Superbe brune à la silhouette élancée et au visage magnifique, Carmen Sevilla demeure l’une des plus grandes vedettes qu’ait connu le cinéma espagnol. De renommée internationale, elle a formé à l’écran avec le chanteur d’opérette Luis Mariano un couple légendaire qui a fait rêver toute une génération. Même si sa longue filmographie compte peu de films marquants, la belle andalouse aux grands yeux noirs a su faire preuve de beaucoup d’éclectisme et d’opportunisme en faisant évoluer son personnage de la timide vendeuse de violettes de la période franquiste à la star sensuelle et sexy des années 70.
Née en 1930 à Séville, la jolie Carmen est la fille de José Garcia Padillo, auteur de chansons et éditeur d’une revue satirique. Grâce aux encouragements de sa grand-mère et d’une amie, fille du directeur d’une académie de danse, elle suit très jeune des cours de chant et de danse au conservatoire. Elle est remarquée par Estrellita Castro, star de cinéma et chanteuse très populaire pour lequel le père de Carmen a déjà écrit quelques airs connus. La célèbre artiste l’engage comme danseuse de flamenco dans sa compagnie théâtrale.
Après avoir figuré brièvement dans un documentaire de 1944, Carmen débute à l’écran en 1947 dans Sérénade espagnole, en adoptant le pseudonyme de Sevilla, le nom de sa ville natale. Il s’agit d’un biopic sur le compositeur Albeniz. Dans son second film, Carmen partage l’affiche du célèbre chanteur Jorge Negrete, superstar au Mexique. Son triomphe fait de la jeune beauté une vedette du jour au lendemain. En 1952, elle est choisie pour donner la réplique à Georges Guétary, dans un film musical français « Plume au vent ». Une belle opportunité étant donné que le chanteur d’opérette est alors au sommet de succès, auréolé par sa participation à un Américain à Paris.
Pourtant c’est son association avec un autre ténor à la voix d’or, le concurrent direct de Guétary, qui fera la gloire de Carmen. Le couple formé à l’écran dans Violettes impériales par Luis Mariano et la timide jeune fille (que la presse rajeunit de quelques années) est touchant et fait fondre le cœur de bien des midinettes d’autant plus que les journaux brodent sur une éventuelle romance trop belle pour être vraie : Luis serait tombé fou amoureux de la belle en plein tournage et l’aurait demandé en fiançailles…des fadaises destinées à couvrir les rumeurs d’homosexualité planant autour du grand chanteur. Violettes impériales (1952) est le remake d’un film muet dans lequel Raquel Meller avait brillé autrefois.
Pour une fois, le scénario est assez solide et les chansons composées par Lopez marqueront durablement les esprits (dont l’amour est un bouquet de violettes que Carmen gravera sur disque Phillips que bien plus tard). Le film sera d’ailleurs un des plus grands succès commercial des années 50.
Le couple brille ensuite à l’écran dans deux adaptations à l’écran de ses opérettes à succès (Andalousie et la belle de Cadix), de qualité plus discutable, tournées parallèlement en version espagnole et française ; Carmen y exécute quelques gracieux pas de flamenco, en faisant tournoyer ses jolis jupons pendant que Luis envoie de la voix.
Extrêmement populaire des deux côtés des Pyrénées, ainsi qu’au Mexique (on remarquera d’ailleurs que sur les affiches espagnoles et mexicaines, le nom de Carmen figure au dessus de celui du ténor basque), « la fiancée de l’Espagne » tourne film sur film. Parmi ces nombreuses productions, on retiendra Cuentas de la Alhambra (1950) et le remake de la Hermana de San Sulpicio qui fut dans les années 30 un des plus gros succès d’Imperio Argentina, la star des années 30, une version plutôt sympathique en Eastmancolor de la mégère apprivoisée avec l’actrice française Claudine Dupuis (l’action a été déplacée dans l’Espagne du 16ème siècle)
ou encore l’ennuyeux Don Juan avec Fernandel en Sganarelle et un John Berry, exilé pour cause de chasse aux sorcières, derrière la caméra.
La vengeance (1956) de JA Bardem avec Raf Vallone, le plus doué des réalisateurs de cette époque, sera même nominé pour l’oscar du meilleur film étranger et couronné aux festivals de Cannes et de Venise. Boudé par la critique française qui n’y voit qu’un mélodrame paysan, c’est pourtant un film engagé sur la souffrance de pauvres moissonneurs sous la dictature franquiste et un des rôles les plus forts de Carmen. Le film sera d’ailleurs interdit en Espagne.
Pain, amour et Andalousie (1959) est la dernière partie de la célèbre série de pimpantes et truculentes comédies italiennes avec Gina Lollobrigida. Si certains journalistes sont sous son charme et ventent les mérites d’une « comédienne fine et sensible, danseuse typique au style éblouissant possédant grâce, paeu de velours et fraîcheur fruitée, un des plus jolis sourires du monde…. » d’autres sont plus sceptiques sur son talent et son artisterie. D’aucuns n’hésiteront pas à qualifier son film Flamenco (une co-production hispano-américaine de 1957 avec l’américain Richard Kiley) d’ordure scintillante.
En effet, les films sont jolis, souvent colorés, voire trop, mais le plus souvent totalement inoffensifs, archi-conventionnels et corsetés par le régime franquiste. Doit-on préciser que le général Franco est lui-même un fan de la vedette ?
En 1961, Carmen est choisie par Nicolas Ray pour incarner Marie-Madeleine dans le Roi des Rois, superproduction hollywoodienne de la vie du Christ, d’assez bonne facture même si elle sera fort décriée par la critique. La même année, elle épouse le compositeur espagnol Augusto Alguero, qui est l’auteur de quelques énormes tubes de la variété des années 60-70 chantés notamment par Nino Bravo, Connie Francis ou Marisol mais aussi les chansons du film ‘la mégère apprivoisée’.
Tout naturellement, Carmen gravera sur disques certains de ses titres les plus fameux comme Gracias ou la gente qu’elle entonne fort joliment dans le film Crucero de verano (1963). Dans une femme de cabaret (1975), elle reprendra de façon très émouvante et convaincante le « te quiero » que son mari avait écrit à l’origine pour Nino Bravo.
En 1962, Carmen rejoint ses deux collègues Paquita Rico et Lola Flores dans le balcon de la lune : une affiche réunissant les 3 vedettes féminines les plus populaires du moment. Au cours des années 60, l’actrice paraît toujours dans de sympathiques comédies musicales un brin folklorique, où elle est plus belle que jamais.
En 1971, elle joue face à Charlton Heston dans une fresque historique à gros budget sur Antoine et Cléopatre. Le cinéma hollywoodien cherche un second souffle tandis que le cinéma espagnol se dégage progressivement de son carcan : les films se font beaucoup plus sexy, les actrices se dénudent, même si la qualité globale ne subit pas de nette amélioration. Les cheveux éclaircis et dégagés, le décolleté plongeant, l’ex ingénue des opérettes à l’eau de rose des années 50 n’hésite pas à aborder désormais les giallos un peu corsés (le toit de cristal en 1971) ou les comédies coquines.
Qu’il s’agisse de « Strip tease à l’anglaise », « thérapie par le nu », « il n’est pas bon de laisser un homme tout seul » ou encore « sexe ou pas sexe », ça ne vole pas bien haut, comme on peut le deviner. Parfois certaines furtives scènes de nu seront coupées et réservées pour l’exportation. En 1973, elle reprend sur disque le « paroles paroles » popularisé par Dalida avec le grand comédien Francisco Rabal.
A la fin des années 70, la carrière de la vedette espagnole commence à marquer le pas, engloutie par la movida et une nouvelle génération de comédiennes.
En 1985, Carmen se remarie avec Vincente Patuel, un exploitant de salles de cinéma, et quitte le monde du spectacle pour s’installer dans une ferme de l’Estrémadure, où elle s’ennuie. Aussi au début des années 90, quand une chaine privée lui propose de mener des interviews sur son antenne, elle accepte à cœur joie :, sa beauté étrangement conservée (merci la chirurgie esthétique !) mais surtout sa classe, son humour et son naturel vont lui valoir un succès immédiat : pendant 20 ans, l’ancienne star va ainsi animer des talkshows et notamment
l’émission Cinéma de quartier, sur la première chaîne espagnole, où elle reçoit des collègues d’autrefois pour discuter et chanter en toute convivialité. Depuis 2010, la star octogénaire a cessé toute activité professionnelle : elle souffrirait de la maladie d’Alzheimer, qui a déjà emporté sa mère, et vit avec ses trois chiens et deux aides-soignants dans un appartement de Madrid. Nous, on ne l’oubliera pas.
samedi 12 mai 2012
jeudi 3 mai 2012
Jenny Hu, le glamour made in Hong-Kong
A Hong Kong, à partir du milieu des années 60, le studio de cinéma des Shaw brothers avait acquis une puissance et une suprématie qui faisait jeu égal avec les usines à rêve d’Hollywood : des immenses entrepôts, des écoles d’acteurs, d’innombrables techniciens et des décors gigantesques où l’on élaborait des films diffusés dans toute la Chine et notamment des films de karaté. Cependant, on y concevait également beaucoup de mélo et de comédies musicales : l’une des plus populaires et des plus jolies vedettes du genre étant certainement Jenny Hu, dont la grâce et le raffinement lui ont souvent valu de flatteuses comparaisons avec Audrey Hepburn.
Née en 1945 en Chine, d’un papa chinois pharmacien et d’une maman allemande, la jolie Jenny passé son enfance à Taïwan avant de partir vivre en Allemagne après le décès de son père. Elle a toujours avoué avoir été passionnée par l’univers magique du cinéma dès sa plus tendre enfance. Tout en achevant ses études, elle prend des cours de photo et de danse. Par l’intermédiaire d’une amie, elle fait la connaissance du metteur en scène Kim Chum, qui est tellement emballé par sa beauté, qu’il l’engage immédiatement pour son nouveau film « jusqu’à la fin des temps »,
un mélodrame ultra sentimental, basé musicalement sur une polonaise de Chopin dont une chanson à succès avait été tirée jadis pour le crooner Perry Como. Pour aider son mari musicien malheureux et atteint de cécité, la belle va chanter dans les night clubs. Comme on peut le deviner, son époux (Peter Chen Ho, le Cary Grant chinois) souffre de la situation, mais tout s’arrange à la fin. Si je n’ai pas du tout été touché par ce film très lacrymal en dépit des efforts déployés par le cinéaste, grand spécialiste des films pleurnichards, le public a aimé et applaudi la nouvelle vedette. Pendant les années suivantes, la Shaw Brothers va faire fructifier son investissement en employant la jolie jenny dans une série de drames sentimentaux ou comédies musicales au style glamour, jolis écrins pour la délicate comédienne. Compte tenu de son apparence eurasienne, l’actrice n’est en revanche jamais utilisée dans les drames historiques ni les fameux films de karaté qui vont faire la renommée internationale du studio. Parmi la longue liste de films tournés par la versatile Jenny on retiendra le faucon noir (1967),
un pastiche de James Bond, Madam Slender Plum, une comédie policière hitchcockienne réalisée par Lo Wei futur découvreur de Bruce Lee et Jackie Chan (un des films favoris des fans de l’actrice) ou encore Jeunes amoureux (1970) une comédie un peu simplette sur la jeunesse mise en scène par la japonais Umetsugu. Dans un genre beaucoup plus lacrymal, on évoquera les Rivières de larmes (quel titre !), un mélo mis en scène par son mentor Kim Chum où elle incarne une chanteuse qu’un ancien amant vient faire chanter, avant que son beau-père ne l’expulse du foyer. Le réalisateur, toujours axé sur les histoires dramatiques, se suicidera avant la sortie du film sur les écrans. Si Devinez qui a tué mes 12 amants (1969), malgré son titre son titre intriguant et une Jenny Hu plus sexy que d’habitude, ne tient pas ses promesses, Amour sans fin (1970) est souvent retenu par les spécialistes parmi sa meilleure prestation : le portrait d’une provinciale naïve qui va brûler ses ailes et ses illusions dans la grand ville.
Le remake d’Ecrit sur du vent de Sirk, les torrents de désir (1969) est en revanche bien décevant. Il s’enlise rapidement comme un médiocre soap opéra, interprété de façon ridicule. Notamment Angela Yu, futur star chinoise du film érotique (elle a d’ailleurs quelques scènes topless osées pour l’époque) est catastrophique dans le personnage de sœur débauchée si brillamment joué par Dorothy Malone dans la version d’origine. Ici, les personnages n’ont aucune profondeur (on ne comprend pas bien pourquoi le jeune marié bascule dans la folie et sombre dans l’alcool) et un happy end vient rajouter un coté roman photo à 4 sous. Heureusement Jenny Hu est fort joliment doublée par une soprano qui interprète entre autre un air classique du folklore napolitain en chinois et plusieurs ballades. En effet, dans ces différents films, tristes ou gais, Jenny Hu nous gratifie de quelques charmantes chansonnettes souvent doublées par la délicieuse voix de Jin Ting. Heureusement, contrairement aux scénarii souvent bien pleurnichards de ses films, la vie de la ravissante actrice est loin d’être aussi dramatique !
En 1967, Jenny Hu tombe amoureuse de l’acteur Wei Kang lors d’un tournage : la Shaw brothers est très embarrassée par cette idylle, craignant une éventuelle désaffection du public pour la jolie célibataire qui doit rester un cœur à prendre. Pour tenter de séparer les tourtereaux, le studio les envoie sur des lieux de tournage différents. Mais l’amour est le plus fort et le couple secret parvient à se marier malgré le désaccord de leur employeur. Sans doute lasse des imitions du studio dans sa vie privée, Jenny Hu quitte la Shaw brothers en 1970 pour désormais continuer sa carrière en free-lance. Si Sister Maria (1971) engrange 700 000 dollars au box-office, les films suivants n’auront pas le même succès. Les rôles étant plus difficiles à dénicher dans un cinéma envahi par les films d’arts martiaux, Jenny prête son concours à ce genre de productions, exploitées chez nous dans des cinémas de quartier ou en vidéo. Elle joue ainsi dans Hong-Kong appelle dragon noir (alias Ninja dragon tiger) , le gang des kung fu et dans l’implacable karatéka, que la revue Ecran qualifiera laconiquement de « soja-karaté ».
Aussi en 1975, après la naissance de son second fils, l’actrice ralentit sa carrière pour se consacrer avant tout à ses proches. En 1983, elle part aux USA, à Los Angeles où son mari tient désormais une compagnie d’assurance. Il lui arrive très sporadiquement d’accepter un rôle en guest-star pour le plaisir et pour revoir Son second fils Terence Yin qui s’est lancé à son tour dans le cinéma asiatique. Après s’être essayé dans la chanson sans trop de succès en participant à un boys band, on l’a notamment vu dans le film Lara Croft le tombeau de la vie avec Angélina Jolie en 2003. Elle sera d’ailleurs nominée en 2004 pour meilleur second rôle de Yesterday once more, une comédie romantique. La très belle star des années 60, grâce aux nombreuses rééditions des DVDs de la Shaw brothers, garde encore aujourd’hui beaucoup d’admirateurs en Chine. Cette diva d’une autre époque symbolise plus que toute autre l’époque dorée et le glamour du star system à l’asiatique.
un mélodrame ultra sentimental, basé musicalement sur une polonaise de Chopin dont une chanson à succès avait été tirée jadis pour le crooner Perry Como. Pour aider son mari musicien malheureux et atteint de cécité, la belle va chanter dans les night clubs. Comme on peut le deviner, son époux (Peter Chen Ho, le Cary Grant chinois) souffre de la situation, mais tout s’arrange à la fin. Si je n’ai pas du tout été touché par ce film très lacrymal en dépit des efforts déployés par le cinéaste, grand spécialiste des films pleurnichards, le public a aimé et applaudi la nouvelle vedette. Pendant les années suivantes, la Shaw Brothers va faire fructifier son investissement en employant la jolie jenny dans une série de drames sentimentaux ou comédies musicales au style glamour, jolis écrins pour la délicate comédienne. Compte tenu de son apparence eurasienne, l’actrice n’est en revanche jamais utilisée dans les drames historiques ni les fameux films de karaté qui vont faire la renommée internationale du studio. Parmi la longue liste de films tournés par la versatile Jenny on retiendra le faucon noir (1967),
un pastiche de James Bond, Madam Slender Plum, une comédie policière hitchcockienne réalisée par Lo Wei futur découvreur de Bruce Lee et Jackie Chan (un des films favoris des fans de l’actrice) ou encore Jeunes amoureux (1970) une comédie un peu simplette sur la jeunesse mise en scène par la japonais Umetsugu. Dans un genre beaucoup plus lacrymal, on évoquera les Rivières de larmes (quel titre !), un mélo mis en scène par son mentor Kim Chum où elle incarne une chanteuse qu’un ancien amant vient faire chanter, avant que son beau-père ne l’expulse du foyer. Le réalisateur, toujours axé sur les histoires dramatiques, se suicidera avant la sortie du film sur les écrans. Si Devinez qui a tué mes 12 amants (1969), malgré son titre son titre intriguant et une Jenny Hu plus sexy que d’habitude, ne tient pas ses promesses, Amour sans fin (1970) est souvent retenu par les spécialistes parmi sa meilleure prestation : le portrait d’une provinciale naïve qui va brûler ses ailes et ses illusions dans la grand ville.
Le remake d’Ecrit sur du vent de Sirk, les torrents de désir (1969) est en revanche bien décevant. Il s’enlise rapidement comme un médiocre soap opéra, interprété de façon ridicule. Notamment Angela Yu, futur star chinoise du film érotique (elle a d’ailleurs quelques scènes topless osées pour l’époque) est catastrophique dans le personnage de sœur débauchée si brillamment joué par Dorothy Malone dans la version d’origine. Ici, les personnages n’ont aucune profondeur (on ne comprend pas bien pourquoi le jeune marié bascule dans la folie et sombre dans l’alcool) et un happy end vient rajouter un coté roman photo à 4 sous. Heureusement Jenny Hu est fort joliment doublée par une soprano qui interprète entre autre un air classique du folklore napolitain en chinois et plusieurs ballades. En effet, dans ces différents films, tristes ou gais, Jenny Hu nous gratifie de quelques charmantes chansonnettes souvent doublées par la délicieuse voix de Jin Ting. Heureusement, contrairement aux scénarii souvent bien pleurnichards de ses films, la vie de la ravissante actrice est loin d’être aussi dramatique !
En 1967, Jenny Hu tombe amoureuse de l’acteur Wei Kang lors d’un tournage : la Shaw brothers est très embarrassée par cette idylle, craignant une éventuelle désaffection du public pour la jolie célibataire qui doit rester un cœur à prendre. Pour tenter de séparer les tourtereaux, le studio les envoie sur des lieux de tournage différents. Mais l’amour est le plus fort et le couple secret parvient à se marier malgré le désaccord de leur employeur. Sans doute lasse des imitions du studio dans sa vie privée, Jenny Hu quitte la Shaw brothers en 1970 pour désormais continuer sa carrière en free-lance. Si Sister Maria (1971) engrange 700 000 dollars au box-office, les films suivants n’auront pas le même succès. Les rôles étant plus difficiles à dénicher dans un cinéma envahi par les films d’arts martiaux, Jenny prête son concours à ce genre de productions, exploitées chez nous dans des cinémas de quartier ou en vidéo. Elle joue ainsi dans Hong-Kong appelle dragon noir (alias Ninja dragon tiger) , le gang des kung fu et dans l’implacable karatéka, que la revue Ecran qualifiera laconiquement de « soja-karaté ».
Aussi en 1975, après la naissance de son second fils, l’actrice ralentit sa carrière pour se consacrer avant tout à ses proches. En 1983, elle part aux USA, à Los Angeles où son mari tient désormais une compagnie d’assurance. Il lui arrive très sporadiquement d’accepter un rôle en guest-star pour le plaisir et pour revoir Son second fils Terence Yin qui s’est lancé à son tour dans le cinéma asiatique. Après s’être essayé dans la chanson sans trop de succès en participant à un boys band, on l’a notamment vu dans le film Lara Croft le tombeau de la vie avec Angélina Jolie en 2003. Elle sera d’ailleurs nominée en 2004 pour meilleur second rôle de Yesterday once more, une comédie romantique. La très belle star des années 60, grâce aux nombreuses rééditions des DVDs de la Shaw brothers, garde encore aujourd’hui beaucoup d’admirateurs en Chine. Cette diva d’une autre époque symbolise plus que toute autre l’époque dorée et le glamour du star system à l’asiatique.
mardi 1 mai 2012
Christine Haydar, l'étoile française d'Istambul
L’histoire de Christine Haydar, c’est un conte de fée un peu insolite : comment une très jolie danseuse française issue d’une famille très humble est devenue star, non pas dans son pays mais en Turquie ! Si la chance a souvent failli lui sourire, lui réservant des rencontres incroyables avec les plus prestigieuses figures du monde du cinéma depuis sa plus tendre enfance, Christine n’a pas toujours eu l’opportunité de les saisir, et comme nul n’est prophète en son pays, c’est finalement en Turquie que la jolie blonde a rencontré la gloire. Née en 1947 à Besançon, Marie-Christine Auféril a vécu sa petite enfance à Pigalle, dans la plus grande promiscuité partageant un minuscule appartement, avec son père musicien, sa mère et ses frères et sœurs. L’acteur Daniel Cauchy, un voisin, informe la famille que Luis Bunuel recherche une gamine pour jouer dans son chef d’œuvre Cela s’appelle l’aurore (1956) : Marie-Christine gagne le petit rôle et avec le virus du spectacle. Malgré les gros soucis financiers de ses parents, elle suit des cours de danse.
Doublure lumière de Françoise Hardy dans Châteaux en Suède de Sagan, elle côtoie les plus grandes stars et entend bien s’accrocher à son rêve d’enfant, mais ne décroche que quelques rôles dans des dramatiques télévisées et pose nue pour des peintres afin d’arrondir ses fins de mois. Une activité qui va la conduire à son premier film sur grand écran : Comme au premier jour(1967), un court métrage commandé par la Fédération Française de Naturisme et tourné partiellement sur l’île du Levant, où la belle se dénude entièrement en vantant les mérites de la vie au grand air. Après deux années à roder son métier de comédienne au théâtre aux cotés de génies comiques comme Poiret et Serrault, la jeune vedette est engagée par Alain Bernardin pour danser dans son fameux cabaret, le Crazy Horse, déjà réputé pour l’ingénieuse mise en scène de ses strip teases et le raffinement de ses éclairages. Christine y danse, nue, en ombre chinoise. On la retrouve au cinéma dans deux films de Claude Pierson comme A propos de la femme (1969) et une fille libre (1971), sous son nouveau pseudo de Christine Davray).
Dans le premier, elle a fort à faire avec un mari tenté par l’adultère et dans le second, elle incarne aux cotés de Roger Hanin et Alain Doutey une jeune libertine qui finit par s'assagir et devenir une parfaite épouse ; Des comédies de mœurs coquines, dans la mouvance de mai 68, qui seront aussi exploitées à l’étranger. Christine participe aussi à un film italien, Zénabel, une fresque picaresque et déshabillée sur la fille cachée d’un noble espagnol, qui entend bien réclamer ses droits, à coup d’épées : du cinéma bis qui ne doit pas manquer de charme. Le mariage de Christine avec le photographe Jean-Yves Haydar (elle aura auparavant une courte liaison avec Alain Delon) et la naissance de son fils en 1972 vont un peu ralentir la suite de sa carrière française qui n’a rien de très prestigieux il faut bien l’avouer. Si le vieux producteur Jack Warner, rencontré chez Eddie Barclay, lui propose un contrat pour son célébrissime studio, la belle Christine, méfiante, refuse de le suivre. Dans les années 70, tout en jouant au théâtre avec Jean-Louis Barrault, la belle va poser à plusieurs reprises pour des magazines de charme dans des poses assez osées.
En 1979, le mari de Christine, qui est aussi le petit fils d’un fameux pacha (dont la famille avait jadis était chassée par Atatürk le victorieux, fondateur et le premier président de la République turque) se rend avec elle en Turquie. Contrairement à ses craintes, le couple est accueilli avec un enthousiasme délirant et tout particulièrement Christine, qui fait la une de la presse people. Auréolée d’une douce odeur de scandale en raison de ses photos sexy, l’épouse du petit fils du pacha fait le buzz : on la somme de chanter : elle part en tournée avec Zeki Müren, le chanteur N°1 du pays, on lui propose un rôle avec Cuneyt Arkin, l’Alain Delon turc. Soyons francs : la blonde dangereuse(1980) est très mauvais film : Une stupide histoire de meurtres dans la grande villa d’une star interrompue par deux numéros de catch (dont l’un dans une piscine) et deux numéros chantés par la belle, qui tourna auparavant. Si son numéro de cabaret sur la chanson pétrole (reprise langoureuse d’un succès d’ Adja Pekkan, grande star de la chanson turc depuis très longtemps) met bien en valeur sa plantureuse personne (avec une robe fendue sur le côté jusqu’en haut de la hanche), son interprétation de felicita en mini bikini sur la plage est limite ridicule.
Comme une bonne partie du film d’ailleurs (sans parler du héros qui surgit des flots pour récupérer la belle que les méchants voulaient noyer dans un sac de pommes de terre) qui de toute manière n’a pas d’autres prétentions que d’amuser : on sent une bonne part d’auto dérision (ce qui rend certains passages plutôt sympas) et surtout de négligence absolue ! En fond sonore, pendant les bains de soleil de la belle Christine on entend Julio Iglesias, ce qui rajoute au côté kitschouille de ce nanar turc. Comme l’explique la belle Christine Haydar, le film a été tourné en 15 jours, et les acteurs n’ont pas appris leurs répliques mais répètent celles qu’on leur souffle sur le plateau : ça se sent ! Christine a ensuite mené des revues dans des cabarets, se produisant tantôt devant un public exclusivement masculin, tantôt devant des salles réservées aux femmes ! Elle grave un 33 tours avec des reprises de satndards de la chanson française comme Sous le ciel de Paris. En 1983, elle joue dans la Rançon(Bedel) avec Kadir Inanir et Ekrem Bora , deux autres grandes stars turques. Le film est meilleur que le précédent, avec la belle Christine en froide tentatrice, semblant sortir tout droit d’un polar hollywoodien. Pourtant, le phénomène Haydar ne perdurera pas sur les écrans turcs : doit-on incriminer le régime militaire conservateur et autoritaire installé depuis le coup d’Etat de 1980 qui a mis un frein brutal sur tout ce qui était un peu trop sexy à l’écran ? En France, elle tient un mini rôle dans Edith et Marcel de Lelouch en 1983. Depuis le décès de son époux en 1996, Christine Haydar se consacre à l’écriture. Publié en 1999, son roman Simone, grand prix Lafayette, a même été adapté sous forme de spectacle musical et représenté dans plusieurs théâtres parisiens. L’an dernier, la française la plus connue de Turquie a joué à Istambul dans une pièce dramatique, et il est très possible qu’on la retrouve sur une scène parisienne. En attendant, je vous invité à parcourir son blog où elle fait part de ses rencontres et expériences avec le talent d’auteur qu’on lui connaît : http://mes1000etunevies.canalblog.com/
vendredi 27 avril 2012
Misora Hibari, petite princesse de l'extrême orient
Superstar de la chanson japonaise, Misora Hibari a atteint les sommets de la célébrité au pays du soleil levant : déclarée trésor national vivant, la chanteuse aux 80 millions de disques vendus est restée une véritable icone dans son pays, bien après son décès. Grande vedette d’une multitude de comédies et mélodrames musicaux, la petite hirondelle a grandi devant les spectateurs et les a accompagné des désastreuses années d’après-guerre au formidable miracle économique. Si la chanteuse a bercé l’optimisme et l’espoir retrouvé de toute une population, sa vie privée a été un somptueux ratage : la solitude et l’amertume derrière les paillettes et le fard.
Née en 1937 à Yokohama, Misora Hibari a souvent déclaré qu’elle avait appris à chanter avant de parler et toujours préféré les disques aux livres à colorier. D’origine modeste (son père est poissonnier), la gamine se fait remarquer très jeune en chantant dans les fêtes familiales. Sa maman l’inscrit à des concours de chant.
De fil en aiguille, elle décroche des rôles dans des spectacles et se produit en concert dès 8 ans, avant de débuter à l’écran dans le film Triste sifflement, l'histoire d'une gamine des rues recueillie par un vieux musicien et sa fille. Misora Hibari y fait preuve d'une très grande maturité et d’un talent évident. Il est surprenant de la voir chanter dans son petit costume à queue de pie avec son chapeau haut de forme. Même plus de 60 ans après on reste médusé par une telle assurance, un talent aussi affirmé et surtout l'absence de cabotinage et d'angélisme des petis singes savants ou fillettes en sucre : on l'céoute et on l'admire comme une artiste adulte.

Parallèlement, elle enregistre son premier 78 tours, un boogie woogie qui bât très vite des records de vente. L’année suivante, elle triomphe dans l’enfant de la rue, un mélo musical, où elle incarne une orpheline qui lutte contre l’adversité : la petite actrice est devenue un véritable symbole pour un Japon qui entend bien renaître de ses cendres. On l’acclame, on la réclame et sa mère, ravie de cette célébrité et de l’argent gagné la fait rentrer dans un engrenage infernal. La fillette va enchaîner les films d’une façon boulimique et presque irraisonnée, négligeant les études pour n’évoluer que dans un monde d’adultes, sans camarades de son âge. Complètement déconnectée de la réalité, la jeune chanteuse est adulée et applaudie mais en fait seule et malheureuse. Il est facile de faire un parallèle avec la carrière de la star américaine Judy Garland, soumise elle-aussi à un rythme infernal dès sa plus tendre enfance et victime de son succès. Musicalement, Misora va donner ses lettres de noblesse à la chanson « enka », un style musical populaire japonais datant de l'ère Shōwa, composé de balades évoquant la nostalgie du pays natal et les chagrins d’amour. Son plus grand succès sera le "Aishu hatoba" quai du chagrin date de 1960. Cependant, elle ne craint pas de s’aventurer sur d’autres territoires musicaux en enregistrant en anglais pas mal de standards du jazz ou de la variété internationale comme la vie en rose ou l’hymne à l’amour de Piaf ou Over the rainbow de Judy Garland. Très versatile, elle ne dédaigne ni les ritournelles napolitaines ni l’opéra. La chanteuse déchaîne les passions d’un public fanatique : en 1957, une admiratrice dérangée va même essayer de lui brûler le visage avec de l’acide chloridrique pendant une représentation théâtrale.
Coté cinéma, il est difficile de passer en revue les très nombreux films qu’elle a interprété : des comédies légères bâties sur des scénarii gentillets (comme le concours de produits de beauté) ou des mélodrames, sans oublier de nombreux films de chambara (cape et épée- ou plutôt sabre pour être plus précis) en costumes traditionnels produits par la firme Toei. Des films presque tous inédits en Europe et en Amérique, hormis Adorable jeunesse (janken musume) de 1955, une fantaisie musicale pimpante et colorée, truffée de chansons d’origine américaine et dans laquelle Misora chante en cœur avec Eri Chiemi et Izumi Yukimura. Elle y donne aussi une jolie version anglaise de la vie en rose. Que le film soit gai et léger ou plus grave, Misora chante à de nombreuses reprises. Ces films intègrent d’ailleurs souvent des petites pièces de théâtre chantées. Pour les besoins de l’intrigue ou des numéros musicaux, elle se déguise souvent en garçon. En Europe, pas mal de vedettes de comédies musicales s’étaient prêtées au jeu dans des films comme Victor Victoria, mais Misora se fera une spécialité de ces doubles rôles.
En 1962, elle épouse Kobayashi Akira, acteur-chanteur d’origine coréenne comme elle, très populaire à la fin des années 50 . Une union malheureuse qui sera de courte durée. Misora avouera plus tard avoir beaucoup chanté l’amour sans savoir vraiment ce dont il s’agissait ou encore que le public était le seul compagnon de sa vie. D’aucuns prétendent que la star aimait les femmes, ce qui évidemment était absolument inavouable dans les années 60. Au fil de la décennie, l’actrice raréfie ses apparitions sur le grand écran pour se concentrer surtout à la scène et au disque(elle reprend notamment Tombe la neige d’Adamo, un méga tube au Japon). Elle tourne son dernier film en 1970, une comédie d’Umetsugu, le grand spécialiste du cinéma musical, très connu pour ses œuvrettes à l’américaine tournées à Hong Kong. C’est la maman de la star qui l’avait contacté : Umetsigu a témoigné du grand professionnalisme de l’artiste et de ses qualités d’actrice dramatique En 1973, son nom est mêlé à un scandale de la mafia japonaise, quand son frère Tetsuya Katō est poursuivi pour ses malversations dans un gang et un trafic d’armes. Même si la plainte n’aboutira pas, la vedette sera tout de même bannie d’un grand show télévisé pour les fêtes de fin d’année et vivement blessée par ces évènements. Dans les années 80, le décès de son omniprésente mère, de ses deux frères, de sa meilleure amie la chanteuse Eri Chiemi (connue pour ses nombreuses reprises de hits américains) vont beaucoup l’atteindre. La chanteuse est un peu passée de mode et ses nouveaux disques ne rencontrent plus le même succès. Misora noie son chagrin dans l’alcool et les cigarettes, ce qui va gravement nuire à sa santé. Souffrant d’une hépatite virale, de cirrhose du foie et de douleurs dorsales aigues, se produire sur scène devient un vrai calvaire. Incapable de monter des escaliers, les salles de spectacle doivent être aménagées d’ascenseurs pour véhiculer la star. Pourtant dès que les feux de la rampe s’allument, la star ne laisse rien paraître de ses souffrances. Un an avant son décès elle se produira encore sur une très grande scène de Tokyo pour un récital très applaudi. En 1989, après plusieurs séjours à l’hôpital, Misora décède d’une pneumonie à 52 ans seulement. Elle aura droit à des funérailles nationales, dignes de celles réservées aux empereurs comme Hiro-Hito décédé 5 mois plus tôt. Elle fait toujours l’objet d’un véritable culte de la part des Japonais : des hommages musicaux venant de tous les pays, une statue à Yokohama, un musée à sa gloire qui a attiré plus de 5 millions de visiteurs, des coffrets de DVDs (sans sous-titres hélas, et à des prix largement dissuasifs)…le Japon n’est pas prêt de l’oublier.
mardi 24 avril 2012
Alice Babs, Mlle Swing de Suède
La mouvance swing et la musique jazzy des grands orchestres de variété ont déferlé sur l’Europe au cours des années 30. En Suède comme ailleurs, les rythmes syncopés se sont vite imposés, et une toute jeune fille vive et charmante était là pour incarner non seulement une nouvelle façon de chanter mais aussi une nouvelle jeunesse : la souriante Alice Babs,appelée à devenir une grande dame du jazz et

une des interprètes favorites du grand Duke Ellington.
Née en 1924 à Kalmar en Suède, Alice Babs a accompagné pendant ses jeunes années ses parents qui se produisaient dans des théâtres amateurs. Dès l’âge de 13 ans, elle recevait des propositions pour chanter dans des night-clubs de Stockholm que se famille a préféré décliner dans un premier temps. Après avoir suivi des cours de chant, elle se lance enfin à 15 ans dans les boîtes de nuit où son aptitude à chanter la tyrolienne aussi bien qu’à swinguer mélodieusement avec un soupçon de fantaisie lui vaut rapidement un succès certain. La musique américaine commence en effet à connaître un succès croissant sur les ondes, surtout auprès du public adolescent : les comédies musicales de Judy Garland et les grands orchestres de variété séduisent le public alors qu’en France commence à sévir la vogue « zazou ». Alice décroche un contrat avec une maison de disque (elle grave son premier disque en anglais en 1939 : the yodeling girl) et la firme cinématographique Filmindustri entend bien exploiter le jeune phénomène.

Dès 1940, Alice se retrouve en vedette de Mlle Swing et son professeur de Shamyl Bauman où, tout comme la toute jeune Judy Garland dans Everybody sing (1936), elle sème le trouble au collège en osant chanter du jazz et des onomatopées pendant les cours. Son prof de chant (Adolf Jahr) dont elle est secrètement amoureuse est son allié. Une intrigue simplette certes, mais le film exhale une réelle fraîcheur et candeur qu’on ne retrouve pas forcément dans les comédies musicales adolescentes un peu mécaniques tournées aux USA avec Mickey Ronney ou Deanna Durbin. Les chansons ressemblent à s’y méprendre à des succès américains du genre (le titre swing it magister présentant de fortes similitudes avec swing Mr Charlie de Garland). Aussi, on a du mal à croire que le film provoqua un vrai scandale à sa sortie chez les familles bien-pensantes, que la musique jazzy fut qualifiée de primaire et la jeune Alice traitée de petite garce tout juste bonne à "recevoir une fessée"! Il faut rappeler qu’avant-guerre la Suède était un pays très strict et très conservateur, et que les pasteurs exerçaient encore un véritable ascendant sur la vie des citoyens. Cependant le buzz sera finalement très profiteur, et le film sera distribué avec succès dans plusieurs pays d’Europe, chose rare à l’époque !

Les professeurs en vacances (1942) nous narre la suite des aventures de l’attachante Mlle Swing : un film qui ne casse pas trois pattes à un canard, mais se regarde sans souci avec ses personnages cocasses. Vocalement, les prestations sympathiques (notamment une variation swing de la barcarolle des Contes d’Hoffmann) d’Alice rappellent un peu celles de notre Irène de Trébert nationale à la même époque. Toujours en 1942, Alice joue dans En trallande jänta une gentillette orpheline qui grâce au soutien du pasteur et de tout son village devient chanteuse à Stockholm. C’est gentillet, mais ce type de spectacles est très apprécié pendant cette sombre période. En 1944, elle est pilote d’avion pour les besoins du film Ornungar : titulaire d’une licence, la chanteuse n’a pas besoin d’être doublée par les scènes de vol. Elle interprète aussi un hymne au drapeau suédois, moment patriotique bienvenu pour remonter le moral des suédois. La même année, la jeune vedette se marie : la naissance de ses trois enfants va un peu ralentir sa carrière (On la retrouve néanmoins dans le film la chanson de Stockholm (1947)).
En 1949, déjà au faîte de sa gloire dans son pays, elle entame une carrière internationale en se produisant au Festival de Jazz de Paris, où l’on peut constater qu’elle a fait pas mal de progrès depuis ses débuts.

Les critiques ventent « sa voix pure et merveilleusement timbrée ». Elle assure le doublage du dessin animé Cendrillon pour la Suède en 1950. A partir de 1953, la chanteuse se recentre sur le cinéma, notamment aux cotés de Povel Ramel, talentueux et facétieux chanteur et auteur de revues. En 1954, elle fait une tournée en Allemagne ou son répertoire composé de tyroliennes et d’airs jazzy cadre totalement avec les goûts du public : elle décroche un contrat avec une maison de disques, un premier tube en allemand (ein mann musst nicht immer schon sein) et un rôle secondaire dans un film « la rhapsodie suédoise » avec Maj-Britt Nilsson et Karlheinz Böhm. Parmi ses tubes allemands figurent notamment une version de Lollipop et de you send me de Sam Cook. Je leur préfère sa version jazzy de la chanson du film Tunnel of love de Doris Day, où l’aisance de son interprétation et sa voix mélodieuse font merveille.
De retour en Suède, Alice regagne les bancs de l’école dans un musical estudiantin : mais ce n’est plus elle l’élève gentiment délurée : elle enseigne à présent (Mlle Swing et son élève 1956). En 1958, Alice représente la Suède à l’eurovision : en costume traditionnel, elle ne joue pas la carte de la nouveauté. Pourtant, c’est en reprenant un veux tube qu’elle avait déjà gravé en 1939, qu’Alice remporte un succès en Grande Bretagne en 1963, en pleine révolution musicale : il faut dire que sa version aérienne et gentiment décoiffante d’After you’ve gone est dans l’air du temps (43ème au top anglais).
La même année, Duke Ellington la remarque à la télévision, il est séduit par sa voix, et ne mâche pas ses mots : « le rêve de tout compositeur, l’artiste la plus unique qu’il connaisse » selon ses dires. La chanteuse va désormais l’accompagner lors de la plupart de ses tournées en Europe jusqu’en 1973. Le fameux compositeur, très inspiré par la religion, consacrera les dernières années de sa vie à des concerts de musique sacrée, avec Alice pour interprète féminine.Après le décès du maître, Alice souffrante se retire sous la Costa del sol, à Marbella plus exactement où elle réside depuis 1973 où elle se consacre à des activités religieuses (son ami Duke Ellington l’ayant rapprochée de la foi) et à des parties de golf. Mais le virus du spectacle ne l’a pas quittée et à 74 ans, elle a fait un come- back inattendu en sortant un album après 18 ans de silence ! En 1998, des concerts à guichets fermés dans les grandes villes de suède ont permis à un jeune public de redécouvrir une légendaire artiste, toujours très en voix. Depuis, Alice est retournée sur la Costa del Sol : il paraît qu’elle adore le flamenco et Paco de Lucia, et s’occuper de ses 9 petit enfants.
mercredi 28 décembre 2011
Virginia Bruce, blonde sophistiquée du cinéma d'antan

Blonde sophistiquée au doux regard rêveur, la jolie Virginia Bruce n’a sans doute pas eu la carrière qu’elle méritait. Sans grande ambition pour se faire valoir, un peu trop directe, la glamoureuse actrice n’a brillé que quelques années à la MGM à la fin des années 30. Cependant la rediffusion de ses films sur certaines chaînes de télévision spécialisées a permis a beaucoup de découvrir cette élégante actrice au charme calme et aux traits graciles que Cole Porter avait en très haute estime et qui a joué dans quelques comédies musicales marquantes en noir et blanc. Une récente biographie, fort bien écrite, permet à nouveau de découvrir et de comprendre la trajectoire de cette beauté d’autrefois.
Née à Minneapolis en 1910, Virginia Bruce a débuté par hasard au cinéma alors que cet univers ne l’avait jamais fascinée. En vacances en Californie avec ses parents, elle a croisé lors d’un repas le cinéaste William Beaudine, qui lui a proposé un bout d’essai à la Paramount. Au tout début du cinéma parlant, la jolie blonde va ainsi faire un peu de figuration dans quelques films renommés comme Parade d’amour ou Whoopee
, mais sans aucun enthousiasme. Alors qu’elle se voit confier enfin un rôle plus substantiel dans un film d’aventures (les titans du ciel) avec la gloire montante Clark Gable, l’actrice constatera avec amertume que toutes ses scènes ont été coupées au montage ! Remarquée parmi les girls réunies autour d’Eddie Cantor dans Whoopee, la débutante dépitée signe un contrat pour paraître dans les fameuses Ziegfeld follies à New York (Ziegfeld aurait confié à l’occasion qu’il n’avait jamais rencontré une aussi jolie meneuse de revue). Elle va ensuite paraître dans deux revues musicales à Broadway avant de retourner à Hollywood où le producteur Irving Thalberg de la prestigieuse MGM a des projets pour elle : Kongo, un des films les plus racoleurs et audacieux (il y est question de prostitution, inceste, drogue) de l’année 1932, qui horrifiera les ligues de décence (le Code Hays ne sera appliqué qu’à partir de 1934) et Downstairs, un drame écrit par la star du muet John Gilbert sur un chauffeur de taxi ambitieux et sans morale. On raconte que l’ex amant de Greta Garbo tenait tellement à ce que son projet aboutisse, qu’il avait accepté de vendre pour un unique dollar son scénario au studio ! Si le film se révèle, même 80 ans après original et
réussi, le personnage central était si détestable et éloigné des créations précédentes de l’acteur, que le succès ne sera pas au rendez-vous. Au moins, permettra- t’il à Virginia de rencontrer Gilbert et de l’épouser. Il semble que l’actrice souhaitait alors se retirer de l’écran pour s’occuper de leur fille, mais le caractère irascible de l’acteur, dont la carrière est en pleine crise, et sa liaison avec Marlène Dietrich vont très vite nuire à leur union. On raconte d’ailleurs que l’ascension de Virginia Bruce et le déclin rapide de Gilbert ont inspiré à Selznick l’idée du film « une étoile est née ». Après son divorce, Virginia retourne à la MGM, où le studio ne semble avoir qu’une confiance très modérée en ses talents : il n’hésite pas à la prêter à la Monogram, une firme sans aucun prestige, qui cherche une interprète pour la première version parlante de Jane Eyre : le film sera tourné en 10 jours avec un budget de misère, mais Virginia en tirera des critiques positives.
En 1935, Virginia joue aux côtés du fameux ténor Lawrence Tibbett dans Metropolitan, le roman d’un chanteur (elle y chante un air de Carmen doublée par une artiste lyrique) , incrane à nouveau une cantatrice (le fameux rossignol suédois Jenny Lind)dans the mighty Barnum et a l’honneur de figurer dans L’Amérique chante qui est considéré comme le plus mauvais film music
al de la MGM ; Heureusement, elle se rattrapera l’année suivante en jouant dans les deux films les plus marquant de sa carrière.
Le grand Ziegfeld est une bio un peu lourde du célèbre producteur de revues connu pour ses numéros musicaux volontairement pachydermiques. Virginia qui avait autrefois dansé dans les fameuses follies était tout à fait légitime pour y figurer et chacun se souvient de l’incroyable numéro où elle est juchée en haut d’une immense pièce montée en carton-pâte, avec des danseurs et des girls à tous les niveaux.. ; d’aucuns prétendent que la froide et peu diplomate Virginia n’était guère appréciée de ses collègues et qu’à la fin de la séquence, tout le monde est parti en vitesse, la laissant toute seule au sommet de son gâteau en carton !
En tous les cas, sa prestation fut jugée tout à fait convaincante (et passe beaucoup mieux de nos jours que le jeu outré de Luise Rainer qui fut pourtant récompensée d’un oscar). Dans Broadway Melody of 1936, Virginia est encore plus exquise quand elle courtise James Stewar
t en lui fredonnant le sublime air de Cole Porter « I’ve got you under my skin ». Pour bien assurer son numéro, la vedette avait pris des cours de chant auprès de Roger Edens : son excellente prestation reçut même l’accolade de Porter, en personne, qui déclara des années plus tard que personne n’a mieux chanté qu’elle ce fameux refrain. C’est en effet, sans doute dans ce subtil mélange de haute sophistication et de séduction calme, que la vedette s’est montrée sous son meilleur jour. Elle se tire fort bien d’ une femme jalouse de GB Seitz, un mélo écrit par Erich Von Stroheim, inspiré par un drame personnel vécu par l’auteur.
En 1939, on la retrouve aux cotés de Nelson Eddy (avec lequel on lui prêta une aventure) dans le flambeau de la liberté, un western musical patriotique assez sympathique ainsi qu’une série de comédies de bonne facture, avec des acteurs aussi distingués que Fredric March, Melvyn Douglas ou William Powell, souvent totalement oubliées qu’on redécouvre avec plaisir quand TCM a la bonne idée de les diffuser.
On ne sait trop pourquoi la MGM a fini par se désintéresser totalement de l’actrice après le décès d’Irving Thalberg, qui semblait le seul à lui accorder de l’intérêt. Des rôles prévus
pour Femmes de Cukor et Broadway qui danse avec Fred Astaire lui échappèrent et l’actrice vexée finit par quitter le studio.
Si l’on en juge par les films qu’elle tourné à partir des années 40, son étoile avait beaucoup pali : entre les films d’espionnage de série B (intrigue à Damas) et les rôles de potiche dans les farces d’Abbott et Costello (deux nigauds dans une île en 1942), Virginia n’avait visiblement plus la côte à l’écran. Après le décès de son second mari, le réalisateur J W Ruben, Virginia paraît encore dans un musical exotique, genre très en vogue en cette période de politique de bon voisinage avec les états d’Amérique du Sud. D
ommage que son partenaire le chanteur mexicain Tito Guizar soit si insipide ! l’actrice aura beaucoup plus de chance à la radio où, très sollicitée, elle va jouer dans de multiples pièces et adaptations de films pour ce média. En 1946, l’actrice épouse Ali Ipar, un jeune millionnaire turc. Leur mariage lui causera beaucoup de soucis, notamment avec les autorités chargées de l’immigration.
Entre autres, le couple sera contraint de divorcer, pour la forme, quand Ali Ipar obtiendra un poste d’officier de l’armée turque, avant de se remarier l’année suivante. Il semble que l’actrice sera beaucoup affectée par cette succession de déconvenues. Pour sa belle Virginia, Ali va produire et réaliser « l’épidémie -1953 » le premier film turc en couleurs, dans lequel l’ex star d’Hollywood incarne une infirmière chargée de soigner des lépreux. Il y perdra beaucoup d’argent et connaîtra des déconvenues avec son pays qui le mèneront en prison. Le couple finira par divorcer pour de bon, et conformément à la législation turque de l’époque, c’est le mari qui empochera tous les biens de son e
x épouse, liassant la pauvre Virginia très amere.
De retour aux USA, on l’a vue un peu à la télévision et au cinéma dans Liaisons secrètes avec Kim Novak en 1960.Virginia s’est éteinte en 1982, victime d’un cancer. A la fin de sa vie, l’artiste malade, vieillie et malheureuse, confiait à un photographe « pensez-vous qu’après ma mort, on se souviendra qu’autrefois j’avais de si beaux yeux ? » ; les téléspectateurs de TCM répondront assurément que oui.
Je leur conseille vivement la bio publiée aux USA par Scott O’Brien dont la lecture est passionnante.
Née à Minneapolis en 1910, Virginia Bruce a débuté par hasard au cinéma alors que cet univers ne l’avait jamais fascinée. En vacances en Californie avec ses parents, elle a croisé lors d’un repas le cinéaste William Beaudine, qui lui a proposé un bout d’essai à la Paramount. Au tout début du cinéma parlant, la jolie blonde va ainsi faire un peu de figuration dans quelques films renommés comme Parade d’amour ou Whoopee
, mais sans aucun enthousiasme. Alors qu’elle se voit confier enfin un rôle plus substantiel dans un film d’aventures (les titans du ciel) avec la gloire montante Clark Gable, l’actrice constatera avec amertume que toutes ses scènes ont été coupées au montage ! Remarquée parmi les girls réunies autour d’Eddie Cantor dans Whoopee, la débutante dépitée signe un contrat pour paraître dans les fameuses Ziegfeld follies à New York (Ziegfeld aurait confié à l’occasion qu’il n’avait jamais rencontré une aussi jolie meneuse de revue). Elle va ensuite paraître dans deux revues musicales à Broadway avant de retourner à Hollywood où le producteur Irving Thalberg de la prestigieuse MGM a des projets pour elle : Kongo, un des films les plus racoleurs et audacieux (il y est question de prostitution, inceste, drogue) de l’année 1932, qui horrifiera les ligues de décence (le Code Hays ne sera appliqué qu’à partir de 1934) et Downstairs, un drame écrit par la star du muet John Gilbert sur un chauffeur de taxi ambitieux et sans morale. On raconte que l’ex amant de Greta Garbo tenait tellement à ce que son projet aboutisse, qu’il avait accepté de vendre pour un unique dollar son scénario au studio ! Si le film se révèle, même 80 ans après original et
réussi, le personnage central était si détestable et éloigné des créations précédentes de l’acteur, que le succès ne sera pas au rendez-vous. Au moins, permettra- t’il à Virginia de rencontrer Gilbert et de l’épouser. Il semble que l’actrice souhaitait alors se retirer de l’écran pour s’occuper de leur fille, mais le caractère irascible de l’acteur, dont la carrière est en pleine crise, et sa liaison avec Marlène Dietrich vont très vite nuire à leur union. On raconte d’ailleurs que l’ascension de Virginia Bruce et le déclin rapide de Gilbert ont inspiré à Selznick l’idée du film « une étoile est née ». Après son divorce, Virginia retourne à la MGM, où le studio ne semble avoir qu’une confiance très modérée en ses talents : il n’hésite pas à la prêter à la Monogram, une firme sans aucun prestige, qui cherche une interprète pour la première version parlante de Jane Eyre : le film sera tourné en 10 jours avec un budget de misère, mais Virginia en tirera des critiques positives.En 1935, Virginia joue aux côtés du fameux ténor Lawrence Tibbett dans Metropolitan, le roman d’un chanteur (elle y chante un air de Carmen doublée par une artiste lyrique) , incrane à nouveau une cantatrice (le fameux rossignol suédois Jenny Lind)dans the mighty Barnum et a l’honneur de figurer dans L’Amérique chante qui est considéré comme le plus mauvais film music
al de la MGM ; Heureusement, elle se rattrapera l’année suivante en jouant dans les deux films les plus marquant de sa carrière.Le grand Ziegfeld est une bio un peu lourde du célèbre producteur de revues connu pour ses numéros musicaux volontairement pachydermiques. Virginia qui avait autrefois dansé dans les fameuses follies était tout à fait légitime pour y figurer et chacun se souvient de l’incroyable numéro où elle est juchée en haut d’une immense pièce montée en carton-pâte, avec des danseurs et des girls à tous les niveaux.. ; d’aucuns prétendent que la froide et peu diplomate Virginia n’était guère appréciée de ses collègues et qu’à la fin de la séquence, tout le monde est parti en vitesse, la laissant toute seule au sommet de son gâteau en carton !
En tous les cas, sa prestation fut jugée tout à fait convaincante (et passe beaucoup mieux de nos jours que le jeu outré de Luise Rainer qui fut pourtant récompensée d’un oscar). Dans Broadway Melody of 1936, Virginia est encore plus exquise quand elle courtise James Stewar
t en lui fredonnant le sublime air de Cole Porter « I’ve got you under my skin ». Pour bien assurer son numéro, la vedette avait pris des cours de chant auprès de Roger Edens : son excellente prestation reçut même l’accolade de Porter, en personne, qui déclara des années plus tard que personne n’a mieux chanté qu’elle ce fameux refrain. C’est en effet, sans doute dans ce subtil mélange de haute sophistication et de séduction calme, que la vedette s’est montrée sous son meilleur jour. Elle se tire fort bien d’ une femme jalouse de GB Seitz, un mélo écrit par Erich Von Stroheim, inspiré par un drame personnel vécu par l’auteur.En 1939, on la retrouve aux cotés de Nelson Eddy (avec lequel on lui prêta une aventure) dans le flambeau de la liberté, un western musical patriotique assez sympathique ainsi qu’une série de comédies de bonne facture, avec des acteurs aussi distingués que Fredric March, Melvyn Douglas ou William Powell, souvent totalement oubliées qu’on redécouvre avec plaisir quand TCM a la bonne idée de les diffuser.
On ne sait trop pourquoi la MGM a fini par se désintéresser totalement de l’actrice après le décès d’Irving Thalberg, qui semblait le seul à lui accorder de l’intérêt. Des rôles prévus
pour Femmes de Cukor et Broadway qui danse avec Fred Astaire lui échappèrent et l’actrice vexée finit par quitter le studio.Si l’on en juge par les films qu’elle tourné à partir des années 40, son étoile avait beaucoup pali : entre les films d’espionnage de série B (intrigue à Damas) et les rôles de potiche dans les farces d’Abbott et Costello (deux nigauds dans une île en 1942), Virginia n’avait visiblement plus la côte à l’écran. Après le décès de son second mari, le réalisateur J W Ruben, Virginia paraît encore dans un musical exotique, genre très en vogue en cette période de politique de bon voisinage avec les états d’Amérique du Sud. D
ommage que son partenaire le chanteur mexicain Tito Guizar soit si insipide ! l’actrice aura beaucoup plus de chance à la radio où, très sollicitée, elle va jouer dans de multiples pièces et adaptations de films pour ce média. En 1946, l’actrice épouse Ali Ipar, un jeune millionnaire turc. Leur mariage lui causera beaucoup de soucis, notamment avec les autorités chargées de l’immigration.Entre autres, le couple sera contraint de divorcer, pour la forme, quand Ali Ipar obtiendra un poste d’officier de l’armée turque, avant de se remarier l’année suivante. Il semble que l’actrice sera beaucoup affectée par cette succession de déconvenues. Pour sa belle Virginia, Ali va produire et réaliser « l’épidémie -1953 » le premier film turc en couleurs, dans lequel l’ex star d’Hollywood incarne une infirmière chargée de soigner des lépreux. Il y perdra beaucoup d’argent et connaîtra des déconvenues avec son pays qui le mèneront en prison. Le couple finira par divorcer pour de bon, et conformément à la législation turque de l’époque, c’est le mari qui empochera tous les biens de son e
x épouse, liassant la pauvre Virginia très amere.De retour aux USA, on l’a vue un peu à la télévision et au cinéma dans Liaisons secrètes avec Kim Novak en 1960.Virginia s’est éteinte en 1982, victime d’un cancer. A la fin de sa vie, l’artiste malade, vieillie et malheureuse, confiait à un photographe « pensez-vous qu’après ma mort, on se souviendra qu’autrefois j’avais de si beaux yeux ? » ; les téléspectateurs de TCM répondront assurément que oui.
Je leur conseille vivement la bio publiée aux USA par Scott O’Brien dont la lecture est passionnante.
dimanche 13 novembre 2011
Catherine Deneuve, belle comme le jour

Si en France tout commence et tout finit par des chansons, notre pays n’a pas toujours brillé en matière de comédies musicales ; si beaucoup furent produites dans les années 30 à 50, il s’agissait souvent de films à petit budget, de qualité discutable, destinés à mettre en valeur des chanteurs populaires. Le cinéaste Jacques Demy est parvenu à donner ses lettres de noblesse au film musical français en créant des oeuvres exquises d’une grande originalité. Sa muse était l’actrice favorite des français, la blonde Catherine Deneuve qui traverse avec une constance remarquable dans le succès le monde du cinéma depuis plus de 50 ans ! Même si elle était souvent doublée vocalement dans ses films les plus connus et que sa carrière d’une grande diversité a embrassé tous genres, un coup de chapeau à la reine du cinéma français s’imposait.
Catherine Deneuve a toute petite baigné dans le monde du 7ème art : c’est sans doute pour cette raison qu’elle n’était pas à l’origine particulièrement fascinée par ce milieu et qu’elle y a fait ses débuts sans grand
enthousiasme. Née en 1943, elle est en effet la fille de Renée Simonot, une actrice qui vient de fêter ses 100 ans en septembre dernier, qui a notamment beaucoup doublé en français de célèbres actrices américaines comme Olivia de Havilland ou Judy Garland. Son père, directeur de doublage à la Paramount, prêtait quant à lui la voix française d’Alan Ladd !
Aussi, la fillette s’est elle amusée elle aussi à doubler des enfants dans des films pour de l’argent de poche tout comme sa sœur Françoise Dorléac. C’est avec la bénédiction de son papa, que la lycéenne débute dans les collégiennes en 1957, puis les portes claquent en 1960.
Alors que sa sœur Françoise, vive et talentueuse, accède très vite à la notoriété, la jeune Catherine trouve quelques rôles sans grande conviction dans des comédies légères comme les parisiennes où Johnny Hallyday lui fredonne son tube « retiens la nuit ».
C’est une comédie musicale 100% chantée et enchantée qui va changer sa vie en 1964 : les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy . Bâti sur de magnifiques mélodies de Michel Legrand, le film est particulièrement novateur dans sa conception et d’un goût exquis : quand à Deneuve, elle apporte sa grâce, sa ré
serve, son émotion et sa distinction à son personnage et la voix éthérée de Danielle Licari lui va comme un gant. Ce film lui vaudra non seulement de connaître une gloire intense et internationale, mais également de prendre conscience de la passion qu’elle éprouve enfin pour son métier.
Une profession qu’elle va désormais exercer avec une rigueur extrême en ne reculant devant aucun choix audacieux pour explorer les univers les plus contrastés des réalisateurs les plus prestigieux de cette époque : Polanski (Répulsion), Varda (les créatures), Buñuel (belle de jour), Truffaut (la sirène du Mississipi) réclament tour à tour Deneuve, sa beauté froide et insond
able et son mystère.
Si certains spectateurs sont peu sensibles à son détachement et son coté glacial qu’ils jugent hautain et déplaisant, lui préférant par exemple sa grande concurrente des années 70, Romy Schneider qui s’impliquait beaucoup plus émotionnellement dans ses rôles, au rique de s’y perdre, le masque superbe et parfois tranquille de Catherine Deneuve cache en réalité beaucoup de violence et la dureté d’un diamant, qui la rendent fascinante dans ses meilleurs prestations..
A la fin des années 60, elle a supplanté Brigitte Bardot dans le peloton de tête des actrices françaises les plus populaires, ce qui lui a valu de très vite d’alléchantes propositions pour Hollywood où elle n’a tourné pourtant qu’un film assez décevant avec Jack Lemmon (folies d’avril en 1968). Un projet de film d’espionnage avec Hitchcock, qui se déclarait très intéressé par la française, n’aboutira pas, à son grand regret.
Catherine Deneuve n’oubliera jamais que c’est Jacques Demy et la comédie musicale qui ont fait d’elle une aussi grande vedette, et elle reviendra à plusieurs reprises à ses premières amours. Les demoiselles de Rochefort (1966) est un vibrant et euphorisant hommage à la comédie musicale où Catherine forme un savoureux duo avec sa sœur Françoise (un petit clin d’œil à Marilyn et Jane Russell des hommes préfèrent les blondes) dont les superbes chansons de Michel Legrand sont encore dans les mémoires notamment les
sœurs jumelles (pour l’occasion, Catherine est doublée par Anne Germain). J’ai une tendresse particulière pour Peau d’Ane (encore un gros succès commercial) de Demy, que j’ai découvert enfant, et dont la magie n’a jamais cessé de m’enchanter lors de ses nombreuses rediffusions à l’écran. Soucieuse, dans sa robe couleur de lune, ou réfugiée dans sa chaumière pour confectionner un cake d’amour, Catherine Deneuve trouve là encore un superbe rôle à la mesure de son charme distant.
Ce n’est pas un hasard si dans le seul film qu’elle ait jamais produit Zig Zig de Laslo Zsabo (en 1974) comporte plusieurs chansons (dont un duo avec Bernadette Laffont) et se déroule dans l’univers des cabarets. Catherine Deneuve déclarera que chanter est « un plaisir extraordinaire par rapport au métier d'actrice, où l’on dépend de tellement de gens. La chanson, c'est physique, c'est direct. » Le film, sordide et loufoque, sera pourtant un échec cuisant.
Si la carrière de Catherine Deneuve a de quoi faire bien des envieux, sa vie privée est plus chaotique : des liaisons passionnée
s avec Roger Vadim, l’ex mentor de Bardot, Marcello Mastroianni, François Truffaut ou Pierre Lescure et des drames comme le décès de sa sœur Françoise en 1967 qui vont profondément la marquer.
En 1980, elle interprète en duo avec Serge Gainsbourg la chanson « Dieu était fumeur de gitanes » dans le film de Claude Berri « Je vous aime » : le meilleur moment du film et un joli petit succès commercial. Son mince filet de voix n’est pas dépourvu de charme et en tous les cas, et est bien plus agréable à coté que celui de Mireille Darc ou Bambou , autres interprètes occasionnelles de Gainsbarre. Dans la foulé
e, elle enregistrera un 33T entier avec le célèbre auteur…un disque un peu bâclé comme elle le reconnaît de bonne grâce.
Cette année marque sûrement l’apogée de sa carrière avec un césar de la meilleure comédienne pour le très populaire Dernier métro de Truffaut où elle incarne une actrice de théâtre qui cache son mari juif. Pour d’autres c’est 13 ans plus tard dans Indochine, que Catherine Deneuve a trouvé son meilleur rôle en propriétaire de plantation, qui lui vaudra même une première nomination à l'Oscar de la meilleure actrice : certains spectateurs l’ont trouvé plus touchante et plus humaine dans ce personnage.
En effet, avec son image de femme glaciale et austère, brûlant d’un feu intérieur, le risque était grand pour la star aux près de 50 ans de carrière de finir statufiée et prisonnière de l’icône qu’elle est devenue : aussi, avec une remarquable intelligence, l’actrice n’hésite pas à se parodier elle-même dans de nombreuses comédies récentes (comme par exemple dans Belle maman une comédie déjantée de Gabriel Aghion où elle chante un rap de Stomy Bugsy !) et à aborder des roles les plus fous : tour à tour femme-cougar, alcoolique, vampire, complètement déjantée, avec une joyeux sens de la dérision et de la provocation.
En 2002, 8 femmes de François Ozon devint le plus grand succès de sa carrière : une sorte de cluédo musical garni de chansons (la comédie musicale est décidément le genre qui lui porte chance…). Elle y reprend une chanson de Sylvie Vartan « toi jamais ».
Cette année, Catherine a retrouvé sa fille Chiara Mastroanni sur le plateau de « Les Biens aimés », une chronique mais réussie sur les tourments de la passion qui s’étire des années 60 à aujourd’hui, sur des morceaux composés par Alex Beaupain : du cinéma en-chanté, un peu affecté, dans la grande tradition des Demy : qui s’en plaindra ?
Catherine Deneuve, 50 ans après ses premiers succès , demeure encore une des comédiennes préférées des français (elle est classée dixième),et n’a pas dit son dernier mot…ni sa dernière chanson !
Catherine Deneuve a toute petite baigné dans le monde du 7ème art : c’est sans doute pour cette raison qu’elle n’était pas à l’origine particulièrement fascinée par ce milieu et qu’elle y a fait ses débuts sans grand
enthousiasme. Née en 1943, elle est en effet la fille de Renée Simonot, une actrice qui vient de fêter ses 100 ans en septembre dernier, qui a notamment beaucoup doublé en français de célèbres actrices américaines comme Olivia de Havilland ou Judy Garland. Son père, directeur de doublage à la Paramount, prêtait quant à lui la voix française d’Alan Ladd !Aussi, la fillette s’est elle amusée elle aussi à doubler des enfants dans des films pour de l’argent de poche tout comme sa sœur Françoise Dorléac. C’est avec la bénédiction de son papa, que la lycéenne débute dans les collégiennes en 1957, puis les portes claquent en 1960.
Alors que sa sœur Françoise, vive et talentueuse, accède très vite à la notoriété, la jeune Catherine trouve quelques rôles sans grande conviction dans des comédies légères comme les parisiennes où Johnny Hallyday lui fredonne son tube « retiens la nuit ».
C’est une comédie musicale 100% chantée et enchantée qui va changer sa vie en 1964 : les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy . Bâti sur de magnifiques mélodies de Michel Legrand, le film est particulièrement novateur dans sa conception et d’un goût exquis : quand à Deneuve, elle apporte sa grâce, sa ré
serve, son émotion et sa distinction à son personnage et la voix éthérée de Danielle Licari lui va comme un gant. Ce film lui vaudra non seulement de connaître une gloire intense et internationale, mais également de prendre conscience de la passion qu’elle éprouve enfin pour son métier.Une profession qu’elle va désormais exercer avec une rigueur extrême en ne reculant devant aucun choix audacieux pour explorer les univers les plus contrastés des réalisateurs les plus prestigieux de cette époque : Polanski (Répulsion), Varda (les créatures), Buñuel (belle de jour), Truffaut (la sirène du Mississipi) réclament tour à tour Deneuve, sa beauté froide et insond
able et son mystère.Si certains spectateurs sont peu sensibles à son détachement et son coté glacial qu’ils jugent hautain et déplaisant, lui préférant par exemple sa grande concurrente des années 70, Romy Schneider qui s’impliquait beaucoup plus émotionnellement dans ses rôles, au rique de s’y perdre, le masque superbe et parfois tranquille de Catherine Deneuve cache en réalité beaucoup de violence et la dureté d’un diamant, qui la rendent fascinante dans ses meilleurs prestations..
A la fin des années 60, elle a supplanté Brigitte Bardot dans le peloton de tête des actrices françaises les plus populaires, ce qui lui a valu de très vite d’alléchantes propositions pour Hollywood où elle n’a tourné pourtant qu’un film assez décevant avec Jack Lemmon (folies d’avril en 1968). Un projet de film d’espionnage avec Hitchcock, qui se déclarait très intéressé par la française, n’aboutira pas, à son grand regret.
Catherine Deneuve n’oubliera jamais que c’est Jacques Demy et la comédie musicale qui ont fait d’elle une aussi grande vedette, et elle reviendra à plusieurs reprises à ses premières amours. Les demoiselles de Rochefort (1966) est un vibrant et euphorisant hommage à la comédie musicale où Catherine forme un savoureux duo avec sa sœur Françoise (un petit clin d’œil à Marilyn et Jane Russell des hommes préfèrent les blondes) dont les superbes chansons de Michel Legrand sont encore dans les mémoires notamment les
sœurs jumelles (pour l’occasion, Catherine est doublée par Anne Germain). J’ai une tendresse particulière pour Peau d’Ane (encore un gros succès commercial) de Demy, que j’ai découvert enfant, et dont la magie n’a jamais cessé de m’enchanter lors de ses nombreuses rediffusions à l’écran. Soucieuse, dans sa robe couleur de lune, ou réfugiée dans sa chaumière pour confectionner un cake d’amour, Catherine Deneuve trouve là encore un superbe rôle à la mesure de son charme distant.Ce n’est pas un hasard si dans le seul film qu’elle ait jamais produit Zig Zig de Laslo Zsabo (en 1974) comporte plusieurs chansons (dont un duo avec Bernadette Laffont) et se déroule dans l’univers des cabarets. Catherine Deneuve déclarera que chanter est « un plaisir extraordinaire par rapport au métier d'actrice, où l’on dépend de tellement de gens. La chanson, c'est physique, c'est direct. » Le film, sordide et loufoque, sera pourtant un échec cuisant.
Si la carrière de Catherine Deneuve a de quoi faire bien des envieux, sa vie privée est plus chaotique : des liaisons passionnée
s avec Roger Vadim, l’ex mentor de Bardot, Marcello Mastroianni, François Truffaut ou Pierre Lescure et des drames comme le décès de sa sœur Françoise en 1967 qui vont profondément la marquer.En 1980, elle interprète en duo avec Serge Gainsbourg la chanson « Dieu était fumeur de gitanes » dans le film de Claude Berri « Je vous aime » : le meilleur moment du film et un joli petit succès commercial. Son mince filet de voix n’est pas dépourvu de charme et en tous les cas, et est bien plus agréable à coté que celui de Mireille Darc ou Bambou , autres interprètes occasionnelles de Gainsbarre. Dans la foulé
e, elle enregistrera un 33T entier avec le célèbre auteur…un disque un peu bâclé comme elle le reconnaît de bonne grâce.Cette année marque sûrement l’apogée de sa carrière avec un césar de la meilleure comédienne pour le très populaire Dernier métro de Truffaut où elle incarne une actrice de théâtre qui cache son mari juif. Pour d’autres c’est 13 ans plus tard dans Indochine, que Catherine Deneuve a trouvé son meilleur rôle en propriétaire de plantation, qui lui vaudra même une première nomination à l'Oscar de la meilleure actrice : certains spectateurs l’ont trouvé plus touchante et plus humaine dans ce personnage.
En effet, avec son image de femme glaciale et austère, brûlant d’un feu intérieur, le risque était grand pour la star aux près de 50 ans de carrière de finir statufiée et prisonnière de l’icône qu’elle est devenue : aussi, avec une remarquable intelligence, l’actrice n’hésite pas à se parodier elle-même dans de nombreuses comédies récentes (comme par exemple dans Belle maman une comédie déjantée de Gabriel Aghion où elle chante un rap de Stomy Bugsy !) et à aborder des roles les plus fous : tour à tour femme-cougar, alcoolique, vampire, complètement déjantée, avec une joyeux sens de la dérision et de la provocation.
En 2002, 8 femmes de François Ozon devint le plus grand succès de sa carrière : une sorte de cluédo musical garni de chansons (la comédie musicale est décidément le genre qui lui porte chance…). Elle y reprend une chanson de Sylvie Vartan « toi jamais ».
Cette année, Catherine a retrouvé sa fille Chiara Mastroanni sur le plateau de « Les Biens aimés », une chronique mais réussie sur les tourments de la passion qui s’étire des années 60 à aujourd’hui, sur des morceaux composés par Alex Beaupain : du cinéma en-chanté, un peu affecté, dans la grande tradition des Demy : qui s’en plaindra ?
Catherine Deneuve, 50 ans après ses premiers succès , demeure encore une des comédiennes préférées des français (elle est classée dixième),et n’a pas dit son dernier mot…ni sa dernière chanson !
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