dimanche 28 mars 2010

Marie McDonald, "the body"








Bien avant Paris Hilton et les héroïnes de télé réalité, une certaine presse se penchait avec délectation sur les déboires de certaines vedettes tapageuses plus connues pour leurs frasques pour leurs films.
Les péripéties de la blonde pin up Marie Mc Donald ont même souvent été relatées dans la presse française alors que très peu de ses films ont été exploités chez nous.
Née en 1923 dans le Kentucky, Marie McDonald se rend à New York avec ses parents à l’âge de 15 ans. Sa maman, ancienne girl des Ziegfeld follies rêve que sa fille embrasse à son tour une destinée « artistique » . . Inscrite à tous les concours de beauté, elle rafle toutes les récompenses et notamment celle de Miss New York.
Avec un tel passeport, la belle n’a pas de mal à se faire embaucher comme girl dans les revues de George White . En route pour Hollywood, Marie a plus de mal à se faire remarquer. La 20th century Fox ne donne pas suite à ses bouts d’essai, et elle est virée du tournage de Melody lane car elle ne donne pas du tout satisfaction. Elle est même tentée de rebrousser chemin quand lors d’un gala au Hollywood Bowl, le célèbre chef d’orchestre Tommy Dorsey la remarque incidemment alors qu’elle fredonne quelques bribes de chansonnettes tout en dansant : séduit par sa voix, et son physique il lui offre une place dans sa formation. La firme Universal, lui propose alors de remplacer Maria Montez , dans la comédie de série b « deux nigauds dans une île » avec le populaire tandem Abbott et Costello. La publicité lance Marie, décolorée en blonde, en l’affublant du sobriquet ridicule de « the body » qui la poursuivra toute sa modeste carrière.
Si Marie obtient plusieurs petits rôles notamment dans Eve a commencé un des plus gros succès de Deanna Durbin, la fée blanche avec la patineuse Sonja Henie (dans lequel elle fournit un prestation tout à fait acceptable), on ne lui propose la tête d’affiche que dans des productions à très petit budget.
Si la blonde vedette ne peut s’enorgueillir de sa filmographie, elle arrive à capter l’attention du public en posant dans d’innombrables magazines en maillot de bain, deventa ainsi une des pin-up les plus prisées des soldats. Sa vie sentimentale extrêmement agitée, lui vaut aussi de nombreuses colonnes dans les journaux à scandale. elle parvient à faire annuler son mariage précoce avec une un sportif qui continuait d’avoir des rapports avec sa femme précédente et lui avait offert une alliance en pur toc. Ses liaisons avec Bruce Cabot, le gangster Bugsy Siegel ou son mariage avec le roi de la chaussure Harry Karl font jaser.
Attirée par le potentiel publicitaire de cette star plus connue par ses frasques et par sa silhouette plantureuse que pour ses talents de comédienne, Louis B Mayer, patron de la MGM et coureur de jupons lui offre un rôle aux cotés de Gene Kelly dans Living in a big way (1947) de Gregory La Cava, qui demeure un des films les moins connus du danseur, (il est toutefois rediffusé parfois sur TCM). Ce petit film anodin retient surtout l’attention pour les très jolis numéros dansés de Kelly avec les enfants ou avec un chien, chorégraphiés avec l‘aide de Stanley Donen (et rajoutés semble t‘il au dernier moment au film pour tenter de l‘améliorer). Marie défend hélas un rôle d’ingénue sans aucune consistance et danse avec Gene un numéro qui rappelle beaucoup ceux du couple Astaire et Rogers. Le tournage ne s’est pas très bien passé, le célèbre danseur appréhendait de jouer avec une « dame ne sachant ni jouer, ni danser, ni chanter » (ce qui est parfaitement injuste) imposée par le patron du studio pour des raisons personnelles. L’ambitieuse actrice n’apprécia pas du tout que son numéro de danse en solo soit coupé et paya même 14 000 dollars pour être délivrée de son contrat avec la firme du lion. Ce ne fut pas du tout un bon calcul, car la star aura le plus grand mal à retrouver un emploi par la suite, d‘autant plus que le film n‘aura aucun succès. Harry Cohn qui envisageait de lui confier le rôle principal de Born yestarday, lui préfère Judy Holliday. Elle se consolera en jouant le rôle sur scène.
Après trois films (dont un assez lamentable musical nommé hit parade of 1951 qui lui donne l‘opportunité de chanter quelques ballades), l’actrice trouve encore quelques rôles à la télé tout en continuant à faire parler d’elle dans les journaux. En 1954, sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, elle emboutit plusieurs voitures dans un parking. Au sortir de sa garde à vue, elle prétendra avoir été malmenée par les forces de l’ordre. En 1957, la star est victime d’un enlèvement. Deux hommes (un noir et un mexicain) l’auraient kidnappée, droguée et violée, avant de la séquestrer, dans un endroit inconnu puis de l'abandonner au bord d’une route dans le désert, tout juste vêtue d’une nuisette. Le FBI et la presse ont immédiatement émis les plus gros doutes sur cet incident évoquant un « bluff publicitaire » d’une actrice en mal de célébrité voire même un désordre mental.
Le coup médiatique a néanmoins permis de remettre la star dans la lumière : elle joue dans le kid en kimono avec Jerry Lewis, enregistre un 33 tours chez RCA (assez agréable) et donne une série de tours de chant dans des night clubs. Elle flirte avec Orson Welles , Eddie Fisher et Michael Wilding, se marie à nouveau plusieurs fois « les maris étant plus faciles à trouver que les bons impresarios » pour reprendre ses dires et sombre dans l‘alcool et la drogue pour oublier ses soucis. En 1962, victime d’une grave dépression nerveuse, elle est internée dans un asile en Australie d’où elle s’évade quelques jours après! En 1963, grâce au soutien de son nouveau mari, le producteur Donald Taylor, elle remplace Mamie van Doren dans le lamentable Promises promises, comédie poussive et pas du tout drôle où Jayne Mansfield se montre nue dans quelques scènes d’anthologie (ce qui vaudra à ce navet promu par le magazine Playboy d‘être interdit dans plusieurs états).
En 1965, Marie McDonald est retrouvée morte d’une overdose. Son mari, entendu par la police, se suicidera peu après. S’agissait il d’un accident ou d’un suicide? On ne saura jamais vraiment.
La célébrité de Marie Mc Donald reposant davantage sur ses scandales que sur un réel talent, elle tombera très rapidement dans l’oubli. Un site américain lui est dédié

mardi 9 mars 2010

Jacqueline Gauthier, l'incomprise








Entre Jacqueline Gauthier et le cinéma, il y a toujours eu un malentendu. Tout de suite, la mignonne comédienne a été cataloguée dans des rôles comiques de jeunes femmes écervelées, piquantes et superficielles dans de nombreuses farces musicales ou non tournées pendant l‘occupation et l‘immédiat après-guerre. Prisonnière de rôles qui ne lui convenaient guère, l’actrice a très tôt manifesté son mécontentement…sans jamais avoir gain de cause. C’est finalement au théâtre que Jacqueline Gauthier a rencontré la notoriété et la possibilité d’aborder des personnages différents, même si elle fut toujours habitée par une insatisfaction certaine.

Née en 1918 à Paris, Jacqueline Gauthier a très tôt été attirée par la comédie ; dès l’âge de 15 ans, elle passe une audition auprès de Louis Jouvet pour le rôle d’Agnès dans l’école des femmes. Mais le célèbre acteur la rejette catégoriquement « aucune chance d’être une ingénue. Peut être plus tard le genre Spinelly ou encore Arletty. Je ne peux rien vous apprendre! ».
Recalée trois fois au conservatoire, à force de persévérance, Jacqueline est enfin retenue. Elle fait ses classes au cours Simon au coté de nombreux artistes en herbe tels que Daniel Gélin, Sophie Desmarets ou Louis de Funès.
Finalement, elle remplace Alice Cocéa au théâtre du Gymnase dans Histoire de rire et devient célèbre du jour au lendemain. Abel Gance lui propose alors un rôle important dans l’opérette de Charpentier Louise avec Grâce Moore et George Thill…mais la plupart de ses scènes finiront coupées au montage.
Pendant la guerre, Jacqueline va toutefois beaucoup tourner pour le cinéma, mais la plus souvent dans des films médiocres qui ne la mettent guère en valeur.
Elle est souvent la partenaire des chanteurs à succès du moment, notamment du grand Charles Trenet dans Frédérica (1943), platement mis en scène par Jean Boyer sur un scénario stupide ou du populaire Tino Rossi dans la sérénade aux nuages (1946) réalisée par André Cayatte qui relève le niveau.
Toujours pour Cayatte, Jacqueline joue dans Au bonheur des dames, une adaptation très réussie du roman de Zola, et probablement un de ses meilleurs films, même si son rôle est très secondaire.
Feu Nicolas (1943) farce pourtant poussive et ridicule avec fantômes en goguette sera un gros succès commercial en raison de la présence de Rellys, comédien attachant qui eut son heure de gloire au milieu des années 40. On se souvient davantage des amours de Casanova, un des films les plus populaires du chanteur Georges Guétary où Jacqueline figure parmi les conquêtes du séducteur.
Enfin, la comédie musicale Une nuit à Tabarin (1947), réalisé par un vieux routier du cinéma de divertissement le tchèque Karel Lamac (qui lança sa compagne Anny Ondra), est un très gros succès commercial. Avec ce succès personnel (Jacqueline, rayonnante, figure au sommet de l’affiche devant Robert Dhéry) qui curieusement n’a jamais fait l’objet de réédition en VHS ni DVD (et que ma mère avait adiré quand elle l'avait vu , enfant, à sa sortie), Jacqueline est à la croisée des chemins. Courageusement, elle entend profiter de ce succès personnel pour tenter de donner un tournant à sa carrière, imposer ses choix et rejeter les « personnages de jolies femmes fantaisistes et sans tête » qui lui sont proposés. N’a-t-elle pas déjà prouvé sur les planches, qu’elle pouvait tenir des rôles dramatiques (Marché noir)? Jacqueline va attendre pendant deux ans , en refusant de nombreuses propositions, lassée de cet « éternel féminin vu par le petit bout de la lorgnette ». A un moment Henri Diamant Berger envisage de lui confier le rôle de la directrice dans la maternelle, refusé par Annie Ducaux, mais recule devant la perplexité des producteurs (Marie Déa héritera du rôle). On parle également d’un film policier « Pont l’abîme », qui lui tient à cœur et qui ne verra jamais le jour.
Le journal L’écran français souhaiterait la voir diriger par Jacques Becker ou Autant-Lara…. Que de rêves perdus. Finalement, Jacqueline fera une piteuse rentrée à l’écran dans une comédie légère comme elle les déteste et fort mauvaise , Ève et le serpent. Par curiosité, on aimerait quand même revoir l’extravagante Théodora adaptation filmée d’une comédie boulevard qu’elle avait testé auparavant sur les planches avec Georges Rollin (avec lequel elle aura une liaison passionnée et contrariée), ne serait ce que pour comparer avec la version américaine où Irène Dunne tenait le rôle principal. En 1950, Jacqueline est vedette d'un musical "Ils ont 20 ans" avec Philippe Lemaire, tout juste sorti du triomphe de "nous irons à Paris".

Lasse de ne rien trouver de convenable au cinéma, Jacqueline va uniquement se consacrer au théâtre et à la radio où elle chante à l’occasion. Comparée à Gaby Morlay , Jacqueline Gauthier devient une des comédiennes les plus prisées du théâtre de boulevard. En 1959, elle triomphe avec Michel Roux dans l’effet Glapion d’Audiberti, une pièce un peu plus recherchée que les vaudevilles de base dans lesquelles on la cantonne. Outre les pièces d’André roussin on retiendra surtout sa prestation dans 40 carats de barillet et Gredy qui lui vaut encore un triomphe en 1967 (la pièce sera adaptée à l’écran avec Gene Kelly et Liv Ullman). Désormais blonde, Jacqueline Gauthier enchaîne les pièces de boulevard, souvent diffusées dans « au théâtre ce soir ». Mais le cœur n’y est plus. Vaincue par la solitude, la peur de la vieillesse et des revers de fortune , l’actrice se suicide en 1982. La nouvelle de sa mort sera complètement occultée par le décès accidentel de Grace de Monaco.
Lyliane Grandjean lui a consacré une biographie aux éditions de l’amandier.

dimanche 21 février 2010

Yvette Lebon, le plus beau regard du cinéma français, va fêter ses 100 ans cette année









Vedette de cinéma des années 30 au regard magnifique, partenaire des plus célèbres chanteurs d’avant guerre, Yvette Lebon va fêter ses 100 ans dans quelques mois. L’occasion de rendre hommage à une des plus belles actrices de l’histoire du cinéma français, avec laquelle je n’ai aucun lien de parenté proche, même si nous partageons le même patronyme. Une carrière un peu chaotique qui s’étale sur plus de 40 ans, même si peu d’œuvres marquantes s’en détachent, la comédienne ayant toujours favorisé, par goût personnel ou par stratégie les spectacles populaires et les films de genre de l’opérette aux péplums en passant par les films de cape et d’épée.

Née en 1910 à Paris, Yvette Lebon prend très jeune des cours de danse et de peinture . et fait un peu de figuration dans quelques opérettes filmées avec Henry Garat. Sa silhouette élancée et la grande beauté de ses yeux en amande ne laissent pas indifférent. Le réalisateur Marc Allégret la remarque lors d’une audition. Il envisage de la faire jouer dans une adaptation de Barbe bleue qui ne verra jamais le jour et lui confie finalement un rôle dans Zouzou dont la vedette est Joséphine Baker. Dans ce film au scénario très convenu, la célèbre artiste black est amoureuse de Jean Gabin, son camarade d’enfance qui n’a d’yeux que pour Claire (comme le prénom est bien choisi!) incarnée par Yvette Lebon. Décolorée en blond platine (comme Jean harle la grande star du moment), Yvette danse la java dans les bras du puissant Jean qui lui chantonne un air canaille à l’oreille sous l’œil attendri de Miss Baker. En 1935, elle tient un rôle secondaire dans Divine de Max Ophuls.
Mais Yvette Lebon va surtout paraître dans des films musicaux aux cotés des chanteurs les plus populaires du moment. Dans Marinella(1936) ,un énorme succès commercial, elle est une modeste dactylo qui se produit incognito dans des spectacles sous le nom de la chanteuse masquée . Le sort faisant bien les choses, elle s’éprend du chanteur masqué, Tino Rossi. Inutile de rappeler que la rumba Marinella entonnée par le chanteur corse obtint un succès extraordinaire et durable. Si Henri Jeanson dans le canard enchaîne n’est pas tendre avec Tino Rossi« ses yeux sans regard ont quelque chose de pathétique », il déclare « qu’Yvette Lebon agite autour de Tino une paire de jambes dont il ferait volontiers son ordinaire ».
Après le chanteur corse, c’est au tour du chanteur avignonnais Antonin Berval de chanter la sérénade à Yvette dans Romarin (1937) et notamment « qu’il est beau le chemin ». C’est en effet la grande vogue des opérettes méridionales de Vincent Scotto (auteur de la musique du film et de tant de ritournelles inoubliables) dont la popularité et la bonne humeur communicative gagne la France entière.
Dans un autre registre vocal mais sur un scénario du même acabit, c’est ensuite Jean Lumière (encore dans un rôle de chanteur incognito!) qui chante la romance aux cotés d’Yvette. Spécialisé dans le répertoire de Delmet, réputé pour la clarté de sa voix et la délicatesse de ses interprétations, il interprète ici des airs de Paul Misraki. Après ce t autre succès commercial, Yvette est la vedette sur scène de l’opéra bouffe d’Albert Willemetz et d‘Arthur Honegger (!) « les petites Cardinal » où elle chante aux cotés de Saturnin Fabre et de Monique Rolland . Un passage sur scène qui ne fera pas particulièrement sensation (l’opérette qui sera adapté à l’écran, sans la musique et les chansons 12 ans plus tard).

Lors du tournage de Gibraltar (1938), un drame de guerre de Fedor Ozep, elle fait la rencontre de Roger Duchesne qui devient son premier mari. L’actrice adopte alors un look plus naturel en abandonnant les teintures platinées. Les revues de cinéma donnent des conseils aux spectatrices qui voudraient lui ressembler. Ciné Miroir recommande de « ne pas épiler les sourcils, et le soir vous pouvez vous permettre des fleurs et des coquillages dans les cheveux pour ajouter à l’air un peu asiatique de votre visage ».
Yvette Lebon est très active pendant l’occupation; Déjà séparée de Duchesne, on la voit beaucoup au bras de Jean Luchaire président de la corporation nationale de la presse française, grand séducteur devant l‘éternel avec lequel elle aurait fréquenté les soirées du tout Paris et des endroits aussi peu recommandables que le siège de la gestapo française si l’on se réfère aux romans de Patrick Modiano . Corinne, la fille du célèbre collaborateur dressera d’ailleurs un portrait fort peu flatteur d’Yvette dans son autobiographie, à laquelle elle décoche quelques piques venimeuses. En attendant, la belle Yvette est fréquemment en couverture de Toute la vie, Vedettes et des quelques revues sorties pendant la guerre. Elle donne la réplique à Charles Trenet dans la romance de paris (1941), encore un film sans ambition sur les difficultés d’un aspirant au vedettariat dirigé par Jean Boyer spécialiste du musical français. En 1943, Yvette Lebon rencontre Sacha Guitry dont elle va partager la vie quelques temps. Il lui offre un rôle (enfin) intéressant dans le fabuleux destin de Désirée Clary (qui fera l’objet d’une adaptation à Hollywood avec Marlon Brando), un film très réussi. A la libération, Guitry fait un peu de prison tandis qu’Yvette, qui a tourné plusieurs films pour la Continental, tente de se faire oublier à la campagne.
A la fin des années 40, Yvette Lebon rencontre le producteur Nathan Waschberger, qui avant-guerre s’est chargé de la distribution en Belgique de films américains avant de travailler avec George Jessel. Il va offrir à son épouse qui n’a plus rien joué depuis des années des rôles de femmes fatales dans les films « grand public » de qualité souvent discutable qu’il produit en Italie. En tous les cas le premier de la liste est plutôt réussi : il s'agit d'une nouvelle version des trois mousquetaires, au rythme haletant. Après Lana Turner elle incarne une convaincante Milady de Winter dans Milady et les mousquetaires (1952) aux cotés de la star hollywoodienne Rossano Brazzi. La caméra de Cottafavi, un pro du cinéma de genre, s’attarde sur le visage magnifique et expressif d’Yvette qui effectue ainsi un come-back que personne n'attendait. Puis on la retrouve dans le prince au masque rouge encore une adpatation soignée de Dumas par Cottafavi, les mystères de Paris (version italienne avec Frank Villard à ne pas confondre avec celle d'Hunebelle sortie 6 ans après), les nuits de Raspoutine ou Ulysse contre Hercule. Du cinéma de papa, snobé par les critiques parisiens. Toujours plus blonde et séductrice, elle joue deux fois aux cotés de Gérard Barray, fameux acteur des films d’action européens des années 60 et apparaît dans des rôles de plus en plus modestes jusqu’au début des années 70. Avec son mari, elle partage les échecs (comme le film sur la shoah qu’il avait produit pour Jerry Lewis en 1972 - sorte de précurseur de la vie est belle de Benigni- qui ne gagnera jamais les écrans, ou le films sur l‘Atlantide abandonné par un Frank Borzage trop malade pour assurer le tournage) ou les succès qui lui permettront de mener une retraite très dorée à Beverley Hills. Dans les années 70, on l’aperçoit de temps à autres dans des soirées mondaines ou sur des yachts en compagnie de la jet set .Toujours très belle, on lui donnerait facilement 20 ans de moins, sur la photo paru en 1976 dans un magazine de mode.
Yvette Lebon a perdu son mari en 1992. Son fils Patrick a pris la relève. Président de Summit Entertainment, il a notamment produit M et Mme Smith en 2006 avec Brad Pitt, un gros succès commercial.
Yvette Lebon était présente en mars dernier lors de l'inauguration à Cannes d'une allée dédiée au grand crooner français Jean Sablon.
Les films qu’Yvette a tourné avec Tino Rossi et Trenet sont disponibles en DVD. L'occasion de redécouvrir celle qui fut la plus ravissante actrice du cinéma français.










dimanche 7 février 2010

Leslie Caron, Cendrillon d'Hollywood à Paris








Leslie Caron est probablement l’une des stars les plus célèbres de l’âge d’or comédie musicale hollywoodienne, aussi on fut quelque peu surpris d’apprendre qu’on venait de lui attribuer enfin une étoile sur le Walk of Fame d’Hollywood(près de celles de Gene Kelly et de Louis Jourdan), alors que des artistes inconnus ici en possèdent déjà plusieurs…
Enfin , mieux vaut tard que jamais. Aussi étant donné que Leslie Caron vient de sortir son autobiographie aux USA et va se produire dans quelques jours sur la scène du théâtre du Châtelet à Paris dans un musical de Stephen Sondheim, il était également temps qu’un coup de chapeau lui soir rendu sur ce blog dédié aux artistes des films musicaux!

Née en 1932 à Boulogne-Billancourt d’un père pharmacien et d’une maman ballerine d’origine américaine, Leslie a pris très jeune des cours de danse, poussée par une maman incroyablement exigeante et possessive. Son talent est vite remarqué et la très jeune ballerine est engagée dans la troupe de Roland Petit. En 1948, elle remporte un vif succès dans le ballet la rencontre. Parmi les spectateurs enthousiastes figure…Gene Kelly , de passage à Paris. Deux ans plus tard, alors qu’il recherche une remplaçante pour Cyd Charisse, enceinte, pour un américain à paris, Gene se souvient de la jeune française qui vient de faire la une du magazine Paris Match. Après avoir hésité quelques temps entre elle et Odile Versois, Gene laisse le soin aux patrons de la MGM de faire le choix final, et Leslie est retenue . Notons que quelques mois auparavant, elle avait déjà participé à un bout d‘essai pour Juliette ou la clef des songes de Marcel Carné sans être retenue au final, et que Jean Renoir qui l’avait croisée dans un train envisageait également de la faire tourner sous sa direction. Pas mal pour une ballerine qui n’était nullement attirée par le cinéma à l’origine!
Alors qu’elle ne se trouve pas jolie et en tout cas pas du tout photogénique, la petite femme (1 m 56) à la frimousse juvénile, aux grands yeux rêveurs et au large sourire possède un charme inédit très accrocheur. Le succès triomphal du film, dont chacun se remémore l’incroyable ballet final, d’un romantisme absolu, fait de Leslie la coqueluche d’Hollywood.
En 1952, elle campe une jeune fille naïve et simplette fascinée par des marionnettes dans Lilli, un autre gros succès commercial, qui garde une place de choix dans mes souvenirs de jeunes cinéphiles : en le découvrant à la télévision avec ma sœur au début des années 70, nous avions été tellement charmés par ce joli conte, que des pans entiers du films et la jolie ballade nous sont revenus en mémoire lors d’une discussion 20 ans après. J’aurais du en revanche m’abstenir de le revoir, car j’ai été immanquablement déçu par ce film que j’avait un peu trop idéalisé étant gosse!
On imagine difficilement une autre comédienne pouvant jouer avec autant de candeur et se sensibilité que Leslie le personnage de Lilli. En tous les cas, le public américain l’a identifié à Lili au point qu’on l’assaille dans la rue et les magasins pour que « Lili « fasse la bise aux enfants!
Il était donc logique d’engager Leslie pour incarner Cendrillon dans la pantoufle de verre (1955) de Charles Walters, mais hélas le résultat est assez décevant et manque de magie.
Avec Papa longues jambes (1955) Leslie a le grand honneur d’être la partenaire du mythique Fred Astaire et de retrouver le personnage de fraîche jeune fille rêveuse auquel le public l’a identifié. En dépit d’une patente incompatibilité entre les deux artistes, leur numéro dansé lors du bal de promo est très réussi et le charme pétillant de Leslie Caron toujours présent. La chorégraphie était assurée par Roland Petit, à la demande expresse de Leslie.
On est évidemment heureux de la retrouver dans un personnage différent (une prostituée) pour le décevant remake de la valse de l’ombre. Le film manque hélas d’atmosphère et de réalisme.
En 1958, le producteur Arthur Freed propose à Leslie, le rôle de sa vie (refusé par Audrey Hepburn) dans l’adaptation musicale de Gigi, la nouvelle de Colette.
Après avoir montré quelques réticences à travailler avec Minnelli (Leslie aurait préféré Cukor), l’actrice se fond avec bonheur dans ce film somptueux où elle forme un très joli couple avec Louis Jourdan. Couronné de nombreux oscars, c’est peut être le dernier grand film de la grande époque du musical (si l’on omet les adaptations de shows de Broadway) et un triomphe commercial (le soin apporté au doublage des dialogues et chansons à l'étranger y est pour beaucoup). Si certains critiques de cinéma parisiens (notamment dans la revue Image et son)sont peu enthousiastes, ils distinguent néanmoins la prestation de Leslie "qui illumine le film par sa grâce et sa légèreté.
Après Colette, c’est à Marcel Pagnol qu’Hollywood s‘attaque en 1961…. De manière désastreuse si l’on se réfère aux critiques français qui ont fustigé le film avec beaucoup de hargne et la présence aberrante d’Horst Buchholz en Marius. Aux Etats-Unis où les spectateurs disposaient de moins d’éléments de comparaison le film continue d’enchanter un grand nombre de cinéphiles. Depuis ses débuts hollywoodiens, Leslie Caron avait toujours eu la ferme intention de ne pas se focaliser sur la comédie musicale en prenant de nombreux cours de comédie, pour aborder un plus large répertoire. Le déclin de la comédie musicale lui donna l’occasion de briller dans d’autres registres comme the L shaped room, où elle est réellement touchante dans son rôle d’une femme enceinte, sans compagnon (sa remarquable prestation lui vaudra une nomination à l‘oscar). Mais le public qui l’identifie à l’éternelle jeune fille aux yeux écarquillés, a du mal à la suivre.
Si les rôles se font plus rares à l’écran, Leslie fait beaucoup parler d’elle dans la presse du cœur. Sa liaison avec l’infidèle Warren Beatty (son partenaire de la farce Promise her anything) attise la curiosité du public fasciné par la beauté du couple. Très indélicat, l’acteur expliquera à Leslie qu’elle ne peut jouer à ses cotés dans Bonnie and Clyde car elle est trop vieille pour le rôle.
Au milieu des années 70, Leslie Caron fait son retour en France, dont elle apprécie la qualité de vie plus seine et plus équilibrée. Néanmoins, elle a beaucoup de mal à s’y implanter car elle passe ici pour une étrangère et qu’elle ne trouve aucun rôle à sa mesure, ni de rôles qui l’intéressent profondément. On la retrouve ainsi dans l’homme qui aimait les femmes de Truffaut (un réalisateur avec lequel elle avait noué de solides liens amicaux) et le fort médiocre Tous vedettes, une comédie musicale à la française de Michel Lang (le réalisateur d’A nous les petites anglaises) qu’on ne pourrait comparer décemment avec les chefs d’œuvre que Leslie a tourné à Hollywood.
En 1977, elle incarne avec beaucoup d’outrance et de drôlerie Alla Nazimova dans le très décrié Valentino de Ken Russell, film très kitsch qui lui donne encore l’occasion de donner la réplique à un danseur légendaire : Rudolf Noureev!
Afin de toucher le plus large public, Leslie Caron ne dédaigne pas non plus la télévision :
Je me souviens bien de Dr Erika Werner, feuilleton français des années 70 adapté d’un roman de Konsalik…dont je n’ai jamais vu le dernier épisode…pour cause de vacances familiales (ressortira-t-il un jour en DVD?).
Au creux de la vague, elle se tourne vers l’écriture de scénarios (mais par manque de courage, elle a renoncé à aller plus loin) et de nouvelles (vengeance)
Au début des années 90, Leslie ouvre un petit hôtel en Bourgogne (à Villeneuve sur Yonne plus précisément ) « la lucarne aux chouettes« , qui hélas a fermé ses portes en automne dernier, victime de la crise économique (la clientèle était en grande partie américaine (des aficionados de la comédie musicale?)). Il est à vendre, si vous en avez les moyens….

http://www.lesliecaron-auberge.com/

Afin de garder la main, pour reprendre ses termes, Leslie Caron continue de tenir à l’occasion de petits rôles dans divers films internationaux. On l’a vue ainsi dans Fatale (1992) de Louis Malle ou Chocolat (2000) de Lasse Hallstrom. De courtes apparitions
Ce mois de février nous offre une rare opportunité d’applaudir en live cette star mythique de la comédie musicale . Leslie Caron joue au Châtelet dans l’opérette a little night with music (connue principalement pour le magnifique air Send in the clowns) aux cotés de Lambert Wilson. Pour ma part, j’ai réservé ma place! Et vous?

lundi 1 février 2010

Michele Lee : de Broadway aux feuilletons télé








Pour beaucoup de téléspectateurs , Michele Lee demeure la brune interprète du feuilleton fleuve Cote Ouest (Knots Landing), greffon de Dallas qui remporta un énorme succès dans les années 80. La plupart ignorent que l’interprète de Karen Fairgate fut auparavant une vedette de comédies musicales à Broadway, au cinéma puis à la télévision.
Née en 1942, Michele Lee est la fille du maquilleur Jack Dusick qui a beaucoup travaillé à Hollywood à la fin des années 50, notamment pour grimer les artistes dans les films d’horreur et les westerns comme Rawhide. Fréquentant toute jeune les plateaux de cinéma et de télévision, la jeune fille a vite chopé le virus. Curieusement, elle ne souhaite pas devenir comédienne mais chanteuse; son bac en poche, elle est déjà vedette d’ une revue Vintage 60 qui fait un bide à Broadway. Elle est néanmoins engagée pour deux opérettes qui remportent un succès bien plus important : Bravo Giovanni et surtout Comment réussir en affaires sans se fatiguer qui va tenir près de 5 ans sur scène. Ce show par Frank Loesser, l‘auteur de guys and dolls sera couronné de 7 récompenses au Tony awards. En 1966, elle épouse l’acteur James Farentino, fraîchement divorcé d’ Elizabeth Ashley. Une union chaotique qui va tout de même durer une quinzaine d’années. Après la naissance de son fils, Michele Lee signe un contrat avec la firme discographique Columbia. Elle enregistre plusieurs titres dont de adaptations de Ne me quitte pas de Brel et d’Il faut savoir d’Aznavour, ainsi que des chansons de films comme the look of love de Casino royale. Sans valoir les versions originales , ses reprises s’avèrent d’honnêtes performances chantées à pleine voix par une pro qui a une déjà une large expérience de Broadway. Son titre L David Sloane, avec son coté décalé qui rappelle un peu Winchester cathedral est un succès du Top ten. Sa version de You’ll remember me est de même très réussie (également au répertoire de Peggy Lee).
En 1967, Michele lee retrouve le Hollywood de son enfance pour l’adaptation filmée très réussie de Comment réussir dans les affaires avec Rudy Vallee et Robert Morse. Cette satyre du monde des affaires et des arrivistes est drôle, impertinente et très enlevée; Si la prestation de Robert Morse est très applaudie, Michèle est très remarquée et son numéro I believe in you, l’un des meilleurs du film.
En 1969, la jolie brune reprend le rôle jadis tenu par Irène Dunne puis Kathryn Grayson dans le remake télévisé de Roberta avec Bob Hope (qui faisait partie de la distribution d’origine à Broadway) et Janis Paige. Elle y reprend avec talent l’immortel smoke gets in your eyes.
Il est certain qu’en 1969, aucun producteur de cinéma ne se serait hasardé à reprendre cette opérette. L’âge d’or du film musical hollywoodien était d’ailleurs révolu et seules quelles adaptations filmées des derniers triomphes de Broadway pointaient leur nez sur grand écran. Aussi, il était impossible pour Michèle Lee de poursuivre au cinéma une carrière de vedette de comédie musicale. C’est donc sans chansons qu’on la retrouve en 1969 dans un amour de coccinelle, un film familial des studios Disney avec la célèbre petite automobile (je me souviens très bien d’avoir vu et grandement apprécié le film quand j’étais tout petit). Même chose pour le Comique qui narre les déboires d’un acteur de burlesque égocentrique. Et pourtant avec Dick van Dyke en vedette (le héros de Mary Poppins et Chitty bang bang), on aurait pu s’attendre à une fantaisie musicale. C’est peut être d’ailleurs ce qu’attendait aussi le public, qui déserta les salles, en dépit de la performance de Van Dyke;.
Michèle Lee trouva donc refuge à la télévision. Si à l’occasion on la retrouve dans un musical (comme Of see I sing, un des rares spectacles de Gershwin qui n’ait jamais été adapté pour le grand écran), Michele va surtout être abonnée aux feuilletons télés. Comme elle le reconnaît elle-même, elle les a tous essayé de Dr Marcus Welby en passant par la croisière s’amuse. Elle a également joué dans les pâles remakes télévisés de victoire sur la nuit, un des classiques de Bette Davis ou de Chaînes conjugales. Puis en 1981, la série côte ouest lui a apporté une gloire internationale qui a éclipsé toutes ses prestations passées. Dans la lignée des Dallas et Dynastie, cet interminable feuilleton qui lança Alec Baldwin et Nicolette Sheridan se voulait plus proche des américains moyens . Michèle dans son rôle de femme équilibrée et intègre y gagna la sympathie du public.
Liée par son contrat (et un salaire des plus enviables), l’actrice resta pendant 15 confinée à sa série et sera contrainte de refuser des rôles dans plusieurs comédies musicales sur scène. Depuis la fin du feuilleton, l’actrice, mariée à un producteur a pu profiter de sa liberté retrouvée pour réaliser et produire des téléfilms pas toujours très bien accueillis par la critique (comme color me perfect ) ou surtout retrouver l’odeur des planches et les paillettes des musicals. Les américains ont pu ainsi récemment l’apprécier dans Hello Dolly, Mame et autres classiques pour artistes expérimentés. En 2005, elle a également donné des tours de chant dans des night-clubs en reprenant ses chansons ainsi que du Lennon ou du Joni Mitchell. Enthousiaste et optimiste, Michele Lee a toujours beaucoup de projets et se dévoue pour les alcooliques anonymes. Le 10 février, elle passe au Carnegie Hall avec Michæl Feistein pour rendre un hommage à Frank Loesser et chanter notamment I believe in you. S’il est un peu tard pour réserver un billet d’avion pour New York et une place de concert, vous pouvez toujours apprécier ses talents de chanteuse sur un CD rééditant ses succès des années 60.

dimanche 24 janvier 2010

Elma Karlowa, pimpante brunette de l'ex Yougoslavie



Pimpante et pulpeuse, la brune artiste croate Elma Karlowa a beaucoup joué dans les années 50 dans des comédies souvent musicales le plus souvent totalement insignifiantes qui composaient une large pan du cinéma allemand de l’ère Adenauer. Des spectacles colorés souvent traités avec le plus grand mépris par les critiques des magazines télévisés comme TVSpielfilm qui leur octroient un pouce vers le bas lors de leurs rediffusions sur les chaînes allemandes et autrichiennes.
En dépit des hauts et des bas (voire des abîmes ) composant sa carrière, la piquante actrice aux yeux rieurs s’est mue au fil des années en actrice de composition attachante et professionnelle que l’on retrouve toujours avec plaisir à l’écran.

Née en 1932 à Zagreb en Croatie (à l’époque la Yougoslavie), Selma Karlovak a véritablement joué de chance lors de ses débuts à l’écran. Le cinéma yougoslave était à l’époque presque inexistant : il s’agissait presque toujours de films de guerre épiques et un peu puérils à la gloire des partisans. Ciganka la gitane (1953), réalisé par un Vojislav Nanonic très inspiré par le cinéma américain, avait le mérite de sortir de ce moule, en contant, avec talent, les mésaventures d’une gitane qui ne peut épouser celui qu’elle aime en raison des conventions et des traditions. Dans le rôle principal, la lumineuse Selma est très remarquée . Elle est alors embauchée pour un musical germano serbe « noces dalmates », bluette folklorique sans aucun intérêt, mise en scène par un des réalisateurs les plus prolixes du 3ème Reich . Conseillée par son partenaire Heinz Drache, très amoureux de la jolie brunette, Selma décide de tenter sa chance en Allemagne où l’offre est nettement plus importante que dans son pays, même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.
Rebaptisée, Elma Karlowa, elle joue d’abord dans Guitare d’amour (1954), un film musical sentimental mettant en vedette l’orchestre guimauve ultra populaire de Montovani (qui avait ressuscité avec un succès inespéré Charmaine, un air des années 20) et le chanteur suisse Vico Torriani, qui ne se déparait jamais de son sourire béat. L’intrigue ne brille pas par son originalité et se focalise sur les tribulations d’ un garagiste qui tente de devenir chanteur en Italie. Le succès fulgurant de l’orchestre Montovani vaudra à ce sirop d’être exploité jusqu aux USA avec des sous-titres. Si les critiques applaudissent la musique il restent sceptiques sur le jeu de Miss Karlowa. En revanche, le public l’a bel et bien adoptée.
Elma va enchaîner les films à un rythme très rapide.
On la retrouve dans Cabaret, un des derniers bons films de Willi Forst (sans rapport avec le chef d’œuvre de Bob Fosse) puis le joyeux vagabond, pénible opérette kitsch bâtie autour du glorieux ténor Rudolf Schock, et le remake de l’étudiant pauvre, premier film allemand en scope (elle y incarne une comtesse ). Sans détenir le charme de la version originale, cette opérette assez picaresque est loin d’être désagréable. En tous les cas, elle est bien plus digeste que Bons baisers du Tegernsee, ou romance à Salzkammergut et autres heimatfilms mêlant folklore, paysages champêtres et chansons du terroir. Ces pâles cartes postales n’ont d’ailleurs jamais été exploitées en France ou alors uniquement en Alsace. En robe avantageusement décolletée ou en maillot de bain, Elma s’y contentait d’être jolie.
Bonne vivante et drôle, Elma n’engendrait pas la mélancolie lors des tournages et ses difficultés avec la langue allemande provoquaient l’hilarité de ses collègues. En revanche, elle ne faisait pas forcément preuve de beaucoup de discernement dans le choix se ses films.
Si le roi de la Czardas est un agréable bio pic sur la vie de Kalman, un génie de l’opérette (surtout servi par la voix fantastique de Rudolf Schock), on passera vite sur L'étudiante Hélène Willfuer , mélo en blouse blanche adapté de Vicki Baum.
Rivaux de manège (1956), drame se déroulant dans les milieux du cirque sera exploité aux USA. Craignant peut être que le public américain soit dérouté par une distribution germano-yougoslave, les principaux acteurs seront renommés sur l’affiche : Elma Karlowa sera rebaptisée pour l’occasion Eleanor Marlowe!
En 1958, Elma Karlowa fait partie de la distribution des diables verts du monte Cassino, film inégal relatant une des batailles les plus terribles de la seconde guerre mondiale (beaucoup de tirailleurs nord africains y perdirent leur vie). Après cette longue série de films allemands, Elma fait son retour en Yougoslavie, en acceptant de participer (sous le nom de Selma Karlovak) à une production en couleur et à gros budget, le triomphe des Diables rouges de Zika Mitrovic, un des films yougoslaves les plus connus, qui sera exploité dans le monde entier. Un drame sur la résistance relatant avec beaucoup d’énergie les exploits du capitaine Lesi face aux allemands occupant la Bosnie qui donne enfin l'occasion à la belle Elma (Selma) d'exprimer son ardeur et sa sensualité. Quel dommage que l'artiste n'ait pas poursuivi dans cette voie. Sa carrière se poursuit en Allemagne dans d’innombrables schlagerfilms, comédies destinées à promouvoir les chansons à la mode avec pour décor les plages d’Italie ou de Croatie , et de jolies filles en bikini.
Elma se contente de participer au semblant d’histoire reliant les chansonnettes interprétées par Rex Gildo, Freddy Quinn ou Vivi Bach. Rien de bien enthousiasmant hormis pour les amateurs de variétés sixties.
Le déclin du cinéma populaire allemand, des comédies folkloriques et musicales sera très préjudiciable à l’actrice dont le tour de taille a tendance à s’épaissir. L’actrice qui était connue pour sa bonne humeur et son entrain sombre dans la dépression et tente de se suicider.
Sans propositions cinématographiques, elle essaie de joindre les deux bouts en travaillant dans un bar. Elle accepte même de paraître dans des films porno soft dont les titres éloquents (suce pas ton pouce, laissez les fesses faire, le sexe rend heureux) traduisent bien la dégringolade de la comédienne...et d'un certain cinéma allemand. Précisons néanmoins qu’elle ne figure dans aucune scène coquine (de toute façon, son embonpoint ne lui aurait pas permis!). Qualifié par la revue Cinéma de choukrouten-spaguetti-porno, Laissez les fesses faire a au moins l’intérêt de traiter son sujet avec beaucoup d’ironie et de dérision. Remake « hot » de Ninotchka d’Ernst Lubitsch (le titre original étant Même Ninotchka enlève sa culotte), rediffusé en son temps sur la cinq, cette farce paillarde ne fait pas dans la dentelle, mais se laisse voir avec un brin d’humour.
Dans les années 70 et 80, la comédienne a tout de même pu faire valoir son talent dans des productions nettement plus ambitieuses notamment Les autres s’appellent Ali , un des films les plus émouvants de Fassbinder , le superbe Fédora de Billy Wilder ou encore le désir et la corruption avec Omar Sharif, même si ses rôles de femme de ménage ou de masseuse sont très peu importants.
Elle est également très présente dans les feuilletons télévisé allemands, très connues en Allemagne comme Tatort ou kir royal. L’ancienne brunette pulpeuse aux yeux noirs, au sourire coquin et à l’accent chantant avait laissé la place à une petite femme rondouillarde très à l’aise pour interpréter les personnages du quotidien.
Elma Karlowa est décédée à Munich en 1994.




dimanche 10 janvier 2010

Hind Rostom, la reine de la séduction du monde arabe







Lèvres charnues et regard de feu, Hind Rostom, une des plus grandes stars de l’âge d’or du cinéma égyptien, possédait un magnétisme érotique presque animal d’une intensité peu commune. Souvent comparée à Marilyn Monroe, qui triomphait à la même époque sur les écrans américains, la star égyptienne détenait pourtant une personnalité cinématographique différente, plus vénéneuse et beaucoup moins fragile que la star américaine, ainsi qu’une sensualité plus « brut de décoffrage » qui la rapproche plutôt des stars italiennes comme Sophia Loren. Si les cinéphiles du monde entier se souviennent de son incandescente présence dans Gare centrale, le chef d’œuvre de Youssef Chahine, la blonde vedette a paru dans pas moins de 134 films en Egypte.

Née à Alexandrie en 1931, Hind Rostom a vécu une enfance malheureuse auprès d’un papa agent de police (d’origine turque) très autoritaire et d’une belle mère qui la battait. Elle s’évade de son quotidien en admirant au cinéma des actrices comme Shadia ou Magda sans oublier des stars américaines telles que Rita Hayworth et Lana Turner. Très jeune, elle quitte la cellule familiale et tente sa chance dans les studios de cinéma, où l’on rémunère pour quelques sous ses prestations de figurante.
Le célèbre réalisateur Hassan Al imam la remarque lors d’un casting et lui propose un rôle de femme frivole dans le drame social « les filles de joie » en 1955 qui va la rendre célèbre.
A la même époque, elle épouse le réalisateur Hassan Raza, dont elle aura une fille. Une union malheureuse (Raza mettra même en doute la paternité de leur enfant) qu’elle va essayer de compenser en se dévouant toute entière à son métier de comédienne.
Hind Rostom est engagée dans les productions les plus prestigieuses du moment : dans la comédie musicale c’est toi mon amour de Youssef Chahine (1957), elle se paie même le luxe d’éclipser les célébrissimes Farid el Atrache et Shadia, dans une scène où elle danse sensuellement dans un train subjuguant tous les passagers. Sans être une vraie pro de la danse orientale (même si elle a participé à ses débuts à de nombreux concours de danse), l’actrice n’a aucun mal à convaincre grâce à sa sensualité débordante et ses formes ondulantes.
On la retrouve au générique des Nuits sans sommeil (1957) ,de Salah Abou Serf , film à gros budget et en couleurs qui cherche à dupliquer les mélos flamboyants d'Hollywood, mais ne risque pas de faire de l'ombre aux oeuvres de Douglas Sirk. Beaucoup d’invraisemblances et de longueurs viennent handicaper un film qui présentait pourtant beaucoup d’originalité ( en proie au complexe d'Oedipe, l'héroïne Faten Hamama séduit un homme qui pourrait être son père). La prestation d’Hind Rostom, en femme vénale, respirant la vulgarité est hélas peut être la plus mauvais du film. Elle en rajoute tant à son personnage de garce qu’elle n’est plus crédible.
En revanche, on ne peut que saluer sa prestation dans le magnifique Gare centrale (1958) . Dans le rôle de la plantureuse vendeuse de limonades, qui suscite le désir et la passion autour d’elle, Hind crève l’écran. Très loin des romans photos filmés qui pullulaient sur les écrans arabes, ce film néo-réaliste d’une grande intensité dramatique aborde avec une étonnante franchise la misère humaine et sexuelle. Il est en outre remarquablement mis en scène par Youssef Chahine. Le film connaîtra une carrière internationale inespérée pour un film égyptien.
Applaudie au festival de Berlin pour sa prestation , la star égyptienne préféra pourtant prudemment refuser les offres des studios allemands, préférant le ciel d’Egypte à la grisaille européenne.
Doit-on préciser que Gare centrale fut par contre un four en Egypte, tant ce film social dénotait par rapport aux aspirations des spectateurs arabes qui recherchaient avant tout à s’évader de la réalité quotidienne. Là bas, c’est Conflit sur le Nil (1959) qui lui vaut un triomphe : et pourtant ce film est vraiment inférieur en tous points au film de Chahine. Mais Hind y révèle une sensualité égale, dans le rôle d’une véritable Messaline qui séduit tour à tour deux cousins ( Omar Sharif et Rushdy Abaza). Tel un serpent sorti de son panier d’osier, elle ensorcelle les hommes en ondulant et en dansant pour les séduire : elle sera lourdement punie pour ses forfaits : au cours d’une rixe, elle meurt d’un coup de hache dans le crâne!
Ces différents rôles de séductrices effrontées vaudront à Hind Rostom le surnom de « reine de la séduction », que la vedette a toujours jugé très réducteur. Après tout n’a-t-elle pas aussi incarné çà l’écran aussi bien les mamans que les épouses modèles, les filles de la campagne que les artistes adulées?
Aux dires de Hassan Al-Imam, « bien plus que ses atouts physiques, c’était son dynamisme intérieur qui charmait, une opulence rafraîchissante, sa ferveur juvénile ».
La presse l’a beaucoup comparée à Marilyn (peut être pour sa blondeur et les tenues moulantes qu‘elle portait notamment dans Nuit sans sommeil), alors que finalement les deux stars avaient peu de choses en commun : Hind a d’ailleurs reconnu avoir été davantage influencée par Rita Hayworth tout en admirant par-dessus tout les qualités de comédienne d’Ingrid Bergman. La séduction triomphante d’Hind Rostom, sa force (du moins à l’écran) et son anticonformisme évoquent pour moi encore davantage Ava Gardner.
Pour beaucoup de spectateurs égyptiens, son meilleur rôle demeure celui de Shafiqa la copte, biographie romancée d’une des pionnières de la danse orientale, qui ouvrit au début du 20ème siècle plusieurs cabarets et devint la maîtresse d’un premier Ministre avant de sombrer dans la drogue.
Dans les années 60, Hind paraît dans des mélodrames aux situations extrêmes tels que les affectionne le public arabe (demain sera un autre jour (1961)
une femme en marge de la vie (1961)), des comédies sociales (la perle des filles en 1961) ou musicales (chassé du paradis avec Farid el Atrache).
, On passera rapidement sur le remake de l’Ange bleu, la revue de la nuit (1971), mélo médiocre et démodé à tout point de vue y compris chorégraphique. Même la prestation d’Hind ne sera pas épargnée par la critique qui la juge très mauvaise.
Parole d’honneur (1972) de Hassan el seify qui raconte les malheurs d’un prisonnier est en revanche un très bon film à l’atmosphère lourde et à la réalisation soignée ; on est surpris par certains mouvements de caméras assez audacieux et pas fréquents dans le cinéma arabe de l’époque. Dans le rôle de l’épouse modèle, Hind. à 1000 lieux de la vamp aguichante des années 50, est excellente.
En 1979, Hind Rostom va s’éloigner des écrans pour se consacrer à sa fille et ses petits enfants et laisser aux spectateurs le souvenir d’une actrice toujours belle. Elle s’est rendue à Paris en 1987 dans le cadre d’un festival sur le cinéma arabe.
Si elle a longtemps refusé de vendre ses souvenirs à une télévision égyptienne qui voulait en faire une série, l’actrice a publié dernièrement une autobiographie. On a également longtemps évoqué un possible retour à la télévision, mais les producteurs n’ont pu s’aligner sur ses exigences salariales.
Hind Rostom a longtemps continué de se rendre aux soirées et premières aux bras de son second mari le docteur Fayad.
Attentive à l’évolution du cinéma et de la chanson orientale, elle déclarait beaucoup apprécier la chanteuse Nancy Ajram, artiste qui lui est souvent comparée. Elle vient de nous quitter en août 2011.



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