne également sur le marché USA). En jeune apprentie toréador, Marisol apparaît encore à son avantage (la première scène, où Marisol, cheveux coupés très courts, remonte à cheval les rues de Madrid la nuit tombée en chantant Cabriola est particulièrement jolie).

Alors que sa concurrente Rocio Durcal, connaît un succès croissant et passe sans aucun problème le cap de l’âge adulte grâce aux bons films qu’elle tourne avec Luis césar Amadori, Marisol a plus de mal : les 7 fiancés de Marisol (avec Jean-Claude Pascal), solo los dos (un film qui tourne autour de la tauromachie, sauvé par des titres pop très modernes composés par le chanteur Junior, le fiancé de Marisol, qui seront surtout des succès en Amérique du Sud) connaissent un succès décroissant.
Dans Carola de jour et de nuit (1968), on ressent vraiment un malaise : on a l’impression que le producteur Goyanes ne sait plus comment exploiter le talent de la jeune femme et essaie tous les styles : chanteuse de flamenco, chanteuse de cabaret à la Juliette Gréco, vedette pop…L’intrigue est en plus bien mal ficelée.
Marisol abandonne quelques années le cinéma pour se tourner vers la chanson, et se marie avec le fils de son producteur, Carlos J Goyanes (son ex fiancé Junior épousera Rocio Durcal !).


En 1972, elle divorce. Sans doute, meurtrie par ses années d’enfance et d’adolescence passées loin de ses parents, par le fait que sa carrière, ses faits et gestes aient été manipulés et dirigés pendant plus de 10 ans par Goyanes, la jeune vedette va alors prendre un malin plaisir à piétiner le personnage angélique et préfabriqué de Marisol, avec lequel le public a tendance à la confondre.
Dans le film d’horreur « terreur aveugle »1973 de Bardem, elle joue le rôle d’une fille déséquilibrée sous l’emprise d’une femme possessive et ambiguë (Jean Seberg). Les amateurs de gore et de grand guignol apprécieront la scène finale où Marisol tue son amant d’innombrables coups de couteau. Dans la fille du moulin rouge (1973), tourné en langue anglaise, avec Mel Ferrer, elle incarne une strip-teaseuse dans un cabaret sordide : inutile de dire que c’est 1000 fois moins bien que Cabaret de Bob Fosse dont le film semble s’inspirer.
[img]Dans le pouvoir du désir (1975) avec Murray Head, Marisol montre sa poitrine. L’année suivante, elle pose nue dans Interviu puis adhère au parti communiste. Proche de Fidel Castro (qui sera le témoin de son mariage !), qu’elle a rencontré par l’intermédiaire de son nouveau mari, le merveilleux danseur Antonio Gades, il va sans dire que Marisol fait jaser dans les chaumières espagnoles qui ne reconnaîssent plus la souriante gamine du cinéma corseté de l’époque franquiste.

En 1977, alors qu’elle connaît un dernier tube dans la chanson (hablame del mar, marinero), la chanteuse quitte son pseudo et reprend son nom de Pépa Flores, comme pour mettre à mort une fois pour toute le personnage de « Marisol » avec « lequel toute ressemblance n’a pu être que coïncidence » pour reprendre les termes de l’artiste.
Cela dit, la nouvelle carrière de Pepa Flores ne sera guère florissante : elle tourne quelques téléfilms, apparaît dans une courte séquence du Carmen de Carlos Saura (1982) avec son mari. Depuis plus de 20 ans, Marisol a totalement abandonné le métier. Séparée de Antonio Gades (avec lequel elle a eu 3 enfants), elle s’est réfugiée dans l’anonymat et refuse de participer aux festivals et autres émissions de télé consacrées au cinéma d’autrefois.
La plupart de ses films sont disponibles en DVD en Espagne, sans sous titres (du moins, ceux de la première période). Que les cinéphiles allergiques à Josélito et aux acteurs enfants ne fuient pas en se pinçant le nez : Marisol avait davantage de talent, une présence réelle, et beaucoup de charme, et ses films (du moins Ha llegado un ángel, La nueva Cenicienta, Búsqueme a esa chica, Cabriola) sont susceptibles de plaire aux nostalgiques des comédies musicales.

5 commentaires:

  1. También "Marisol, Rumbo A Río", oportuna cita en Domingo de Carnaval

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  2. ¿No tienes una dirección de e- mail?

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  3. Bonjour. Excellent ton commentaire sur Marisol. Mais je voudrais faire certaines corrections. "Carola de día, carola de noche" a été tourné l'année suivant (1969). Le film "Terreur aveugle" (La corrupción de Chris Miller) en 1972. Par rapport de "La fille du Moulin Rouge", le film ne s'inspire pas en "Cabaret", c'est un argument complétement différent; et tu oublies de dire qu¡elle travaille dans ce film avec l'acteur français Renaud Verley.
    Un oublie regrettable, "Los días del pasado" (1977), prix Karlovy-Vary meilleure interprétation féminine, film de Mario camus, considéré parmi les meilleurs du cinéma espagnol.
    Entre ce film et "Carmen", il y a sa petite mais fascinante participation dans "Noces de sang" de Carlos Saura. Et ce sera avec Carmen qu'elle va utiliser pour la première fois le nom de Pepa Flores, pas avant.
    Je t'invite à parcourir mon site web sur Marisol, qui a sa version française, mais moins mise à jour que la partie en espagnol.
    www.marisol-pepaflores.com.ar

    Alors, merci pour ce souvenir sur Pepi.
    Bises à toi et aux visiteur du blog.

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  4. Bonjour Lutetios!
    Merci pour tes corrections.
    S'agissant de la chica del molino rojo, quand je parle de ressemblances avec cabaret, c'est sur le plan musical : le look de Marisol lors de son strip-tease rappelle celui de Liza dans mein herr, et la belle chanson "todo es possible" ressemble beaucoup, aussi pour les paroles que la musique à "maybe this time", tu ne trouves pas? D'ailleurs, je recherche la version anglaise de ce film car Marisol y interprète ces chansons en anglais.
    Et bien sûr , je conseille grandement aux admirateurs de Marisol-Pepa Flores de faire un tour sur ton site!
    Merci encore à toi. Bises

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  5. Article vraiment excellent!

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