mercredi 8 avril 2009

Tilda Thamar, la bombe atomique argentine








Et si on faisait à présent un petit passage à basse altitude sur le « cinéma de papa » des années 50 et ses nanars quasiment invisibles de nos jours en évoquant la troublante actrice argentine Tilda Thamar, la reine du navet, « la bombe atomique argentine », qui a aligné avec constance les polars sans âme et les musicals pâlichons : une vedette très médiatique, mais qui faisait beaucoup plus parler d’elle dans les cocktails mondains et dans les journaux à cancan que dans les revues sérieuses de cinéma.

Diplomée en 1937 de l’Académie des beaux arts de Buenos Aires, la blonde argentine se destinait à l’origine à une carrière de professeur de dessin. Si ses talents de graphiste sont vite reconnus, c’est sa grande beauté (ses yeux bleu clair et ses cheveux péroxidés ) qui va lui ouvrir les portes du cinéma : elle figure d’abord dans un documentaire puis pas mal de films dans les années 40, grâce auxquels elle va lentement mais sûrement gravir les échelons de la notoriété. On la retrouve au générique de 2 films de Pierre Chenal exilé en Argentine. Il lui faudra 10 ans pour décrocher un premier rôle (dans l’intervalle elle tient des rôles secondaires aux cotés d’Eva Duarte (future Eva Perron) ou Mirtha Legrand, dans des films souvent musicaux comme la Chaste Suzanne ou la Petite dame du Moulin Rouge).

Elle joue dans les remakes argentins du chapeau de paille d’Italie et de Mlle ma mère (où elle interprète hubba hubba un boléro de sa composition) dont certains passages sont censurés et fait scandale en paraissant en maillot de bain dans Adam et le serpent. En posant nue pour une célèbre photographe, elle ne craint pas d’aggraver sa situation : il est temps pour elle de tenter sa chance ailleurs.

Epouse du comte Ali Toptani, cousin du roi Zog d’Albanie, elle pénètre ainsi de plein pied dans la jet-set internationale : elle est vivement remarquée lors de son passage aux USA (où on la surnomme la bombe atomique) et en France où elle vient passer les fêtes du jour de l’an 1948-1949. Le producteur Claude Dolbert la rencontre lors d’une soirée et lui fait signer un contrat sur le champ : la blonde actrice est alors lancée avec forte publicité, ce qui va vite provoquer quelques sarcasmes qui remettent à juste titre en cause son statut de superstar argentine (sa notoriété dans son pays est bien inférieure à celle de Mirtha Legrand, Tita Merello …).

L’actrice déclare dans les journaux qu’elle admire James Stewart et rêve de tourner avec Autant-Lara et Clouzot : elle va vite déchanter en ne jouant que dans de médiocres films mis en scènes par des tacherons. L’ange rouge de J Daniel Norman marque ses débuts en France : elle y incarne une vamp de cabaret amoureuse du gangster Paul Meurisse et chante deux airs de Francis Lopez. La critique sceptique souligne néanmoins la beauté de la nouvelle star. Dans ronde de nuit, elle est tour à tour marquise, gitane, prostituée et star(et entonne un air de Jose Sentis). Mieux vaut éviter Amour et Compagnie, un lamentable musical dont la vedette est Georges Guétary. C’est un ratage total, et Tilda, en mondaine capricieuse et « tempéramental », baragouinant le français, insupportable.

En dépit de la piètre qualité de ses films, le public séduit par sa grande beauté (le jeune François Truffaut la trouvait fort belle) et alpagué par le brouhaha médiatique dont elle fait l’objet (son court mariage avec un peintre mondain fait jaser, ses rencontres à Cannes avec Kirk Douglas, Errol Flynn) l’adopte. Pourtant rien ne viendra relever le niveau. Parmi ses prestations, pas mal de films musicaux comme Bouquet de joie (1951) avec Charles Trenet (qui y chante mes jeunes années, un de ses plus jolis succès) ou le chanteur de Mexico avec Luis Mariano (en star capricieuse encore une fois), seul film encore rediffusé de temps à autres, divertissement tout à fait honnête. Une nuit au moulin rouge (1956) est un film revue, vitrine clinquante d’un Paris de pacotille destiné surtout à la province et à l’exportation. Sœur Angélica, un mélo espagnol comme on n’ose plus les faire, avec scènes de cabaret.

L’autre spécialité de Tilda reste le polar, bas de gamme le plus souvent comme l’assommante femme à l’orchidée, lourdement mise en scène par Raymond Leboursier : ennui garanti, ou la suite des pépées font la loi (les pépées au service secret) avec Louise Carletti, autre star des polars de série Z (la maman d’Ariane du club Dorothée).

Je suis certainement un peu sévère avec les films de cette blonde platinée en me basant sur la poignée que j’ai pu voir en VHS et peut-être que certains méritent d’être revus (encore faudrait-il qu’ils soient diffusés quelque part !).
Avec la nouvelle vague, et la quarantaine, Tilda ne parvient plus à trouver des rôles à l’écran mais son immense fortune lui permet aisément de s’en passer : en outre, elle en profite pour retourner à ses chevalets et peindre des toiles un peu naïves et naturalistes, que le Douanier Rousseau n’aurait pas détestées. En 1966, elle fait un procès contre une firme de cosmétique argentine qui utilise son image sans sa permission pour une pub.

Dès ses débuts en France, la star précisait qu’elle avait écrit deux scénarii : compte tenu de sa fortune et de ses relations, il paraissait logique qu’elle tente sa chance derrière la caméra. Néanmoins les informations sur sa seule réalisation « l’appel » en 1974, avec Michel Lemoine, sont rares et laissent perplexe : s’agit-il d’un film fantastique sur un vaisseau fantôme ou tout bonnement d’un film érotique (avec des titres plus explicites pour l’exploitation à l’étranger)? Finalement, j'ai pu visionner l'objet, creux , prétentieux et pimenté de quelques scènes osées. La pauvre Tilda, qui n'hésite pas à dénuder sa poitrine, y donne vraiment l'impression d'une star viellissante engloutie dans sa gloire passée.
Pour finir sa carrière en toute logique quoi de mieux pour la reine du cinéma bis qu’un rôle secondaire dans les Prédateurs de la nuit, remake erotico-gore des yeux sans visage de Georges Franju avec Brigitte Lahaie, produit par René Château et réalisé par Jess Franco (un de ses meilleurs films selon les spécialistes)?
En 1989, Tilda Thamar décède dans un accident de voiture. Compte-tenu de la médiocrité d’une grande part de ses films que reste t’il de la Lana Turner argentine, hormis de jolies couvertures de Cinémonde et le vague souvenir chez les plus âgés d’une vamp renommée pour son parfum de scandale (Annie Cordy raconte qu’elle portait rarement une culotte). Cette artiste polyglotte et cultivée ne méritait-elle pas un peu mieux ?

17 commentaires:

  1. Je vais vous surprendre : "L'APPEL" n'est pas si mauvais que ça !... Il s'agit d'un film fantastique "à sketches", très amateur dans sa réalisation, mais passionnant dans son optique scénaristique -- et dans son climat général.
    Ce film -- qui, je le répète, est d'une facture assez faible sur le plan technique -- m'a véritablement envoûté. Il ne s'agit aucunement d'un porno -- même pas d'un film érotique --, mais d'une œuvre aussi sincère que maladroite. J'ai eu la chance d'en parler avec Michel Lemoine, qui m'a dit à quel point Tilda s'était investie dans l'entreprise. Elle n'était sans doute pas la ravissante idiote que votre article (étonnamment négatif) laisse à penser...
    Amitiés -- et, une fois de plus, félicitations pour votre travail !...

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    1. Hello! I am Tilda Thamar's GrandChild. We have a big number of her paintings, sketches and personal belongings. Do you know where can I talk to get a valuation of these things? Some place where Tild is well known, or a Museum, Art Gallery maybe. Thank you in advance!

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  2. Merci beaucoup, BBjane pour ton message qui ravive le souvenir d'une artiste dont plus personne ne parle.
    S'agissant de l'appel, la confusion avec un film porno italien vient apparemment de l'utilisation du titre du film et du nom de Tilda Thamar en tant que réalisatrice sur une VHS éditée en Italie. Si quelqu'un a une copie du film de Tilda, j'aimerai bien le voir!
    Si le portrait de Tilda est un peu négatif, je m'en excuse mais c'est que très franchement, je n'ai aimé aucun des films que j'ai vu avec elle : mais je me base sur les rares qui ont été réédités en vidéo. Lesquels mériteraient d'être redécouverts à part l'appel, STP?
    Sinon, je ne doute pas de l'intelligence de cette comédienne et j'aime beaucoup les toiles qu'elle a peintes (certaines sont en vente occasionnellemnt sur ebay ou dans des ventes aux enchères).

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    1. Hello! I am Tilda Thamar's GrandChild. We have a big number of her paintings, sketches and personal belongings. Do you know where can I talk to get a valuation of these things? Some place where Tild is well known, or a Museum, Art Gallery maybe. My mail is juan.abrecht@gmail.com . Hope you can contact me with some information. Thank you in advance!

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  3. 1) Je te fais un peu de pub sur BI-QUEEN :
    http://bi-queen.way.over-blog.com/

    2) Pour "L'Appel" : une amie proche en possède une (vieille) copie vidéo. Je peux te la dupliquer, si cela t'intéresse (mais ce sera de VHS à VHS, sorry...)

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  4. Merci pour ta pub, c'est très gentil.
    Oui, l'appel me tente bien. Je t'envoie un MP sur ton blog!
    Et je ne déteste pas Tilda Thamar. Je la trouve très belle comme tout être un tant soit peu objectif!

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  5. Tilda Thamar était un orgueil pour nous, argentins, puisqu'elle réprésentait notre pays en France. À Urdinarrain (province d'Entre Ríos),petite ville òù elle était née, il y a un musée pour elle et une rue pour lui rendre hommage. Elle a été une artiste, peintre, je l'ai aimé dès que je l'ai vu dans un vieux film argentin de Pierre Chenal "El muerto falta a la cita" (Le mort manque au rendez-vous"). On n'a rien dit qu'elle était mariée a Alejo Vidal-Quadras, peintre de l'aristocracie européenne.

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  6. Merci beaucoup pour votre témoignage : si jamais un jour j'ai la chance de repasser par l'Argentine, je penserai à visiter le musée consacré à Tilda Thamar. C'est très bien qu'on entretienne ainis le souvenir d'une artiste qui fut très connue en France mais désormais très oubliée, faute d'avoir tourné avec de grands réalisateurs.
    Savez vous si le film de Pierre Chenal "El muerto falta a la cita" est disponible en DVD en Argentine? merci.

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  7. J'ai trouvé une page "DVD El muerto falta a la cita" où l'on offre le film. Je ne sais pas au juste si l'envoi est possible, à vous d'essayer! J'ai aussi admiré Pierre Chenal qui a fait d'autres films en Argentine (avec Maurice Ronet, Nicole Maurey, par exemple, ou sa femme, Florence Marly). Mais "Le mort manque au rendez-vous" est mon film préféré. M

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  8. Merci pour ces renseignements! Je vais essayer de me procurer ce film d'autant plus que comme vous j'admire beaucoup Pierre Chenal dont je ne connais que les films français parfois rediffusés au cinéma de minuit (l'alibi, le dernier tournant, la maison du maltais) et qui sont remarquables. Quant à son épouse Florence Marly (vue aussi dans un bon film de resistance avec Libertad Lamarque), elle était très belle.

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  9. Ce film de résistance comme vous l'appelez est "El fin de la noche" (La fin de la nuit) (Alberto de Zavalía, 1944) avec Libertad Lamarque, Juan José Míguez et Florence Marly, un mélodrame réussi qui parle des années "dorées" du cinéma argentin.
    Pierre Chenal a une première étape en Argentine où il tourne un roman de l’espagnol Miguel de Unamuno “Todo un hombre” (“Un homme vrai”, 1944) avec Amelia Bence –les “yeux les plus beaux du cinéma argentin” et Francisco Petrone. Puis, “El muerto falta a su cita” “Le mort manque au rendez-vous”, 1944) avec Nélida Bilbao, Ángel Magaña et Tilda Thamar. “Se abre el abismo” (L’abîme s’ouvre”, 1945) avec Silvana Roth et “Viaje sin regreso” (“Voyage sans retour”, 1945) avec Florence Marly et Sebastián Chiola. Retour en France et puis, de Nouveau dans la Pampa, “Sangre negra” (du Sang Noir”, 1954) avec Richard Wright. Il tourne à Viña del Mar, au Chili, “El Ídolo” (L’Idole”, 1954) ,avec Florence Marly et Alberto Closas. Et au Chili aussi, “Confesiones al amanecer” (“Aveu à l’aube”, 1956) con Lautaro Murúa. De retour en Argentine, en 1956, il tourne une co-production franco-argentine •Sección desaparecidos” (“Section des disparus”) avec Nicole Maurey et Maurice Ronet. Et il a un rentrée finale en France.

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  10. Merci pour ces commentaires sur la carrière argentine de Pierre Chenal, si peu connue en France. Une rétropective à la cinémathèque serait la bienvenue.

    Sinon, Comme vous j'ai adoré la fin de la nuit de Zavalia avec Libertad Lamarque et Florence Marly.

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  11. Connaissez-vous par hasard d'autres actrices ou acteurs argentins de jadis? Il y a toujours eu une noble admiration des artistes argentins pour la France. Il y a eu aussi bien de films de thématique française ("La peau du chagrin" "Le comte de Monte-Cristo" "Un chapeau de paille d'Italie (encore Tilda!), etc. etc, mais comme un lointain pays d'Amérique Latine, nous n'avons pas eu l'occasion stratégique de nous montrer davantage.

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  12. Sur ce blog, j'ai évoqué également Mirtha Legrand et Libertad Lamarque dont certains films ont été exploités en France dans les années 50. J'aime beaucoup ces deux stars, même si je pense que leur notoriété en France a été très limitée. J'ai également vu des films avec Zully Moreno, Carlos Thompson (sutout connu en Allemagne), Tita Merello, Hugo Del Carril, Isabel Sarli, Palito Ortega, Sandro (voir son portait sur movie musical kings blogspot)qui pour la plupart sont inconnus chez nous, sauf de quelques cinéphiles.

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  13. Je viens de découvrir cette actrice plantureuse et je n'en reviens toujours pas ...
    UN FILM A VOIR ABSOLUMENT:
    MASSACRE EN DENTELLES
    Les dialogues de Michel Audiard sont savoureux et l'intrigue ma foi fort bien menée ... façon Hitchcok mais en mode burlesque.
    Les acteurs sont tous formidables.
    Un vrai moment de plaisir jubilatoire.

    Comédie dramatique de 1951
    Réalisation de André Hunebelle
    Scénario et dialogues de Michel Audiard
    Directeur de la photographie Marcel Grignon
    Musique de Jean Marion
    avec
    Raymond Rouleau
    Anne Vernon
    Tilda Thamar
    Bernard La Jarrige
    Georges Chamarat
    Robert Vattier

    Sortie le 12 mars 1952
    Résumé:
    Un galant reporter, Georges Masse, consent à interrompre ses vacances pour se lancer sur la trace d'une bande de gangsters, dont il faillit être victime.

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  14. il me semble que j'avais enregistré ce film sur feu Ciné cinéfil....je vais essayer de le retrouver. Merci du conseil.

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