vendredi 12 juin 2009

Lyudmila Gurchenko, la fiancée de l'URSS




Des spectacles aussi légers que les comédies musicales sont-ils nocifs pour les masses? C’est vraiment ce qu’on pourrait se demander en analysant les réactions de certains hauts dignitaires russes devant le phénoménal succès de la chanteuse et actrice Lyudmila Gurchenko à la fin des années 50. Réduite pendant un temps à des rôles secondaires dans des drames ou films de guerre, l’actrice est parvenue dans les années 70 et 80 à retrouver les faveurs du public mais aussi les critiques les plus élogieuses en tournant avec le plus grands réalisateurs du pays. Souvent comparée à Marlène Dietrich, la star russe continue désormais sa carrière dans les music hall où son excentricité et ses nombreux liftings font encore parler dans la presse russe.

Née en 1935 à Kharkov, dans une famille très pauvre, Lyudmila Gurchenko se souvient avec émotion des pénibles années de guerre, des rues poussiéreuses des logements communautaires et des potences sur les places. Son père parti au front, la petite fille chantait à l’occasion pour les soldats allemands afin de récolter un peu d’argent. A 18 ans, elle rejoint l’université des arts et débute à l’écran l’année suivante dans « le chemin de la vérité ». Mais c’est son second film qui va faire d’elle une étoile de première grandeur. Une nuit de carnaval (1956). Dans ce classique du cinéma russe, rediffusé régulièrement pour les fêtes de Noël, elle incarne une jeune fille qui désire monter avec son copain un spectacle, dans la plus pure tradition des musicals de la MGM avec Mickey Rooney et Judy Garland. Le ministre de la culture encourage le projet des jeunes gens en pensant qu’il s’agit d’un film de propagande, alors que leur seul but est de monter un divertissement plein de rythme, de fantaisie et de musique. Le succès de cette gentille satyre est immédiat, certaines répliques devant cultes. Chacun a sur les lèvres la chanson 5 minutes que Ludmilla fredonne si joliment et l’actrice devient la coqueluche de l’URSS. Elle enchaîne dès lors une tournée triomphale dans tout le pays avec au programme les chansons du film.
Toutes les femmes envient l’incroyable finesse de sa taille (entre 45 et 50 cm), critère de beauté primordial en Russie.
Néanmoins, cet extraordinaire succès attise vite les jalousies et une véritable campagne anti Gurchenko est menée dans la presse : on lui reproche d’être trop payée trop dépensière, et de manquer de patriotisme. La nuit de carnaval est également décriée comme une œuvre copiant les films américains et leur vacuité culturelle. Rien de bon en somme pour l’éducation des masses.
Terni par ce battage médiatique, la fille à la guitare (1958) le deuxième musical de Gurchenko (avec le célèbre clown du cirque de Moscou Yuri Nikulin) ne remporte pas le succès escompté et la comédienne réduite à jouer des rôles secondaires dans des films plus sérieux.
On la retrouve ainsi dans le néo-réaliste « quartier des ouvriers »1965, l’excellent film de guerre « l’explosion blanche »1969 ou le troisième volet (le moins bon) de la série d’espionnage les justiciers insaisissables.
En 1967, elle épouse en secondes noces, Josef Kozbon, le plus célèbre crooner russe, souvent comparé à Sinatra mais leur union (dont elle se souvient avec ironie) sera de courte durée .
Les années 70 marquent un retour au film musical et au succès. Après avoir joué dans l’opérette Mamzelle Nitouche , l’actrice aborde un tout autre genre musical avec Ma-ma sorti aux USA sous le titre Rock n’roll wolf. S’il sagit d’un comte de fée (le grand méchant loup veut kidnapper les enfants de dame Biquette alias Ludmilla -déguisée avec un chapeau à cornes), musicalement on est loin de Chantal Goya : ici c’est du rock voire du hard ! Incroyable. En outre, les parties dansées sont assurées par les ballets du Bolsena, ainsi que de grands artistes du patinage artistique et du cirque de Moscou. En somme une réunion de talents pour un film qui décoiffe. En dépit de l’accueil triomphal du film, dépassant de loin les frontières soviétiques, Ludmilla garde un bien mauvais souvenir du film car elle fut très gravement blessée à un pied par un clown en fin de tournage et vouée ensuite à une longue et pénible rééducation et d’innombrables opérations.
Mais la comédienne revenue au sommet de sa gloire reste très active. Les réalisateurs les plus en vue lui confient des rôles dramatiques dont on retiendra « Sibériade« 1979 de Konchalovsky , prix spécial du jury à Cannes, saga familiale sur 3 générations qui sèmera la controverse en URSS , « la femme aimée du mécanicien Gavrilov » 1981 de Todorovsky avec l‘ancien athlète Sergeï Shakurov - où elle incarne une femme solitaire toute dévouée à’un ouvrier de la marine marchande qui la plaque lors de son mariage pour revenir à la fin du film . L’actrice se déclarera pourtant insatisfaite de sa prestation estimant avoir été bridée par le metteur en scène)avec Sergei Shakurov un ancien athlète .
Sa prestation dans une gare pour deux (en femme dont l’existence est transfigurée par l’amour) de Edgar Razianov lui vaudra non seulement un immense succès populaire mais des prix d’interprétation à l’étranger (festival de Manille).
Dans les années 90, le cinéma soviétique est en plein désarroi et l’actrice peine désormais à trouver des rôles. Elle se tourne dorénavant sur les scènes tout en enregistrant des disques (chansons de guerre).
Très soucieuse de son apparence physique Cette femme excentrique use et abuse de la chirurgie esthétique, testant les nouveaux traitements dans ce domaine. Comme chez Michael Jackson, l’abus des liftings se révèle à présent néfaste pour sa santé et cette lutte effrénée et vaine pour retenir sa jeunesse (ainsi qu’un goût douteux en matière vestimentaire) lui vaut également d’être la risée des jeunes générations.
Refusant de se retourner sur le passé, la Marlène Dietrich russe déclarait vouloir seulement aller de l’avant et continuer sa carrière jusqu’au tombeau. Terrassée par une crise cardiaque, la star russe nous a quitté en avril 2011.

2 commentaires:

  1. c'est pour la première fois que je rencontre qqch en français sur Ludmila Gurtchenko. Il est vrai que c'est une comedienne très talentueuse et que malgré son âge elle continue d'être très populaire. Bravo pour votre article. En revanche,
    ce titre il faut légèrement corriger "La femme aimée du mécanicien Gavrilov". Sinon tout est parfait. A très bientôt

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  2. merci por vos encouragements et vos corrections!
    je pense également faire à l'avenir des portraits de Liouvov Orlova et Marina Ladynina

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