samedi 4 avril 2009

Claude Farell, l'élégante actrice à la double carrière





Peu de cinéphiles se souviennent de Claude Farell, actrice élégante des années 40-50 décédée le 17 mars 2008, qu’on a vu notamment dans des seconds rôles dans diverses comédies musicales allemandes et françaises d’après guerre. Outre la médiocre qualité d’une grande part de ses films, le fait que l’actrice ait changé à de nombreuses reprises de pseudonyme a fini par brouiller les pistes ainsi que son souvenir.

Née en 1918 d'un père dentiste et d'une mère belge, Claude Farell remporte en 1936 le championnat de ski de Suisse romande. Après avoir joué sur les scènes bruxelloises dans des pièces d'avant garde, la jeune actrice viennoise obtient, sous le nom de Paulette Collar, un petit rôle en Allemagne dans « Je t’aimerai toujours »1941, un musical dont la vedette est Johannes Heesters, qui passait pour le chanteur préféré d’Hitler (A noter à son sujet qu’il vient de donner un tour de chant en février en Hollande, à l’âge vénérable de 104 ans, ce qui a provoqué quelques remous compte tenu de son attitude pendant la guerre).
Sa prestation lui vaut un contrat avec l’UFA, firme nationalisée. Paulette adopte alors le pseudo de Monika Burg Elle est la vedette de la comédie romantique « Zwei in einer grosse stadt »1942, très appréciée par le jeune public. La chanson éponyme est sur toutes les lèvres (elle a marqué les esprits et on l’entend encore dans les shows nostalgiques à la télé). En 1943, Monika fait partie de la distribution de Ris donc Paillasse, un film opéra avec le sensationnel ténor Benjamino Gigli et surtout de Titanic. Ce film de propagande insiste sur le fait que la ploutocratie juive serait à l’origine du naufrage de l’insubmersible. Les scènes finales de la catastrophe vont s’avérer finalement si angoissantes et si crédibles , que le film jugé démoralisant sera finalement interdit en Allemagne(il bénéficiera en revanche d’une sortie chez nous). Notons au passage que le réalisateur périra dans les geoles de la gestapo. Un film achevé juste à la fin de la guerre semble avoir totalement disparu de la circulation (probablement détruit dans les bombardements).Si l'on se réfère à ses confidences dans les journaux français, l'actrice s'était pourtant enfuie d'Allemagne dès 1943 pour se réfugier en France.
Sans un sou vaillant, Monika séjourne à Nice et tente de recommencer sa carrière à zéro, bien décidée à faire oublier son passage dans les studios UFA. "deux années de galère et de pauvreté". Le public français étant alors hostile aux allemands, c’est sous le nom de Catherine Farrell puis de Claude Farell, avec un ou deux r selon l’humeur et le film, que Monika refait surface dans les journaux français qui la présentent comme « une nouvelle actrice ! ».
Parmi les rares bons films de Miss Farell, on peut distinguer Dédée d’Anvers, un des premiers grands succès de Simone Signoret (dans lequel elle tient le rôle d’une prostituée allemande) et I Vitelloni de Fellini.
Sinon, beaucoup de comédies musicales ou non, où elle paraît le plus souvent dans des rôles secondaires et interchangeables de mondaine, chic et capricieuse, moulée dans d’impeccables tailleurs.

Dans sa filmographie, deux films avec Georges Guétary, tournés en Allemagne et le fort décevant remake du chemin du paradis (1955) où elle fait tapisserie avec beaucoup d’élégance. Dans le genre musical teuton, on préférera « Otto le joli cœur » qui compte quelques jolis numéros avec la charmante Germaine Damar. Claude Farell retrouve Johannes Heesters dans l’opérette Nuits de noces au paradis (1950) dont on distinguera la merveilleuse mélodie so stell ich mich die liebe vor.
Claude y est doublée pour le chant, comme dans Clivia (1954) où Annelise Rottenberger, la prestigieuse soprano se charge de la partie vocale.

Dans les années 60, la comédienne se fait plus discrète et tourne dans quelques feuilletons télé comme les Compagnons de Jéhu (1966).
Elle s’installe ensuite en Bourgogne à Mâcon , où elle nous a quittés en 2008 à près de 90 ans.

4 commentaires:

  1. J'ai eu le plaisir de rédiger et traduire pour elle en français et allemand son livre " La chance en plus", je n'ai plus que l'exemplaire en français, je lui ai rendu le dernier exemplaire en allemand. Son mari ne pouvait plus se charger de cette tâche, il avait la maladie d'Alzeimer. Nous étions voisins en Haute Savoie.

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  2. Merci beaucoup pour votre message.

    J'ignorais que Claude Farell avait écrit ses mémoires. Ont-elles été éditées? Je serai très curieux de les parcourir.
    En feuilletant beaucoup de magazines français des années 50 de cinémonde à l'écran français, je constate qu'elle était très présente dans la presse de l'époque.

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  3. Je suis la fille de Claude Farell. J'aimerais réctifier quelques détails qui m'importent. Maman est née le 7 mai 1918 à Vienne en Autriche. Son père était dentiste renommé et sa maman était blege.
    Maman est décedée le 17 mars 2008 (voir article Le Figaro de mars 2008), à l'âge de 89 ans, à Mâcon où elle vivait au Château Saint Jean (maison de retraite) depuis 2 ans.
    Avec mon père, ils habitaient à Yvoire en Haute-Savoie où ils reposent tous les deux à présent.
    Son livre en français n'a jamais été édité. Et en Allemagne celui traduit et remanié par "Anonyme" qui était leur voisin, est toujours chez un éditeur en attente de publication.
    A suivre,

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  4. Merci beaucoup pour ces précisions et les corrections dont j'ai tenu compte. veuillez m'excuser pour les erreurs concernant sa date de naissance.
    Pourriez-vous SVP m'avertir si la version française de ses mémoires est publiée finalement? Je pense que beaucoup de cinéphiles seraient intéressés par le cursus original de votre maman, actrice aussi belle que distinguée.
    Bien cordialement.

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