samedi 21 mai 2011

Pat Kirkwood, favorite du Prince







Grâce à sa grande beauté, ses superbes jambes (qui seraient la huitième merveille du monde selon un critique de l’époque !) , Pat Kirkwood s’est imposée au tout début de la seconde guerre mondiale comme une des artistes de music hall les plus appréciées du public britannique : un succès sur scène comme à l’écran que la belle n’arrivera pas hélas à imposer à Hollywood . Cependant, c’est surtout en raison de sa possible liaison avec le Prince Philip d’Angleterre que l’actrice, dont peu de films ont été réédités en DVD, est encore évoquée de nos jours.

Née en 1921 à Pendleton dans une famille très modeste, Pat Kirkwood gagne toute jeune un concours de chant qui lui vaut de paraître dans un programme radio pour la jeunesse, sous le sobriquet de « la chanteuse écolière ». Elle se produit dans plusieurs spectacles de pantomime sur les scènes londoniennes avec Stanley Lupino, le père d’Ida, comédien très apprécié à l’époque. Dès l’âge de 17 ans, la brunette fait ses débuts à l’écran dans deux médiocres comédies musicales avec l’acteur écossais Dave Willis. En 1939, elle est la partenaire du très populaire et sympathique George Formby (l’homme au ukulélé) dans un de ses films les plus réussis « Come on George ». La même année, elle accède au vedettariat en reprenant dans la revue Black velvet le fameux titre de Cole porter « my heart belongs to Daddy » créé à Broadway par la talentueuse Mary Martin (et repris plus tard par Marilyn Monroe). La voix à la fois haut perchée et affectée de la jeune artiste n’égale pas à mon avis celle de la mère de JR, mais la chanteuse a de l’abattage, et est surtout belle à couper le souffle : tout Londres lui fait les yeux doux et Cole Porter lui-même est très enthousiaste. Pendant le blitz, la ville est meurtrie par les bombardements allemands et les anglais ont plus que jamais besoin de divertissement, alors le spectacle continue de plus belle alors que la cité s’embrase. En 1940, elle fait un tabac dans l’amusant « Band wagon » avec Arthur Askey, en révélant des jambes superbement galbées : les critiques élogieuses la comparent à la pin up Betty Grable, nouvelle coqueluche de l’écran hollywoodien. Loin des petites divettes aux sages nattes qui sévissent sur les scènes de Londres, Pat représente le modernisme et le dynamisme des stars de Broadway. Le succès est tel que la jeune vedette est invitée à Windsor pour se produire devant la famille royale. La renommée de la jeune artiste parvient jusqu’aux USA : les studios les plus prestigieux comme MGM et la Fox font part de leur intérêt. Finalement, Pat signe avec la MGM et se rend à Hollywood dès que les liaisons sont rétablies avec ce continent.
Hélas, Pas de congés pas d’amour (1945) avec Van Johnson, le jeune premier en vogue, est un échec cuisant et inattendu. Une histoire simplette de marins en goguette, de retour du front, parsemée de numéros musicaux des plus disparates de l’orchestre de Xavier Cugat à la soprano. Marina Koschetz. Il est probable que le public était peut être un peu lassé de ce genre de films patriotiques, vus et revus pendant la guerre. Minée par cet insuccès, l’épouvantable ambiance du tournage et l’absence de soutien du studio qui la tient pour responsable de cet échec, la vedette fait une dépression nerveuse. Elle aurait même tenté de se suicider en se jetant d’un pont.
Convalescente, elle est contrainte de refuser le rôle principal dans la version londonienne de l’opérette Anny get your gun : décidemment la malchance la poursuit.
De retour en Angleterre, l’actrice paraît dans quelques revues et regagne une partie de sa gloire passée en s’illustrant dans une pièce que le grand Noël Coward a spécialement écrite à son intention. Elle connaît aussi quelques succès dans la chanson comme la version anglaise de papaveri e paperi (le tube de Nila Pizzi)
C’est à cette période que l’actrice est mêlée à un énorme scandale : Par l’intermédiaire de son compagnon, photographe de mode, la vedette rencontre le duc d’Edimbourg autrement dit le prince Philip marié depuis peu à la reine Elizabeth qui la salue dans sa loge : la presse de l’époque rapporte, à la grande fureur du Roi George VI, que le soir même, ils auraient dansé ensemble joue contre joue puis partagé un petit déjeuner le lendemain matin. Le prince lui aurait offert une superbe Rolls…
L’actrice a beau avoir cent fois démenti l’existence de cette romance, les rumeurs courent encore des décennies après…Après tout, n’a t’ont pas prêté au Prince une vie sentimentale très tumultueuse et des liaisons avec d’autres très belles artistes comme Merle Oberon…
On raconte que la vedette était particulièrement vexée de découvrir dans les tabloïds des titres désobligeants comme « le prince et la show girl », alors qu’elle était une vedette reconnue depuis près de 10 ans. Après le scandale royal, l’actrice doit faire face à d’autres drames sentimentaux (le décès de son second mari, un richissime armateur grec, à peine 2 ans après leur noces, l’infidélité du troisième…).

Dans les années 50, Pat se tourne vers le petit écran qui lui donne l’opportunité de s’essayer à de grands rôles comme Pygmalion. En 1954, elle chante dans les cabarets de Las Vegas.
On la retrouve sporadiquement au cinéma, dans un mélodrame One a sinner (où elle se révèle très convaincante dans un rôle de garce), stars in my eyes (musical en technicolor et cinémascope avec la brillante chanteuse Dorothy Squires) et enfin un musical bel époque (comme on en faisait à la fox dans les années 40) pour une fois réalisé par un metteur en scène de renom (Compton Bennett) avec un partenaire prestigieux (Lawrence Harvey) : un biopic qui vaut surtout pour les chansons et le charme de la vedette.
Elle triomphe sur scène dans Wonderful Town de Bernstein. En 1976, sa prestation dans une reprise de Pal Joey lui vaut des critiques élogieuses. L’artiste se retire ensuite de la scène pour vivre au Portugal. Elle fait néanmoins une rentrée remarquée dans une revue en 1993. En somme une bien jolie carrière.
Sans aucune prétention, l’actrice regrettait néanmoins, l’absence de toute accolade ou décoration par la cour d’Angleterre (on devine pourquoi !!)
Atteinte de la maladie d’Alzheimer, l’artiste avait perdu tout intérêt dans l’existence et refusait de s’alimenter : elle est décédée en 2007.

dimanche 1 mai 2011

Betty Garrett, irrésistible fantaisiste









Energique et drôle, Betty Garrett disposait de tous les atouts pour devenir une des plus grandes actrices comiques de sa génération : ses amusantes prestations dans une poignée de comédies musicales de l’âge d’or d’Hollywood n’ont pas perdu un centième de leur efficacité 60 ans après : dommage que la chasse aux sorcières dont son mari l’acteur Larry Parks a été victime en 1951 ait brutalement interrompu sa carrière au cinéma alors qu’elle était en plein essor.

Née en 1919 dans le Missouri, Betty Garrett a été contrainte de travailler très jeune pour subvenir aux besoins de sa famille après le décès de son père. Tout en prenant des cours de comédie, la jeune femme chantait dans différents night clubs de New York et d’Hollywood et vendait dans les grands magasins pour joindre les deux bouts. Elle a également dansé dans la prestigieuse troupe de Martha Graham, alors qu’elle n’avait que très peu d’expérience et des jambes trop courtes. Remarquée par la grand compositeur Cole Porter, dans une revue de Broadway, l’actrice est engagée comme doublure d’Ethel Merman pour le spectacle patriotique « Something for the boys » (la star aura la gentillesse de se faire porter pâle une semaine pour lui laisser sa chance). En 1944, elle épouse l’acteur Larry Parks que la firme Columbia tente d’imposer comme jeune premier dans une série de comédies musicales destinées à booster le moral des militaires.
En 1946, alors que son époux devient un très célèbre acteur, en incarnant Al Jolson dans un biopic très populaire, Betty Garrett triomphe également, mais sur les planches : dans le musical, Call me Mister, elle interprète, de manière très pince sans rire, une entrainante samba, fustigeant justement tous les rythmes tropicaux, très en vogue à l’époque. « South America take it away ». 50 ans après, la vedette se souvenait avec émotion de ce moment magique où en une chanson (reprise ensuite par Bing Crosby, les Andrews Sisters, et en français par Léo Marjane), elle accédait à la gloire.
La compagnie MGM, très impressionnée aussi par le talent comique de la nouvelle venue aussitôt comparée à Charlotte Greenwood et à Ethel Merman, la prend sous contrat et lui confie un rôle et 3 chansons dans Big city (1948) sorte de premake de trois hommes et un couffin dont la vedette est l’actrice enfant Margaret O’Brien. Après un joli caméo dans « ma vie est une chanson », biopic édulcoré et insipide (hormis les numéros musicaux) de la vie de Rodgers et Hart, Betty Garrett remporte un beau succès dans le dynamisant « Match d’amour », musical belle époque des plus agréables, où elle essaie et parvient à draguer Frank Sinatra, avec un acharnement des plus réjouissants ! Personne n’a oublié sa prestation de chauffeuse de taxi dans « Un jour à New York », le chef d’œuvre de Gene Kelly et Stanley Donen, qui tente à nouveau de séduire le timide Frank Sinatra. Son irrésistible prestation dans ce film a certainement mieux vieilli que le ballet final très élaboré de Gene Kelly, et contribue hautement au rythme échevelé et à l’enthousiasme débordant de cette production.
Dans la fille de Neptune (1949), Betty Garrett flirte avec le comique Red Skelton en chantant un numéro comique « baby it’s cold outside » qui remportera l’oscar de la chanson de film. Parallèlement, elle enregistre plusieurs disques à succès comme le matador (VF par Lily Fayol) ou buttons and bows (VF : ma guêpière et mes longs jupons par Yvette Giraud).
Débordante de drôlerie, elle s’est imposée en trois films comme une actrice comique de premier plan et le studio songe à lui confier un premier rôle : pourtant sa carrière au cinéma va s’effondrer brusquement : alors que la MGM envisageait de lui confier le rôle d’Annie reine du cirque après la défection de Judy Garland, Betty découvre qu’elle est enceinte et doit renoncer au projet. En 1951, son mari Larry Parks est cité à comparaître devant le comite des activités anti-américaines. Victime de la chasse aux sorcières, il lui est reproché d’avoir été membre pendant plusieurs années du parti communiste. Forcé à témoigner, il finira par donner le nom de certains de ses anciens collègues, ce qui lui sera beaucoup reproché. Pourtant cette délation ne servira même pas à reconstruire sa carrière (car la comédie qu’il vient de jouer avec Elizabeth Taylor sera suspendue pendant 3 ans et il ne recevra plus de propositions aux USA pendant des années). Betty enceinte de deuxième enfant, ne sera pas appelée à témoigner à la barre, mais subira les contrecoups de la chasse aux sorcières (elle sera virée de la MGM).
Le couple sera dès lors contraint de fuir pour l’Angleterre afin de pouvoir continuer à trouver du travail, dans diverses tournées théâtrales. Grâce à l’aide de Danny Thomas, Betty reprend ses marques à la télévision américaine. En 1955, elle fait son retour sur grand écran dans la version musicale de la pièce My sister Eileen dans laquelle Rosalind Russell avait brillé sur les planches. Même si les chansons n’ont rien de mémorables, le film est extrêmement plaisant et dynamisant, en grande partie grâce à la prestation de Betty dans le rôle de la grande sœur pas très jolie (elle vient pourtant de se faire refaire le nez).
Après un mélo de série B à l’Universal, l’actrice se tourne vers la télévision, avec ou sans Larry Parks. On les retrouve aussi sur scène dans Bells are ringing et dans des shows à Las Vegas. Après le décès de son époux en 1975, Betty apparaît beaucoup à la télé notamment dans les sitcoms all in the family et Laverne et Shirley. En 1989, on la retrouve à Broadway dans une version scénique du chant du Missouri et en 2001 dans une reprise de Follies de Stephen Sondheim.
Si Betty Garrett a toujours gardé la nostalgie de sa courte carrière à la MGM, y compris du star system et de cette période dorée où le moindre souci était pris en charge par le studio, la star n’a jamais perdu l’enthousiasme et l’optimisme viscéralement ancrés en elle, malgré la triste parenthèse des années 50 qui a « ruiné la carrière de son mari et détruit beaucoup de vies ». Jusqu’à la fin, elle a animé des galas contre le SIDA ou d’autres spectacles de charité. C’est volontiers qu’elle répondait à ses admirateurs et je la remercie encore pour la jolie photo dédicacée qu’elle m’avait adressé en 2001. Elle vient de nous quitter en février 2011, mais les amoureux du film musical ne l’oublieront pas.

dimanche 13 mars 2011

Nilla Pizzi, la reine de la chanson italienne







Nilla Pizzi vient de nous quitter à l’âge de 91 ans : l’occasion de rendre hommage à la « reine de la chanson italienne » des années 50, qui fut la toute première à remporter le festival de San Remo, concours de chant à la renommée internationale qui continue de déchaîner les passions en Italie.

Issue d’une modeste famille d’agriculteurs de Bologne, la jolie Nilla, née en 1919, chantonne tout en s’exerçant au métier de couturière. Elle participe à des concours de beauté puis de chant avant de faire ses premières armes à la radio, dans différents orchestres (dont celui d’Angelini dont elle devient la compagne) en reprenant les succès exotiques qui font fureur après guerre (quizas quizas, la ultima noche) et notamment des sambas.
En 1951, elle remporte le tout premier festival de San Remo avec une balade nostalgique « grazie dei fiori » qui connaîtra un énorme succès (36 000 78t vendus en Italie, un record pour l’époque) qu’elle interprète avec une émotion contenue. La chanson connaîtra un grand succès en France sous le titre Merci pour tes fleurs où elle sera reprise par Tino Rossi, Pierre Malar, Lucienne Delyle, Frédérica et Eliane Embrun (la meilleure des cinq à mon avis).
En 1952, la brune Nilla confirme de manière éclatante sa réussite en remportant à elle seule les trois premières places de la nouvelle édition du festival avec notamment "papaveri e papere", une tarentelle très amusante qui fera aussi un gros succès international et sera traduite en 40 langues : Peter Alexander en fera un tube en Allemagne et Benjamino Gigli, le grand chanteur d’opéra n’hésitera pas à l’ajouter à son répertoire.
Le succès de la chanteuse est tel qu’un fan club est fondé : c’est le tout premier qui soit consacré à une chanteuse en Italie ! Les admiratrices collectionnent les photos de la chanteuse ou essaient de copier son look en s’inspirant des conseils de la revue « sorrisi e canzoni». Avec une telle renommée, il était évident qu’une chanteuse aussi populaire que jolie se retrouve au cinéma. D’abord pour assurer le doublage vocal de diverses comédiennes comme Silvana Pampanini(les coupables) puis en tant que guest star dans des comédies musicales sur le monde de la radio comme il microfono e vostro-51 ou encore la route du bonheur (53) dans lequel Philippe Lemaire et Danièle Godet croisent les plus grandes stars de la chanson française (L Renaud, L Mariano, A Claveau…) tout en cherchant un timbre d’une valeur rare.
Luigi Commencini lui propose alors un rôle de garce dans « la traite des blanches » un drame très noir : Nilla, de peur d’écorner son image refuse le rôle qui échoit à la vamp Silvana Pampanini.
On la retrouve en vedette dans une fille formidable (1953) premier film de Bolognini, comédie musicale de la même veine que les lumières du Music-hall d'Alberto Lattuada et Federico Fellini réalisé trois ans plus tôt où figurent également la débutante Sophia Loren et Alberto Sordi. Rediffusé il y a 2 ans au cinéma de minuit, c’est une jolie surprise qui s’inspire des films américains. La presse de l’époque saluera les progrès de Sophia Loren et la jolie voix de Nilla Pizzi (qui chante un peu trop souvent au goût de certains !!) , tout en soulignant que la chanteuse aurait besoin d’être dirigée plus fermement pour les scènes de comédie.
En 1954, Nilla Pizzi est très affectée par le suicide de son compagnon dont elle venait de se séparer. Désormais décolorée en blonde, elle tourne beaucoup pour Cinecitta, tantôt dans des films musicaux à budget très limité où elle se contente d’égrainer ses refrains avec le talent qu’on lui connaît On la retrouve aussi en premier rôle dans de médiocres mélos à l’eau de rose qui ont mal supporté l’épreuve du temps.
Un peu au dessus du panier, figurent les Passionnés (1953 de Simonelli) avec Gérard Landry : un noir mélo dans lequel Nila épouse un homme qu’elle n’aime pas : victime d’un homme sans scrupules qui exploite son talent de chanteuse et tente de séduire sa fille, elle n’a d’autres solutions que de le tuer... Dans le soleil reviendra (57), elle est atteinte d’une grave maladie qui affecte sa vision : pour recouvrer la vue et payer une opération salvatrice, il lui faudra beaucoup chanter. Parallèlement à ses activités au cinéma, la chanteuse se prête à des romans photos, qui font fureur en Italie (et en France aussi).
Après une tournée à succès aux USA (sa chanson croce di oro qui plait beaucoup aux américains sera reprise par Patti Page) et des déboires sentimentaux largement commentés dans la presse à scandale italienne, la chanteuse se place troisième au festival de San Remo de 1958 avec l’edera fort belle chanson, reprise en français par Luis Mariano et Lucienne Delyle.
Dans les années 60, l’étoile de Nilla Pizzi pâlit quelque peu, éclipsée par la nouvelle génération et notamment les très populaires Mina, Milva et Rita Pavone qui envahissent les ondes italiennes. Elle participe pourtant toujours aux innombrables concours de chant qui fleurissent à la télé italienne et à des spectacles aux USA avec les plus grandes pointures du show business américain. En 1965, elle joue le rôle de la maman de la très belle Rossana Schiaffino dans la Mandragore de Lattuada, adaptation kitsch et sexy d’une œuvre de Machiavel.
Dans les années 90, de gros soucis de santé ont éloigné Nilla Pizzi de la scène mais en 2010, elle avait fait un retour remarqué en se rendant en tant qu’invité de marque au festival de San Remo. Portant une incroyable robe à traine, on avait peine à croire que l’artiste avait alors 90 ans et on lui aurait facilement donné 30 de moins : sa voix était demeurée intacte comme avaient pu le constater les téléspectateurs médusés : aussi, la chanteuse prit la décision d’enregistrer un nouvel album : son décès ne lui a pas permis de mener à terme son projet.

dimanche 30 janvier 2011

Samira Tewfiq, la fière bédouine



Jolie brune aux yeux de braise, la belle Samira Tewfiq (Toufic) a incarné à l’écran le prototype de la bédouine, courageuse et volontaire paysanne du désert, en chantant brillamment des mélodies savamment modernisées, inspirées du folklore jordanien et de la tradition rurale. Le rythme très accrocheur de ses musiques et sa présence indéniable apportent à ses films une réelle plus-value. Admirée de la Tunisie jusqu’en Arabie saoudite, la chanteuse a également fait connaître dans le monde entier le folklore arabe, et la plupart de ses films ont été exportés en France dans les années 70 (même si leur diffusion était destinée en priorité à une clientèle immigrée).


Née à Beyrouth en 1935, Samira Cremona a grandi dans une famille nombreuse et très modeste, mais entourée de l’affection de siens. Elle est découverte par hasard, alors qu’elle chante dans son jardin, par un grand joueur de cithare, qui séduit par sa voix, propose à ses parents de lui enseigner le chant et la musique. Son père est alors très réticent, mais encouragée par sa mère, Samira tente sa chance à la radio libanaise.
Le compositeur Tewfiq Bayoumi la remarque et compose pour elle Meskin ya kalbi yama tlawâat, sa première chanson. Il la rebaptise Samira Tewfiq (ce qui signifie réussite en arabe…un pseudonyme de bon augure !). La jeune artiste est engagée au début des années 60 dans une radio jordanienne qui l’incite à puiser dans le répertoire chanté de la culture nomade et bédouine. Elle est soumise à un rude entrainement dans les dialectes locaux pour que son interprétation paraisse authentique. Le succès est immédiat et considérable : elle est applaudie par le roi Hussein de Jordanie et est invitée au Caire pour chanter aux cotés du grand Abdel Halim Afez, le rossignol brun de la chanson égyptienne. On peut féliciter Samira Tewfiq d’avoir réhabilité avec talent le patrimoine populaire des milieux ruraux orientaux, en lui donnant ses lettres de noblesse. Dans tous les pays arabes, et même au-delà, elle deviendra l’ambassadrice de la chanson bédouine. En 1963, la chanteuse fait ses débuts à l’écran aux cotés de Kamel El Chenawi dans « la fille du désert » de Niazi Moustapha, l’histoire d’amour contrariée entre un archéologue et une jolie bédouine que ses parents veulent marier de force à un homme de la tribu. Ce réalisateur prolixe avait donné ses lettres de noblesse à un genre cinématographique très particulier : le film de bédouins, sorte de western oriental situé dans le désert, avec un héros valeureux défendant sa tribu avec panache. Son épouse, la talentueuse et pétillante Kouka y incarnait la « bédouine » fière et courageuse.
Samira va en quelque sorte reprendre le flambeau en incarnant dans une série de comédies musicales ce même personnage de paysanne pure et respectueuse, qui gagne toujours à la fin. Si les films ne sont pas toujours d’une grande subtilité, Samira ne passe pas inaperçue : une jolie brune, très plantureuse, qui fait songer à la fois à Gina Lollobrigida et Sara Montiel.
Entre 1964, on la retrouve dans une comédie « la bédouine à Paris » où elle tente d’attirer l’attention d’un séducteur impénitent (Rushdy Abaza). Après l’avoir vainement cherché dans les rues de Paris (notons au passage à quel point les parisiens sont dépeints dans ce film sous un jour déplaisant !), elle se coiffe d’une perruque blonde (qui lui sied à ravir) et se fait passer pour une européenne…pour qu’il tombe enfin dans ses filets. On notera que lors du tournage de ce film, l’actrice, refusant de se faire doubler, se blessera sévèrement en chutant d’un rocher et subira une intervention chirurgicale qui retardera le tournage de plusieurs semaines.

Toujours dans la même veine, on retrouve ensuite la bédouine.. À Rome (1965) , en costume traditionnel, chantant une fort jolie balade devant la fontaine de Trévise. Les mélodies très rythmées s’écoutent avec grand plaisir.
La fille d’Antar (1964) est un gros succès commercial (en Tunisie le film tiendra l’affiche pendant plusieurs mois) : il s’agit d’une épopée historique retraçant les exploits d’Antar, fils illégitime d’un émir et d’une esclave noire. Ce personnage légendaire avait déjà inspiré plusieurs films précédents de Niazi Moustapha avec la fameuse Kouka et même une production hollywoodienne avec Victor Mature.
La tzigane amoureuse (1972) a fait l’objet de beaucoup d’attention (12 mois de tournage, fait rarissime à l’époque). On a regretté à l’époque que « les bédouins gardiens de chèvres soient ici dépeints comme les méchants face aux gentils arabes occidentalisés, buvant du whisky au bord de leur piscine privée »
La belle du désert, tourné en 1974, bénéficiera de critiques très favorables lors de sa diffusion en France trois ans plus tard : « très correctement réalisé, le film installe une atmosphère de romantisme fatal dont les naïvetés ne sont pas sans charme ». La revue du cinéma d’ordinaire si réticente envers les films musicaux libanais vente « les rythmes envoutants des chansons de la belle Samira, les pérégrinations de villages en villages des tribus bohémiennes » et un final « quasi hitchcockien » tout en déplorant une seconde partie qui cumule tous les poncifs.
En 1976, Samira participe à une énième version des exploits d’Antar, dénommé cette fois ci , Antar cavalier du désert, et contant ses amours contrariées avec Abla.
En 1977, Samira Tewfiq triomphe lors de son tour de chant au Sheraton du Caire : on raconte qu’elle gagna 100 000 dollars en bijoux, montres et autres présents offerts par ses admirateurs lors de sa prestation.


La réputation de Samira Tewfiq ne s’est pas limitée au monde oriental. Ambassadrice de la chanson bédouine, la pulpeuse brune s’est également produite à l’opéra de Melbourne, à Londres devant la reine Elisabeth II (elle possède d’ailleurs un appartement dans la capitale londonienne), au Venezuela , à Paris (en 1993 au palais des sports) et à Lyon.
Lors de ses récitals, la chanteuse veille tout particulièrement à sa présentation en arborant de magnifiques tuniques brodées, confectionnées avec amour par son couturier attitré. On raconte même que des gardes du corps avaient été engagés pour éviter que la foule d’admirateurs n’abime par mégarde ses somptueuses robes dorées ou n’essaient d’en arracher des morceaux, en pensant qu’il s’agit d’or véritable !
La star a longtemps vécu entourée de ses frères et sœurs avec lesquels elle était très liée ; lors de la guerre civile du Liban (qui débuta en 1975) , la maison de la star sera touchée par un bombardement et une de ses belles sœurs y perdra la vie : Samira se chargera ensuite d’élever ses enfants. Dans les années 70, la chanteuse a partagé la vie du directeur de la télévision libanaise ; plus récemment, elle a épousé un homme d’affaires libanais vivant en Suède ;
Toujours très populaire dans les années 80, on raconte que les rues de Beyrouth étaient désertes quand la chanteuse se produisait à la télévision ou jouait dans un feuilleton, les gens étant rivés devant leur petit écran !
Depuis, la chanteuse se fait beaucoup plus rare et on peut le regretter. En 2002, elle a fait un come back remarqué avec son album al Mani. Elle continue de beaucoup inspirer les artistes du monde arabe et demeure une personnalité très respectée par le public arabe.

lundi 24 janvier 2011

Camilla Horn, la vamp glaciale









Superbe blonde aux traits harmonieux, Camilla Horn comptait probablement parmi les plus jolis visages du cinéma muet. Sa prestation dans Faust le chef d’œuvre de Murnau aurait du lui ouvrir les sentiers d’une gloire internationale et tous les espoirs étaient permis. Or, après un voyage infructueux à Hollywood, la jolie vedette a continué sans trop d’éclats sa carrière en Allemagne. L’innocente et fragile héroïne du muet s’était entre temps transformée en vamp glaciale et calculatrice, égrainant au passage quelques romances parlées-chantées dans des mélos plus ou moins musicaux, distillant à l’occasion quelques messages propagandistes.

Née en 1903 à Frankfort, cette fille de fonctionnaire a d’abord pris quelques cours de danse tout en travaillant comme dessinatrice de mode dans une usine de pyjamas. Elle fait un peu de figuration au cinéma (notamment aux cotés de Marlène Dietrich) avant d’être repérée par le producteur Alexander Korda dans une revue. Il décèle chez la jolie girl un potentiel physique de star de l’écran et un don sens certain du mouvement.
Grâce à son soutien, elle décroche le principal rôle féminin tant convoité du Faust (1926) de Murnau aux cotés d’Emmil Jannings, l’une des plus populaires stars du cinéma européen. Le rôle avait à l’origine était écrit sur mesure pour Lillian Gish, mais la star hollywoodienne avait fini par se rétracter devant le refus su studio UFA d’utiliser son photographe attitré. Murnau avait remarqué la beauté de Camilla Horn alors qu’elle assurait la doublure lumière de Lil Dagover dans Tartuffe.
D’une impressionnante beauté visuelle, ce chef d’œuvre de l’expressionisme figure parmi les plus grosses réussites artistiques et commerciales du cinéma muet. Afin de tirer la meilleure performance de l’actrice novice, Murnau n’hésita pas à filmer de nombreuses fois le moindre geste, dans un constant souci d’excellence. Comment oublier la grâce et la modernité du jeu de la comédienne, dans des scènes aussi difficiles que la mort de son enfant ou son exécution sur le bûcher. Après un début aussi sensationnel, la star qui vient de signer avec l’UFA, a quelques difficultés à trouver des rôles et surtout un réalisateur de la même trempe. En 1928, elle tombe amoureuse du producteur Joseph Schenck qui l’emmène avec lui à Hollywood, bien décidé à faire de l’actrice allemande une nouvelle Greta Garbo. Le choix d’un partenaire aussi prestigieux que le très adulé John Barrymore aurait du logiquement permettre à l’actrice de devenir une star américaine ; Pourtant le tournage de la tempête (1928) de Sam Taylor s’avéra très pénible, John Barrymore déjà très altérée par l’alcool ayant le plus grand mal à retenir ses répliques, à ne pas loucher et à rester éveillé ! Dans le film suivant Eternal love, toujours avec Barrymore,
c’est le si talentueux et prestigieux Ernst Lubitsch qui assure la mise en scène. En visitant le lac Louise au Canada il y a 2 ans, je fus surpris de voir une stèle en mémoire de John Barrymore et de ce film tourné dans ces lieux magiques : hélas, l’échec commercial et critique du film ne permit pas à Camilla Horn de se faire un nom au pays des stars. De surcroit l’arrivée du cinéma parlant représentait une véritable menace pour les actrices étrangères à l’accent guttural. Et Charles Chaplin qui avait envisagé de confier à Camilla un rôle dans les lumières de la ville se rétracta… Aussi, Camilla rentra piteusement en Europe…
Si la blonde comédienne a ensuite tourné sans discontinuer jusqu’à la fin de la guerre, aucun de ses films n’a vraiment marqué sur un plan cinématographique. Le cinéma est devenu sonore, et les chansons sont omniprésentes ; Comme Pola Negri, Liane Haid et d’autres stars du muet, Camilla chante à l’écran et enregistre pour la firme Odéon des disques avec les airs tirés de ses films, avec notamment le fameux orchestre tzigane Dajos Bela. Sa voix est juste et haut perchée, comme le veut la mode de l’époque.
Les films sont tournés en langues multiples pour l’exportation, et Camilla joue à l’occasion aussi dans les versions françaises (la chanson des nations). On la trouve aussi dans la version allemande des cinq gentlemen maudits, une œuvre mineure de Julien Duvivier aux accents colonialistes dérangeants. Entre 1932 et 1934, l’actrice tourne plusieurs films en Grande Bretagne : des policiers de seconde zone qui n’ont guère marqué les esprits. Les films musicaux sont très populaires auprès du grand public et Camilla se prête à ce genre de bonne grâce : la dernière valse (1934) est l’adaptation d’une opérette et une valse avec toi, une comédie frivole assez enlevée avec Louis Graveure, chanteur d’opéra d’origine anglaise qui avait triomphé sur les scènes américaines. Pendant 4 ans, Camilla va partager la vie du chanteur à Berlin et dans sa villa de Roquebrune sur la côte d’azur. Suspecté d’espionnage par les nazis, Louis Graveure se sauvera en France et la villa qu’il partageait avec Camilla sera fouillée de fond en comble, sans succès. Inquiétée, l’actrice sera quelques temps frappée d’une interdiction d’exercer sa profession. Pour éviter des représailles, elle sera dès lors contrainte par Goebbels de prêter sa contribution antisoviétique à un film de propagande « le croiseur Sébastopol (1937). Vision fasciste, raciste et extrêmement partiale de la révolution bolchevique, le film est d’autant plus dangereux qu’il est mis en scène avec talent et vigueur. Il remportera un succès certain lors de sa diffusion dans la France occupée en 1941. Les deux très belles chansons qu’y fredonne Camilla Horn (les plus mémorables de sa carrière) auront également un beau succès chez nous par Lucienne Delyle.
En 1937, Camilla Horn joue dans la version allemande des Gens du voyage de Jacques Feyder où elle reprend le rôle de Marie Glory. Elle est désormais abonnée aux rôles de vamps méchantes et vénales, froides et calculatrices qui décorent des films d’espionnage comme l’orchidée rouge (1938) ou encore Zentrale Rio (1940). Entre deux missions d’espionnage, la belle chante plutôt moyennement et danse, sans beaucoup d’aisance, dans les bars aux décors hideux de Berlin, Rio ou autres destinations mystérieuses. Néanmoins au début de la guerre, son étoile pâlit et son nom descend progressivement sur les affiches de ses films, même si le magazine cinémondial soutient en 1942 qu’elle figure toujours parmi les stars allemandes les plus demandées « sa principale qualité étant de pouvoir adapter une sensibilité étonnante à chacun de ses personnages ». On retiendra de cette sombre époque une excellente biographie de Friedemann Bach (le fils de Jean Sébastien), le Musicien errant, œuvre émouvante et fort bien réalisée, et tragédie d’amour un mélo avec le chanteur d’opéra Benjamino Gigli. Comme d’autres actrices en disgrâce, l’actrice est contrainte de tourner plusieurs films en Italie dont un remake de Prisons sans barreaux (1941) de L Moguy. On raconte que Mussolini était très attiré par la star et cette dernière admettra avoir « flirté » avec le dictateur. Pourtant mariée, elle aura aussi une liaison avec son partenaire Luis Hurtado. A son retour en Allemagne, elle joue dans une comédie musicale de Paul Martin qui sera interdite par la censure nazie pour des raisons mal élucidées. Après sa parenthèse italienne et ce film interdit, Camilla disparaît des salles obscures. Elle se produit dans des tours de chant, au théâtre (l’aigle à deux têtes de Cocteau) ou à la radio. Sur grand écran, ses deux tentatives de come back passent inaperçues : heureusement elle triomphe au théâtre dans Gigi d’après Colette au milieu des années 60. en 1985, Camilla Horn publie ses mémoires. Pour l’occasion, elle se rend en France et est interviewée par Thierry Ardisson : toujours belle et lucide, elle remarque que sa carrière n’a pas connu le même impact que celle de Dietrich notamment car elle a manqué du soutien d’un Pygmalion. En 1987, l’actrice fait son come-back à l’écran avec ses vielles collègues Marianne Hoppe et Marika Rökk dans schloss Königswald. Camilla Horn nous a quitté en 1996, âgée de 93 ans. Mais grâce au talent de Murnau, la belle blonde n’a pas fini de hanter les cinémathèques. Bruce Springsteen a dédié également une chanson à la star "déchue"

jeudi 9 décembre 2010

Marilyn Monroe, divine et vulnérable






Depuis que je tiens ce blog consacré aux vedettes du cinéma musical du monde entier, j’ai reçu plusieurs MP d’internautes s’étonnant de l’absence de Marilyn Monroe, alors que tant d’actrices mineures et sombrées dans l’oubli étaient évoquées. Compte tenu de la dimension mythique de la star, il est vrai que je ne savais comment ébaucher ce portrait d’une artiste à laquelle d’innombrables ouvrages ont été consacrés dans le monde entier. Aussi, je prends mon courage à deux mains et je me lance !!

Née en 1926 de père inconnu (un homme marié) et d’une maman monteuse à la Columbia puis à la RKO, Norma jean Mortenson a connu une enfance très malheureuse. Souffrant de graves troubles psychologiques, sa maman est contrainte de placer la fillette à l’orphelinat et dans des foyers. Le cinéma et le star system (notamment Ginger Rogers) lui permettait de s’évader de la réalité. Pour échapper à l’internat, elle se marie très jeune puis pose pour des photos dénudées. Remarquée par Ben Lyon, acteur des années 30 et époux de Bebe Daniels,(qui la rebaptise Marilyn en hommage à Marilyn Miller star des années 20) elle décroche un bout d’essai et un contrat à la Fox. Mais ses figurations sont coupées et l’aspirante vedette a du mal à s’imposer, et prend des cours de comédie et gagne sa vie comme call girl. Elle décroche enfin un rôle de stripteaseuse dans un musical de série B où elle gazouille sensuellement deux chansons. Grâce au soutien du producteur Joseph Shenck, la jolie Marilyn, dont le nez a été corrigé par la chirurgie esthétique, déniche quelques rôles de ravissantes idiotes ; elle participe à des films aussi prestigieux qu’Eve (1950) ou Quand la ville dort qui vont constituer des tremplins de choix pour sa carrière. Après l’avoir longtemps négligée, le patron de la Fox, Darryl Zannuck semble enfin prendre conscience du potentiel de la blonde, en lui confiant des rôles de plus en plus importants, et en déclenchant une vaste campagne publicitaire pour mettre en valeur le charme et la sensualité de la nouvelle bombe. Il maîtrisait parfaitement cet aspect commercial, car il avait beaucoup contribué à l’énorme popularité de la pin up Betty Grable pendant la guerre. Néanmoins, il paraissait évident que les jours de gloire de la cocasse pin up girl de 35 ans étaient comptés et qu’il fallait lui trouver une remplaçante plus jeune pour Les hommes préfèrent les blondes. Les méthodes de la Fox pour fabriquer une star populaire étaient très rodées : elle se devait d’être blonde et sexy comme Betty mais néanmoins attachante et gentille (comme la douce Alice Faye) pour ne pas repousser le public féminin. Les films étaient souvent des remakes de productions qui avaient déjà fait leurs preuves auparavant (par exemple, Comment épouser un milliardaire avait connu 3 précédentes moutures auparavant). Doit on en déduire que Marilyn Monroe est un pur produit manufacturé, calibré et testé, pour atteindre le plus grand nombre ? Partiellement sans doute ; c’est néanmoins, sa fragilité et sa vulnérabilité palpables dans la moindre de ses comédies qui la rendent profondément humaine et vont faire d’elle la superstar que l’on sait.
Le scandale causé par la publication d’anciennes photos nues dans un calendrier va contribuer au succès de la blonde actrice qui brille d’un vif éclat dans les hommes préfèrent les blondes ; de par sa sensualité et sa voix douce et sexy (mais partiellement doublée pour certains passages par Marni Nixon), elle s’impose d’emblée dans les célèbres passages musicaux extrêmement glamour et sophistiqués de ce film ultra connu (diamonds are the girl best friend), qui inspirent encore et toujours les chanteuses d’aujourd’hui. Alors qu’Alice Faye et Betty Grable avaient été cantonnées aux films musicaux, la Fox va promouvoir la blonde vedette aussi bien dans des westerns (la rivière sans retour) que des drames (bus stop). Pour beaucoup de cinéphiles, ces quelques titres évoquent l’âge d’or d’un cinéma qui continue de fasciner ; Si à l’occasion, Marilyn Monroe fredonne un ou deux couplets dans ses films non musicaux, elle est souvent doublée par différentes chanteuses plus expérimentées. Cela ne l’empêchera pas d’enregistrer quelques rares 45T pour la firme RCA.
Dans le genre cinématographique qui nous intéresse ici(le film musical bien entendu!!), Marilyn a joué dans une superproduction basée sur les compositions d’Irving Berlin « la joyeuse parade »-1954 où figure un de ses numéros les plus sexy « heat wave ». Dans un ciné-club où je l’ai revu il y a 10 ans, des spectatrices un peu jalouses signalaient que sa partenaire Mitzi Gaynor était dotée d’une silhouette plus gracile. La critique de l’époque ne fut pas plus enthousiaste et jugea sa prestation « embarrassante ». Marilyn est plus à l’aise dans la merveilleuse comédie de Billy Wilder certains l’aiment chaud, où elle reprend le fameux I wanna be loved by you d’Helen Keane qui semble avoir été créé pour elle. Le film est à la fois drôle, pétillant et compte parmi les plus réussis de la star.
Elle chante aussi le fameux « my heart belongs to Daddy » dans le milliardaire (1960), remake pas fameux d’un vieux film avec Alice Faye. Une production laborieuse et assez décevante de Cukor pour laquelle la critique française ne sera pas tendre : « Marilyn Monroe chante comme Line Renaud et ce n’est pas un compliment ! ».
Mais la blonde star a déjà atteint une dimension mythique et ce genre de réserves ne peut plus l’atteindre. Autant que ses films, tous très populaires, les scandales de sa vie déréglée et ses problèmes sentimentaux font la une des magazines (ses liaisons avec Yves Montand, Frank Sinatra, John et Robert Kennedy (marié avec Simone Signoret), ses mariages avec Arthur Miller, Joe di Maggio…). Sous les paillettes et les strass et la chaleur des projecteurs, malgré l’admiration du public du monde entier, la jolie Marilyn ne semblait pas avoir acquis la confiance nécessaire pour mener à bien sa carrière et cachait un mal-être profond. Dans un monde de faux semblants, où elle avait perdu depuis longtemps ses marques, l’actrice était désemparée.
Son décès en 1962 (suicide ou assassinat ?) n’a cessé de faire couler beaucoup d’encre : en tout état de cause, sa carrière était au plus mal (elle avait faitété attaquée devant les tribunaux par la Fox car elle ne respectait plus ses engagements) et à 36 ans, le sex symbol aurait été forcée de changer de registre ; Le destin a préféré qu’elle rentre dans la légende. Elle y occupe toujours une place privilégiée, son image étant toujours reproduites sur d’innombrables supports et son nom restant à jamais le synonyme flamboyant du rêve américain. Elle demeure une référence, un mythe qui ne cesse d’inspirer les nouveaux talents. Copiée et recopiée, dupliquée, coloriée comme sur les toiles d’Andy Warhol, Marilyn est partout…48 ans après !


dimanche 5 décembre 2010

Fréhel, l'authentique voix de la chanson réaliste


La popularité de la chanteuse réaliste Fréhel repose avant tout sur la sincérité et un talent brut de décoffrage : sans le moindre artifice, sans maniérisme, cette femme massive et sans âge aux allures de pocharde, savait sans peine communiquer les émotions les plus intenses ou le plus vif amusement avec ses rengaines du trottoir qu’elle chantait aussi bien dans les plus grands music- halls que dans les foires de quartier. Dans les années 30, le cinéma français qui regorgeait de « gueules », d’excentriques et d’acteurs de composition à la présence écrasante a très bien su exploiter les talents de cette chanteuse au personnage plus grand que nature.

Née en 1891, Marguerite Boulch’ a connu une enfance misérable. Après le décès accidentel de son père, un employé du chemin de fer (et non un marin comme elle le prétendait parfois), la gamine fut obligée très tôt de subvenir aux besoins de sa famille, en chantant dans les rues. Adolescente, devenue démonstratrice en produits de beauté, elle rencontre la belle Otéro, la plus célèbre courtisane d’avant guerre, connue pour ses liaisons avec George VII d’Angleterre, Léopold II de Belgique et Aristide Briand. Subjuguée par sa beauté et ses beaux yeux bleus, elle rebaptise Marguerite Pervenche, et utilise ses relations pour introduire sa protégée dans le tout Paris. Dès 1906, la môme Pervenche chante à la brasserie de l’univers. Avec sa voix rugueuse et brisée aux accents bretons et son air effronté, la jeune chanteuse est remarquée d’emblée. Il semble que dès 1908, la jeune chanteuse ait fait un peu de figuration dans des films de Max Linder, une des premières stars du cinéma mondial dont Chaplin s’est ensuite beaucoup inspiré. Sans doute grisée par la vie facile d’un certain microcosme parisien, la jeune chanteuse qui a désormais adopté le nom de scène de Fréhel (comme le célèbre cap breton) mène une vie dissolue en alternant amants (des boxeurs notamment) et maîtresses avec une boulimie incroyable.
Elle s’éprend du débutant Maurice Chevalier qui la quitte pour la fameuse Mistinguett plus célèbre et donc plus utile pour le déroulement de sa carrière. Extrêmement blessée par cette trahison, la fougueuse Frehel songea au suicide et même à assassiner son ex-amant. Finalement, au début de la guerre 14, elle préféra fuir Paris et suivre dans ses pérégrinations une de ses nouvelles conquêtes la grande duchesse Anastasia, cousine de Nicolas II. Fêtarde devant l’éternel, elle sombra dans le luxe et la débauche des nuits de St Petersbourg, poursuivant une vie aventureuse et turbulente en Europe centrale. Complètement droguée et désespérée, l’artiste est secourue par son ex-mari qui la convainc de rentrer en France en 1922.
Les abus de toute sorte (et notamment de cocaïne qui ont endommagé ses cloisons nasales) ont transformé la jolie Pervenche en matrone bouffie au nez écrasé. Le talent est heureusement intact et grâce à un nouveau répertoire composée de chansons réalistes de qualité comme « du gris »« l’inoubliable inoubliée » fait un come back réussi dans le monde du music-hall.
Le cinéma parlant va beaucoup utiliser les services de la chanteuse dans une longue série de drames réalistes de qualité inégale : si son physique ingrat lui interdit les premiers rôles (un critique la décrit même en 1931 comme « une femme au soir de sa vie », alors qu’elle n’a que 40 ans !!), sa verve, sa présence en font un personnage de composition rêvé pour les scènes de cabarets sordides et autres bouges parisiens. Dans cœur de lilas (31), elle chante avec Jean Gabin (en mauvais garçon), une java plein de gouaille et de vulgarité qui plante d’emblée le décor d’un certain Paris populaire qu’on savoure aujourd’hui avec beaucoup de nostalgie. Les qualités de comédiennes de la chanteuse (en maman d’une fripouille) sont très remarquées dans La rue sans nom (33), adaptation très réussie d’un roman de Marcel Aymé, qualifiée pour certains d’ouvre précurseur du néo réalisme, tout comme dans Amok (34), mélo exotique au scénario audacieux.
Si Frehel marque les esprits dans ses différents films réalistes, c’est non seulement, par ses qualités vocales indéniables, mais aussi par un jeu naturel et mesuré qui tranche d’ailleurs avec l’outrance de celui de certaines vedettes principales et lui donne tant de modernité ; personne n’a oublié sa bouleversante prestation dans le chef d’œuvre de Duvivier Pépé le moko (36), lorsqu’elle chante le nostalgique « où sont ils donc » dans la Casbah en écoutant son disque sur le phono. La scène est d’autant plus émouvante qu’elle rappelle la propre déchéance de la vedette (avec au mur, une photo punaisée de la môme Pervenche au temps de sa beauté). Aux chansons tristes, Fréhel alterne dans son répertoire des morceaux plus gais et truculents comme l’impayable tel qu’il est (36) qu’elle chante dans un court métrage avec l’accordéoniste Alexander, ou l’entrainante Java bleue (39) (son dernier et plus célèbre disque tiré du film une Java). A revoir la femme râblée aux allures de pocharde dans ses films des années 30, on a du mal à imaginer que la chanteuse trainait encore derrière elle une cohorte de gigolos qui profitait de ses cachets. Un personnage haut en couleurs que le jeune Serge Gainsbourg qui la croisait souvent dans son enfance se remémorait comme une femme « plus crade que lui !! »*, ou dont Arletty se souvenait avec amusement des flatulences et son attitude « très nature » dans un ascenseur du Carlton.
Dans la rue sans joie (38) Fréhel fredonne cet incroyable refrain « les hommes ne nous aiment pas pour nous mais pour eux, ce sont tous les mêmes des blasés, des vicieux.. », avec une émotion qui apporte toute la véracité et l’émotion la plus crue aux paroles. Avec un texte plus banal comme « au ciel il existe une étoile », elle arrive de même à faire des miracles avec une intensité difficile à égaler (quel dommage pourtant si connue, tirée d’un film avec Fernandel, n’ait jamais été enregistrée sur disque par la chanteuse).
Pendant la guerre, Fréhel va beaucoup chanter en Allemagne pour les prisonniers, croyant avec une naïveté désarmante apporter du soutien pour nos braves soldats alors qu’elle participait sans s’en rendre compte à la collaboration (elle sera d’ailleurs sévèrement brulée lors d’un bombardement en Allemagne). Mais ce furent davantage les changements de mode et le déclin de la variété réaliste, que l’épuration qui vont éloigner Frehel des feux de la rampe. Si on la croise encore malgré tout son épaisse silhouette dans deux ou trois films, la chanteuse de la java bleue est malade, alcoolique et ruinée. Hébergée dans un hôtel de passe, elle survit grâce aux galas de bienfaisance que des amis organisent en son honneur.
Décédée en 1951 dans la misère, Fréhel a marqué son époque et inspiré de nombreux artistes aussi bien dans el genre réaliste comme Rosalie Dubois que des rockers, frappés par l’authenticité de l’artiste, son vécu sa crudité et son talent sans manières. Même si la chanteuse n’a jamais fait grand cas de ses nombreuses participations au 7ème art, c’est pourtant celui-ci qui a forgé et gardé en mémoire cette artiste sans concessions, tout auond en 1990tant que ses disques (bien que sa discographie complète tient juste sur deux seuls CDs !).
Une bio a été consacrée à ma grande dame de la chanson populaire par N et A Lacombe chez Belfond en 1990.
*Dans le film sur la vie de Gainsbourg, Frehel est incarnée par Yolande Moreau