dimanche 8 mars 2009

Shadia, fille d'Egypte









Les réseaux câblés proposent à leurs clients de plus en plus de chaînes en langue arabe, où de temps à autres sont diffusés en fin de soirée de vieux films musicaux égyptiens de la glorieuse époque (avec parfois des sous-titres français) où Le Caire était comparé à un Hollywood sur le Nil. Dans ces productions à l’eau de rose généralement platement filmées, avec des moyens les plus rudimentaires, brillaient des artistes devenus légendaires comme Farid El Atrache ou Oum Kaltsoum. A coté de ces monstres sacrés, la délicieuse chanteuse Shadia (ou Chadia) était parvenue à se constituer une très jolie place dans le coeur du public.

Née au Caire en 1929, Fatima Ahmad Kamal est la fille d’un agronome d’origine turque qui travaillait dans les jardins du Roi. Encouragée par son papa, qui lui paie des cours particuliers auprès de professeurs de chant, la jeune fille participe avec sa sœur à un concours de comédie. Remarquée par le réalisateur Helmy Ralfa, elle est d’abord engagée pour un tout petit rôle à l’écran. Sa prestation est si convaincante que dès l’année suivante, le réalisateur confie à la jeune fille de 15 ans un premier rôle aux cotés de Mohamed Fawzi. Les films vont s’enchaîner de façon vertigineuse puisqu’on estime qu’en 30 ans de carrière, la chanteuse a du jouer dans environ 120 films. Il s’agit au début de comédies romantiques un peu loufoques où la toute jeune femme, vite surnommée « la chérie » incarne des ingénues mutines et spontanées aux cotés d’Ismael Yassine, un comique très populaire très proche dans le jeu et la physionomie de notre Fernandel(la brunette Shadia fait quant à elle songer un peu à Françoise Arnoul).

En 1955, Shadia remporte un vif succès dans le chant de la fidélité aux cotés d’Abdel Halim Hafez, la nouvelle idole des jeunes. C’est une charmante comédie, pleine d’innocence et de jolies chansons interprétées par le duo. La jolie voix enfantine de Shadia offre un savoureux contraste avec celle du rossignol brun. Dalila (1956) le second film qu’ils tourneront ensemble (le premier film égyptien en couleurs) n’a pas les mêmes qualités. C’est un mélo poussif qui semble sortir d’un roman photo. Dans un rôle plus dramatique que d’habitude, Shadia incarne une actrice de théâtre qui s’éprend d’un apprenti comédien : leur idylle est vite contrariée et elle sombre dans la boisson. Dieu merci, les magnifiques chansons subliment chantées par Abdel Halim sauvent largement cet interminable film.
Ensuite, Shadia va donner la réplique à l’autre superstar du film musical oriental : Farid El Atrache, dans deux films réalisés par le brillant Youssef Chahine. Deux œuvres de commande, dans lesquelles on a du mal à reconnaître la patte du cinéaste. Le mélo « Adieu à ton amour » est bien lourd, et sa fin dramatique (Farid malade s’écroule mort après avoir interprété sa chanson) l’empêchera de connaître le succès (à l’époque, on préférait de loin les happy end).

C’est toi mon amour (1957) se laisse voir avec davantage de plaisir. C’est une comédie plutôt plaisante où le couple vedette contraint à un mariage forcé finit par s’apprivoiser et s’aimer. Lors de le diffusion de ce film sur France 2 lors d’une nuit du Ramadan, Télérama fut assez laconique « Farid El Atrache joue mal, Shadia n’est pas une bonne comédienne » avant de nuancer son propos en ajoutant « du moins d’un point de vue occidental ». S’il est vrai que le grand Farid chante 1000 fois mieux qu’il ne joue, j’ai trouvé Shadia comme à l’accoutumée, vive, spontanée et charmante dans son rôle. Cela dit la pulpeuse Hind Rostom a tendance à lui ravir la vedette dès qu’elle apparaît.Pendant le tournage de ces deux films, on a beaucoup parlé d’un possible mariage entre Shadia (déjà divorcée de l’acteur Imad Hamdi) et Farid (séparé de Samia Gamal), mais les noces n’auront pas lieu.


Petit à petit, Shadia va accomplir un virage dans sa carrière en abordant des rôles très différents et en s’éloignant de la tendre ingénue de ses premiers films.La sangsue (1956) de Salah Abou Saif sur un scénario de Naguib Mahfouz est un succès au festival de Cannes. Ce très grand romancier, décédé l’an dernier (je ne peux que conseiller la lecture de ses excellents romans) a eu le mérite de renouveler complètement le cinéma égyptien en intégrant des doses de réalisme, dans une production jusqu’à présent constituée de mélos sentimentaux sans aucune dimension sociale.De nombreux romans de cet écrivain ont fait l’objet d’adaptations plus ou moins libres à l’écran, et Shadia aura la chance d’être la vedette de la plupart d’entre elles.

Quelle différence entre les comédies musicales fleur bleue des années 50 et « le voleur et les chiens »1961 où elle joue le rôle d’une prostituée condamnée par la maladie (vénérienne ?) amoureuse d’un chef de gang traqué par la police (superbe Shukri Sahran). C’est un film violent, d’une grande sobriété. Le passage des Miracles (1962) d'après Mahfouz est également un très bon drame dépeignant des pauvres gens enchaînés à leur destin et à leur quartier sordide. Après avoir voulu fuir son destin et cédé aux avances d'un proxénète, le jeune ambitieuse incarnée par Shadia se fait tuer dans le cabaret où elle était devenue entraineuse : mourante, elle est ramenée dans sa ruelle malfamée, comme si rien ne pouvait la détacher de ses origines. on retrouve aussi Shadia dans une version orientale de Madame X (mélo souvent filmé aux USA) qui rencontrera un succès inespéré en Russie. Evidemment, dans la quantité de films tournés, il faut distinguer le bon grain de l’ivraie. Ainsi, l’étudiante (1962) est un médiocre mélo dans lequel elle est contrainte de chanter dans les cabarets pour gagner sa vie. A noter le passage très sexy, dans lequel telle Rita Hayworth ou Dalida, elle chante un air très jazzy en remuant langoureusement ses cheveux.
La version filmée des Mille et une nuits (1964) m’a paru également bien décevante (néanmoins, je l’ai vu dans de très piètres conditions, sur une VHS importée (pourtant achetée à la FNAC) sûrement tellement piratée que l’image était presque effacée.En 1967, Shadia épouse l’acteur Salah Zulfiqar. Hélas, elle perd l’enfant qu’elle attendait et leur union ne survivra pas à ce drame. Les artistes orientaux ne livrant pas tous les détails de leur vie privée à la presse, on ignore au juste combien de fois Shadia s’est mariée : on lui prête parfois une brève union avec un journaliste.


Shadia, sur laquelle le temps ne semble pas avoir de prise (on note toutefois un léger embonpoint) va poursuivre sa carrière jusqu’en 1984 (un dernier rôle dramatique dans Ne me demandez pas qui je suis). Au début des années 80, elle triomphe sur scène dans un musical hilarant sur un serial killer. Il semble qu’au fil des années, la comédienne sans doute déçue par ses nombreux échecs sentimentaux se soit tournée vers la religion. Après avoir enregistré un hymne au prophète Mahomet « prends ma main », elle décide d’abandonner sa carrière artistique et de prendre le voile. Depuis, l’artiste n’a plus jamais fait parler d’elle.


Elle demeure néanmoins toujours très aimée du public oriental qui se délecte toujours de ses disques (notamment de ses nombreuses chansons pour enfants tout à fait désignées pour sa jolie voix juvénile) et de ses films souvent rediffusés par les télés (on raconte qu’à une époque, les chaînes arabes avaient rachetés les bobines de vieux films au poids, à un prix très avantageux).A Paris et à Marseille, les films avec Shadia ont souvent été diffusés dans les années 50 et 60 dans des cinémas spécialisés comme le Louxor. Ils étaient néanmoins réservés à une clientèle immigrée et il était rare de voir des spectateurs français s’aventurer dans ces salles. De nos jours, les choses ont beaucoup changé et beaucoup de cinéphiles ne demandent qu’à découvrir les cinémas d’autres horizons, d’autres musiques, d’autres cultures. Tant mieux.

7 commentaires:

  1. j ai beaucoup apprecié votre article .est ce que vous pouvez me dire dans quel film Chadia a chanté une chanson peut etre intitulée ala chatti nil ou sur le bord du nil et merci

    RépondreSupprimer
  2. Merci beaucoup pour votre gentil message. Je sais que Chadia a joué dans un film intitulé Crime sur les bords du Nil en 1963. peut -être y chantait elle cette chanson? Mais je ne l'ai pas vu. Si un internaute a la réponse, qu'il n'hésite pas.

    RépondreSupprimer
  3. merci music man.d apres mes lectures le film dont vous avez parlé est d un metteur en scene japonais. c est peut etre le film ou shadia a chanté ala chatti nil tihla al mawawil wa ( un oiseau dit en dialecte egyptien )ighani ala al aghsane..c est pour vous dire que c est le premier film egyptien que j ai vu au maroc alors que j etais encore gamin et j essaie maintenant de me rappeler les acteurs et les chansons et j aimerais bien sur le revoir pour revivre un moment de mon enfance .merci a toute reponse

    RépondreSupprimer
  4. I love chadia and all sings allah yahfadha ou yzid fi 3àmriha

    najat from moorocco

    RépondreSupprimer
  5. J aime beaucoup cette chanteuse notre chadia on est fier d elle

    lila algerie

    RépondreSupprimer
  6. Merci pour tous ces messages. Chadia est encore une star très aimée, et l'une des pages les plus consultées de ce blog.

    RépondreSupprimer
  7. JE TROUVE "QU' ELLE A ET MARQUERA LE TEMPS" AVEC SA MERVEILLEUSE VOIX ET SON TALENT DE COMMEDIENNE ; ET DE PLUS, ELLE ETAIT TRES BELLE. JE NE RATE JAMAIS SES FILMS QUANT ILS PASSENT A LA TELEVISION. MERCI DU BONHEUR QUE TU NOUS A DONNE CHADIA ET ON TE SOUHAITE UNE LONGUE VIE. DEPUIS QU ELLE S EST RETIREE DU 7EME ART PERSONNE N A REUSSI A LA REVOIR, POURTANT ON N AIMERAIT TANT AVOIR DE SES NOUVELLES. AMEL FAN DE CHADIA

    RépondreSupprimer