lundi 13 avril 2009

Marie-France, la petite Shirley française








Autrefois, le public raffolait des enfants vedettes, et le public ressortait des salles obscures le cœur soulagé après avoir assisté aux mésaventures mélodramatiques de chers petits bambins attendrissant, qui finissaient toujours par un happy end. Quand les chères têtes blondes ou brunes étaient de surcroit pourvus de talents vocaux, on applaudissait les prodiges à tout rompre. Josélito l’enfant à la voix d’or et Marisol ont ainsi emballé l’Espagne, les pays latins et une bonne partie de l’Europe. L’Allemagne et la Hollande ont réservé un accueil triomphal au petit Heintje, tout comme l’Italie à Robertino : les deux gamins se collèrent à la reprise du Mama rendu célèbre par Benjamino Gigli.En France aussi, nous avons eu le petit Mirsha, qui chanta petit homme c’est l’heure de faire dodo avant guerre et tourna 2 films en France et un en Hongrie (l’enfant connut un sort tragique : il mourut en camp de concentration) et la petite Marie-France, mini vedette de la chanson et du cinéma. Dans les années 30, la petite Shirley Temple avait remporté un succès sans précédent dans une série de sucreries destinées à faire oublier momentanément les affres de la dépression à un public en quête d’optimisme. En France, dans l’immédiat après guerre, alors que les denrées alimentaires étaient rationnées et la situation sociale des plus précaires, on avait toujours besoin de rêver. Avec ses yeux rieurs, ses joues rebondies, ses socquettes et ses souliers vernis, ses nœuds dans les cheveux frisés, ses courtes robes à froufrou, la petite Marie France Plumer (née en 1943) avait tous les atouts pour attendrir un public bienveillant. Après avoir gagné concours de chant à l’âge précoce de 4 ans dans à radio Luxembourg et fait la couverture du magazine Radio pour cet exploit, la fillette est engagée dans une série d’émissions de radio pour les enfants (les beaux jeudis de Jacques Pauliac) enregistrées en public. Elle enregistre son premier disque en 1948 : « la fête de maman ». Le résultat est culcul à souhait, et tellement démago qu’il ne pourra qu’enchanter les amateurs d’humour au troisième degré (dont je suis). Marie France chantonne plutôt mal, en appuyant sur les notes et en détaillant avec application chaque ânerie pour finir par nous livrer un merveilleux dérapage les dernières secondes. Les paroles sont ridicules à souhait : « ce jour est le plus beau de l’annéeeeee, puisque de ta fête il est le joooour », « je promets de te ramener que des bons points.. ». J’imagine qu’à l’époque, on a du trouver son interprétation des plus touchantes. En écoutant ce joyeux massacre, on ne peut s’empêcher de penser à Bette Davis de Baby Jane tant la petite Marie-France semble ressembler au personnage du film d’Aldrich, et je ne parle même pas de sa chanson ! En tous les cas, la gamine continuera à enregistrer pendant près de 10 ans, dont notamment quand allons nous nous marier de Georges Ulmer, abadaba du film les heures tendres, et l’enfant de la balle d’Eddie Constantine, et pas mal de compositions de Charles Humel, compositeur aveugle connu pour « dans les plaines du far West » de Montand. Un tel petit phénomène se devait de faire du théâtre et du cinéma. Sur les planches, elle donne la réplique à Pierre-Richard Wilm, le grand séducteur romantique des années 30 en fin de carrière. Présentée sur les affiches comme la petite Shirley française, Marie-France va également tourner dans pas mal de films. Jamais de chefs d’œuvre mais du cinéma populaire. Dans le remake de la ronde des heures, elle joue aux cotés de Jacques Jansen, baryton qui a fait les beaux jours du palais Garnier. Elle obtient un rôle plus important dans sous le ciel de Paris (1951), son meilleur film de loin. : Un bel hommage à la capitale, conçu de façon avant-gardiste avec la célèbre chanson éponyme interprétée par Jean Bretonnière.La même année, Marie-France est la vedette des deux gamines, un mélo pour faire pleurer Margot (plus poignant que la porteuse de pain, plus bouleversant que mensonge d’une mère, promet l’affiche) jadis tourné par Feuillade et un nanar des plus croustillants, très jouissif en fin de compte. Malgré son numéro de cabotinage (ou à cause de cela), Marie-France donne tout son sel à cet incroyable film qui mélange mélo, conte de fée et polar parigot. Et que dire de la prestation génialissime de Suzy Prim en marâtre qui s’acharne sur Marie-France et la punie en lui demandant de faire douze pages de bâtons. Quand la fillette lui demande pourquoi des bâtons, elle lui réplique que c’est juste à la hauteur de son intelligence. Alors que la crooneuse Léo Marjane chante les deux principales chansons du film, Marie-France gazouille une comptine « la bergère et le capitaine ». Si ces deux gamines sont un vrai régal kitsch (doublé d’un gros succès commercial, y compris à l’étranger), on ne pourra en dire autant de Musique en tête, sorte de devoir de vacances bâclé de l’orchestre de Jacques Hélian : quel laisser aller et quelle indigence dans ce navet où seules les chansons de Rudy Hirigoyen sauvent la mise. Marie-France y va aussi de son petit refrain tout en jouant à la marelle. La petite fille incarne sainte Thérèse de Lisieux dans un bien conventionnel Procès au Vatican (genre de films qu’on rediffusait l’après midi dans les années 70. Le coté mystique (apparitions..) et un peu morbide (nombreuses scènes où Thérèse est alitée) m’avait fait peur d’ailleurs à l’époque). Dans le genre mélo, elle incarne une fillette atteinte de leucémie dans son dernier Noël (1952) avec Tino Rossi, qui n’omet pas de reprendre son fameux petit papa Noël. Dans le genre tire-larmes dégoulinant de bons sentiments et de roucoulades, difficile de faire pire. Le film inspirera plus tard l’arbre de Noël avec Bourvil. Préparez vos mouchoirs ! Je n’ai pas vu le gamin de Paris (1955) dernier film interprété par Marie-France dans lequel elle retrouve Christian Fourcade autre chanteur enfant de la radio. Il s’agit encore d’un remake d’un vieux mélo de Feuillade, genre devenu complètement anachronique. Dans ces films, c’est son coté petite bonne femme qui amuse. Sinon, la petite actrice n’a pas à mon avis le talent de Margaret o’Brien ou de Brigitte Fossey. Mais elle peut se venter d’avoir donné la réplique à Jean Marais, Michèle Morgan, Noël Noël, Gisèle Pascal et Jean Gabin. Pas mal non ?En 1957, Marie-France se produit encore à la kermesse aux Etoiles et enregistre avec Sacha Distel et Maurice Chevalier la version française des chansons du film Gigi. Elle tourne dans quelques pièces de théâtre pour la télé comme le malade imaginaire avec Fernand Ledoux. Au début des années 60, la gamine a bien grandi, et file le parfait amour avec Danny boy du groupe les pirates qu’elle quitte pour un autre chanteur yéyé, Dick Rivers des chats sauvages (et sa fameuse banane), avec lequel elle enregistrera un duo (je suis bien). Elle le laissera tomber pour le guitariste Mick Jones. Dick Rivers raconte que la jeune femme possédait une photo d’elle dans les bras d’Elvis Presley qui aurait peut être eut un flirt avec elle, ce qui le faisait mourir de jalousie. Depuis Marie-France n’a plus jamais cherché à faire parler d’elle et se réfugie dans un anonymat qui lui convient parfaitement. Quand le prénom de Marie-France apparaît sur certains génériques, il s’agit d’homonymes (l’une d’elles joua justement avec Josélito, l’autre une chanteuse transsexuelle égérie de Pierre et Gilles, une autre encore a joué dans la version allemande du dernier des mohicans). Si cela fait belle lurette qu’elle a préféré tourner la page, les cinéphiles ne pourront que regarder d’un œil sympathique cette petite fille délurée aux grands écarquillés, amusant souvenir d’un autre monde. Et si vous voulez goûter une expérience inédite et plus naphta que naphta, pourquoi pas un extrait de la fête de maman ou de je voudrais un mari ?http://www.virginmega.fr/musique/titre/interpretes-divers-la-fete-de-maman-c-hummel--103614456,page1.htmIl suffit de cliquer sur « écouter le titre ». Bon courage.

2 commentaires:

  1. Si seulement Minou Drouet lui avait écrit les paroles de ses chansons ! Tous les enfants ont du talent... Merci, Music Man, pour ce portrait hilarant !

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