lundi 10 mai 2010

Adieu Lena Horne (1917-2010)



Lena Horne était une immense artiste américaine.
Outre ses apparitions dans quelques comédies musicales où ses passages étaient souvent limités à une chanson, qui pouvait du coup être facilement coupée pour l'exploitation du film dans les états racistes des USA, on retiendra aussi ses disques.
J'adore les 33 T qu'elle a gravés à la fin des années 50 et dans les années 60 "soul" lovely and alive" "give the lady what she wants" et je les ai souvent écoutés.
Dans son one man show triomphal "a lady and her music" 1980, Lena Horne racontait sa vie en chansons et reprenait son mégatube Stormy weather (qu'Ethel Waters avait pourtant enregistré bien avant elle ) d'abord de façon classique comme dans le film de 1943 puis de façon plus soul où l'artiste libérait sa voix, son tempérament et son émotion.
Dans le même show, Lena livrait une interprétation magnifique de "Hier encore" d'Aznavour que nul n'a mieux chanté qu'elle et If you believe de The Wiz.


samedi 1 mai 2010

Ilse Werner, la jeune première des années sombres




Ravissante jeune première du cinéma allemand du IIIème Reich, Ilse Werner personnifiait l’optimisme et la spontanéité en cette période plus que troublée. Avec ses chansons sifflotées et ses personnages de sages jeunes filles volontaires et énergiques, la comédienne était un véritable symbole d’équilibre et d’opiniâtreté, qui boostait le moral des troupes comme des familles . Actrice douée au charme juvénile évident, Ilse Werner a au passage brillé dans deux ou trois excellents films et l’historien du cinéma Ado Kyrou, l’auteur d’Amour, érotisme et cinéma, ne tarissait pas d’éloges à son sujet .

Fort curieusement en cette période de xénophobie exacerbée, presque toutes les stars féminines du cinéma allemand étaient des étrangères. Née en 1921 à Djakarta, Ilse Werner avait même une grand-mère chinoise dont elle avait hérité ses superbes yeux en amande. Revenue en Autriche avec ses parents , riches commerçants dans l’exportation de thé et de riz, la jeune fille de 15 ans entame des cours de comédie auprès de Max Reinhardt, avant de se produire au festival de Salzbourg. Très remarquée dès sa première apparition scénique, Ilse est aussitôt engagée dans une opérette filmée « Sourires de Vienne », qui sera la dernière production autrichienne avant l’annexion du pays par les troupes allemandes.
Deux propositions s’offrent alors à l’adolescente. L’UFA, le studio allemand nationalisé par les nazis et la MGM, le prestigieux studio hollywoodien sont intéressés par la prometteuse Ilse. De façon très pragmatique, afin de pouvoir surveiller sa fille, encore mineure, le père de l’actrice optera pour les studio berlinois…
La nouvelle coqueluche enchaîne les comédies romantiques aux titres évocateurs « Eveil », « Mademoiselle », où l’optimisme est de rigueur. Pas question de déroger à la règle : le film « la vie portait être si belle » qui évoque innocemment les soucis matériels d’un jeune
Couple (Ilse Werner et Rudi Godden) qui a peur de s’engager sera tout bonnement interdit par la censure. Le concert de l’espoir (1940) sera en revanche vivement recommandé par le régime : un film de propagande bien médiocre, auquel Goebbels a collaboré étroitement où Ilse Werner incarne une jeune fille aimée de deux soldats allemands qui participe à un spectacle radiophonique destiné aux soldats. Ilse Werner prétendra plus tard avoir été contrainte de jouer dans le film par peur de représailles. En tous les cas, sa participation à ce film (qui remporta un très gros succès commercial : 26 millions de spectateurs) lui vaudra de gros soucis après guerre, tout comme U bootewestwärts (1941) autre film de propagande (mais plutôt bon, celui là) dont l’action se situe dans un sous marin.

.Ilse y chante ou plutôt siffle quelques refrains avec un talent sûr. Si sa voix n’est pas mélodieuse, elle possède en revanche un curieuse facilité pour le sifflement, dont elle fera longtemps sa spécialité (tout comme Micheline Dax en France). En tous les cas, elle sera doublée pour la bien quelconque biographie de Jenny Lind le rossignol suédois, dernier film de Joachim Gottschack (qui y incarne Andersen) . Persécuté par les nazis, car marié à une juive, l’acteur se suicidera peu après le tournage.
La comédie musicale Vive la musique (1942) du grand metteur en scène Helmut Kautner est un film nettement meilleur, un spectacle intelligent où l’artiste brille par sa beauté. On regrettera en revanche la pauvreté des chorégraphies et des numéros musicaux même si les chanson s , excellentes , compteront parmi les plus gros tubes d’Ilse. En 1943, Ilse participe aux Aventures du baron de Munschausen, étonnant film fantastique, d’une grande qualité visuelle. Resplendissante en technicolor, Ilse fascine par sa beauté. Au fil des années, la jeune adolescente s’est muée en une actrice sensible et expressive d’un rare magnétisme. Elle n’a sans doute jamais été meilleure que dans la Paloma, merveilleux film de Kautner sur les désillusions sentimentales d’un marin. Exempt de propagande, ce film intimiste d’une grande beauté visuelle et d’une poésie mélancolique extrêmement touchante figure probablement parmi les plus beaux films de cette noire période. Jugé trop déprimant et trop réaliste par les autorités nazies, ce chef d’œuvre sera interdit et projeté seulement après guerre sur les écrans. C’est évidemment LE film que je conseillerai à tout cinéphile souhaitant découvrir la vedette allemande.
A la fin de la guerre, Ilse Werner, à laquelle on reproche sa participation aux deux films de propagande susvisés fera l’objet d’une interdiction scénique par les alliés, tout comme ses collègues Sybille Schmitz ou Kristina Söderbaum. Un blâme et un hiatus dont sa carrière cinématographique ne se remettra jamais. En 1948, l’actrice épouse un journaliste américain qu’elle suit en Californie. Après son divorce, elle tente un come back à l’écran , mais les films qui luis sont proposés font pâle figure à coté de la Paloma ou de Munshausen. Profondeurs mystérieuses, pourtant signé Pabst, n’offre que quelques splendides vues de grottes et concrétions. Ilse y case quelques chansons sifflées qui n’ont rien à faire avec l’intrigue; Reine d’une nuit (1951) est une opérette poussive où la vedette est même doublée pour le chant, quant à Anchen von Tharau, ce n’est qu’un petit heimatfilm en noir et blanc, comme il en pullulait à l’époque : même le charme mystérieux de l’actrice semble s’être complètement évanoui en quelques années. Pour survivre, il lui reste encore la chanson, et certains de disques (pourtant guère remarquables) se nicheront dans les hit parades. L’actrice se produira sur scène dans le roi et moi : un rôle fait pour elle, et particulièrement l’air « je siffle un air joyeux » qui tombe à point.
Dans les années 80 et 90, on la reverra sporadiquement à la télé, dans des feuilletons policiers, des émissions de variétés et même à l’occasion sur grand écran comme pour « les Hallo sisters », comédie décevante sur les caprices de deux vieilles vedettes tentant leur retour à la télévision.
On remarquera que le groupe Scorpions si populaire dans les années 80 utilisera quelques sifflements de la star comme intro de son plus gros succès « wind of chance ». Une discrète révérence de la jeune génération à une artiste qui 50 ans auparavant incarnait si bien la jeunesse .
Ilse Werner est décédée dans sa maison de retraite en 2005.


vendredi 23 avril 2010

Dorothy Lamour, déesse de la jungle






Vénus des mers du sud, la brune Dorothy Lamour reflète toute la magie du cinéma hollywoodien d’autrefois où tous les rêves étaient permis et où sa voix mélodieuse et langoureuse berçaient plus d’un film d’aventure ou comédie musicale. Peinturlurée de fond de teint , vêtue d’un sarong, adossé contre un arbre, cette jolie sirène des années 40 représente presque un mirage d’un monde aujourd’hui perdu. Une fine comédienne qui a également su évoluer avec humour dans des farces déjantées aux cotés du crooner Bing Crosby et de Bob Hope.

Née en 1914 à la nouvelle Orléans , Dorothy Lamour a travaillé très jeune pour subvenir aux besoins de sa famille. Alors qu’elle vend des jouets dans un grand magasin, la jeune fille se présente à un concours de chant à Chicago. Repérée par le chef d’orchestre Herbie Kaye, Dorothy est engagée dans sa formation pour des tournées à travers les USA et des émissions de radio très populaires. Elle devient aussi l’épouse d’Herbie. De passage à Hollywood , la belle est remarquée par louis B Mayer et d’autres producteurs mais la maladresse de son impresario lui fait perdre bien des opportunités. Finalement la Paramount lui propose d’incarner « Hula, fille de la brousse » dans une jungle de pacotille. Couverte de peinture foncée (qui lui vaudra des problèmes cutanés), flanquée du chimpanzé Bogo et du tigre Kimau, Dorothy chante et enchante le public avec son personnage de Tarzane.
Tout en poursuivant les tournées avec son mari, la nouvelle star sous contrat avec la Paramount tient des rôles secondaires dans plusieurs musicals de la Paramount comme la furie de l’or noir (1937) où elle est éclipsée par Irène Dunne. Conscient du potentiel de la brunette, Samuel Goldwynn l’emprunte à la Paramount pour Hurricane de John Ford. Son rôle de fille de îles enthousiasme le public et les journaux de cinéma qui se focalisent sur sa beauté « typée » comme on disait à l’époque. Elle enregistre aussi la chanson du film « the moon of Monakoora » une mélodie hawaïenne entêtante, qui fait un tabac (reprise en France par Elyane Célis). Désormais abonnée aux rôles de natives, Dorothy Lamour sera successivement « Toura la déesse de la jungle » (au milieu de vilains indigènes qui veulent jeter aux crocodiles les hommes blancs), l’héroïne du Typhon (en technicolor et sarong raccourci ), Aloma le reine des îles (avec un Jon Hall tout en muscles) ou la comparse de Mahok, éléphant du diable (qui fera beaucoup rire quelques critiques acerbes) …et d’autres fantaisies tropicales qu’on aimerait bien revoir aujourd’hui et dont la saveur faussement exotique a pris un goût délicieusement kitsch.
Pour promouvoir certains films, Dorothy donnait un tour de chant en première partie , avec son sarong et ses bracelets, dans les salles obscures de New York.
Dorothy Lamour paraît également dans des comédies musicales (Saint Louis blues, l’escadre est au port) de facture classique ou dans des polars de qualité (Johnny Appolo avec Tyrone Power) ou encore des films à costumes comme la belle écuyère où pour une fois, elle est saluée pour son interprétation, sans rencontrer l’adhésion du public. Humble et lucide, Dorothy Lamour n’a jamais prétendu être une grande comédienne; Aux journalistes lui demandant si elle avait pris des cours de chant ou de comédie , elle répondait « non, ça se voit! ».
En 1940, Dorothy triomphe dans la route pour Singapour, une comédie musicale burlesque aux dialogues délirants avec Bing Crosby et un Bob Hope extravagant. Le succès est tel que plusieurs suites seront tournées avec le même trio tour à tour au Maroc, à Rio puis à Bali. Outre des jolies chansons languissantes, Dorothy est impeccable dans ce genre de comédies loufoques où sa malice et son ton moqueur apportent un zeste bienvenu à ce cocktail de fantaisie.
Divorcée d’Herbie Kaye, la star qui se consacre sans compter aux œuvres de charité et à l’effort de guerre (on raconte qu’elle a réussi à vendre plus de bons de guerre qu’aucune autre vedette) sort souvent avec JE Hoover, patron de la CIA, avec lequel elle restera liée jusqu’à sa mort. Il semble à posteriori qu’il s’agissait bien plus qu’une tendre amitié mais l’actrice épousera portant le capitaine WR Howard.
En 1944, elle crée le slow It should happen to you dans le musical 4 flirts et un cœur avec la pétulante Betty Hutton. On la retrouve ensuite dans le remake musical de la baronne de minuit « Mascarade à Mexico » de Mitchell Leisen, son réalisateur favori. Toujours aussi modeste, l’actrice aurait alors déclaré : le script est trop bon, il y a des dialogues, ce n’est pas pour moi! Avant d’être convaincue par le réalisateur . Si le résultat est décevant (il semble que quelques chansons et passages soient tronqués dans la version subsistante), la prestation de Dorothy est tout à fait honorable.
Désireuse de faire évoluer sa carrière vers des films plus ambitieux, l’actrice n’hésitera pas à brûler symboliquement son sarong devant la presse spécialisée. Mais est-il facile d’abandonner si facilement une image qui vous colle à la peau?
Après avoir formé un amusant tandem avec Bob Hope dans la brune de mes rêves, l’actrice s’est fourvoyée dans les corsaires de la terre, film d’aventure descendu par la critique avec une rare violence.
La Paramount qui en profitait pour rajeunir son staff d’acteurs rendit sa liberté à Dorothy afin de lancer de nouvelles actrices plus jeunes.
Hélas, les quelques films que l’actrice tournera en free lance n’auront aucun impact auprès de public. Danseuse de cancan dans slightly french (1949) ou chanteuse de la belle époque dans lulu Belle (condamné par une ligue de décence comme amoral), Dorothy n’a pas le même attrait qu’en sarong .
Elle accepte de se produire en tour de chant au Palladium de Londres où elle remporte un franc succès.
En 1952, Dorothy fait son come back à l’écran dans Sous le plus grand chapiteau du monde, une superproduction de Cecil B de Mille, souvent rediffusée à la télévision. Un film mémorable m^me si le rôle de Dorothy est plutôt effacé. Après une dernière pirouette dans Bal à Bali avec ses copains Bob Hope et Bing Crosby (et en sarong comme autrefois), Dorothy quitte l’écran pour se consacrer à ses enfants. Comme elle l’avoue elle-même, le téléphone ne sonnait plus !
Hollywood n’a jamais vraiment misé sur les vedettes glamoureuses de plus de 40 ans, surtout quand elle sont sujettes au double menton.
Dorothy continuera à chanter sur disque , dans les night clubs et à Londres à nouveau., avant de refaire une apparition fugace (amis remarquée) dans un ultime numéro d’En route vers…Hong Kong (1962), malgré l’opposition de Bing Crosby qui ne la jugeait plus bancable et la présence de Joan Collins dans le principal rôle féminin.
Si à l’occasion, l’actrice accepte un rôle voire même n’importe quoi pour ne pas se faire oublier (l’indigne Pyjama party par exemple), Dorothy chante surtout désormais sur scène (Hello Dolly en 1967). Interrogée sur le cinéma d’aujourd’hui, l’ancien sex symbol se montrait quelque peu aigrie fustigeant « le sexe, la nudité et l’homosexualité à l’écran qui ruinent l‘espoir de la jeunesse» . Elle apparaîtra encore dans des séries télé , ne refusant jamais une interview. Collègue très appréciée de ses pairs pour a bonne humeur , sa simplicité et son humour, Dorothy Lamour nous a quitté en 1994.
Hélas, la Paramount dont elle fut la star la mieux payé à la fin des années 30, n’a jamais vraiment accordé d’intérêt à son catalogue et hormis la série avec Bob Hope, les films de Dorothy Lamour sont difficilement visibles aujourd’hui Nul doute qu’un ressortie en DVD occasionnerait un regain d’intérêt pour cette splendide créature. En tous les cas, on peut toujours écouter sa voix berceuse, ensorcelante sur quelques Cds importés des USA ou d’Angleterre.

samedi 3 avril 2010

Jacqueline Francell, jolie divette des films chantés d'avant guerre






Au début des années 30, à l’arrivée du cinéma parlant, on chantait à tue tête dans les films français : des comédies fort populaires à l’époque, parfois tournées en partenariat avec les studios américains ou allemands, mieux équipés sur un plan technique. Parmi les vedettes de ces opérettes filmées si prisées du public, et si injustement rejetées et oubliées de nos jours figuraient la jolie soprano Jacqueline Francell, qui avait fait ses classes à l’opéra comique.

Jacqueline Francell est la fille de Fernand Francell un célèbre ténor de l’opéra de Paris qu’on a vu par la suite au cinéma dans les trois mousquetaires de Diamant-Berger (il incarnait Louis XIII) et au cotés de sa fille dans l’appel du silence. Après avoir suivi des cours de chant et de gymnastique acrobatique, la brune jeune fille débute à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, dans « La Flûte enchantée » avant de chanter « Les Noces de Figaro » à l’opéra comique. Elle bifurque ensuite vers des spectacles plus faciles en se consacrant à l’opérette, style très en vogue à la fin des années 20. L’opérette Flossie (1929) est pour elle un triomphe personnel, et même la romancière Colette fait part de son enthousiasme. Dans le spectacle figure aussi un dénommé Jean Gabin dans un rôle mineur. Sa courte liaison avec Jacqueline brisera le ménage qu’il formait avec Gaby Basset.
Le couple se retrouve dans Arsène Lupin banquier, musical adapté des romans de Maurice Leblanc. L’exquise Jacqueline est à nouveau fort remarquée dans l’opérette coquine d’Honegger le roi Pausole, qui narre les péripéties d’un royaume de débauchés dont le roi change de femme tous les jours. Devenue l’une des jeunes premières les plus en vue de Paris, la jolie comédienne a beaucoup de goût : Emile Ruhlmann, illustre décorateur, conçoit à son attention , lors du Salon des artistes décorateurs de 1930, une paire de meubles en bois de violette, un chiffonnier et un secrétaire enrichis de détails de bronze argenté. De véritables bijoux d’art nouveau qui ont été adjugés 305 000 euros lors d’une récente vente aux enchères.

Avec l’avènement du cinéma parlant, les studios de cinéma recherchent avidement les jeunes comédiennes sachant chanter et jouer pour leurs prochaines productions. En 1932, Jacqueline Francell est engagée pour Mirages de Paris du metteur en scène russe Fedor Ozep qui raconte la montée à Paris d'une petite provinciale naïve qui perd peu à peu ses illusions dans la grande ville. Un succès international aussi bien public que critique (qu’on aimerait bien découvrir en DVD un jour!). La même année, Jacqueline joue aux cotés du grand Raimu dans la petite chocolatière de Marc Allégret (donc quelques gags sont signés Jacques Prévert). Elle grave aussi plusieurs 78 tours avec des airs d’opérettes comme Florestan Ier de Sacha Guitry.
Logiquement, Jacqueline reprend à l’écran les rôles qui ont fait son succès sur scène (enlevez-moi, le roi Pausole…). Décolorée en blonde, comme les stars américaines, toutes les portes s’ouvrent devant elle, même celles des studios d’Hollywood . En 1933 elle donne la réplique à Maurice Chevalier pour la version française de The way to love (l’amour guide). Malheureusement, le résultat n’est pas très probant, les dialogues très mauvais et « Jacqueline semble s’y ennuyer » pour reprendre la presse de l’époque.
De retour à Paris, Jacqueline joue avec Henry Garat, le chouchou des dames, dans de sympathiques films chantés, mais qui ont pris un vilain coup de vieux. Dans les studios berlinois, elle participe à la version française de l’opérette le baron tzigane (1935) avec Anton Walbrook. En 1936, elle tient l’un des rôles principaux d’une grande opérette à l’américaine d'Yves Mirande secondé par Siodmak: le grand refrain, qui se déroule dans les milieux du music-hall , avec Fernand Gravey en jeune musicien pauvre mais talentueux, qui fait fortune en composant une opérette. En dépit d’une musique de Richard Heyman(le chemin du paradis), et de quelques passages oniriques à la Berkeley, le film pèche par excès de sentimentalisme.
Jacqueline rêve toujours de donner un tournant international à sa carrière , mais l’opérette de Kurt Weil qu’elle inaugure à Londres est un échec retentissant. En revanche, l’actrice fait triompher le Roi Pausole en Amérique du sud où la pièce choque…mais remplit les salles.

A coté des opérettes, on est étonné de découvrir dans la filmographie de la chanteuse une biographie de Charles de Foucauld , missionnaire en Algerie et au Maroc, assassiné à Tamanrasset par une troupe de rebelles ainsi qu’un film vaguement inspiré par le destin de sainte Thérèse de Lisieux (la rose effeuillée). Des œuvres pleines de bonnes intentions, mais si platement réalisées qu’elles perdent tout intérêt.
Le déclin des films chantés va mettre un terme à la fin de la carrière cinématographique de la blonde divette. Cependant , sa carrière va se poursuivre sur scène dans l’opérette avec notamment balalaïka, avec Reda Caire, un succès de 1938 ou encore une reprise de Ciboulette en 1942.

En 1941, elle épouse Gabriel Bouillon, professeur au Conservatoire national de musique.
Après guerre, la chanteuse « à la voix de mésange » se tourne vers le théâtre. On la retrouvera notamment dans plume au vent de Jean Nohain ou Patate de Marcel Achard.
Jacqueline Francell est décédée en 1962 à Neuilly-sur-Seine, de complications à la suite d’une intervention chirurgicale. Femme au grand cœur et d'une extrême simplicité, elle se dépensait sans compter pour plusieurs œuvres philanthropiques.

vendredi 2 avril 2010

Rani Mukherjee, la reine de Bollywood









Depuis le début du XXI ème siècle, le cinéma indien a conquis en Europe
une popularité incroyable auprès d’un public toujours plus nombreux : en
renouant avec la tradition de l’âge d’or d’Hollywood, du faste, des
paillettes, des chorégraphies somptueuses et des sentiments exacerbés,
les studios indiens sont enfin parvenus à exporter leur production.
Parmi les reines de ce royaume de conte de fée, l’une des plus jolies et
des plus populaires vedettes se nomme Rani (ce qui signifie « reine » en hindi)
Mukherjee. Son étrange voix cassée et très sensuelle ainsi que ses
indéniables qualités de comédienne lui ont permis de se tailler une
place de choix à Bollywood. Mais pour combien de temps encore ?

Née en 1978 à Calcutta, Rani Mukherjee a toujours baigné dans le monde
du cinéma : son père était réalisateur, sa mère chanteuse, ses tantes (Nutan, Tanuja) des stars de cinéma et la plupart
des membres de sa famille évoluaient dans le show business.. . On
précisera à cette occasion qu’à Bollywood, le népotisme est
omniprésent, et qu’une jeune femme sans relation n’a aucune chance
d’être admise dans l’univers cinématographique à moins qu’elle ait
remporté un concours de beauté de premier plan.
Si son papa lui offre d’abord un petit rôle dès 1993, l’actrice ne se
fera remarquer qu’en 1997 dans Kuch kuch hota hai, un immense succès
commercial et une délicieuse comédie musicale où elle est un peu
éclipsée par le couple vedette Kajol et Sharukh khan qui fait ici
vraiment des étincelles. A coté de la facétieuse et attachante Kajol (sa
cousine dans la vie), Rani, le teint éclairci par le maquillage (ça fait plus chic en Inde), semble un peu fade. Elle est néanmoins lancée
et paraît dans des films de qualité inégale (dont deux avec Govinda,
avec lequel l'actrice aurait eu une liaison). Le plus connu du lot
demeure Chori Chori chupke chupke, une histoire de mère porteuse assez
audacieuse qui a également recueilli un gros suffrage populaire. Rani y
incarne une femme stérile qui accepte de recourir à une mère d’emprunt
(une prostituée incarnée par une excellente et pétillante Preity Zinta)
pour pouvoir donner un enfant à son mari, qui ne supporte pas l’idée
d’adopter un enfant (un postulat qui m’a paru inacceptable). Malgré le
coté parfois choquant du sujet, le film est assez réussi grâce à
l’interprétation des deux comédiennes dans des scènes très dramatiques
où la mère porteuse menace de garder le bébé.
En 2001, Rani fait partie de l’impressionnante distribution de la famille
indienne, énorme succès commercial qui manie avec brio les grands
ressorts du mélo musical bollywoodien. Néanmoins, c'est avec Saathiya, un
drame plus encré dans la réalité quotidienne (l'histoire toute simple
d'un couple qui décide de s'unir malgré l'opposition des familles) qui
lui vaut enfin des critiques élogieuses. Forte de ce succès, Rani s’impose très rapidement comme la star la plus en vue de Bollywood dans une série impressionnante de très gros succès commerciaux : Hum tum, comédie moderne avec Saif Ali Khan , Veer Zara, un drame très romantique où Rani incarne avec beaucoup de grâce et d’émotion contenue l’avocate qui défend Sharukh Khan et surtout Black, remake indien de Miracle en Alabama où une Rani méconnaissable impressionne dans un rôle de sourde-muette aveugle prise en charge par un éducateur obstiné dont elle tombe amoureuse. En dépit de certaines outrances typiques à l’univers bollywoodien, l’interprétation parfaite de Rani et du grandiose Amitabh Bachchan est vibrante d’émotion. C’est probablement le sommet de sa carrière et son rôle favori.
Dans un genre tout à fait différent, Rani forme un couple sulfureux avec le fils de la star, Abishek Bachchan dans Bunty et Bably , sorte de Bonny and Clyde humoristique. Plus sexy que jamais, la star y danse en mini short et bottes de cuir, dans un décor enflammé.
Sans jamais atteindre la grâce et la dextérité de la brillante danseuse Madhuri Dixit, Rani, qui a beaucoup étudié les danses orientales dans sa jeunesse n’a aucune difficulté pour se prêter aux nombreuses chorégraphies qui émaillent presque tous les films indiens. Son numéro dansé lors d’une cérémonie sera pourtant vivement critiqué par les puristes estimant que l’actrice ne respectait pas la tradition.
Devenue en 2005 la star indienne n°1 (les recettes de ses films dépasseraient celles de SRK), Rani a l’honneur suprême d’être invitée par le Premier Ministre Manmohan Singh à une réception donnée en l’honneur du Président pakistanais Pervez Musharraf, admirateur inconditionnel. En 2006, l’actrice se rend à Paris pour l’avant première de Veer Zara.
Parvenue au sommet, la star va pourtant
éprouver le plus grand mal à maintenir son statut, dans un cinéma toujours mouvant où les nouvelles stars féminines éclosent tous les 2 mois et où passé 30 ans les comédiennes ont le plus grand mal à poursuivre leur carrière. Si elle tire bien son épingle du jeu deKabhi alvida naa kehna, luxueuse production sur une liaison adultère, parfois un peu outrancière mais sauvée par de très belles chorégraphies, les films suivants seront souvent très décevants et connaîtront un succès décroissant.
Comédie familiale sans aucune crédibilité , Ta ra rum pum a tous les défauts d’une clinquante publicité (on retiendra seulement un passages dansé très pop avec une Rani transformée en bomba latina).
Les déclarations irresponsables (et probablement déformées) de Rani dans un magazine anglais où elle déclare qu’Hitler est son inspirateur, ne lui seront pas bénéfiques. En 2009, les critiques pleuvent sur Dil Bole Hadippa
; Le couple mal assorti qu’elle y forme avec le jeune Shahid Kapoor reçoit la peu glorieuse distinction du plus mauvais de l’année.
Pressentie pour jouer dans une adaptation d’une nouvelle de Salman
Rushdie sous la direction de la réalisatrice canadienne Deepa Mehta, Rani
Mukherjee s’est finalement retirée du projet, s’estimant trop jeune pour
un rôle de maman. Elle aurait également reçu quelques propositions
d’Hollywood, mais pour le moment n’en a retenu aucune. Si elle se montre
si difficile dans le choix de ses rôles, la vedette indienne n’a pas dédaigné jouer les
jurys d’un concours de danse pour la télé indienne, ce qui peut paraître paradoxal! J’imagine que ces passages télévisés
devaient être très bien payés. La star envisage également la possibilité de
se tourner un jour vers la réalisation. En tous les cas, la très belle
comédienne a certainement encore beaucoup des surprises à nous réserver
si la chance veut bien lui sourire à nouveau.

dimanche 28 mars 2010

Marie McDonald, "the body"








Bien avant Paris Hilton et les héroïnes de télé réalité, une certaine presse se penchait avec délectation sur les déboires de certaines vedettes tapageuses plus connues pour leurs frasques pour leurs films.
Les péripéties de la blonde pin up Marie Mc Donald ont même souvent été relatées dans la presse française alors que très peu de ses films ont été exploités chez nous.
Née en 1923 dans le Kentucky, Marie McDonald se rend à New York avec ses parents à l’âge de 15 ans. Sa maman, ancienne girl des Ziegfeld follies rêve que sa fille embrasse à son tour une destinée « artistique » . . Inscrite à tous les concours de beauté, elle rafle toutes les récompenses et notamment celle de Miss New York.
Avec un tel passeport, la belle n’a pas de mal à se faire embaucher comme girl dans les revues de George White . En route pour Hollywood, Marie a plus de mal à se faire remarquer. La 20th century Fox ne donne pas suite à ses bouts d’essai, et elle est virée du tournage de Melody lane car elle ne donne pas du tout satisfaction. Elle est même tentée de rebrousser chemin quand lors d’un gala au Hollywood Bowl, le célèbre chef d’orchestre Tommy Dorsey la remarque incidemment alors qu’elle fredonne quelques bribes de chansonnettes tout en dansant : séduit par sa voix, et son physique il lui offre une place dans sa formation. La firme Universal, lui propose alors de remplacer Maria Montez , dans la comédie de série b « deux nigauds dans une île » avec le populaire tandem Abbott et Costello. La publicité lance Marie, décolorée en blonde, en l’affublant du sobriquet ridicule de « the body » qui la poursuivra toute sa modeste carrière.
Si Marie obtient plusieurs petits rôles notamment dans Eve a commencé un des plus gros succès de Deanna Durbin, la fée blanche avec la patineuse Sonja Henie (dans lequel elle fournit un prestation tout à fait acceptable), on ne lui propose la tête d’affiche que dans des productions à très petit budget.
Si la blonde vedette ne peut s’enorgueillir de sa filmographie, elle arrive à capter l’attention du public en posant dans d’innombrables magazines en maillot de bain, deventa ainsi une des pin-up les plus prisées des soldats. Sa vie sentimentale extrêmement agitée, lui vaut aussi de nombreuses colonnes dans les journaux à scandale. elle parvient à faire annuler son mariage précoce avec une un sportif qui continuait d’avoir des rapports avec sa femme précédente et lui avait offert une alliance en pur toc. Ses liaisons avec Bruce Cabot, le gangster Bugsy Siegel ou son mariage avec le roi de la chaussure Harry Karl font jaser.
Attirée par le potentiel publicitaire de cette star plus connue par ses frasques et par sa silhouette plantureuse que pour ses talents de comédienne, Louis B Mayer, patron de la MGM et coureur de jupons lui offre un rôle aux cotés de Gene Kelly dans Living in a big way (1947) de Gregory La Cava, qui demeure un des films les moins connus du danseur, (il est toutefois rediffusé parfois sur TCM). Ce petit film anodin retient surtout l’attention pour les très jolis numéros dansés de Kelly avec les enfants ou avec un chien, chorégraphiés avec l‘aide de Stanley Donen (et rajoutés semble t‘il au dernier moment au film pour tenter de l‘améliorer). Marie défend hélas un rôle d’ingénue sans aucune consistance et danse avec Gene un numéro qui rappelle beaucoup ceux du couple Astaire et Rogers. Le tournage ne s’est pas très bien passé, le célèbre danseur appréhendait de jouer avec une « dame ne sachant ni jouer, ni danser, ni chanter » (ce qui est parfaitement injuste) imposée par le patron du studio pour des raisons personnelles. L’ambitieuse actrice n’apprécia pas du tout que son numéro de danse en solo soit coupé et paya même 14 000 dollars pour être délivrée de son contrat avec la firme du lion. Ce ne fut pas du tout un bon calcul, car la star aura le plus grand mal à retrouver un emploi par la suite, d‘autant plus que le film n‘aura aucun succès. Harry Cohn qui envisageait de lui confier le rôle principal de Born yestarday, lui préfère Judy Holliday. Elle se consolera en jouant le rôle sur scène.
Après trois films (dont un assez lamentable musical nommé hit parade of 1951 qui lui donne l‘opportunité de chanter quelques ballades), l’actrice trouve encore quelques rôles à la télé tout en continuant à faire parler d’elle dans les journaux. En 1954, sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, elle emboutit plusieurs voitures dans un parking. Au sortir de sa garde à vue, elle prétendra avoir été malmenée par les forces de l’ordre. En 1957, la star est victime d’un enlèvement. Deux hommes (un noir et un mexicain) l’auraient kidnappée, droguée et violée, avant de la séquestrer, dans un endroit inconnu puis de l'abandonner au bord d’une route dans le désert, tout juste vêtue d’une nuisette. Le FBI et la presse ont immédiatement émis les plus gros doutes sur cet incident évoquant un « bluff publicitaire » d’une actrice en mal de célébrité voire même un désordre mental.
Le coup médiatique a néanmoins permis de remettre la star dans la lumière : elle joue dans le kid en kimono avec Jerry Lewis, enregistre un 33 tours chez RCA (assez agréable) et donne une série de tours de chant dans des night clubs. Elle flirte avec Orson Welles , Eddie Fisher et Michael Wilding, se marie à nouveau plusieurs fois « les maris étant plus faciles à trouver que les bons impresarios » pour reprendre ses dires et sombre dans l‘alcool et la drogue pour oublier ses soucis. En 1962, victime d’une grave dépression nerveuse, elle est internée dans un asile en Australie d’où elle s’évade quelques jours après! En 1963, grâce au soutien de son nouveau mari, le producteur Donald Taylor, elle remplace Mamie van Doren dans le lamentable Promises promises, comédie poussive et pas du tout drôle où Jayne Mansfield se montre nue dans quelques scènes d’anthologie (ce qui vaudra à ce navet promu par le magazine Playboy d‘être interdit dans plusieurs états).
En 1965, Marie McDonald est retrouvée morte d’une overdose. Son mari, entendu par la police, se suicidera peu après. S’agissait il d’un accident ou d’un suicide? On ne saura jamais vraiment.
La célébrité de Marie Mc Donald reposant davantage sur ses scandales que sur un réel talent, elle tombera très rapidement dans l’oubli. Un site américain lui est dédié

mardi 9 mars 2010

Jacqueline Gauthier, l'incomprise








Entre Jacqueline Gauthier et le cinéma, il y a toujours eu un malentendu. Tout de suite, la mignonne comédienne a été cataloguée dans des rôles comiques de jeunes femmes écervelées, piquantes et superficielles dans de nombreuses farces musicales ou non tournées pendant l‘occupation et l‘immédiat après-guerre. Prisonnière de rôles qui ne lui convenaient guère, l’actrice a très tôt manifesté son mécontentement…sans jamais avoir gain de cause. C’est finalement au théâtre que Jacqueline Gauthier a rencontré la notoriété et la possibilité d’aborder des personnages différents, même si elle fut toujours habitée par une insatisfaction certaine.

Née en 1918 à Paris, Jacqueline Gauthier a très tôt été attirée par la comédie ; dès l’âge de 15 ans, elle passe une audition auprès de Louis Jouvet pour le rôle d’Agnès dans l’école des femmes. Mais le célèbre acteur la rejette catégoriquement « aucune chance d’être une ingénue. Peut être plus tard le genre Spinelly ou encore Arletty. Je ne peux rien vous apprendre! ».
Recalée trois fois au conservatoire, à force de persévérance, Jacqueline est enfin retenue. Elle fait ses classes au cours Simon au coté de nombreux artistes en herbe tels que Daniel Gélin, Sophie Desmarets ou Louis de Funès.
Finalement, elle remplace Alice Cocéa au théâtre du Gymnase dans Histoire de rire et devient célèbre du jour au lendemain. Abel Gance lui propose alors un rôle important dans l’opérette de Charpentier Louise avec Grâce Moore et George Thill…mais la plupart de ses scènes finiront coupées au montage.
Pendant la guerre, Jacqueline va toutefois beaucoup tourner pour le cinéma, mais la plus souvent dans des films médiocres qui ne la mettent guère en valeur.
Elle est souvent la partenaire des chanteurs à succès du moment, notamment du grand Charles Trenet dans Frédérica (1943), platement mis en scène par Jean Boyer sur un scénario stupide ou du populaire Tino Rossi dans la sérénade aux nuages (1946) réalisée par André Cayatte qui relève le niveau.
Toujours pour Cayatte, Jacqueline joue dans Au bonheur des dames, une adaptation très réussie du roman de Zola, et probablement un de ses meilleurs films, même si son rôle est très secondaire.
Feu Nicolas (1943) farce pourtant poussive et ridicule avec fantômes en goguette sera un gros succès commercial en raison de la présence de Rellys, comédien attachant qui eut son heure de gloire au milieu des années 40. On se souvient davantage des amours de Casanova, un des films les plus populaires du chanteur Georges Guétary où Jacqueline figure parmi les conquêtes du séducteur.
Enfin, la comédie musicale Une nuit à Tabarin (1947), réalisé par un vieux routier du cinéma de divertissement le tchèque Karel Lamac (qui lança sa compagne Anny Ondra), est un très gros succès commercial. Avec ce succès personnel (Jacqueline, rayonnante, figure au sommet de l’affiche devant Robert Dhéry) qui curieusement n’a jamais fait l’objet de réédition en VHS ni DVD (et que ma mère avait adiré quand elle l'avait vu , enfant, à sa sortie), Jacqueline est à la croisée des chemins. Courageusement, elle entend profiter de ce succès personnel pour tenter de donner un tournant à sa carrière, imposer ses choix et rejeter les « personnages de jolies femmes fantaisistes et sans tête » qui lui sont proposés. N’a-t-elle pas déjà prouvé sur les planches, qu’elle pouvait tenir des rôles dramatiques (Marché noir)? Jacqueline va attendre pendant deux ans , en refusant de nombreuses propositions, lassée de cet « éternel féminin vu par le petit bout de la lorgnette ». A un moment Henri Diamant Berger envisage de lui confier le rôle de la directrice dans la maternelle, refusé par Annie Ducaux, mais recule devant la perplexité des producteurs (Marie Déa héritera du rôle). On parle également d’un film policier « Pont l’abîme », qui lui tient à cœur et qui ne verra jamais le jour.
Le journal L’écran français souhaiterait la voir diriger par Jacques Becker ou Autant-Lara…. Que de rêves perdus. Finalement, Jacqueline fera une piteuse rentrée à l’écran dans une comédie légère comme elle les déteste et fort mauvaise , Ève et le serpent. Par curiosité, on aimerait quand même revoir l’extravagante Théodora adaptation filmée d’une comédie boulevard qu’elle avait testé auparavant sur les planches avec Georges Rollin (avec lequel elle aura une liaison passionnée et contrariée), ne serait ce que pour comparer avec la version américaine où Irène Dunne tenait le rôle principal. En 1950, Jacqueline est vedette d'un musical "Ils ont 20 ans" avec Philippe Lemaire, tout juste sorti du triomphe de "nous irons à Paris".

Lasse de ne rien trouver de convenable au cinéma, Jacqueline va uniquement se consacrer au théâtre et à la radio où elle chante à l’occasion. Comparée à Gaby Morlay , Jacqueline Gauthier devient une des comédiennes les plus prisées du théâtre de boulevard. En 1959, elle triomphe avec Michel Roux dans l’effet Glapion d’Audiberti, une pièce un peu plus recherchée que les vaudevilles de base dans lesquelles on la cantonne. Outre les pièces d’André roussin on retiendra surtout sa prestation dans 40 carats de barillet et Gredy qui lui vaut encore un triomphe en 1967 (la pièce sera adaptée à l’écran avec Gene Kelly et Liv Ullman). Désormais blonde, Jacqueline Gauthier enchaîne les pièces de boulevard, souvent diffusées dans « au théâtre ce soir ». Mais le cœur n’y est plus. Vaincue par la solitude, la peur de la vieillesse et des revers de fortune , l’actrice se suicide en 1982. La nouvelle de sa mort sera complètement occultée par le décès accidentel de Grace de Monaco.
Lyliane Grandjean lui a consacré une biographie aux éditions de l’amandier.