dimanche 15 mars 2009

Danielle Darrieux, la coqueluche de Paris







Danielle Darrieux est certainement une de nos plus prestigieuses comédiennes, une des rares à avoir été célèbre dans le monde entier. Toujours aussi vive et spirituelle, cette femme de 91 printemps poursuit une remarquable carrière internationale depuis…plus de 75 ans déjà ! Bien évidemment, moult sites internet ont retracé la bio de cette fabuleuse actrice, néanmoins, il était impératif que Miss DD figure parmi les portraits d'artistes de films musicaux.

Née en 1917, Danielle Darrieux est très tôt encouragée par sa maman, prof de chant, à embrasser une carrière artistique. Après avoir réussi des tests aux studios d’Epinay, elle fait ses débuts à l’écran à 14 ans dans une production franco allemande de Wilhelm Thiele, le Bal (1931). En effet, au tout début du cinéma parlant, les studios français étaient encore mal équipés pour la nouvelle technique et de nombreux films étaient tournés à Berlin, en versions multiples. La très jeune Danielle va s’illustrer dans plusieurs comédies produites par la UFA, souvent chantées. Des spectacles fort populaires à l’époque, mais qui ont pris un sacré coup de vieux. Elle remplace notamment Martha Eggerth dans la version française de j’aime toutes les femmes (1935) dont le fameux ténor polonais Jan Kiepura (extrêmement populaire dans toute l’Europe) tient la vedette.


On se souvient davantage du mauvais garçon (1936) en raison de la très célèbre java qu’elle y chante avec Henry Garat, et de la crise est finie (1934) de Robert Siodmak avec Albert Préjean. Même si le film, destiné à booster le moral des spectateurs en pleine dépression, s’inspire un peu des thèmes des musicals hollywoodiens de la Warner, les tableaux de la revue font pâle figure à coté de ceux de Busby Berkeley. Mais Danielle déborde déjà d’enthousiasme et il est clair qu’une belle carrière s’ouvre devant elle. Le beau mélo Mayerling (1936), avec Charles Boyer, le plus populaire acteur français dans le monde entier va faire d’elle une star du cinéma français et lui apporter la consécration à l’étranger :

Hollywood fait immédiatement appel à ses services. Le slogan du film est efficace : « 40 millions de français ne peuvent pas se tromper ! » Elle y tourne une très bonne screwball comédie « la coqueluche de Paris » d’Henry Koster (1938) avec Douglas Fairbanks Jr où son charme et sa vivacité font merveilles : Vraiment Danielle a tout le piquant et l’énergie nécessaires pour sérieusement concurrencer Carole Lombard ou Jean Arthur. Cependant, refusant les contraintes d’un contrat de 7 ans, et très amoureuse du cinéaste Henri Decoin (son premier mari), elle retourne à Paris pour tourner sous la direction de ce dernier. Force est de constater le talent de ce réalisateur certes inégal, mais pas toujours reconnu à sa juste valeur.

Un film comme Battements de cœur (où Danielle prend ses cours dans une école de pickpocket) est vraiment un petit bijou de comédie légère. Premier rendez-vous (1941) sera un des plus gros succès de l’occupation. Produite par la firme Continental (avec des capitaux allemands), il s’agit également d’un charmant film illuminé par la présence de la spirituelle comédienne. La chanson que Danielle entonne avec sa voix éthérée (ou pisse-vinaigre comme pourront dire ses détracteurs) marquera les esprits : Danielle l’enregistrera aussi en allemand (même si elle feint ne plus bien s’en souvenir). Avec Suzy Delair et Junie Astor, elle se rend à Berlin pour un festival de cinéma, et pour montrer les parfaites relations existant entre les industries cinématographiques françaises et allemandes… Difficile de juger les acteurs qui se sont ainsi plus ou moins compromis avec l’occupant. C’est un sujet épineux dont on pourrait débattre des heures. En tous les cas, il faut bien souligner qu’aucun des films tournés par la Continental ne contient la moindre once de propagande.

Dans chacune de ses comédies, Danielle case au moins une chanson, souvent vouée au succès : dans mon cœur dans retour à l’aube (un très beau film), il peut neiger dans Katia (dont on revoit souvent à la télé le remake avec Romy Schneider), Charade de Battements de cœur, et le populaire tango « les fleurs sont des mots d’amour » qu’elle fredonne dans la Fausse maîtresse après un audacieux strip-tease sur trapèze volant. A la voix aiguë de Miss Darrieux, il est permis de préférer les versions qu’en ont données d’autres artistes contemporaines comme Lucienne Delyle ou Marjane (cette dernière a eu l’extrême gentillesse de m’adresser un autographe qui m’a beaucoup touché). Séparée de Decoin, elle épouse en 1942 Rubirosa, ambassadeur de St Domingue et play-boy mondain de grande renommée. Ce dernier étant soupçonné d’espionnage contre l’Allemagne, Danielle passe la fin de la guerre loin des caméras, sous haute surveillance à Megève.

Son retour après guerre est un peu difficile, mais Occupe toi d’Amélie (1949) la remet sur les rails du succès. En 1951, Danielle fait un retour à Hollywood et dans un musical produit par la prestigieuse MGM, en plein âge d’or : le film Riche, jeune et jolie où elle incarne la maman de Jane Powell (alors que seuls 12 ans séparent les deux actrices !) n’est pourtant pas un chef d’œuvre. Un marivaudage quelconque dans un milieu très friqué. Peu impressionnée par le chouchou de ces dames, Fernando Lamas, qui tient le rôle de son chevalier servant, Danielle sera beaucoup plus séduite par l’intelligence de Wendell Corey. Si dans le film, Danielle interprète la jolie ballade « Dark is the night », la vedette Jane Powell lui piquera la chanson sur le 33 T.

Après cette aimable récréation, Danielle atteint le sommet de sa carrière dans trois magnifiques films de Max Ophuls : la ronde, le plaisir et surtout Madame de (1953) où elle est sublime. Des Chefs d’ouvres absolus comme dirait un de mes amis !
On se souvient aussi du Rouge et le noir (1953), Marie Octobre (1958) et de nombreuses comédies françaises d’un cinéma français un peu au creux de la vague à la fin des années 50.
Peut être un peu déçue par ses derniers films, Danielle revient alors à ses premières amours et enregistre plusieurs 33 T pour la firme Pathé : des reprises de succès de la belle époque, ou des succès du moment comme l’Olivier de Rika Zaraï. Parmi ses meilleurs enregistrements figure une ravissante version de Moon River du film « Diamants sur canapé ».

En 1966, Danielle, toujours aussi ravissante et éblouissante, joue la maman des jumelles dans les « Demoiselles de Rochefort », bel hommage rendu par Jacques Demy au musical hollywoodien. Au fil des années, l’actrice peine à trouver des rôles intéressants : elle se tourne surtout vers la scène et va même avoir le rare privilège de reprendre la succession de Katharine Hepburn dans un musical de Broadway sur Coco Chanel. Même si le spectacle ne tiendra pas longtemps à l’affiche (les chansons écrites à l’origine pour une comédienne sans expérience du chant ne sont pas mélodiques), aucune star française ne peut se vanter d’avoir réalisé un tel exploit !

Toujours très concernée par le sujet qui nous intéresse, Danielle n’hésitera pas à participer aux fort rares tentatives de films musicaux réalisées en France. Divine (1975) de Dominique Delouche, est une sorte d’opérette où elle tient le rôle d’une ancienne star esseulée genre Garbo. Si Danielle est incroyablement belle et fait facilement 20 ans de moins que son âge, cette ringardise (avec la sympathique Georgette Plana en soubrette) a le coté naphtaliné d’un show de Pascal Sevran. Une chambre en ville (1982) de Jacques Demy est une tentative ambitieuse de filmer, un drame de la vie quotidienne « tout en chanté ». Par exemple, Darrieux répond en chantant à Dominique Sanda « tu me prends pour une conne ? ». A l’époque, l’échec du film, pourtant récompensé par de multiples prix, fera l’objet d’une polémique de la part de cinéphiles amers de constater le triomphe d’un film beaucoup plus facile comme l’As des as, sorti en même temps.

Toujours plus rare à l’écran, Danielle chante encore dans le film de Paul Vecchiali « en haut des marches » et beaucoup plus récemment dans Huit femmes de François Ozon, où elle interprète avec beaucoup d’émotion la superbe chanson de Brassens « il n’y a pas d’amour heureux » : une des meilleures performances du film. Sur un plan discographique, Danielle a aussi chanté pour le conte musical Emile Jolie de Philippe Chatel et sur le CD de Patrick Bruel consacré aux chansons d’avant-guerre. Alors que le chanteur aurait souhaité à l’origine reprendre avec Danielle le premier rendez-vous, la star a craqué pour la chanson de Lys Gauty du film 14 juillet.
Une carrière phénoménale, qui a de surcroît touché à moult reprises au cinéma musical, sous toutes ses formes. Une femme splendide et vivante qu’on espère encore voir longtemps illuminer nos écrans.

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