dimanche 17 mai 2009

Pili et Mili, les jumelles yéyé du film musical espagnol







Les espagnols ont toujours raffolés des enfants vedettes et on a déjà évoqué ici plus ou moins longuement les destinées de Josélito, l’enfant à la voix d’or et de la blonde Marisol, qui ont connu un succès phénoménal au tout début des années 60. Dans un pays et un cinéma corseté par le franquisme, le public ne demandait qu’à regarder la larme à l’œil les exploits de gentils gamins qui par leur astuce, leur espièglerie et surtout leurs talents vocaux réunissaient les familles séparées ou devenaient riches. Le public espagnol ne semblant pas rassasié, on lui proposa aussi Pulgarcito, Rocio Durcal (qui réussit sur la longueur une belle carrière au Mexique) et des jumelles, Pili et Mili. Pourquoi pas 2 barils d’Ariel au lieu d’un seul ?



Nées en 1947, les soeurs jumelles Pilar et Aurora Bayona sont originaires de Saragosse et filles d’un juge, et suivent très tôt des cours de danse. A l’âge de 14 ans, elles sont repérées dans la rue par un producteur qui leur propose de jouer dans un spectacle. Sur scène, elles sont remarquées par le réalisateur Benito Perojo toujours en quête de talents les plus jeunes possibles. Le fait qu’elle soient jumelles est un atout certain pour attiser l’attention du public : les stars ado les plus adulées par le public, Marisol et Rocio Durcal n’ont-elles pas respectivement tenu des rôles de jumelles dans rumbo à Rio et Christina Guzman, à la plus grande joie de public ? Là, il n’y aura pas besoin de trucages ! Les 2 jeunes danseuses de 16 ans signent un contrat pour 6 films en exclusivité. Le premier de la série qui s’intitule « comme 2 gouttes d’eau » (1963) est un succès commercial ; pas de problèmes pour l’intrigue : on joue à fond sur les quiproquos causés par la ressemblance des 2 sœurs. Le réalisateur argentin Luis Cesar Amadori s’inspire des comédies tournées dans les années 40 par les sœurs Mirtha et Sylvia Legrand. Sur un plan musical, c’est beaucoup plus variété que flamenco, contrairement à la majorité des autres films musicaux produits dans le pays. Peut-être pour davantage miser sur le jeune public ?A la fin du film, les deux jumelles, coiffées à la Sylvie Vartan se lancent dans un ballet très modern jazz avec un petit coté Jerome Robbins. Pas mal du tout : Elles ne feront jamais mieux.Sur le lot des musicals optimistes mais fades tournés par les deux sœurs, on distinguera 2 pistoles gemelas (1965), un western musical plutôt sympa avec Sean Flynn le fils d’Errol et Jorge Rigaud : en costume de cow-boys, les 2 sœurs dansent dans la poussière (en récupérant certainement clé en mains les décors des westerns spaghettis qu’on tournait à profusion à l’époque). Dans deux filles folles folles(1964), on remarquera de nombreux ballets modernes exécutés en plein air dans des chantiers pas très folichons. Aparement, on était très fier à l’époque des vilains HLM en construction : mais de là à danser près des grues, avec casque sur la tête…. Autant le dire, si les sœurs sont toujours très pro et dansent dans une parfaite symétrie, leur niveau de danse n’a rien d’exceptionnel et quand le chorégraphe manque d’imagination, on s’ennuie ferme. Pilar Bayona a d’ailleurs reconnu qu’elles n’étaient pas expertes en la matière et devaient beaucoup travailler pour les films.Dans certains films le résultat est concluant comme le beau tango du film « Scandale dans la famille »1967. Les filles poursuivent leur carrière au Mexique, où leurs films ont reçu un accueil encore plus enthousiaste qu’en Espagne : on les associe aux chanteurs les plus populaires du moment : Alberto Vazquez (jolie voix de crooner) et au plus yéyé Enrique Guzman. Pour remercier le public mexicain, les filles n’oublient pas d’intégrer des ballets folkloriques rancheras, pas terribles d’ailleurs. Les histoires ne se renouvèlent pas et les jumelles commencent à se lasser de leurs rôles si stéréotypés. Aussi quand Mili tombe amoureuse, elle n’hésite pas à tout laisser tomber pour se marier. Pour Pili, qui n’a jamais quitté sa sœur, la séparation est un drame. D’autant plus que, sans sa jumelle, artistiquement elle n’est plus rien. Elle joue dans un drame avec Enrique Guzman, et apparaît en guest star dans le taxi des conflits (1969) et …ne trouve plus d’autres rôles à l’écran. Obligée de repartir à zéro, Pili redevenue Pilar Bayona continue sa carrière au théâtre, dans de petits rôles, parfois de la figuration, dans un quasi-anonymat (ajoutons à cela qu’une pianiste très populaire porte exactement le même patronyme !) : ses années de gloire sont bel et bien derrière elle. Contrairement à Marisol, elle n’éprouve aucune amertume, mais semble très nostalgique de cette époque dorée et mal remise de la fin de sa carrière cinématographique. Sa soeur Mili continue de nager dans le bonheur avec son mari et sa famille, et joue au golf dans sa propriété loin du show business.

Hildegard Knef, vamp fascinante du Berlin d'après guerre





Hildegard Knef, une des plus grandes divas du cinéma allemand, avait toute les qualités pour devenir une seconde Marlene Dietrich, et l’interprète de l’Ange bleu, très admirative la considérait d’ailleurs comme sa fille spirituelle. Pourtant il a manqué sans doute un Sternberg pour que la carrière de la fascinante jeune femme soit aussi brillante que celle de son inspiratrice. Néanmoins, compte tenu des nombreux obstacles qu’elle a du affronter, on peut néanmoins grandement admirer le parcours de l’actrice et chanteuse allemande qui a tourné pour les plus grands (Henry King, Henry Hathaway, Billy Wilder, Carol Reed, Duvivier, Chabrol…) et créé à Broadway un musical de Cole Porter. Et on ne peut qu’être fasciné par son étonnante voix rauque et son visage, probablement l’un des plus sensuels de toute l’histoire du cinéma. Née en 1925 à Ulm, Hildegard Knef décroche un job de dessinatrice au rayon animation des studios UFA. Ses liaisons avec le réalisateur Arthur Maria Rabenalt puis surtout Demandowsky, patron de la firme Tobis et bras droit de Goebbels, vont lui permettre d’obtenir rapidement des rôles importants dans des films tournés à la fin de la guerre, notamment « sous les ponts » drame réaliste, mis en scène par Helmut Kautner le plus prometteur des réalisateurs allemands.A la fin du conflit, l’actrice doit tout reconstruire (son amant a été exécuté en 1946). Après avoir fait un peu de théâtre pour les soldats américains mobilisés en Allemagne et assuré le doublage de certains films soviétiques, l’actrice est engagée dans les assassins sont parmi nous (1946), mélodrame tourné dans un Berlin en ruine qui dépeint avec habileté l’anéantissement moral et la culpabilité de toute une génération d’allemands. Le film est un succès international : le producteur David O Selznick, séduit par son interprétation et sa présence lui propose alors un contrat à Hollywood mais exige qu’elle cache ses origines allemandes (on peut se douter qu’à l’époque les allemands étaient plutôt mal vus aux States !) et adopte le pseudo de Gilda Christian, ce qu’elle refuse catégoriquement. (Elle prendra néanmoins la nationalité américaine) ;En 1950, Hildegard Knef fait scandale dans les confessions d’une pécheresse, non seulement parce qu’elle y parait nue quelques secondes mais aussi parce que le film traite de l’euthanasie (une prostituée amoureuse d’un homme plus âgé, atteint d’une maladie incurable l’aide à mourir) sujet cher aux nazis, déjà traité dans le film Suis-je un criminel interdit par les alliés à la libération. L’église catholique demandera l’interdiction du film. Toutes ces mesures finalement feront une énorme publicité à ce mélo, fort bien mis en scène par le talentueux Willi Forst, dont l’œuvre mériterait d’être redécouverte.Darryl Zanuck, attiré par ce battage médiatique engage la blonde actrice qui tourne 3 films à Hollywood avec des réalisateurs aussi prestigieux qu’henry King ou Hathaway. Néanmoins la conduite de l’actrice (elle enchaîne coup sur coup des liaisons avec les acteurs mariés Gregory Peck et Tyrone Power) dissuadent Zanuck de poursuivre son engagement avec une comédienne si sulfureuse (n’oublions pas qu’il doit par-dessus le marché cacher au public son ancienne liaison avec un haut dignitaire nazi).De retour en Europe, Hildegard Knef tourne en France (sous le pseudo Hildegarde Neff), la comédie frivole la fête à Henriette où elle campe une artiste de cirque très sexy) et en Angleterre (avec le grand Carol Reed).De retour en Allemagne, Hildegard joue et chante dans plusieurs films. En effet après avoir séduit les spectateurs en entonnant de sa voix rauque et sensuelle deux airs du répertoire de Marlène dans les neiges du Kilimandjaro (1952) (en anglais, en français et en allemand, selon l’endroit où le film est projeté), l’actrice va désormais intégrer quelques chansons à chacun de ses films.D’ailleurs c’est surtout le refrain mélancolique qu’elle fredonne dans Illusions -1952 (repris en France par Lys Assia) que l’on retient (dans ce mélo assez déprimant, elle incarne une cancéreuse). Deux cœurs, une mélodie (1951) de Willi Forst est un musical optimiste plutôt sympathique. Cependant le faible niveau de la production allemande de l’ère Adenauer, conventionnelle en diable, ne laissait guère à Hildegard Knef la possibilité d’hériter de rôles intéressants. Aussi la vedette retourne aux USA pour accepter un premier rôle dans l’adaptation musicale de Ninotchka, la belle de Moscou, avec Don Ameche. Séduit par sa façon très personnelle de chanter dans les neiges du Kilimandjaro, le compositeur Cole Porter a personnellement choisi l’actrice. Qui mieux qu’elle aurait pu débiter « Paris love lovers » ? [Encouragée par son amie Marlene Dietrich, la star triomphe et la presse souligne « sa merveilleuse performance ». Pour des raisons bassement contractuelles la liant encore à la Fox, l’actrice sera obligée de refuser l’offre de la MGM qui lui propose de reprendre son rôle à l’écran (Cyd Charisse reprendra la relève). De toute façon, le magnétisme particulier et un peu androgyne, la voix chargée et la sensualité sophistiquée et très affirmée de Miss Knef auraient-ils convenu aux spectateurs américains sous le charme de nouvelles bombes sexuelles latinos et des blondes écervelées dans la mouvance de Marilyn et de Jayne Mansfield ?De retour en Allemagne, Hildegard Knef joue dans Madeleine et le légionnaire (1958) qui traite de façon très malhabile de la guerre d’Algérie : dans ce film, l’actrice joue le rôle d’une institutrice qui épouse la cause algérienne et quitte sa patrie : il sera interdit en France.A Paris, l’actrice joue dans l’insipide « fille de Hambourg » de Marc Allégret dont on peut retenir la chanson principale écrite spécialement par Boris Vian pour la belle allemande ;Je ne peux que conseiller aux amateurs de musical de visionner la version 1962 de l’opéra de 4 sous avec Sammy Davis jr. Rediffusée en son temps sur Canal+, c’est une adaptation très réussie qui n’a pas à rougir d’une comparaison avec le film de Pabst. Quant à Hildegard, elle est fascinante quand elle fredonne le chant de Barbara dans le bordel : on se croirait devant une toile de Toulouse Lautrec.Avec la déconfiture du cinéma allemand, l’actrice va recentrer, avec succès, sa carrière sur la chanson avec un répertoire de diseuse moderne que n’aurait pas renié Juliette Gréco. Ironie, sensualité, phrasé impeccable sont les principales qualités de ses interprétations, qui sur un plan strictement musical sont loin d’être parfaites (Ella Fitzgerald la surnommera la plus grande chanteuse sans voix du monde). Son magnétisme est très bien mis en valeur dans les shows télé auxquels elle participe et interprète avec une sensualité torride fever de Peggy Lee ou des airs de Bert Kaempfert.En 1968, Hildegard remporte son plus grand succès discographique avec für mich soll immer rote rosen regnen » un petit bijou, qu’elle interprète merveilleusement.En 1970, elle rédige son autobiographie où elle révèle sa liaison avec le bras droit de Goebbels : salué pour sa franchise et ses qualités littéraires, le roman « à cheval donné » est un triomphe sans précédent (la plus forte vente en librairie en Allemagne depuis 1945 !) ;Mais après de tels sommets, le sort va de nouveau s’acharner contre l’artiste. Guérie d’un cancer du sein, elle joue avec Henry Fonda dans Fedora, brillant film de Billy Wilder et vibrant hommage à la fascination du cinéma et aux stars d’autrefois. Marthe Keller y tient le rôle d’une star mystérieuse des années 30, inspirée par Garbo, vivant en recluse et restée mystérieusement jeune. En fait au fil de l’intrigue on découvre qu’elle est en réalité la fille de l’ancienne vedette (Hildegard Knef) qui cache ses rides et sa solitude. Un superbe film qui n’aura absolument aucun succès. Fatigué par l’exploitation que fera Hildegard Knef de sa lutte contre son cancer (à l’époque, il était indécent de parler de cette maladie), ses liftings, ses frasques, ses problèmes fiscaux, le public allemand va finir par se détourner d’elle tandis que la presse à scandale va s’acharner sur elle avec une rare férocité. Sa tournée mondiale est un flop terrible : elle doit annuler presque toutes les dates. En 1982, elle rédige une série d’articles consacrée à Romy Schneider qui vient de décéder, en prétendant qu’elle était une amie proche, ce que démentira Magda Schneider, la maman de la comédienne, qui qualifiera Hildegard d’opportuniste. On colporte qu’elle est devenue alcoolique et accro à la morphine. Très atteinte par ces attaques successives, l’actrice revient progressivement à la surface, notamment en jouant sur scène dans le musical Cabaret. En 1993, le groupe de rock Extrabreit a la bonne idée de reprendre en duo avec elle son fameux tube de 1968, dans une version rock très dépoussiérée et plutôt réussie dans son genre : c’est un triomphe et l’artiste est à nouveau invitée dans les shows télé où le public lui réserve une standing ovation (je me souviens notamment de sa belle prestation –en play-back hélas) au Patrick Lindner show, accueillie telle une Diva. En 1999, elle enregistre son dernier CD. Désormais de lourds problèmes de santé vont anéantir ses tentatives de come back. Affaiblie par la maladie, l’actrice n’est plus que l’ombre de la beauté qu’elle fut autrefois. Elle est décédée en 2002. Son roman autobiographique a fait l’objet d’une adaptation en comédie musicale et sa vie devrait faire l’objet d’un film dont la sortie est prévue en 2009. En tous les cas, son mythe demeure encore fort populaire et présent en Allemagne (dans les gares et les vitrines de librairie trônait encore ses jours derniers un album de photos avec son fabuleux visage). Une star fascinante qui en dépit de tous les aléas de sa carrière a réussi à laisser une emprunte mémorable, du moins dans son pays.



vendredi 8 mai 2009

Lyne Clevers, Mam'zelle mandarines


Piquante et gouailleuse, la jolie Lyne Clevers, avait incontestablement de l’abattage ; C’est pour cette raison que parallèlement à sa carrière de chanteuse dans différentes revues la brunette aux yeux clairs a campé avec aplomb quelques rôles de femmes un peu délurées non seulement dans des comédies faciles des années 30 mais aussi dans deux chefs d’œuvres de Jacques Feyder : flash back sur la carrière de l’interprète des « mandarines ».
Née en 1909, la petite orpheline est adoptée par un directeur de revues qui l’embauche dans ses spectacles. Au tout début des années 30, la jeune femme vole de ses propres ailes et chante dans plusieurs opérettes viennoises qui remportent un succès considérable à Paris (en 1935, elle joue à la Gaîté lyrique dans la chanson du bonheur de Franz Lehar). Elle enregistre également des duos avec Saint Granier, animateur de radio, interprète de Ramona.
Son passage à Bobino en 1932 la consacre vedette de la chanson. Parmi ses nombreux disques, on note « ce petit chemin, qui sent la noisette » une composition de Mireille promise à une belle postérité. A son répertoire beaucoup de biguines et de rumbas (parfois parolées par le débutant Charles Trenet)
, musiques exotiques à la mode (notamment la fameuse cucaratcha) , des airs de l’orchestre de Ray Ventura ainsi que des chansons de film comme la version française de Continental tiré du film la joyeuse divorcée (1934) .
Mais c’est la chanson coquine « mandarines » que l’on associe le plus volontiers à la chanteuse. Elle y conte les aventures d’une vendeuse de fruits qui propose ses mandarines aux passants car « elles ont la peau fine et de jolis pépins ». Un paso-doble qui sera un des plus grand tube de l’ère des congés payés.
En 1934, Lyne joue dans l’opérette Toi et Moi avec les duettistes Pills et Tabet. Curieusement, elle n’apparaît pas dans la version filmée (problème de calendrier ?). Car la vedette tourne pas mal pour le cinéma depuis amours viennoises (1931) une co-production franco allemande. En outre, ses choix sont loin d’être mauvais. Certes, on la retrouve parfois dans des comédies de bidasse comme cette Mamz’elle Spahi, sauvée par quelques scènes cocasses à condition de ne pas excéder par les pitreries de Noël Noël, qui annonce Jean Lefevbre. Déguisée en spahi avec Colette Darfeuil pour se venger de son amant qui compte la plaquer pour épouser une jeune fille vertueuse, elle ne manque pas de verve et de répondant. Mais l’actrice peut s’enorgueillir de paraître dans des films aussi prestigieux et réussis que le grand jeu (dans le rôle d’une entraîneuse) et surtout la kermesse héroïque de Feyder. Elle y est géniale en poissonnière gouailleuse qui fait remarquer à Françoise Rosay qu’il sera difficile de se passer des hommes dans tous les domaines.
En 1933, elle participe au très beau film de Greville « Remous », une œuvre subtile et sensuelle (sur les frustrations de l’épouse d’un homme frappé d’impuissance à la suite d’un accident de la route) qui connaîtra le succès à l’étranger. Costumée en marin et adossée à un gouvernail, elle y interprète une tendre mélodie avec autant de talent qu’une Lucienne Boyer.
Lyne Clevers a également donné la réplique au grand Raimu dans Minuit place Pigalle, où elle arbore une robe osée dévoilant complètement un sein. On aimerait bien voir sa prestation dans les 28 jours de Clairette (1933), l’adaptation d’une vieille opérette à succès dont la vedette est la chanteuse Mireille.
En 1938, elle est la vedette de la comédie 4H du matin dont elle chante l’air principal (aux cotés de Lucien Baroux). La même année, Lyne Clevers épouse l’industriel Bolloré, directeur des papiers à cigarette OCB et aïeul de Vincent Bolloré, PDG de Havas, une des plus grandes fortunes de France, ami de Nicolas Sarkozy.
Pendant la guerre, elle est obligée de se cacher pour échapper aux persécutions nazies, à cause de ses origines juives. A la libération, elle reprend sa place à la radio et profite du nouvel intérêt des français pour les airs exotiques et la vogue de la samba, en créant la version française du célèbre Tico Tico par ci, par là, air ô combien célèbre lui aussi et toute une série de refrains typiques. Pourtant, sa carrière va vite marquer le pas et la chanteuse abandonnera la scène après sa prestation à l’Olympia.
La vedette fantaisiste des années 30 a terminé sa vie à Chambourcy et son décès en 1991 est passé inaperçu. A ma connaissance, un seul CD dont le tirage fut limité a été consacré à cette chanteuse des années 30

Lida Baarova, la sulfureuse







Parmi les stars aux destinées souvent tumultueuses, se détachent quelques personnages maudits comme la tchèque Lida Baarova, dont la liaison avec Goebbels, bras droit d’Hitler, a provoqué un énorme scandale qui a infiniment terni sa carrière, brisé sa famille et l’a poursuivie jusqu’à la fin de ses jours et même après.
Voici le roman de Lida Baarova ou l’histoire d’une jeune fille ambitieuse au charme irrésistible qui s’est laissée séduire par le diable.

Née en 1914, la ravissante Lida Baarova vient tout juste de s’inscrire au conservatoire quand elle est remarquée par le célèbre réalisateur Karl Lamac (l’ancien mentor d’Anny Ondra grande vedette du muet), impressionné par les paumettes saillantes et les yeux en amande de la jeune fille de 17 ans. Il devient son amant et l’impose dans différents films tchèques. Par l’intermédiaire de Lamac, elle fait la connaissance d’un autre réalisateur, Karl Anton, qui devient son « premier grand amour », la dirige à son tour dans un film, et l’emnène à Paris où elle sympathise avec Danielle Darrieux (sa « Dédée ») et plus que ça avec Charles Boyer. Quand les studios allemands de l’UFA, toujours attentifs aux talents émergeants dans les pays frontaliers, lui proposent alors un contrat qu’elle signe volontiers.

A cette époque, les studios berlinois représentaient le tremplin garanti pour une carrière internationale, et même à Hollywood : Garbo, Dietrich, Pola Negri et Lilian Harvey étaient passées par-là.
Le partenaire de son premier film allemand, Barcarole, comédie baignée par les mélodies d’Offenbach, est alors un des plus célèbres acteurs du pays, Gustav Fröhlich (Métropolis). Il ne résiste pas au charme slave de la jolie tchèque et quitte pour elle femme et enfant.(Il était en effet marié à la cantatrice Gitta Alpar, mais rencontrait de gros soucis depuis l’accession au pouvoir du national socialisme, Gitta étant juive : le divorce et son remariage avec Lida fut donc pour lui bien commode pour pouvoir poursuivre sa carrière.)

Barcarole sera tourné aussi en version française mais avec Edwige Feuillère

Dans les quelques films que la belle Lida tourne pour l’UFA, le studio nationalisé par les nazis, on note quelques comédies, où elle chante un peu avec sa voix aiguë qui rappelle vaguement celle d’Yvonne Printemps (on la compare aussi à son amie Danielle Darrieux), une adaptation parodique de l’opérette la chauve souris (1937) de Strauss et aussi déjà des films de propagande, comme les Patriotes (1936) ou les traitres (1936)où des espions essaient d’infiltrer une usine d’armement. Lida avait-elle conscience du contenu tendancieux de certains de ses films ? Il est probable qu’elle ne se posait pas trop de questions, préférant endosser de gros chèques et jouir de sa popularité. Dans l’un d’eux, elle tient le rôle d’une meneuse de revue et entonne « Paris du bist die schönste », un air de Théo Mackeben qui aura beaucoup de succès.

Parallèlement, Lida continue de jouer dans des films tchèques, qui mériteraient parfois d’être redécouverts, comme le très bon Virginité (1937), film sur le harcèlement sexuel dont sont victimes de jeunes serveuses. La réalisation et la photographie très expressionniste, sont de qualité. Les studios hollywoodiens, intéressés par les prestations de l’actrice dans ses films allemands lui proposent alors un contrat de 7 ans avec un cachet très lucratif. Elle passe quelques bouts d’essai en Angleterre où elle cotoie Robert Taylor et Maureen o’Sullivan, mais finalement refuse l’offre alléchante.
Lida serait-elle devenue « une deuxième Marlène Dietrich » si elle avait accepté ? Rien n’est certain, mais la belle comédienne va alors faire le pire des choix. Alors qu’elle avait été courtisée par le diabolique Hitler himself dès son arrivée à Berlin, elle cède aux avances particulièrement insistantes de Goebbels, le non moins sinistre ministre de la propagande, marié et père de 3 enfants, mais coureur de jupons notoire. Rappelons aussi que cet abominable personnage fut aux avant-postes dans la radicalisation du régime contre les Juifs et le principal instigateur de la nuit de cristal.
Il est probable que la jeune star ambitieuse et calculatrice pensait que cette liaison avec un si haut personnage politique ne pourrait que lui être bénéfique. Pour rester près de lui, elle refuse les propositions de la MGM.
La liaison d’abord secrète vire au scandale quand Gustav Fröhlich l’apprend. On raconte qu’il serait aller donner une raclée à Goebbels , et la presse internationale s’en fait aussitôt l’écho. Lors de la sortie de son nouveau film, l’actrice est insultée par certains spectateurs (payés par le parti ?)
Afin que cette histoire d’alcôve n’éclabousse pas la réputation et la morale (on se demande laquelle !)de son gouvernement, Hitler demande alors au couple de se séparer et somme Lida de quitter immédiatement le pays.

Le film dont elle vient d’achever le tournage (histoires d’amour prussiennes) est dès lors censuré et interdit : il ne sortira sur les écrans qu’en 1950. De retour en Tchécoslovaquie en 1938, Lida va tourner quelques films dont la femme en bleu, une comédie fantastique très théâtrale, où elle tient le rôle d’une riche châtelaine du 15ème siècle, qui sommeille dans un tableau depuis plusieurs siècles avant de miraculeusement revenir à la vie. Dans les passages comiques, basés sur des anachronismes, où la marquise se retrouve confrontée au 20ème siècle, Lida prouve qu’elle est non seulement d’une grande beauté mais également une fine comédienne, tout à fait à l’aise dans des rôles plus légers. La chanson du film que Lida grave sur 78tours sera un succès, mais après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes nazies, l’actrice est contrainte de quitter son pays pour l’Italie, où elle tourne plusieurs films en vedette.

A l’arrivée des américains en 1944, l’actrice, prise dans un étau, retourne à Prague où elle entame une liaison avec le grand acteur allemand Hans Albers (le baron de Münshausen), en tournage (les derniers films du 3ème Reich ont été tournés à Prague pour éviter les bombardements sur Berlin). Pendant qu’Hitler, Goebbels et sa femme se suicident dans leur bunker, elle tente de rejoindre Albers en Allemagne : l’actrice est arrêtée par les Américains et extradée en Tchécoslovaquie. Là, elle évite de peu la peine de mort (principalement ; parce qu’elle n’a plus eu à faire avec les nazis depuis 1938) mais pas la prison, où elle côtoie de graves criminels. Les parents de Lida Baarova paieront cher les errements de la star, alors qu’ils n’ont rien fait : sa mère décède d’une crise cardiaque lors d’un interrogatoire, sa sœur Zorka Janu, également actrice (et meilleure que Lida ), rejetée par le public et les producteurs se suicidera.

Le charme de Lida et son ascendant sur les hommes ont souvent payé et la sauveront aussi de la geôle : elle épouse un homme très lié au gouvernement tchèque et s’enfuit avec lui.
Néanmoins, comment continuer une carrière avec une telle casserole ? Lida tente de refaire surface en Allemagne, où elle était si populaire dans les années 30. On lui propose de jouer dans « la guerre des valses », un musical de 1951. Cependant, l’acteur principal Anton Walbrook, qui avait été obligé de s’exiler en Angleterre en 1936 suite à la persécution dont il était l’objet par les nazis en raison de son homosexualité, refuse absolument de jouer avec la maîtresse de Goebbels. L’affaire est étalée dans les journaux et l’actrice cramoisie, contrainte de tenter sa chance ailleurs.

Elle parvient tout de même à trouver des rôles dans le chef d’œuvre de Fellini Les inutiles (1951) et pas mal de films italiens, argentins et espagnols, inconnus au bataillon, où elle tient des rôles secondaires.
Dans les années 60, elle se tourne vers les planches, et parvient à reconquérir le public autrichien avant de tomber progressivement dans l’oubli. Jusqu’à la fin de sa vie, Lida Baarova a été harcelée de questions par les journalistes sur sa liaison avec Goebbels qu’elle s’est obstinée à nier pendant plus de 50 ans. Finalement, lors de la rédaction de ses mémoires (qui sortiront après son décès), elle a fini par avouer ce que tout le monde savait déjà. Lutant contre la maladie de Parkinson et la dépression, l’actrice buvait plus que de raison. Elle est décédée en l'an 2000.

Les films tchèques les plus connus de Lida sont ressortis en double DVDs (avec sous titres anglais). Ils révèlent une actrice d’une grande beauté slave, marmoréenne, très distinguée et douée. Pour le chant, elle ma paraît moins à l’aise. Serait-elle vraiment devenue une seconde Marlène, si elle avait accepté les propositions de la MGM ? On ne peut pas refaire l’histoire.
En tous les cas, cette actrice vénale et ambitieuse a fait des choix déplorables et en a été bien punie.

jeudi 7 mai 2009

Milu, une portugaise courtisée par Hollywood



La star du cinéma portugais des années 40, Milu nous a quitté récemment à l’âge de 82 ans d’une maladie respiratoire. Rendons ici hommage à cette très belle chanteuse, figure emblématique d’un cinéma fort peu connu chez nous. Sa classe et sa beauté lui valurent même de recevoir des propositions d’Hollywood… qu’elle préféra refuser.Née en 1926, Maria de Lurdes Almeida Lemos entame très jeune une carrière de chanteuse dans une radio régionale puis nationale. ElleLa petite chérie des portugais obtient à 12 ans un contrat au théâtre Eden dans une revue familiale et grave ses premiers 78 tours. En 1942, sa photo publiée en couverture d’une revue attire l’attention de la filiale portugaise des studios Tobis et du réalisateur Arthur Duarte. La jeune chanteuse de 17 ans triomphe dans O costa do castelo, considéré comme un classique du cinéma portugais. L’histoire toute simple d’un aristocrate qui maquille son identité et emménage dans un appartement modeste pour séduire la charmante jeune fille (Milu) dont il est épris. Le public est sous le charme de la voix grave de la jeune femme (et on le comprend!) et l’air principal du film minha casina et cantiga de rua deviennent deux gros succès populaires (et elle l’enregistrera souvent par la suite). L’historien du cinéma portugais Jose de Matoz Cruz ne manque pas de superlatif pour qualifier la jeune vedette et son impact sur les foules : « un véritable animal de caméra, dont le sourire et la beauté irradient l’écran ». Le succès de la belle fait tant de bruit qu’on la réclame en Espagne où le cinéaste hongrois Ladislao Vajda lui confie un rôle dans une comédie sans prétention, Doce lunas de miel. (Le cinéaste est surtout connu pour ses films des années 50 qui remportèrent plusieurs prix internationaux et lui valurent de flatteuses comparaisons avec Fritz Lang)Mais alors qu’un brillant avenir se dessine devant elle, et que l’Universal lui propose un contrat pour Hollywood (la première actrice portugaise à avoir ce privilège), Milu hésite et refuse en « craignant de ne pas pouvoir répondre à toutes les attentes ». Puis à la stupeur générale, Milu quitte l’écran pour se marier à l’âge de 17 ans.Après mure réflexion, la jeune mariée reprend du service après un hiatus de 3 ans : Ladislao Vajda lui propose le principal rôle féminin de la version portugaise de Barrio (1947) une adaptation des «Fiançailles de Monsieur Hire » de Georges Simenon, un rôle dramatique qui lui permet de retrouver une popularité intacte.Milu, devenue la vedette portugaise n°1, va jouer ensuite dans plusieurs comédies souvent mises en scène par Artur Duarte, dont elle appréciait la rigueur.Absolument inconnus chez nous, des films comme O grande elias (1950), qui narre avec humour les problèmes d’une famille en crise, sont d’énormes succès au Portugal sous la dictature de Salazar. Du théâtre filmé san aucune créativité mais assez drôle et divertissant. Des productions souvent tournées avec les moyens du bord. Mais aussi une des périodes les plus créatives du cinéma portugais. Evidemment chaque film donne à Milu l’occasion de caser quelques chansons. Pas forcément des fados, car le répertoire de la vedette se raproche plus de la variété internationale que de celui d'Amalia Rodrigues. Parallèlement à sa carrière au cinéma, la chanteuse se produit dans de nombreuses revues jusqu’à la fin des années 50. en 1960, la star se marie pour la seconde fois, et à nouveau quitte le cinéma, pour s’installer au Brésil avec son conjoint. Dans ce pays, elle apparaît sporadiquement à la télévision et enregistre en 1966, la version portugaise du fameux chabadabada du film « un homme et une femme ». De retour au Portugal, elle est la vedette d’une comédie musicale « O diablo ero outro »1969. En 1981, elle joue encore dans les tueurs, une satyre des films noirs américains, opposant des militants d’extrême droite contre des communistes sur fond de cabarets sordides, dont j’ai lu des critiques fort positives. L’an dernier, le réalisateur António Pedro Vasconcelos consacre un documentaire à Milu « une fille de la radio » où il la présente à juste titre comme «probablement la seule étoile du cinémaportugais ». Milu reçoit la même année la médaille de l’ordre du mérite de la part du président de la république. Pour rendre hommage à la satr décédée, la chaine portugaise RTP1 a modifié ses programmes et rediffusé tous les films de Milu et le documentaire qui lui fut consacré l’an dernier. .Pour les classikiens qui voudraient découvrir la belle Milu (et le cinéma portugais des années 40-50), et sa chaude voix, sachez que trois de ses films les plus connus sont ressortis en DVD au Portugal, avec sous-titres français s’il vous plait, et qu’on peut les commander via alapage.com.

Olga San Juan, le piment de Porto Rico





Un petit hommage à Olga San Juan, piquante danseuse d’origine portoricaine qui vient de nous quitter à l’âge de 81 ans. Née en 1927, Olga San Juan a grandi à Brooklyn et a commencé toute gamine à danser pour accompagner des orchestres typiques dont celui du fameux percussionniste Tito Puente.Après un peu de radio et de théâtre, la jolie danseuse exotique au minois coquin et aux yeux pétillant est engagée par la Paramount qui la lance sous le sobriquet de « poivre portoricain ». Après quelques courts métrages, on la retrouve à 19 ans, dans blue skies, charmant musical réunissant à nouveau Bing Crosby et Fred Astaire après leur triomphal Holiday Inn. Si les deux hommes s’y disputent les faveurs de la froide Joan Caulfield, c’est surtout la craquante petite Olga qui attire l’attention notamment dans ses numéros musicaux. Le très coloré Heat wave, qu’elle danse avec beaucoup de vivacité et de malice aux cotés de Fred Astaire, est vraiment un joli morceau qui annonce I left my hat in Haïti de Mariage royal.Olga parait ensuite dans 2 films multi-stars où se succèdent toutes les vedettes Paramount : on retiendra de la taverne de la folie, l’amusant passage où toutes les stars musicales se joignent à Bing Crosby pour swinging on a star. Dans variety girl, Olga assure le fil rouge en jouant les candides pour une visite du studio Paramount. Amusant de passer ainsi des plateaux de desert fury à ceux d’en route vers Rio, avec d’innombrables caméos ; un caprice de vénus (1948) est une adaptation un peu décevante de l’opérette de Kurt Weill avec Ava Gardner et Dick Haymes. Dans son rôle de femme jalouse, la petite Olga fait plus que tirer son épingle du jeu. Même chose, pour le mauvais mamzelle mitraillette, où elle campe une amusante squaw près d’une Betty Grable un peu paumée dans une farce pas très bien ficelée par un Preston Sturges déclinant. J’ai toujours le laserdisc (comment le convertir en DVD, SOS ?)La comtesse de Monte Cristo avec la patineuse Sonja Henie est franchement raté et les insipides chansons qu’y fredonne Olga ne sauvent pas la mise ; En 1951, l’actrice se tourne vers Broadway et crée le musical paint your wagon qui ne sera transposé au cinéma que 19 ans après (avec Jean Seberg reprenant son rôle). En dépit des bonnes critiques que l’actrice recueillera et du triomphe réservé à cette opérette, Olga mettra fin à sa carrière pour élever les enfants nés de son union avec l’acteur Edmond o Brien, qu’elle avait rencontré sur les plateaux de la Fox. A peine si on la reverra à l’occasion dans de furtives apparitions à l’écran aux cotés de son mari (figuration dans la comtesse aux pieds nus). Comme O’brien était un fêtard de première, il y avait un piano et une scène de théâtre dans le living room pour que les célèbres amis invités (Mel Torme, Vic Damone…) puissent faire leur show pendant qu’Alan Ladd et Bogart bronzaient près de la piscine. On buvait pas mal aussi, Les problèmes d’alcool d’Edmond o’Brien ont d’ailleurs fini par nuire au couple qui divorce en 1976.Les enfants d’Olga san juan ont tenté à leur tour de faire carrière à l’écran sans trop de succès. L’actrice, victime d’insuffisance rénale, nous a quittés le 3 janvier.

Susanna Foster, la triste destinée d'une divette






Si l’on soumettait des cinéphiles à un quizz et qu’on leur demandait ce qu’évoque pour eux le nom de Susanna Foster, décédée cette semaine à l’âge de 84 ans, je pense que beaucoup répondraient qu’elle fut la vedette de la version 1943 du fantôme de l’opéra, mais seraient bien en peine d’ajouter d’autres précisions, tant la carrière de cette chanteuse actrice fut courte et peu glorieuse. Née en 1924 dans une famille très pauvre, la jeune Susanna, fascinée par les divettes de l’écran comme Jeanette Macdonald prend très jeune des cours de chant. A l’âge de 12 ans, elle signe un contrat avec la MGM, qui cherche une remplaçante pour la jeune Deanna Durbin qui vient de quitter le studio pour l’Universal où elle remporte un succès éclatant. La gamine se retrouve sur les bancs de l’école des stars où les élèves enfants du studio tels Mickey Rooney, Judy Garland et plus tard Elizabeth Taylor étudient l’anglais et les mathématiques entre deux tournages. Le musical mis en chantier pour lancer l’adolescente est pourtant rapidement abandonné ; Susanna refuse de jouer dans the grand national sous prétexte que le film ne comporte pas de chansons (il verra le jour 7 ans plus tard avec Elizabeth Taylor).Finalement c’est à la Paramount que l’actrice décroche enfin un rôle dans le biopic sur Victor Herbert, incarné par Allan Jones. Susanna s’y fait remarquer en chantant fort joliment la romance la plus connue du compositeur kiss me again.On raconte que le magnat de la presse Hearst et sa protégée Marion Davies, subjugués par la voix de l’adolescente lui auraient demandé de se produire pour eux en concert privé.Après deux autres films à la Paramount, Susanna est embauchée par l’Universal pour remplacer Deanna Durbin dans son remake du fantôme de l’opéra en technicolor : une production prestigieuse (chose assez rare pour cette firme à cette époque) avec le célèbre Nelson Eddy. Un film d’horreur très musical, pas mal du tout, et programmé de temps en temps à la télé. La prestation et le ramage de la blonde Susanna recueillent les critiques les plus favorables et Louella Parsons, la fameuse échotière lui prédit un brillant avenir. Pourtant tout va s’écrouler. En fait, la firme réserve les meilleurs rôles à Deanna et ne laisse à Susanna et Gloria Jean que l’ivraie. Après une série de petits musicals assez mécaniques où elle joue les filles studieuses aux cotés du bondissant Donald o’Connor, et un film d’horreur avec Boris Karloff, l’Universal lui paie un séjour en Europe avec un grand professeur de chant (mesure publicitaire, ou volonté d’en faire une grande chanteuse d’opéra de l’écran ?). En tous les cas, on ne la reverra plus dans un film. Elle joue avec son mari dans une série d’opérette à travers les USA, dont une reprise de la fugue de Mariette.Après son divorce, l’ancienne star de l’Universal va tomber de Charybde en Scylla. Elle récupère la garde de ses frères et ses sœurs que sa mère alcoolique ne peut plus assumer. Alcool, dépression, déceptions sentimentales, jalousie de son ex-mari, délinquance et problèmes de drogue de ses enfants, précarité financière (à un moment elle a trouvé un job de réceptionniste) vont avoir raison de sa santé mentale. En 1982, Suzanna Foster est devenue SDF et passe les nuits dans sa voiture garée le long de la plage de Santa Monica. Elle est secourue par un fan qui l’héberge. Mais ce dernier atteint d’une tumeur au cerveau décède ; En 1992, de façon tout à fait inespérée, Susanna décroche un rôle dans le remake du film Détour avec un de ses fils pour partenaire. Néanmoins, c’est un échec. Ecrasée par le décès de son fils ainé (cirrhose du foie) et la dépression, l’actrice n’est plus ne mesure de jouer la comédie. Placée en maison de retraite, elle vient de nous quitter.Les critiques ont toujours souligné sa très jolie voix. Cela donne envie de se replonger sur ses quelques films et de réécouter ses enregistrements. Et aussi de découvrir « there’s music in magic » où elle se livrait à une délicieuse parodie de Marlène Dietrich.Pour rendre hommage à sa maman, le fils de Susanna a placé sur youtube des extraits de ses films, des screen test et raretés . Incroyable:Et on peut trouver un passage où la star d’autrefois chante, interviewée dans sa maison de retraite. Attention, c’est dur et très émouvant.