vendredi 23 avril 2010

Dorothy Lamour, déesse de la jungle






Vénus des mers du sud, la brune Dorothy Lamour reflète toute la magie du cinéma hollywoodien d’autrefois où tous les rêves étaient permis et où sa voix mélodieuse et langoureuse berçaient plus d’un film d’aventure ou comédie musicale. Peinturlurée de fond de teint , vêtue d’un sarong, adossé contre un arbre, cette jolie sirène des années 40 représente presque un mirage d’un monde aujourd’hui perdu. Une fine comédienne qui a également su évoluer avec humour dans des farces déjantées aux cotés du crooner Bing Crosby et de Bob Hope.

Née en 1914 à la nouvelle Orléans , Dorothy Lamour a travaillé très jeune pour subvenir aux besoins de sa famille. Alors qu’elle vend des jouets dans un grand magasin, la jeune fille se présente à un concours de chant à Chicago. Repérée par le chef d’orchestre Herbie Kaye, Dorothy est engagée dans sa formation pour des tournées à travers les USA et des émissions de radio très populaires. Elle devient aussi l’épouse d’Herbie. De passage à Hollywood , la belle est remarquée par louis B Mayer et d’autres producteurs mais la maladresse de son impresario lui fait perdre bien des opportunités. Finalement la Paramount lui propose d’incarner « Hula, fille de la brousse » dans une jungle de pacotille. Couverte de peinture foncée (qui lui vaudra des problèmes cutanés), flanquée du chimpanzé Bogo et du tigre Kimau, Dorothy chante et enchante le public avec son personnage de Tarzane.
Tout en poursuivant les tournées avec son mari, la nouvelle star sous contrat avec la Paramount tient des rôles secondaires dans plusieurs musicals de la Paramount comme la furie de l’or noir (1937) où elle est éclipsée par Irène Dunne. Conscient du potentiel de la brunette, Samuel Goldwynn l’emprunte à la Paramount pour Hurricane de John Ford. Son rôle de fille de îles enthousiasme le public et les journaux de cinéma qui se focalisent sur sa beauté « typée » comme on disait à l’époque. Elle enregistre aussi la chanson du film « the moon of Monakoora » une mélodie hawaïenne entêtante, qui fait un tabac (reprise en France par Elyane Célis). Désormais abonnée aux rôles de natives, Dorothy Lamour sera successivement « Toura la déesse de la jungle » (au milieu de vilains indigènes qui veulent jeter aux crocodiles les hommes blancs), l’héroïne du Typhon (en technicolor et sarong raccourci ), Aloma le reine des îles (avec un Jon Hall tout en muscles) ou la comparse de Mahok, éléphant du diable (qui fera beaucoup rire quelques critiques acerbes) …et d’autres fantaisies tropicales qu’on aimerait bien revoir aujourd’hui et dont la saveur faussement exotique a pris un goût délicieusement kitsch.
Pour promouvoir certains films, Dorothy donnait un tour de chant en première partie , avec son sarong et ses bracelets, dans les salles obscures de New York.
Dorothy Lamour paraît également dans des comédies musicales (Saint Louis blues, l’escadre est au port) de facture classique ou dans des polars de qualité (Johnny Appolo avec Tyrone Power) ou encore des films à costumes comme la belle écuyère où pour une fois, elle est saluée pour son interprétation, sans rencontrer l’adhésion du public. Humble et lucide, Dorothy Lamour n’a jamais prétendu être une grande comédienne; Aux journalistes lui demandant si elle avait pris des cours de chant ou de comédie , elle répondait « non, ça se voit! ».
En 1940, Dorothy triomphe dans la route pour Singapour, une comédie musicale burlesque aux dialogues délirants avec Bing Crosby et un Bob Hope extravagant. Le succès est tel que plusieurs suites seront tournées avec le même trio tour à tour au Maroc, à Rio puis à Bali. Outre des jolies chansons languissantes, Dorothy est impeccable dans ce genre de comédies loufoques où sa malice et son ton moqueur apportent un zeste bienvenu à ce cocktail de fantaisie.
Divorcée d’Herbie Kaye, la star qui se consacre sans compter aux œuvres de charité et à l’effort de guerre (on raconte qu’elle a réussi à vendre plus de bons de guerre qu’aucune autre vedette) sort souvent avec JE Hoover, patron de la CIA, avec lequel elle restera liée jusqu’à sa mort. Il semble à posteriori qu’il s’agissait bien plus qu’une tendre amitié mais l’actrice épousera portant le capitaine WR Howard.
En 1944, elle crée le slow It should happen to you dans le musical 4 flirts et un cœur avec la pétulante Betty Hutton. On la retrouve ensuite dans le remake musical de la baronne de minuit « Mascarade à Mexico » de Mitchell Leisen, son réalisateur favori. Toujours aussi modeste, l’actrice aurait alors déclaré : le script est trop bon, il y a des dialogues, ce n’est pas pour moi! Avant d’être convaincue par le réalisateur . Si le résultat est décevant (il semble que quelques chansons et passages soient tronqués dans la version subsistante), la prestation de Dorothy est tout à fait honorable.
Désireuse de faire évoluer sa carrière vers des films plus ambitieux, l’actrice n’hésitera pas à brûler symboliquement son sarong devant la presse spécialisée. Mais est-il facile d’abandonner si facilement une image qui vous colle à la peau?
Après avoir formé un amusant tandem avec Bob Hope dans la brune de mes rêves, l’actrice s’est fourvoyée dans les corsaires de la terre, film d’aventure descendu par la critique avec une rare violence.
La Paramount qui en profitait pour rajeunir son staff d’acteurs rendit sa liberté à Dorothy afin de lancer de nouvelles actrices plus jeunes.
Hélas, les quelques films que l’actrice tournera en free lance n’auront aucun impact auprès de public. Danseuse de cancan dans slightly french (1949) ou chanteuse de la belle époque dans lulu Belle (condamné par une ligue de décence comme amoral), Dorothy n’a pas le même attrait qu’en sarong .
Elle accepte de se produire en tour de chant au Palladium de Londres où elle remporte un franc succès.
En 1952, Dorothy fait son come back à l’écran dans Sous le plus grand chapiteau du monde, une superproduction de Cecil B de Mille, souvent rediffusée à la télévision. Un film mémorable m^me si le rôle de Dorothy est plutôt effacé. Après une dernière pirouette dans Bal à Bali avec ses copains Bob Hope et Bing Crosby (et en sarong comme autrefois), Dorothy quitte l’écran pour se consacrer à ses enfants. Comme elle l’avoue elle-même, le téléphone ne sonnait plus !
Hollywood n’a jamais vraiment misé sur les vedettes glamoureuses de plus de 40 ans, surtout quand elle sont sujettes au double menton.
Dorothy continuera à chanter sur disque , dans les night clubs et à Londres à nouveau., avant de refaire une apparition fugace (amis remarquée) dans un ultime numéro d’En route vers…Hong Kong (1962), malgré l’opposition de Bing Crosby qui ne la jugeait plus bancable et la présence de Joan Collins dans le principal rôle féminin.
Si à l’occasion, l’actrice accepte un rôle voire même n’importe quoi pour ne pas se faire oublier (l’indigne Pyjama party par exemple), Dorothy chante surtout désormais sur scène (Hello Dolly en 1967). Interrogée sur le cinéma d’aujourd’hui, l’ancien sex symbol se montrait quelque peu aigrie fustigeant « le sexe, la nudité et l’homosexualité à l’écran qui ruinent l‘espoir de la jeunesse» . Elle apparaîtra encore dans des séries télé , ne refusant jamais une interview. Collègue très appréciée de ses pairs pour a bonne humeur , sa simplicité et son humour, Dorothy Lamour nous a quitté en 1994.
Hélas, la Paramount dont elle fut la star la mieux payé à la fin des années 30, n’a jamais vraiment accordé d’intérêt à son catalogue et hormis la série avec Bob Hope, les films de Dorothy Lamour sont difficilement visibles aujourd’hui Nul doute qu’un ressortie en DVD occasionnerait un regain d’intérêt pour cette splendide créature. En tous les cas, on peut toujours écouter sa voix berceuse, ensorcelante sur quelques Cds importés des USA ou d’Angleterre.

samedi 3 avril 2010

Jacqueline Francell, jolie divette des films chantés d'avant guerre






Au début des années 30, à l’arrivée du cinéma parlant, on chantait à tue tête dans les films français : des comédies fort populaires à l’époque, parfois tournées en partenariat avec les studios américains ou allemands, mieux équipés sur un plan technique. Parmi les vedettes de ces opérettes filmées si prisées du public, et si injustement rejetées et oubliées de nos jours figuraient la jolie soprano Jacqueline Francell, qui avait fait ses classes à l’opéra comique.

Jacqueline Francell est la fille de Fernand Francell un célèbre ténor de l’opéra de Paris qu’on a vu par la suite au cinéma dans les trois mousquetaires de Diamant-Berger (il incarnait Louis XIII) et au cotés de sa fille dans l’appel du silence. Après avoir suivi des cours de chant et de gymnastique acrobatique, la brune jeune fille débute à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, dans « La Flûte enchantée » avant de chanter « Les Noces de Figaro » à l’opéra comique. Elle bifurque ensuite vers des spectacles plus faciles en se consacrant à l’opérette, style très en vogue à la fin des années 20. L’opérette Flossie (1929) est pour elle un triomphe personnel, et même la romancière Colette fait part de son enthousiasme. Dans le spectacle figure aussi un dénommé Jean Gabin dans un rôle mineur. Sa courte liaison avec Jacqueline brisera le ménage qu’il formait avec Gaby Basset.
Le couple se retrouve dans Arsène Lupin banquier, musical adapté des romans de Maurice Leblanc. L’exquise Jacqueline est à nouveau fort remarquée dans l’opérette coquine d’Honegger le roi Pausole, qui narre les péripéties d’un royaume de débauchés dont le roi change de femme tous les jours. Devenue l’une des jeunes premières les plus en vue de Paris, la jolie comédienne a beaucoup de goût : Emile Ruhlmann, illustre décorateur, conçoit à son attention , lors du Salon des artistes décorateurs de 1930, une paire de meubles en bois de violette, un chiffonnier et un secrétaire enrichis de détails de bronze argenté. De véritables bijoux d’art nouveau qui ont été adjugés 305 000 euros lors d’une récente vente aux enchères.

Avec l’avènement du cinéma parlant, les studios de cinéma recherchent avidement les jeunes comédiennes sachant chanter et jouer pour leurs prochaines productions. En 1932, Jacqueline Francell est engagée pour Mirages de Paris du metteur en scène russe Fedor Ozep qui raconte la montée à Paris d'une petite provinciale naïve qui perd peu à peu ses illusions dans la grande ville. Un succès international aussi bien public que critique (qu’on aimerait bien découvrir en DVD un jour!). La même année, Jacqueline joue aux cotés du grand Raimu dans la petite chocolatière de Marc Allégret (donc quelques gags sont signés Jacques Prévert). Elle grave aussi plusieurs 78 tours avec des airs d’opérettes comme Florestan Ier de Sacha Guitry.
Logiquement, Jacqueline reprend à l’écran les rôles qui ont fait son succès sur scène (enlevez-moi, le roi Pausole…). Décolorée en blonde, comme les stars américaines, toutes les portes s’ouvrent devant elle, même celles des studios d’Hollywood . En 1933 elle donne la réplique à Maurice Chevalier pour la version française de The way to love (l’amour guide). Malheureusement, le résultat n’est pas très probant, les dialogues très mauvais et « Jacqueline semble s’y ennuyer » pour reprendre la presse de l’époque.
De retour à Paris, Jacqueline joue avec Henry Garat, le chouchou des dames, dans de sympathiques films chantés, mais qui ont pris un vilain coup de vieux. Dans les studios berlinois, elle participe à la version française de l’opérette le baron tzigane (1935) avec Anton Walbrook. En 1936, elle tient l’un des rôles principaux d’une grande opérette à l’américaine d'Yves Mirande secondé par Siodmak: le grand refrain, qui se déroule dans les milieux du music-hall , avec Fernand Gravey en jeune musicien pauvre mais talentueux, qui fait fortune en composant une opérette. En dépit d’une musique de Richard Heyman(le chemin du paradis), et de quelques passages oniriques à la Berkeley, le film pèche par excès de sentimentalisme.
Jacqueline rêve toujours de donner un tournant international à sa carrière , mais l’opérette de Kurt Weil qu’elle inaugure à Londres est un échec retentissant. En revanche, l’actrice fait triompher le Roi Pausole en Amérique du sud où la pièce choque…mais remplit les salles.

A coté des opérettes, on est étonné de découvrir dans la filmographie de la chanteuse une biographie de Charles de Foucauld , missionnaire en Algerie et au Maroc, assassiné à Tamanrasset par une troupe de rebelles ainsi qu’un film vaguement inspiré par le destin de sainte Thérèse de Lisieux (la rose effeuillée). Des œuvres pleines de bonnes intentions, mais si platement réalisées qu’elles perdent tout intérêt.
Le déclin des films chantés va mettre un terme à la fin de la carrière cinématographique de la blonde divette. Cependant , sa carrière va se poursuivre sur scène dans l’opérette avec notamment balalaïka, avec Reda Caire, un succès de 1938 ou encore une reprise de Ciboulette en 1942.

En 1941, elle épouse Gabriel Bouillon, professeur au Conservatoire national de musique.
Après guerre, la chanteuse « à la voix de mésange » se tourne vers le théâtre. On la retrouvera notamment dans plume au vent de Jean Nohain ou Patate de Marcel Achard.
Jacqueline Francell est décédée en 1962 à Neuilly-sur-Seine, de complications à la suite d’une intervention chirurgicale. Femme au grand cœur et d'une extrême simplicité, elle se dépensait sans compter pour plusieurs œuvres philanthropiques.

vendredi 2 avril 2010

Rani Mukherjee, la reine de Bollywood









Depuis le début du XXI ème siècle, le cinéma indien a conquis en Europe
une popularité incroyable auprès d’un public toujours plus nombreux : en
renouant avec la tradition de l’âge d’or d’Hollywood, du faste, des
paillettes, des chorégraphies somptueuses et des sentiments exacerbés,
les studios indiens sont enfin parvenus à exporter leur production.
Parmi les reines de ce royaume de conte de fée, l’une des plus jolies et
des plus populaires vedettes se nomme Rani (ce qui signifie « reine » en hindi)
Mukherjee. Son étrange voix cassée et très sensuelle ainsi que ses
indéniables qualités de comédienne lui ont permis de se tailler une
place de choix à Bollywood. Mais pour combien de temps encore ?

Née en 1978 à Calcutta, Rani Mukherjee a toujours baigné dans le monde
du cinéma : son père était réalisateur, sa mère chanteuse, ses tantes (Nutan, Tanuja) des stars de cinéma et la plupart
des membres de sa famille évoluaient dans le show business.. . On
précisera à cette occasion qu’à Bollywood, le népotisme est
omniprésent, et qu’une jeune femme sans relation n’a aucune chance
d’être admise dans l’univers cinématographique à moins qu’elle ait
remporté un concours de beauté de premier plan.
Si son papa lui offre d’abord un petit rôle dès 1993, l’actrice ne se
fera remarquer qu’en 1997 dans Kuch kuch hota hai, un immense succès
commercial et une délicieuse comédie musicale où elle est un peu
éclipsée par le couple vedette Kajol et Sharukh khan qui fait ici
vraiment des étincelles. A coté de la facétieuse et attachante Kajol (sa
cousine dans la vie), Rani, le teint éclairci par le maquillage (ça fait plus chic en Inde), semble un peu fade. Elle est néanmoins lancée
et paraît dans des films de qualité inégale (dont deux avec Govinda,
avec lequel l'actrice aurait eu une liaison). Le plus connu du lot
demeure Chori Chori chupke chupke, une histoire de mère porteuse assez
audacieuse qui a également recueilli un gros suffrage populaire. Rani y
incarne une femme stérile qui accepte de recourir à une mère d’emprunt
(une prostituée incarnée par une excellente et pétillante Preity Zinta)
pour pouvoir donner un enfant à son mari, qui ne supporte pas l’idée
d’adopter un enfant (un postulat qui m’a paru inacceptable). Malgré le
coté parfois choquant du sujet, le film est assez réussi grâce à
l’interprétation des deux comédiennes dans des scènes très dramatiques
où la mère porteuse menace de garder le bébé.
En 2001, Rani fait partie de l’impressionnante distribution de la famille
indienne, énorme succès commercial qui manie avec brio les grands
ressorts du mélo musical bollywoodien. Néanmoins, c'est avec Saathiya, un
drame plus encré dans la réalité quotidienne (l'histoire toute simple
d'un couple qui décide de s'unir malgré l'opposition des familles) qui
lui vaut enfin des critiques élogieuses. Forte de ce succès, Rani s’impose très rapidement comme la star la plus en vue de Bollywood dans une série impressionnante de très gros succès commerciaux : Hum tum, comédie moderne avec Saif Ali Khan , Veer Zara, un drame très romantique où Rani incarne avec beaucoup de grâce et d’émotion contenue l’avocate qui défend Sharukh Khan et surtout Black, remake indien de Miracle en Alabama où une Rani méconnaissable impressionne dans un rôle de sourde-muette aveugle prise en charge par un éducateur obstiné dont elle tombe amoureuse. En dépit de certaines outrances typiques à l’univers bollywoodien, l’interprétation parfaite de Rani et du grandiose Amitabh Bachchan est vibrante d’émotion. C’est probablement le sommet de sa carrière et son rôle favori.
Dans un genre tout à fait différent, Rani forme un couple sulfureux avec le fils de la star, Abishek Bachchan dans Bunty et Bably , sorte de Bonny and Clyde humoristique. Plus sexy que jamais, la star y danse en mini short et bottes de cuir, dans un décor enflammé.
Sans jamais atteindre la grâce et la dextérité de la brillante danseuse Madhuri Dixit, Rani, qui a beaucoup étudié les danses orientales dans sa jeunesse n’a aucune difficulté pour se prêter aux nombreuses chorégraphies qui émaillent presque tous les films indiens. Son numéro dansé lors d’une cérémonie sera pourtant vivement critiqué par les puristes estimant que l’actrice ne respectait pas la tradition.
Devenue en 2005 la star indienne n°1 (les recettes de ses films dépasseraient celles de SRK), Rani a l’honneur suprême d’être invitée par le Premier Ministre Manmohan Singh à une réception donnée en l’honneur du Président pakistanais Pervez Musharraf, admirateur inconditionnel. En 2006, l’actrice se rend à Paris pour l’avant première de Veer Zara.
Parvenue au sommet, la star va pourtant
éprouver le plus grand mal à maintenir son statut, dans un cinéma toujours mouvant où les nouvelles stars féminines éclosent tous les 2 mois et où passé 30 ans les comédiennes ont le plus grand mal à poursuivre leur carrière. Si elle tire bien son épingle du jeu deKabhi alvida naa kehna, luxueuse production sur une liaison adultère, parfois un peu outrancière mais sauvée par de très belles chorégraphies, les films suivants seront souvent très décevants et connaîtront un succès décroissant.
Comédie familiale sans aucune crédibilité , Ta ra rum pum a tous les défauts d’une clinquante publicité (on retiendra seulement un passages dansé très pop avec une Rani transformée en bomba latina).
Les déclarations irresponsables (et probablement déformées) de Rani dans un magazine anglais où elle déclare qu’Hitler est son inspirateur, ne lui seront pas bénéfiques. En 2009, les critiques pleuvent sur Dil Bole Hadippa
; Le couple mal assorti qu’elle y forme avec le jeune Shahid Kapoor reçoit la peu glorieuse distinction du plus mauvais de l’année.
Pressentie pour jouer dans une adaptation d’une nouvelle de Salman
Rushdie sous la direction de la réalisatrice canadienne Deepa Mehta, Rani
Mukherjee s’est finalement retirée du projet, s’estimant trop jeune pour
un rôle de maman. Elle aurait également reçu quelques propositions
d’Hollywood, mais pour le moment n’en a retenu aucune. Si elle se montre
si difficile dans le choix de ses rôles, la vedette indienne n’a pas dédaigné jouer les
jurys d’un concours de danse pour la télé indienne, ce qui peut paraître paradoxal! J’imagine que ces passages télévisés
devaient être très bien payés. La star envisage également la possibilité de
se tourner un jour vers la réalisation. En tous les cas, la très belle
comédienne a certainement encore beaucoup des surprises à nous réserver
si la chance veut bien lui sourire à nouveau.

dimanche 28 mars 2010

Marie McDonald, "the body"








Bien avant Paris Hilton et les héroïnes de télé réalité, une certaine presse se penchait avec délectation sur les déboires de certaines vedettes tapageuses plus connues pour leurs frasques pour leurs films.
Les péripéties de la blonde pin up Marie Mc Donald ont même souvent été relatées dans la presse française alors que très peu de ses films ont été exploités chez nous.
Née en 1923 dans le Kentucky, Marie McDonald se rend à New York avec ses parents à l’âge de 15 ans. Sa maman, ancienne girl des Ziegfeld follies rêve que sa fille embrasse à son tour une destinée « artistique » . . Inscrite à tous les concours de beauté, elle rafle toutes les récompenses et notamment celle de Miss New York.
Avec un tel passeport, la belle n’a pas de mal à se faire embaucher comme girl dans les revues de George White . En route pour Hollywood, Marie a plus de mal à se faire remarquer. La 20th century Fox ne donne pas suite à ses bouts d’essai, et elle est virée du tournage de Melody lane car elle ne donne pas du tout satisfaction. Elle est même tentée de rebrousser chemin quand lors d’un gala au Hollywood Bowl, le célèbre chef d’orchestre Tommy Dorsey la remarque incidemment alors qu’elle fredonne quelques bribes de chansonnettes tout en dansant : séduit par sa voix, et son physique il lui offre une place dans sa formation. La firme Universal, lui propose alors de remplacer Maria Montez , dans la comédie de série b « deux nigauds dans une île » avec le populaire tandem Abbott et Costello. La publicité lance Marie, décolorée en blonde, en l’affublant du sobriquet ridicule de « the body » qui la poursuivra toute sa modeste carrière.
Si Marie obtient plusieurs petits rôles notamment dans Eve a commencé un des plus gros succès de Deanna Durbin, la fée blanche avec la patineuse Sonja Henie (dans lequel elle fournit un prestation tout à fait acceptable), on ne lui propose la tête d’affiche que dans des productions à très petit budget.
Si la blonde vedette ne peut s’enorgueillir de sa filmographie, elle arrive à capter l’attention du public en posant dans d’innombrables magazines en maillot de bain, deventa ainsi une des pin-up les plus prisées des soldats. Sa vie sentimentale extrêmement agitée, lui vaut aussi de nombreuses colonnes dans les journaux à scandale. elle parvient à faire annuler son mariage précoce avec une un sportif qui continuait d’avoir des rapports avec sa femme précédente et lui avait offert une alliance en pur toc. Ses liaisons avec Bruce Cabot, le gangster Bugsy Siegel ou son mariage avec le roi de la chaussure Harry Karl font jaser.
Attirée par le potentiel publicitaire de cette star plus connue par ses frasques et par sa silhouette plantureuse que pour ses talents de comédienne, Louis B Mayer, patron de la MGM et coureur de jupons lui offre un rôle aux cotés de Gene Kelly dans Living in a big way (1947) de Gregory La Cava, qui demeure un des films les moins connus du danseur, (il est toutefois rediffusé parfois sur TCM). Ce petit film anodin retient surtout l’attention pour les très jolis numéros dansés de Kelly avec les enfants ou avec un chien, chorégraphiés avec l‘aide de Stanley Donen (et rajoutés semble t‘il au dernier moment au film pour tenter de l‘améliorer). Marie défend hélas un rôle d’ingénue sans aucune consistance et danse avec Gene un numéro qui rappelle beaucoup ceux du couple Astaire et Rogers. Le tournage ne s’est pas très bien passé, le célèbre danseur appréhendait de jouer avec une « dame ne sachant ni jouer, ni danser, ni chanter » (ce qui est parfaitement injuste) imposée par le patron du studio pour des raisons personnelles. L’ambitieuse actrice n’apprécia pas du tout que son numéro de danse en solo soit coupé et paya même 14 000 dollars pour être délivrée de son contrat avec la firme du lion. Ce ne fut pas du tout un bon calcul, car la star aura le plus grand mal à retrouver un emploi par la suite, d‘autant plus que le film n‘aura aucun succès. Harry Cohn qui envisageait de lui confier le rôle principal de Born yestarday, lui préfère Judy Holliday. Elle se consolera en jouant le rôle sur scène.
Après trois films (dont un assez lamentable musical nommé hit parade of 1951 qui lui donne l‘opportunité de chanter quelques ballades), l’actrice trouve encore quelques rôles à la télé tout en continuant à faire parler d’elle dans les journaux. En 1954, sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, elle emboutit plusieurs voitures dans un parking. Au sortir de sa garde à vue, elle prétendra avoir été malmenée par les forces de l’ordre. En 1957, la star est victime d’un enlèvement. Deux hommes (un noir et un mexicain) l’auraient kidnappée, droguée et violée, avant de la séquestrer, dans un endroit inconnu puis de l'abandonner au bord d’une route dans le désert, tout juste vêtue d’une nuisette. Le FBI et la presse ont immédiatement émis les plus gros doutes sur cet incident évoquant un « bluff publicitaire » d’une actrice en mal de célébrité voire même un désordre mental.
Le coup médiatique a néanmoins permis de remettre la star dans la lumière : elle joue dans le kid en kimono avec Jerry Lewis, enregistre un 33 tours chez RCA (assez agréable) et donne une série de tours de chant dans des night clubs. Elle flirte avec Orson Welles , Eddie Fisher et Michael Wilding, se marie à nouveau plusieurs fois « les maris étant plus faciles à trouver que les bons impresarios » pour reprendre ses dires et sombre dans l‘alcool et la drogue pour oublier ses soucis. En 1962, victime d’une grave dépression nerveuse, elle est internée dans un asile en Australie d’où elle s’évade quelques jours après! En 1963, grâce au soutien de son nouveau mari, le producteur Donald Taylor, elle remplace Mamie van Doren dans le lamentable Promises promises, comédie poussive et pas du tout drôle où Jayne Mansfield se montre nue dans quelques scènes d’anthologie (ce qui vaudra à ce navet promu par le magazine Playboy d‘être interdit dans plusieurs états).
En 1965, Marie McDonald est retrouvée morte d’une overdose. Son mari, entendu par la police, se suicidera peu après. S’agissait il d’un accident ou d’un suicide? On ne saura jamais vraiment.
La célébrité de Marie Mc Donald reposant davantage sur ses scandales que sur un réel talent, elle tombera très rapidement dans l’oubli. Un site américain lui est dédié

mardi 9 mars 2010

Jacqueline Gauthier, l'incomprise








Entre Jacqueline Gauthier et le cinéma, il y a toujours eu un malentendu. Tout de suite, la mignonne comédienne a été cataloguée dans des rôles comiques de jeunes femmes écervelées, piquantes et superficielles dans de nombreuses farces musicales ou non tournées pendant l‘occupation et l‘immédiat après-guerre. Prisonnière de rôles qui ne lui convenaient guère, l’actrice a très tôt manifesté son mécontentement…sans jamais avoir gain de cause. C’est finalement au théâtre que Jacqueline Gauthier a rencontré la notoriété et la possibilité d’aborder des personnages différents, même si elle fut toujours habitée par une insatisfaction certaine.

Née en 1918 à Paris, Jacqueline Gauthier a très tôt été attirée par la comédie ; dès l’âge de 15 ans, elle passe une audition auprès de Louis Jouvet pour le rôle d’Agnès dans l’école des femmes. Mais le célèbre acteur la rejette catégoriquement « aucune chance d’être une ingénue. Peut être plus tard le genre Spinelly ou encore Arletty. Je ne peux rien vous apprendre! ».
Recalée trois fois au conservatoire, à force de persévérance, Jacqueline est enfin retenue. Elle fait ses classes au cours Simon au coté de nombreux artistes en herbe tels que Daniel Gélin, Sophie Desmarets ou Louis de Funès.
Finalement, elle remplace Alice Cocéa au théâtre du Gymnase dans Histoire de rire et devient célèbre du jour au lendemain. Abel Gance lui propose alors un rôle important dans l’opérette de Charpentier Louise avec Grâce Moore et George Thill…mais la plupart de ses scènes finiront coupées au montage.
Pendant la guerre, Jacqueline va toutefois beaucoup tourner pour le cinéma, mais la plus souvent dans des films médiocres qui ne la mettent guère en valeur.
Elle est souvent la partenaire des chanteurs à succès du moment, notamment du grand Charles Trenet dans Frédérica (1943), platement mis en scène par Jean Boyer sur un scénario stupide ou du populaire Tino Rossi dans la sérénade aux nuages (1946) réalisée par André Cayatte qui relève le niveau.
Toujours pour Cayatte, Jacqueline joue dans Au bonheur des dames, une adaptation très réussie du roman de Zola, et probablement un de ses meilleurs films, même si son rôle est très secondaire.
Feu Nicolas (1943) farce pourtant poussive et ridicule avec fantômes en goguette sera un gros succès commercial en raison de la présence de Rellys, comédien attachant qui eut son heure de gloire au milieu des années 40. On se souvient davantage des amours de Casanova, un des films les plus populaires du chanteur Georges Guétary où Jacqueline figure parmi les conquêtes du séducteur.
Enfin, la comédie musicale Une nuit à Tabarin (1947), réalisé par un vieux routier du cinéma de divertissement le tchèque Karel Lamac (qui lança sa compagne Anny Ondra), est un très gros succès commercial. Avec ce succès personnel (Jacqueline, rayonnante, figure au sommet de l’affiche devant Robert Dhéry) qui curieusement n’a jamais fait l’objet de réédition en VHS ni DVD (et que ma mère avait adiré quand elle l'avait vu , enfant, à sa sortie), Jacqueline est à la croisée des chemins. Courageusement, elle entend profiter de ce succès personnel pour tenter de donner un tournant à sa carrière, imposer ses choix et rejeter les « personnages de jolies femmes fantaisistes et sans tête » qui lui sont proposés. N’a-t-elle pas déjà prouvé sur les planches, qu’elle pouvait tenir des rôles dramatiques (Marché noir)? Jacqueline va attendre pendant deux ans , en refusant de nombreuses propositions, lassée de cet « éternel féminin vu par le petit bout de la lorgnette ». A un moment Henri Diamant Berger envisage de lui confier le rôle de la directrice dans la maternelle, refusé par Annie Ducaux, mais recule devant la perplexité des producteurs (Marie Déa héritera du rôle). On parle également d’un film policier « Pont l’abîme », qui lui tient à cœur et qui ne verra jamais le jour.
Le journal L’écran français souhaiterait la voir diriger par Jacques Becker ou Autant-Lara…. Que de rêves perdus. Finalement, Jacqueline fera une piteuse rentrée à l’écran dans une comédie légère comme elle les déteste et fort mauvaise , Ève et le serpent. Par curiosité, on aimerait quand même revoir l’extravagante Théodora adaptation filmée d’une comédie boulevard qu’elle avait testé auparavant sur les planches avec Georges Rollin (avec lequel elle aura une liaison passionnée et contrariée), ne serait ce que pour comparer avec la version américaine où Irène Dunne tenait le rôle principal. En 1950, Jacqueline est vedette d'un musical "Ils ont 20 ans" avec Philippe Lemaire, tout juste sorti du triomphe de "nous irons à Paris".

Lasse de ne rien trouver de convenable au cinéma, Jacqueline va uniquement se consacrer au théâtre et à la radio où elle chante à l’occasion. Comparée à Gaby Morlay , Jacqueline Gauthier devient une des comédiennes les plus prisées du théâtre de boulevard. En 1959, elle triomphe avec Michel Roux dans l’effet Glapion d’Audiberti, une pièce un peu plus recherchée que les vaudevilles de base dans lesquelles on la cantonne. Outre les pièces d’André roussin on retiendra surtout sa prestation dans 40 carats de barillet et Gredy qui lui vaut encore un triomphe en 1967 (la pièce sera adaptée à l’écran avec Gene Kelly et Liv Ullman). Désormais blonde, Jacqueline Gauthier enchaîne les pièces de boulevard, souvent diffusées dans « au théâtre ce soir ». Mais le cœur n’y est plus. Vaincue par la solitude, la peur de la vieillesse et des revers de fortune , l’actrice se suicide en 1982. La nouvelle de sa mort sera complètement occultée par le décès accidentel de Grace de Monaco.
Lyliane Grandjean lui a consacré une biographie aux éditions de l’amandier.

dimanche 21 février 2010

Yvette Lebon, le plus beau regard du cinéma français, va fêter ses 100 ans cette année









Vedette de cinéma des années 30 au regard magnifique, partenaire des plus célèbres chanteurs d’avant guerre, Yvette Lebon va fêter ses 100 ans dans quelques mois. L’occasion de rendre hommage à une des plus belles actrices de l’histoire du cinéma français, avec laquelle je n’ai aucun lien de parenté proche, même si nous partageons le même patronyme. Une carrière un peu chaotique qui s’étale sur plus de 40 ans, même si peu d’œuvres marquantes s’en détachent, la comédienne ayant toujours favorisé, par goût personnel ou par stratégie les spectacles populaires et les films de genre de l’opérette aux péplums en passant par les films de cape et d’épée.

Née en 1910 à Paris, Yvette Lebon prend très jeune des cours de danse et de peinture . et fait un peu de figuration dans quelques opérettes filmées avec Henry Garat. Sa silhouette élancée et la grande beauté de ses yeux en amande ne laissent pas indifférent. Le réalisateur Marc Allégret la remarque lors d’une audition. Il envisage de la faire jouer dans une adaptation de Barbe bleue qui ne verra jamais le jour et lui confie finalement un rôle dans Zouzou dont la vedette est Joséphine Baker. Dans ce film au scénario très convenu, la célèbre artiste black est amoureuse de Jean Gabin, son camarade d’enfance qui n’a d’yeux que pour Claire (comme le prénom est bien choisi!) incarnée par Yvette Lebon. Décolorée en blond platine (comme Jean harle la grande star du moment), Yvette danse la java dans les bras du puissant Jean qui lui chantonne un air canaille à l’oreille sous l’œil attendri de Miss Baker. En 1935, elle tient un rôle secondaire dans Divine de Max Ophuls.
Mais Yvette Lebon va surtout paraître dans des films musicaux aux cotés des chanteurs les plus populaires du moment. Dans Marinella(1936) ,un énorme succès commercial, elle est une modeste dactylo qui se produit incognito dans des spectacles sous le nom de la chanteuse masquée . Le sort faisant bien les choses, elle s’éprend du chanteur masqué, Tino Rossi. Inutile de rappeler que la rumba Marinella entonnée par le chanteur corse obtint un succès extraordinaire et durable. Si Henri Jeanson dans le canard enchaîne n’est pas tendre avec Tino Rossi« ses yeux sans regard ont quelque chose de pathétique », il déclare « qu’Yvette Lebon agite autour de Tino une paire de jambes dont il ferait volontiers son ordinaire ».
Après le chanteur corse, c’est au tour du chanteur avignonnais Antonin Berval de chanter la sérénade à Yvette dans Romarin (1937) et notamment « qu’il est beau le chemin ». C’est en effet la grande vogue des opérettes méridionales de Vincent Scotto (auteur de la musique du film et de tant de ritournelles inoubliables) dont la popularité et la bonne humeur communicative gagne la France entière.
Dans un autre registre vocal mais sur un scénario du même acabit, c’est ensuite Jean Lumière (encore dans un rôle de chanteur incognito!) qui chante la romance aux cotés d’Yvette. Spécialisé dans le répertoire de Delmet, réputé pour la clarté de sa voix et la délicatesse de ses interprétations, il interprète ici des airs de Paul Misraki. Après ce t autre succès commercial, Yvette est la vedette sur scène de l’opéra bouffe d’Albert Willemetz et d‘Arthur Honegger (!) « les petites Cardinal » où elle chante aux cotés de Saturnin Fabre et de Monique Rolland . Un passage sur scène qui ne fera pas particulièrement sensation (l’opérette qui sera adapté à l’écran, sans la musique et les chansons 12 ans plus tard).

Lors du tournage de Gibraltar (1938), un drame de guerre de Fedor Ozep, elle fait la rencontre de Roger Duchesne qui devient son premier mari. L’actrice adopte alors un look plus naturel en abandonnant les teintures platinées. Les revues de cinéma donnent des conseils aux spectatrices qui voudraient lui ressembler. Ciné Miroir recommande de « ne pas épiler les sourcils, et le soir vous pouvez vous permettre des fleurs et des coquillages dans les cheveux pour ajouter à l’air un peu asiatique de votre visage ».
Yvette Lebon est très active pendant l’occupation; Déjà séparée de Duchesne, on la voit beaucoup au bras de Jean Luchaire président de la corporation nationale de la presse française, grand séducteur devant l‘éternel avec lequel elle aurait fréquenté les soirées du tout Paris et des endroits aussi peu recommandables que le siège de la gestapo française si l’on se réfère aux romans de Patrick Modiano . Corinne, la fille du célèbre collaborateur dressera d’ailleurs un portrait fort peu flatteur d’Yvette dans son autobiographie, à laquelle elle décoche quelques piques venimeuses. En attendant, la belle Yvette est fréquemment en couverture de Toute la vie, Vedettes et des quelques revues sorties pendant la guerre. Elle donne la réplique à Charles Trenet dans la romance de paris (1941), encore un film sans ambition sur les difficultés d’un aspirant au vedettariat dirigé par Jean Boyer spécialiste du musical français. En 1943, Yvette Lebon rencontre Sacha Guitry dont elle va partager la vie quelques temps. Il lui offre un rôle (enfin) intéressant dans le fabuleux destin de Désirée Clary (qui fera l’objet d’une adaptation à Hollywood avec Marlon Brando), un film très réussi. A la libération, Guitry fait un peu de prison tandis qu’Yvette, qui a tourné plusieurs films pour la Continental, tente de se faire oublier à la campagne.
A la fin des années 40, Yvette Lebon rencontre le producteur Nathan Waschberger, qui avant-guerre s’est chargé de la distribution en Belgique de films américains avant de travailler avec George Jessel. Il va offrir à son épouse qui n’a plus rien joué depuis des années des rôles de femmes fatales dans les films « grand public » de qualité souvent discutable qu’il produit en Italie. En tous les cas le premier de la liste est plutôt réussi : il s'agit d'une nouvelle version des trois mousquetaires, au rythme haletant. Après Lana Turner elle incarne une convaincante Milady de Winter dans Milady et les mousquetaires (1952) aux cotés de la star hollywoodienne Rossano Brazzi. La caméra de Cottafavi, un pro du cinéma de genre, s’attarde sur le visage magnifique et expressif d’Yvette qui effectue ainsi un come-back que personne n'attendait. Puis on la retrouve dans le prince au masque rouge encore une adpatation soignée de Dumas par Cottafavi, les mystères de Paris (version italienne avec Frank Villard à ne pas confondre avec celle d'Hunebelle sortie 6 ans après), les nuits de Raspoutine ou Ulysse contre Hercule. Du cinéma de papa, snobé par les critiques parisiens. Toujours plus blonde et séductrice, elle joue deux fois aux cotés de Gérard Barray, fameux acteur des films d’action européens des années 60 et apparaît dans des rôles de plus en plus modestes jusqu’au début des années 70. Avec son mari, elle partage les échecs (comme le film sur la shoah qu’il avait produit pour Jerry Lewis en 1972 - sorte de précurseur de la vie est belle de Benigni- qui ne gagnera jamais les écrans, ou le films sur l‘Atlantide abandonné par un Frank Borzage trop malade pour assurer le tournage) ou les succès qui lui permettront de mener une retraite très dorée à Beverley Hills. Dans les années 70, on l’aperçoit de temps à autres dans des soirées mondaines ou sur des yachts en compagnie de la jet set .Toujours très belle, on lui donnerait facilement 20 ans de moins, sur la photo paru en 1976 dans un magazine de mode.
Yvette Lebon a perdu son mari en 1992. Son fils Patrick a pris la relève. Président de Summit Entertainment, il a notamment produit M et Mme Smith en 2006 avec Brad Pitt, un gros succès commercial.
Yvette Lebon était présente en mars dernier lors de l'inauguration à Cannes d'une allée dédiée au grand crooner français Jean Sablon.
Les films qu’Yvette a tourné avec Tino Rossi et Trenet sont disponibles en DVD. L'occasion de redécouvrir celle qui fut la plus ravissante actrice du cinéma français.










dimanche 7 février 2010

Leslie Caron, Cendrillon d'Hollywood à Paris








Leslie Caron est probablement l’une des stars les plus célèbres de l’âge d’or comédie musicale hollywoodienne, aussi on fut quelque peu surpris d’apprendre qu’on venait de lui attribuer enfin une étoile sur le Walk of Fame d’Hollywood(près de celles de Gene Kelly et de Louis Jourdan), alors que des artistes inconnus ici en possèdent déjà plusieurs…
Enfin , mieux vaut tard que jamais. Aussi étant donné que Leslie Caron vient de sortir son autobiographie aux USA et va se produire dans quelques jours sur la scène du théâtre du Châtelet à Paris dans un musical de Stephen Sondheim, il était également temps qu’un coup de chapeau lui soir rendu sur ce blog dédié aux artistes des films musicaux!

Née en 1932 à Boulogne-Billancourt d’un père pharmacien et d’une maman ballerine d’origine américaine, Leslie a pris très jeune des cours de danse, poussée par une maman incroyablement exigeante et possessive. Son talent est vite remarqué et la très jeune ballerine est engagée dans la troupe de Roland Petit. En 1948, elle remporte un vif succès dans le ballet la rencontre. Parmi les spectateurs enthousiastes figure…Gene Kelly , de passage à Paris. Deux ans plus tard, alors qu’il recherche une remplaçante pour Cyd Charisse, enceinte, pour un américain à paris, Gene se souvient de la jeune française qui vient de faire la une du magazine Paris Match. Après avoir hésité quelques temps entre elle et Odile Versois, Gene laisse le soin aux patrons de la MGM de faire le choix final, et Leslie est retenue . Notons que quelques mois auparavant, elle avait déjà participé à un bout d‘essai pour Juliette ou la clef des songes de Marcel Carné sans être retenue au final, et que Jean Renoir qui l’avait croisée dans un train envisageait également de la faire tourner sous sa direction. Pas mal pour une ballerine qui n’était nullement attirée par le cinéma à l’origine!
Alors qu’elle ne se trouve pas jolie et en tout cas pas du tout photogénique, la petite femme (1 m 56) à la frimousse juvénile, aux grands yeux rêveurs et au large sourire possède un charme inédit très accrocheur. Le succès triomphal du film, dont chacun se remémore l’incroyable ballet final, d’un romantisme absolu, fait de Leslie la coqueluche d’Hollywood.
En 1952, elle campe une jeune fille naïve et simplette fascinée par des marionnettes dans Lilli, un autre gros succès commercial, qui garde une place de choix dans mes souvenirs de jeunes cinéphiles : en le découvrant à la télévision avec ma sœur au début des années 70, nous avions été tellement charmés par ce joli conte, que des pans entiers du films et la jolie ballade nous sont revenus en mémoire lors d’une discussion 20 ans après. J’aurais du en revanche m’abstenir de le revoir, car j’ai été immanquablement déçu par ce film que j’avait un peu trop idéalisé étant gosse!
On imagine difficilement une autre comédienne pouvant jouer avec autant de candeur et se sensibilité que Leslie le personnage de Lilli. En tous les cas, le public américain l’a identifié à Lili au point qu’on l’assaille dans la rue et les magasins pour que « Lili « fasse la bise aux enfants!
Il était donc logique d’engager Leslie pour incarner Cendrillon dans la pantoufle de verre (1955) de Charles Walters, mais hélas le résultat est assez décevant et manque de magie.
Avec Papa longues jambes (1955) Leslie a le grand honneur d’être la partenaire du mythique Fred Astaire et de retrouver le personnage de fraîche jeune fille rêveuse auquel le public l’a identifié. En dépit d’une patente incompatibilité entre les deux artistes, leur numéro dansé lors du bal de promo est très réussi et le charme pétillant de Leslie Caron toujours présent. La chorégraphie était assurée par Roland Petit, à la demande expresse de Leslie.
On est évidemment heureux de la retrouver dans un personnage différent (une prostituée) pour le décevant remake de la valse de l’ombre. Le film manque hélas d’atmosphère et de réalisme.
En 1958, le producteur Arthur Freed propose à Leslie, le rôle de sa vie (refusé par Audrey Hepburn) dans l’adaptation musicale de Gigi, la nouvelle de Colette.
Après avoir montré quelques réticences à travailler avec Minnelli (Leslie aurait préféré Cukor), l’actrice se fond avec bonheur dans ce film somptueux où elle forme un très joli couple avec Louis Jourdan. Couronné de nombreux oscars, c’est peut être le dernier grand film de la grande époque du musical (si l’on omet les adaptations de shows de Broadway) et un triomphe commercial (le soin apporté au doublage des dialogues et chansons à l'étranger y est pour beaucoup). Si certains critiques de cinéma parisiens (notamment dans la revue Image et son)sont peu enthousiastes, ils distinguent néanmoins la prestation de Leslie "qui illumine le film par sa grâce et sa légèreté.
Après Colette, c’est à Marcel Pagnol qu’Hollywood s‘attaque en 1961…. De manière désastreuse si l’on se réfère aux critiques français qui ont fustigé le film avec beaucoup de hargne et la présence aberrante d’Horst Buchholz en Marius. Aux Etats-Unis où les spectateurs disposaient de moins d’éléments de comparaison le film continue d’enchanter un grand nombre de cinéphiles. Depuis ses débuts hollywoodiens, Leslie Caron avait toujours eu la ferme intention de ne pas se focaliser sur la comédie musicale en prenant de nombreux cours de comédie, pour aborder un plus large répertoire. Le déclin de la comédie musicale lui donna l’occasion de briller dans d’autres registres comme the L shaped room, où elle est réellement touchante dans son rôle d’une femme enceinte, sans compagnon (sa remarquable prestation lui vaudra une nomination à l‘oscar). Mais le public qui l’identifie à l’éternelle jeune fille aux yeux écarquillés, a du mal à la suivre.
Si les rôles se font plus rares à l’écran, Leslie fait beaucoup parler d’elle dans la presse du cœur. Sa liaison avec l’infidèle Warren Beatty (son partenaire de la farce Promise her anything) attise la curiosité du public fasciné par la beauté du couple. Très indélicat, l’acteur expliquera à Leslie qu’elle ne peut jouer à ses cotés dans Bonnie and Clyde car elle est trop vieille pour le rôle.
Au milieu des années 70, Leslie Caron fait son retour en France, dont elle apprécie la qualité de vie plus seine et plus équilibrée. Néanmoins, elle a beaucoup de mal à s’y implanter car elle passe ici pour une étrangère et qu’elle ne trouve aucun rôle à sa mesure, ni de rôles qui l’intéressent profondément. On la retrouve ainsi dans l’homme qui aimait les femmes de Truffaut (un réalisateur avec lequel elle avait noué de solides liens amicaux) et le fort médiocre Tous vedettes, une comédie musicale à la française de Michel Lang (le réalisateur d’A nous les petites anglaises) qu’on ne pourrait comparer décemment avec les chefs d’œuvre que Leslie a tourné à Hollywood.
En 1977, elle incarne avec beaucoup d’outrance et de drôlerie Alla Nazimova dans le très décrié Valentino de Ken Russell, film très kitsch qui lui donne encore l’occasion de donner la réplique à un danseur légendaire : Rudolf Noureev!
Afin de toucher le plus large public, Leslie Caron ne dédaigne pas non plus la télévision :
Je me souviens bien de Dr Erika Werner, feuilleton français des années 70 adapté d’un roman de Konsalik…dont je n’ai jamais vu le dernier épisode…pour cause de vacances familiales (ressortira-t-il un jour en DVD?).
Au creux de la vague, elle se tourne vers l’écriture de scénarios (mais par manque de courage, elle a renoncé à aller plus loin) et de nouvelles (vengeance)
Au début des années 90, Leslie ouvre un petit hôtel en Bourgogne (à Villeneuve sur Yonne plus précisément ) « la lucarne aux chouettes« , qui hélas a fermé ses portes en automne dernier, victime de la crise économique (la clientèle était en grande partie américaine (des aficionados de la comédie musicale?)). Il est à vendre, si vous en avez les moyens….

http://www.lesliecaron-auberge.com/

Afin de garder la main, pour reprendre ses termes, Leslie Caron continue de tenir à l’occasion de petits rôles dans divers films internationaux. On l’a vue ainsi dans Fatale (1992) de Louis Malle ou Chocolat (2000) de Lasse Hallstrom. De courtes apparitions
Ce mois de février nous offre une rare opportunité d’applaudir en live cette star mythique de la comédie musicale . Leslie Caron joue au Châtelet dans l’opérette a little night with music (connue principalement pour le magnifique air Send in the clowns) aux cotés de Lambert Wilson. Pour ma part, j’ai réservé ma place! Et vous?