lundi 3 octobre 2011

Vera Lynn, la mascotte du régiment














Pour soutenir le moral des soldats anglais pendant la seconde guerre mondiale, la chanteuse Vera Lynn n’a pas ménagé ses efforts, en animant des émissions de radio pour les épouses des prisonniers, en chantant dans la jungle birmane ou dans des hôpitaux de fortune, sous les bombardements. Une générosité et une sincérité que le public anglais n’a jamais oublié, comme en témoigne le surprenant succès d’une des ses dernières compils, qui a surclassé David Guetta et Eminem au top anglais.
Une ressortie en DVD de ses films tournés pendant la guerre nous permettent de redécouvrir cette icône de la seconde guerre mondiale.



Née en 1917 à Londres, la petite Vera a connu la misère de la grande dépression qui a suivi le crash de 1929. Son père et son oncle, licenciés, ont l’idée d’animer des spectacles pour entretenir le moral des ouvriers : la gamine timide, trop grande pour son âge, monte sur scène, pour égrainer quelques refrains. Gauche et peu confiante, elle recueille pourtant beaucoup d’applaudissements. Embauchée pour quelques galas, l’adolescente intéresse certains orchestres de la variété qui lui confient quelques refrains chantés. Elle enregistre notamment avec la formation d’Ambrose, la plus populaire du moment et chante lors d’une des toutes premières retransmissions télévisées (alors au stade expérimental) d’un spectacle de variété en Angleterre (en 1938)
Après le déclenchement de la seconde guerre mondiale, la Grande Bretagne subit une série de bombardements meurtriers par l’aviation allemande. Dans ce climat de terreur et de désarroi (on compta près de 15 000 morts), les anglais avaient plus que jamais besoin de divertissement, d’espoir et d’évasion. La toute jeune chanteuse anime alors une émission de radio destinée aux soldats, où sont lus et transmis des messages des familles. Il va sans dire que le programme, très émouvant, recueille toute l’attention des britanniques. Vera y chante des refrains teintés d’espoir sur le retour au foyer, la liberté retrouvée. « Il y aura à nouveau des oiseaux bleus sur les blanches falaises de Douvres », « souhaite moi bonne chance quand tu me dis au revoir » et surtout « we’ll meet again » (nous nous reverrons) que la voix plaintive et haut perchée de la vedette rend particulièrement touchante. La chanson, si évocatrice, devient un succès sensationnel qui peut être comparé chez nous au j’attendrai de Rina Ketty. Un refrain d’espoir dont le succès ne s’est jamais démenti au Royaume uni et qui sera repris par bien des crooners. (Elle est même utilisée, dans sa version originale, dans le parc Disneyland pour illustrer une attraction !)
Vera Lynn devient alors la fiancée des soldats : ce n’est plus une chanteuse mais une institution. Elle obtient un succès considérable en interprétant Yours, la version anglaise d’une mélodie sud-américaine cuando vuelva a tu lado, dont elle va faire un tube international (repris dans les 70’ par Julio Iglesias « où est passée ma bohème »).
Le cinéma va s’intéresser au phénomène. D’abord, un film dénommé We’ll meet again comme son célèbre tube qui se base partiellement sur sa propre histoire. Amoureuse d’un soldat écossais qui lui préfère sa meilleure amie (la ravissante Patricia Roc), elle préfère se consacrer à entretenir le moral des troupes… S’il ne fallait garder qu’une image de ce film, ce serait évidemment sa finale, où l’on retrouve la chanson juchée sur une estrade en train de chanter pour une nuée de soldats qui l’écoutent religieusement avant de reprendre avec elle le fameux refrain.
Pour le reste, il faut avouer que l’artiste est timide, gauche, guindée et franchement pas à l’aise. Mais bon, pour ces petits films de propagande, on ne lui saurait lui en vouloir.
Le second « rythmn serenade » n’est guère meilleur, et on en retiendra surtout sa version de « qu’est-ce qu’on attend pour être heureux » de Ray Ventura, enfin un air pimpant à l’enthousiasme communicatif qui tranche avec les balades tristounes et sirupeuses (mais o combien appréciées à l’époque !) et les adieux sur les quais de gare de ce mélo musical.
Le dernier du lot « One exciting night » est un peu plus amusant. On signalera au passage que les 3 films ont été réédités en DVD dans un coffret avec sous-titres anglais.
Toujours très impliquée dans le sort des soldats, la star n’hésite pas à se rendre en extrême orient pour donner un peu de baume au cœur aux militaires, en chantant dans les hôpitaux ou les casernes les plus esseulées.
La chanteuse rentrera très éprouvée moralement de ce périple, en décidant d’abandonner sa carrière juste à la fin de la guerre pour se consacrer à son mari (un musicien servant dans la RAF) et à sa fille née en 1946.
Pourtant, le feu sacré continue de bruler dans ses veines et l’artiste recommence les tournées à la fin des années 40, en reprenant en anglais pas mal de titres de Piaf comme si tu partais, l’hymne à l’amour ou Padam padam. Elle fait un tabac en chantant en duo avec Bing Crosby à la télé américaine et classe 2 titres dans les charts américains dont « auf wiedersehen » qui connaitra le même succès en Allemagne. La star qui a tant soutenu les alliés deviendra une grosse vendeuse de disques en Allemagne en reprenant notamment la ballade irlandaise de Bourvil dans la langue de Goethe. Malgré les changements importants dans le monde de la variété, Vera Lynn va enregistrer avec beaucoup de régularité jusque dans les années 80.
A son répertoire on trouve aussi bien une superbe version de Tonight de West Side Story que les derniers tubes à la mode du groupe Abba ou de Barry Manilow, ou encore quand on a que l’amour de Brel servis par sa superbe voix ample et puissante
On retiendra aussi le fameux « it hurts to say goodbye » que Gainsbourg traduira pour Françoise Hardy en « Comment te dire adieu », que je vous recommande fortement d’écouter tant la voix et la personnalité des deux chanteuses est différente !
Anoblie par la reine d’Angleterre (elle était très amie avec la Queen mum) Vera Lynn est devenue une légende vivante du show business, connue autant pour son talent que sa générosité et sa participation à des galas de charité. En 1980, les Pink Floyd lui rendent hommage dans leur album the wall en lui consacrant une chanson.
Souffrant d’emphysème, la chanteuse a fortement réduit ses apparitions publiques avant de faire ses adieux en 1998 lors d’un concert au palais de Buckingham, après le décés de son mari (après 57 ans de mariage). Elle témoigne encore dans les écoles primaires du blitz et de la seconde guerre mondiale, en se dévouant avec toujours autant d’intérêt aux démunis et aux soldats.
En 2009, la chanteuse a surpris le monde entier en classant une compilation N°1 au top anglais, évènement incroyable, qui fait d’elle l’artiste la plus âgée jamais classée dans un hit parade ! Une longévité exceptionnelle qui traduit toute l’affection et l’admiration que lui portent encore les britanniques pour lesquels elle a toujours été bien plus qu’une excellente chanteuse. Vera Lynn qui passe souvent ses vacances en France, au cap d’Antibes, a pris la nouvelle avec beaucoup de modestie et de bonheur. Un toast pour Dame Vera !!

mardi 9 août 2011

Jane Russell, la brunette la plus sexy des années 50









Un des plus célèbres sex symbols du cinéma américain nous a quitté en début d’année : la capiteuse Jane Russell, qui formait un si délicieux tandem avec Marilyn Monroe dans le fameux musical « les hommes préfèrent les blondes ». Rarement une actrice fut lancée avec un tel renfort de publicité par un producteur (dans le cas présent le délirant et mégalomane Howard Hughes) et on peut saluer la façon dont la magnifique brune a pu, malgré ce buzz retentissant, qui a fini par constituer davantage un inconvénient qu’un avantage, faire une jolie carrière et laisser un si éblouissant souvenir aux cinéphiles.

Née en 1921 dans le Minnesota, Jane Russell est la fille d’une comédienne qui a participé à pas mal de tournées aux cotés de George Arliss. Après le décès de son père, la jeune femme est contrainte de travailler comme réceptionniste chez un pédicure. Parallèlement, elle suit quelques tours de théâtre et pose pour le photographe Tom Kelly (qui sera plus tard l’auteur du fameux calendrier de Marilyn Monroe). Les clichés tombent entre les mains du producteur multimillionnaire Howard Hugues, immédiatement séduit par la généreuse silhouette de l’aspirante vedette et son tour de poitrine des plus avantageux. Connu pour son excentricité et ses innombrables liaisons avec des stars hollywoodiennes, Hugues recherche une actrice pour jouer dans « le banni » une version de Billy the kid. Après avoir envisagé la candidature de Léatrice Gilbert la fille de la star du muet John Gilbert, il préfère confier le rôle à sa découverte. Obsédé par son tour de poitrine, il conçoit même un soutien-gorge à son attention !! A peine le tournage entamé, le producteur mégalomane va lancer une incroyable campagne publicitaire pour lancer la nouvelle star, en misant uniquement sur son anatomie, à grand renfort de photos suggestives de la brunette allongée dans la paille, avec des slogans du genre « exquise, boudeuse et magnifique » ou encore « le sexe n’a pas été rationné ». Nous en sommes en 1941, et les ligues de censure veillent alors sur le cinéma américain avec une rare vigilance.
Grâce à une telle publicité, le film fait un malheur lors de sa première semaine d’exploitation à San Francisco. Cependant, le Banni est interdit dans plusieurs états en raison des protestations des ligues de vertu. Le film en soit, et les scènes jugées scandaleuses en 1941(plus puériles que coquines), font pourtant tout juste sourire à présent ! Conscient du manque d’expérience de sa protégée (ou craignant qu’elle n’échappe à son emprise), Hughes préfère l’inscrire à des cours de comédie plutôt que la prêter à la Fox qui voudrait lui confier un rôle important dans Arènes sanglantes ; en fait, la carrière de Jane va très vite stagner, l’interdiction presque générale de son premier film ne lui a pas porté chance : A la grande colère d’Howard Hugues, Jane se marie avec un ancien camarade de classe et quitte l’écran plusieurs années.
En 1946, Hughes tente de relancer sa chère Jane dans un drame « la jeune veuve » mais sa prestation y est bien mauvaise et en profite pour ressortir son fameux banni avec une nouvelles campagne publicitaire pas plus subtile que la précédente : l’annonce « quelles ont les deux bonnes raisons du succès de Jane Russell ? »est placardée sous une photo de la star très largement décolletée.
Alors qu’on aurait donné peu cher de sa peau, Jane Russell va enfin parvenir à s’imposer dans un western parodique aux cotés de Bob Hope, qui se moque gentiment de son image de sex symbol : « Visage pâle »1948 est un succès et notamment la chanson « buttons and bows »que Jane fredonne avec Bob Hope (la VF « ma guêpière et mes longs jupons » sera un énorme succès pour Yvette Giraud) : la belle en profite pour enregistrer un disque de romances pour la firme Columbia.
Connu pour son instabilité et son inconstance, il semble extraordinaire que Howard Hugues ait suivi Jane Russell pendant toute sa carrière, en produisant la plupart de ses films (pour la firme RKO). S’était il finalement attaché à sa jolie découverte ou croyait-il profondément à son potentiel ? les critiques ne sont pourtant pas tendres avec ses qualités de comédiennes (« décorative mais inapte » pour reprendre les plus dures) et ses westerns ou comédies n’obtiennent pas toujours le succès escompté.
Heureusement, le film noir « Fini de rire-1951 » avec Robert Mitchum, lui sied davantage. John Farrow parvient à la mettre en valeur malgré son manque d’expression, notamment dans son numéro (fort bien) chanté et à installer une atmosphère troublante. C’est le type même de cinéma qu’on revoit avec le plus grand plaisir et énormément de nostalgie. Combien je me souviens des après midi des années 70 où TF1 diffusait Macao, le paradis des mauvais garçons avec le même couple vedette et d’autres vieux films de la RKO.
Mais c’est en 1953, dans le musical les hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks que Jane Russell va laisser à jamais son emprunte dans le monde de cinéma en formant un duo mythique et ravageur avec la légendaire Marilyn Monroe. Moins fragile et plus confiante que sa partenaire, mais tout aussi sexy dans le numéro où elle chante entouré de gymnastes. L’actrice révèle aussi un talent insoupçonné pour la comédie, et l’humour pince sans rire, avec une touche de sarcasme. Un bonheur n’arrivant jamais seul, l’actrice adopte un enfant à la même époque (elle en adoptera deux autres par la suite et fondera une association pour aider les parents dans leurs démarches). Sans doute rassuré et galvanisé par le succès éclatant que sa découverte connaît enfin (alors qu’il n’y est pourtant pour rien !), Hugues bâtit pour elle une comédie musicale en jouant encore la carte du scandale et de la provocation : ne négligeant aucun détail, il dessine lui-même une sorte de body très échancré pour sa vedette, et tourne le film en relief pour que le public puisse profiter pleinement de la plastique généreuse de la star ; Jane Russell, qui se consacre de plus en plus aux activités religieuses déclara a posteriori avoir eu honte de jouer dans une telle production, et notamment dans le numéro final, d’une vulgarité certaine. Le film déchaînera les foudres de la censure, et n’atterrira sur les écrans qu’après deux années de palabres avec les administrateurs du code Hays : beaucoup de bruit pour un musical assez minable et à la limite du grotesque. On peut se demander finalement si Hugues n’avait pas envie de saboter la carrière de sa chère vedette en la distribuant dans un pareil navet. Dans la vénus des mers chaudes, la publicité insiste sur les maillots de bain de la star en nous promettant une Jane Russell telle que vous ne l’avez jamais vue ! Pour lancer le film, Hugues organise une première dont il a le secret : le film est diffusé sou l’eau et les journalistes sont invités à endosser des scaphandres et des tenues de plongée pour le visionner !! Là encore, beaucoup de remous pour pas grand chose.
On préfèrera de loin Jane Russell dans le western les implacables de Raoul Walsh où elle forme un duo intéressant avec Clark Gable.
Après l’échec de l’insipide suite des hommes préfèrent les blondes (mais ils épousent les brunes), avec Jeanne Crain et surtout le bide retentissant de la comédie Kidnapping en dentelles (1957), la carrière de Jane Russell se trouve en fort mauvaise posture et Howard Hughes qui vient de quitter le cinéma après une série de fiascos qui ont entraîné la liquidation de la RKO, n’est plus là pour la sauver.
L’actrice, d’une rare humilité, n’a jamais pris sa carrière au cinéma au sérieux (elle déclarait même avoir tourné dans une quantité de navets pour gagner son pain), et c’est sans regret qu’elle se consacre alors à sa vie de famille en donnant sporadiquement des tours de chant à Las Vegas ou en jouant dans des musicals à New York ou Chicago. On la retrouve encore dans quelques films à très petit budget à la fin des années 60, qui n’ont guère marqué les mémoires. Son divorce à la fin des années 60 et sa bataille avec son mari pour obtenir la garde de ses enfants adoptifs lui valent quelques colonnes peu reluisantes dans la presse à scandale, alors que sa vie privée était jugée comme exemplaire jusque là (son mari assure notamment qu’elle est alcoolique depuis le début de leur union : elle fera d’ailleurs quelques jours en prison dans les années 70 pour conduite en état d’ivresse).
Après avoir joué dans un musical à Broadway en 1971, la star remariée se retire progressivement pour se consacrer dorénavant à des activités religieuses, à des conseils pastoraux , à la lecture de la bible et à la défense de l’ordre moral… en faisant à l’occasion de la publicité pour les soutien gorges Playtex. Tout en se moquant gentiment de la futilité du star system et de sa carrière passée, la vedette daignait fort poliment répondre au courrier de ses fans et même à leur envoyer une photo dédicacée à condition qu’ils prouvent qu’ils avaient fait un don à l’UNICEF.
Jane Russell est décédée en 2011, des suites de problèmes respiratoires, entourée de ses enfants. On ne l’oubliera pas !

samedi 16 juillet 2011

Kouka, la sultane du désert




Pendant les années 40 et 50, la brune Kouka fut en Egypte l’héroïne d’un grand nombre de films de bédouins réalisés par son mari Niazi Mustapha qui possédait un réel flair pour déceler ce que préférait le public populaire : des films d’action et d’aventures, sortes de westerns en plein désert avec d’héroïques chevauchées et des bagarres à coup de sabre, qui remportaient un égal succès dans tout le monde arabe de l’Algérie jusqu’au Liban. Têtue et courageuse, Kouka parvenait toujours à échapper aux pires machinations dans les aventures un peu enfantines où elle paraissait mais aussi charmer le public par quelques jolies chansons interprétées en langage bédouin.

Née en 1917 au Soudan, Najia Ibrahim Bilal se rend très jeune en Egypte pour jouer dans la troupe Ramses formée par Youssef Wahbi, un des plus grands noms du théâtre arabe.
En 1935, elle est engagée comme monteuse dans la toute nouvelle société de cinéma « Misr » que vient de créer Talaat Harb et qui pendant près de 30 ans va constituer la Mecque du cinéma égyptien, le Hollywood sur Nil. La même année, elle débute devant la caméra dans le concierge aux cotés de Ali al-Kassar, l’acteur comique le plus populaire du moment, qui incarne avec justesse l’homme de la rue, futé et optimiste, dans lequel se reconnaissent bien des spectateurs.
Par un incroyable concours de circonstances, Kouka est choisie par le producteur anglais pour jouer dans Jéricho, le nouveau film que le mythique baryton noir américain Paul Robeson doit tourner en Afrique du Nord. Après être allée signer son contrat à Londres, l’actrice rebaptisée pour l’occasion « Princesse Kouka ». Afin d’incarner la princesse des touaregs dont Robeson tombe amoureux dans une oasis, Kouka est contrainte de se noircir le visage. Réalisé par Thornton Freeland (connu surtout pour son film Carioca qui lança Fred Astaire), le film raconte avec soin les déboires d’un soldat américain pendant la première guerre mondiale, accusé de meurtre. Considéré par beaucoup comme le meilleur film de Paul Robeson, Jéricho représentait une opportunité unique pour une artiste arabe de faire une carrière internationale (combien d’ailleurs peuvent se venter d’avoir tourné des films ailleurs qu’en Egypte ou au Liban ?) : on raconte même que Korda songeait à lui confier un rôle important dans un film hollywoodien. Peut on blâmer Kouka d’avoir laissé passer cette chance : dans cette Amérique raciste où les glamoureuses Hedy Lamarr ou Dorothy Lamour étaient grimées à grand renfort de fond de teint pour incarner les mulâtresses et où les actrices black Ethel Waters ou Hattie McDaniel étaient reléguées à faire la vaisselle, ou l’on préférait les paillettes à l’authenticité, quel rôle aurait pu être confié à une actrice soudanaise ?
Amoureuse du réalisateur Niazi Mustapha qu’elle a croisé sur les plateaux du studio Misr, Kouka préfère rejoindre le Caire pour l’épouser. Un choix des plus raisonnables quand on sait que le cinéaste, qui a fait son apprentissage à Londres et Vienne, va faire de Kouka la vedette d’une grande part de ses films pendant près de 30 ans !
Au début, il confie à sa femme des rôles dans des comédies musicales légères très inspirées des modèles américains (l’usine aux épouses 1941)où elle révèle un don certain pour le chant et une voix légère des plus agréables . Néanmoins, c’est en abordant le genre « nomade » avec Rhaba (1943), et les aventures dramatiques d’une bédouine amoureuse d’un citadin (Badr Lama, le Rudolph Valentino égyptien), que le couple décroche la timbale et un triomphe dans tout le monde arabe. (Le plus gros succès arabe depuis l’avènement du parlant). Si ces films de divertissement un peu puérils mais toujours agréables à suivre peuvent faire sourire, le très prolifique Mustafa les concevait avec le plus grand soin : les chansons étaient composées par le poète Beïram Al Tounsi, dans un dialecte susceptible d’être compris dans tous les pays arabes et Kouka avait même suivi des cours de langue bédouine.
Les intrigues avaient parfois des allures de bandes dessinées et relataient souvent les périples d’une fille kidnappée toute petite par des brigands. Devenue grande, elle apprenait à se débrouiller par elle-même en devenant une chasseresse émérite, très indépendante. Dans la sultane du désert (1947, avec Yehia Chahine), Kouka la bédouine se retrouve propulsée dans un palace libanais, ce qui nous vaut quelques scènes fort drôles de la paysanne découvrant la civilisation moderne. A la fin du film, elle sauve son fiancé, attaché près d’un bâton de dynamite en éteignant la mèche d’un coup de pistolet !
En 1945 par Niazi Moustapha inaugure la série des Antar et Abla , adaptés d’un roman antéislamique de chevalerie : des films d’aventure assez délectables comptant les malheurs d’Antar, l'esclave noir et sa cousine Abla (Kouka), qui remporteront tous de gros succès commercial : il n’est d’ailleurs pas anodin que la firme régent qui exploitait à l’étranger et en France les films orientaux avait misé sur un générique en adéquation avec ce genre, le plus populaire de l’écran arabe.
En 1953, Kouka incarne le cavalier noir : une fille perturbée qui mène une double vie, femme le jour, mystérieux cavalier noir la nuit, qui veut faire justice et venger ses parents tues par une tribu rivale lorsqu'elle était encore bébé.
Force est de constater qu’avec ses personnages de femme vive, impulsive et combative, Kouka était sans doute l’actrice la plus affranchie de l’écran égyptien et un vrai modèle pour les féministes !
En 1956, elle joue et chante en vedette dans le mélo Un verre une cigarette, film très connu car il révéla la chanteuse Dalida. Moulée dans un fourreau blanc, elle y donne une image plus glamour et moderne que dans ses aventures désertiques, avec des numéros musicaux très élaborés et dansés par la divine Samia Gamal (bien que la star se réserve un morceau musical bédouin pour ne pas décevoir les fans).
On ne sait si la nouvelle starlette et future diva de la chanson populaire eut des soucis avec Niai Mostafa, mais ce grand coureur de jupons était connu pour les mariages factices qu’il contractait avec des apprenties vedettes auxquelles il promettait monts et merveilles. Kouka ne devait pas dormir sur ses deux oreilles et elle fut très choquée quand elle apprit que son mari s’était marié en secret avec la belle danseuse du ventre Nêemat Mokhtar. Elle obligea son époux à divorcer de sa nouvelle flamme.
En 1961, Kouka tourne encore dans une énième mouture d’Antar (Antar fils de Chaddad) mais la sauce prend moins en dépit des couleurs particulièrement flamboyantes qui viennent un peu réveiller le vieux processus, et l’âge venant l’actrice se résout à jouer les mamans aux cotés de la belle Samira Tewfiq qui la remplace désormais dans les rôles de jolie bédouine.

Kouka est décédée d’un cancer en 1979. Son mari lui a survécu 7 ans : il a été assassiné dans des circonstances mystérieuses qui n’ont jamais été élucidées

mardi 28 juin 2011

Zizi Jeanmaire, toute la gouaille et l'éclat de Paris









Ballerine à l’opéra, meneuse de revue, chanteuse réaliste, comédienne : la palette des talents de Zizi Jeanmaire est particulièrement étendue : avec de telles cordes à son arc, on comprend sans mal la renommée mondiale de ce titi parisien dont l’abattage et la gouaille furent souvent comparés à Arletty. Plus de cinquante ans de succès de Paris à Broadway en passant par Hollywood, qu’elle proclame sa joie de vivre à coups de talons aiguilles o sur les pointes, avec un éclat de rire tonitruant. Une personnage qui avec l’aide de son mari Roland Petit s’est forgée une image très forte, qui a marqué durablement le show business et le monde des arts.

Née en 1924 à Paris, Renée Jeanmaire a fait ses premières pointes à l’Opéra de Paris en tant que petit rat à l’âge de 9 ans. A 16 ans, elle est engagée dans le corps de ballet. En 1944, la jeune danseuse dont le talent est déjà fort remarqué (ce qui lui vaut même d’obtenir la couverture d’un magazine de cinéma pendant l’occupation), décide de voler de ses propres ailes et de rejoindre le danseur et chorégraphe Roland Petit qui vient de créer les ballets des Champs Elysées.
Ensemble, ils triomphent à Londres puis à Paris dans Carmen (1949), un ballet moderne d’une grande audace et d’une infinie sensualité qui bouscule les standards du ballet français : si le spectacle, basé sur l’opéra de Bizet, fait scandale et est interdit au Canada (Le pas de deux entre Zizi et Roland Petit est en effet très suggestif et provocateur), la presse applaudit le talent de la danseuse et l’intensité de sa création. Elle devient mondialement célèbre en quelques jours.
Avec un tel succès, toutes les portes s’ouvrent devant la ballerine et son mentor : Renée rebaptisée Zizi Jeanmaire (un surnom qui lui vient de son enfance) s’essaye d’abord à la comédie musicale, dans un souci louable d’élargir sa cible à un public plus populaire. Pour la première fois, elle se met à chanter et révèle une voix très gouailleuse aux accents faubouriens qui rappelle beaucoup celle de l’immense Arletty, que Roland Petit a toujours beaucoup admiré. Les ballets sont également très sensuels et audacieux pour l’époque. Incontestablement, la brune aux cheveux très courts et au regard audacieux marque des points.
Captivé par le nouveau phénomène lors de son passage à Hollywood, le fameux producteur Howard Hugues tombe sous le charme : il veut porter à l’écran le ballet Carmen et faire de Zizi Jeanmaire une star de cinéma. Pour cela, il n’hésite pas à retenir en Amérique Zizi et toute sa troupe de danseur, en leur payant un cachet considérable (au total plus de 8 millions de dollars)…en pure perte et au risque de ruiner la RKO, car finalement aucun film ne sera mis en chantier !
En 1952, Samuel Goldwynn emprunte à Howard Hughes sa ballerine adorée pour remplacer Moira Shearer enceinte sur le tournage d’« Hans Christian Andersen et la danseuse » : c'est un film familial charmant, avec de jolis ballets et un adorable Danny Kaye où Zizi Jeanmaire a du mal à trouver ses marques dans un rôle très éloigné de sa personnalité scénique.
En 1953, on la retrouve à Broadway dans un musical de S Romberg, la fille aux collants roses, qui lui valent des critiques extatiques de la presse artistique qui la compare à Audrey Hepburn, et encense aussi bien ses qualités de danseuse, chanteuse et comédienne. Elle reçoit le prix de la meilleure prestation scénique de l'année.
La nouvelle star de New York retrouve alors son vieux compagnon Roland Petit, qui a été engagé à Hollywood pour réaliser la chorégraphie de plusieurs comédies musicales avec Leslie Caron. Ils se marient et travaillent ensemble sur Quadrille d’amour (1956), un musical fastueux et énergique avec Bing Crosby où Zizi reprend le fameux air de Cole Porter I get a kick out of you avec beaucoup de goût et de sex-appeal. Le grand ballet de la danseuse, assez prétentieux, est en revanche bien décevant.
Auréolée par sa gloire américaine, Zizi fait son retour en France. Désormais jeune maman, elle tourne quelques films qui confirment à quel point le cinéma français n’est guère brillant en matière de comédie musicale et ne sait pas exploiter ses plus prestigieux artistes. Dans Folies Bergere (1956), une comédie dramatique située dans le fameux music hall, elle nous offre un bel extrait de son ballet de la Croqueuse de diamants, où elle déploie toute sa verve et sa sensualité. Quel dommage en revanche de lui avoir associé Eddie Constantine, impassible vedette des films de gangsters, particulièrement mal à l’aise ici.
Charmants garçons avec Daniel Gélin (1957) est une comédie particulièrement inconsistante, où Zizi parvient quand même à capter l’attention, par sa présence et son personnage pittoresque : on retiendra aussi la jolie java « la gambille »composée par Guy Béart (à la même époque, la vedette enregistrera « qu’on est bien » du même auteur dont elle fera un tube).
De même, Guinguette (1958) est un produit de série, tout juste rehaussé par les dialogues d’Henri Janson, où Zizi campe encore la parigotte par excellence, sorte de réincarnation d’Arletty (je me demande d’ailleurs ce que pensait d’elle la grande comédienne et de cette émulation : était-elle flattée ou vexée ?).
En 1959, on la retrouve dans Patron une opérette co-signée par Marcel Aymé et Guy Béart dont est tirée la chanson la chabraque, mais le succès n’est pas au rendez-vous.
En 1961, Terence Young filme en France « les collants noirs » , réunissant quatre ballets de Roland Petit , dont deux sont dansés par Zizi (une reprise de ses deux plus grands triomphes : Carmen-dans de sompteux décor à la Dali- et la croqueuse de diamants) et les autres par Cyd Charisse et Moira Shearer. Si le film demeure un beau témoignage sur les talents de chorégraphe et la créativité de Roland Petit, on peut tout de même regretter que les ballets ne soient pas filmés avec plus d’imagination.
Si le film, destiné à un public d’initié, ne remporte pas le succès escompté , Zizi n’en a cure car elle triomphe dans la revue de l’Alhambra en chantant » mon truc en plumes » de Bernard Dimey et Jean Constantin, une samba qu’elle s’approprie avec un talent évident, et qui va devenir pour toujours sa signature et sa marque de fabrique : pour tous les français, Zizi sera désormais cette brune aux cheveux coupés à la garçonne, et aux jambes d’acier, emmitouflée dans des boas roses.
Mini robe noire et talons aiguilles, elle a réussi à se forger un personnage très fort, gouailleur et léger, très parisien, cent fois imité, qui fascine dans le monde entier. Aragon lui même proclame « sans elle, Paris ne serait pas Paris ».
A son répertoire, toujours choisi avec grand soin, Zizi a l’intelligence d’inclure plusieurs chansons de Gainsbourg, qui sera toujours fasciné par son personnage. On se souvient notamment de son interprétation d’Elisa, dans le plus pur style réaliste, lors d’un show télévisé des Carpentier. Pendant des décennies, la star va courir le monde entier, se partageant entre les revues, les ballets, les plateaux télé (notamment un sensuel pas de deux avec Noureev en 1965). En 2000, elle se produisait encore sur la scène de l’Opéra Bastille, interprétant des chansons de Gainsbourg, Lama ou Béart, prouvant qu’elle ses interminables jambes n’avaient pas subi l’outrage des années.
Depuis, l’artiste souffrant de graves problèmes d’audition et d’équilibre a été contrainte de prendre une retraite bien méritée. Mais elle laisse derrière elle une trace indélébile dans l’histoire du show business français, dont le cinéma n’a pas vraiment su capter l’escence.

lundi 13 juin 2011

Ginny Simms, la glamoureuse chanteuse de charme des GI








Grande vedette de la radio pendant la guerre, Ginny Simms disposait d’une voix nuancée et mélodieuse, idéale pour les ballades sentimentales. Avec son apparence glamour et très sophistiquée, la belle aurait pu devenir une des grandes étoiles de la comédie musicale, et notamment de la MGM, le plus prestigieux des studios d’Hollywood. Mais le sort en a décidé autrement…

Née à San Antonio en 1913, Ginny Simms a d’abord suivi des cours de piano, tout en donnant quelques spectacles dans le théâtre tenu par son père avant de rejoindre un trio vocal féminin. D’abord chanteuse de l’orchestre de Tom Gerun, elle rejoint ensuite Kay Kyser « le prof du swing »et ses « collégiens » , qui est un peu l’équivalent de l’orchestre de Ray Ventura chez nous et qui fait un tabac à la radio.
C’est en effet la grande époque des big bands, et Kay Kyser sous ses airs ahuris, qui rappellent un peu le comique anglais Arthur Askey, sait très bien comment manager son équipe et distraire le public en alternant des morceaux très swing ou des valses tendres (comme la fameuse valse au village qui sera repris e en France par Lys Gauty), des sketchs, et des mélodies sentimentales (réservées à Ginny qui se prénomme encore Virginia). Comme cela est la tradition à l’époque, la belle se contente de refrains chantés alors que l’orchestre se réserve la plus grosse part du gâteau. Mais quelques notes à peine suffisent à la chanteuse pour se faire remarquer tant sa voix enchanteresse à la fois pure, aérienne et sensuelle capte l'attention et l'imagination.
Désireux d’étendre son auditoire, Kay Kyser signe un engagement avec la RKO pour plusieurs films. Un pari gagnant pour le studio car le premier film de la formation (that’s right, you’re wrong -1940) rapporte plus d’un millions de dollars de recettes. Une amusante satyre du monde du cinéma, où la belle Ginny se fait remarquer autant pour son ramage que son plumage. Faut-il préciser que la chanteuse venait de subir plusieurs opérations de chirurgie esthétique (afin de raccourcir son nez et son menton notamment) par le mari de Claudette Colbert, le meilleur spécialiste d’Hollywood ?
La villa des piqués , le film suivant de la formation, réunit 3 idoles du film d’épouvante, aux mines patibulaires, qui épouvantent les invités en maniant des effets spéciaux d’une chambre secrète. Si l’histoire est stupide, le film bénéficie de très entraînantes chansons fort bien mises en valeur par l’orchestre et les chanteurs Harry Babbitt et Ginny Simms (dont la voix mélodieuse rappelle celle de Dinah Shore). Certains passages sont franchement rigolos comme celui où les trois méchants veulent faire exploser tout l’orchestre en jetant un bâton de dynamite dans la foule : Les musiciens et jolies invitées se sauvent mais un petit chien qui prend la dynamite pour un os, récupère le bâton et court après eux…hilarant ! Finalement, c’est un divertissement très sympa du genre Abbott et Costello rencontrent Frankenstein qui fait aussi penser à certains épisodes du dessin animé Scoubidoo.
Le troisième film Playmates (1941) est plus froidement accueilli, peut être parce que les critiques sont effondrées de voir le mythique John Barrymore finir sa carrière dans une telle bouffonnerie : en tous les cas, Ginny dont les rôles s’étoffent à chaque film, gagne du terrain. Alors que sa liaison avec la chef d’orchestre se termine, la chanteuse poursuit seule son chemin, au cinéma comme à la radio (la plupart des chanteuses des big bands comme Dinah Shore, June Christy ou encore Doris Day vont gagner elles aussi leur indépendance).

Le cinéma l’a rendue très populaire et elle figure en tête d’un sondage des chanteuses favorites des collégiens. Elle anime ses propres shows à la radio et enregistre en solo pour la firme Columbia .
Pendant la guerre, l’artiste interprète de nombreuses chansons mélancoliques destinées aux soldats (you’d be so nice to come home to, wherever you are,…qui sont un peu les pendants de « j’attendrai » aux USA) qui vont vraiment marquer leur temps. Elle s’adresse à eux et leur transmet des messages dans des émissions de radio, on le devine, très suivies. Infatigable, elle se dépense sans compter pour visiter les camps militaires de son Texas natal : un engagement exemplaire qui lui vaudra d’être reçue à déjeuner par les Rossevelt à la Maison blanche.

Coté cinéma, Ginny n’a d’abord qu’un petit rôle dans seven days leave (1942) dont la vedette est Lucille Ball mais sa chanson (can’t get out of this mood) est absolument divine, et sera reprise par d’innombrables artistes de jazz..
Deux nigauds dans la glace (1943) est un film les plus drôles du tandem Abbott et Costello, une comédie parfois hilarante, dans laquelle Ginny chante une délicieuse romance.
Sans doute intéressé par la popularité de la chanteuse à la radio, et son coté glamour, le patron de la MGM , engage alors Ginny Simms pour remplacer Eleanor Powell dans un musical en technicolor à grand spectacle, avec la ferme intention d’en faire une star de cinéma. En fait, il tombe fou amoureux d’elle et se livre alors à une cour assidue et peu discrète, qui provoquera bien des sarcasmes car Louis b Mayer , marié et père de famille, s’est toujours présenté comme un modèle de vertu. Il est pourtant fortement probable qu’il ait eu auparavant des liaisons avec d’autres grandes stars de son studio, mais son emballement pour Ginny Simms est tel, qu’on évoque un possible divorce. Certaines sources avancent que la chanteuse gênée par ce harcèlement aurait quitté la MGM après de tournage de Broadway Rythmn (1944), d’autres, plus crédibles, que la vedette aurait eu une courte liaison avec le producteur mais que ce dernier aurait été contraint de se ressaisir pour ne pas nuire à son image et à celle de son studio. En tout état de cause, Ginny était superbe et la quintessence du glamour en technicolor (notamment quand elle fredonne Amor, Amor ; le visage voilé de dentelles) dans cette fantaisie musicale, qui bénéficie du luxe opulent de la MGM.
En 1945, l’actrice joue dans Nuit et jour, la biographie complètement édulcorée du compositeur Cole Porter. Une pièce montée musicale qui déçoit quelque peu car si Ginny excelle dans les douces romances, elle n’est peut être pas assez versatile ou charismatique pour reprendre autant de chansons différentes du grand Cole, créées par des pointures comme Ethel Merman ou Mary Martin. On peut en effet lui reprocher de tout interpréter de façon assez similaire. Elle paraît également dans un drame « Shady lady » qui vaut surtout pour le numéro d’acteur de Charles Coburn.
La même année, elle épouse le richissime propriétaire de la chaîne d’hôtel Hyatt et se découvre un intérêt pour la décoration d’intérieur.
Si elle figure encore en 3ème position des chanteuses les plus appréciées des adolescentes (derrière Dinah Shore et Jo Stafford), Ginny qui animé encore un show à la radio, sponsorisé par Coca cola disparaît petit à petit du monde du spectacle. Elle s’essaie certes à la télévision, le nouveau média à la mode, mais n’y obtient pas le même engouement (et c’est un euphémisme) que sa fameuse concurrente Dinah Shore . Groucho Marx la désignera même comme la « Dinah Shore du pauvre ».
Mais Ginny est désormais loin de tout ça et surtout de toute préoccupation matérielle. Mariée en secondes noces à un millionnaire du pétrole, puis enfin à noces à un avocat très fortuné, il semble qu’elle n’est pas très heureuse, mais l’argent fait il le bonheur ? Au moins, la chanteuse se consacre avec toujours autant de plaisir à la décoration des chambres d’hôtes et de restaurants (elle sera même primée pour cela en 1961) . Sa tentative de come back dans les cabarets de Las Vegas se solde par un échec, son style étant jugé fort démodé.
En 1961, pour saluer son vieux copain Kay Kyser, elle accepte d’enregistrer avec les membres initiaux de la formation un 33T un peu nostalgique.
Après, la chanteuse n’a plus fait parler d’elle et est sombrée dans un oubli presque total et immérité. Elle est décédée en 1994 d’une crise cardiaque.

jeudi 2 juin 2011

Jeannette Batti, espiègle trottin





Pétulante et vive, la blonde et pulpeuse Jeannette Batti disposait d’un abattage certain et d'un joli sens de la répartie qui auraient pu faire d’elle une seconde Arletty. Hélas, la qualité souvent indigente des farces plus ou moins musicales dans lesquelles elle s’est galvaudée à l’écran seule ou avec son mari le chanteur Henri Genès, l’ont empêchée de faire beaucoup d’étincelles. L’actrice qui admirait tant Jean Arthur, s’est donc contentée de jouer les Martha Raye hexagonales, avec sa jovialité coutumière. Ce qui ne fut pas suffisant pour laisser une trace durable dans l’histoire du cinéma !

Née en 1921 à Marseille, Jeannette Batti a d’abord paru comme simple figurante dans de nombreux films à partir de 1939. Mais c’est sur scène que les planches, que l’actrice va se faire remarquer
En 1948, elle remporte un très gros succès à Bobino (11 représentations par semaine !) dans une opérette de Francis Lopez « 4 jours à Paris » (d’où est tirée la samba brésilienne) aux cotés d’Andrex et d’Henri Génès. Ce dernier, comédien jovial à la faconde toute marseillaise, va devenir son mari, et également son comparse dans de nombreuses comédies de boulevard, opérettes et films de qualité très discutable.
Avec sa voix acide, ses formes rondelettes et ses jolies jambes (les plus belles de Paris selon certains), Jeannette Batti se remarque dans les films où elle paraît même si ces rôles sont souvent secondaires : prostituée dans Macadam, ou bonne copine dans l’Eternel conflit, c’est la parigote par excellence (malgré ses origines provençales !), effrontée et dynamique. Au théâtre, elle est abonnée aux rôles de bonne un peu vulgaire (Pantoufle au théâtre des Capucines).
On raconte que cette actrice de tempérament regrettait de ne pas trouver de vrai rôle intéressant. Il faut dire que la pauvre n’a pas été gâtée, en tournant avec les réalisateurs les plus nuls du moment dans des farces stupides et creuses, difficiles à défendre. Notamment ce Voyage à trois (1950) assez racoleur, qui ressemble plus à un prétexte pour exhiber une cohorte de jolies filles nues (et un sein de Jeannette itou) ou encore la petite chocolatière (1950), un breuvage qui sent le réchauffé selon l’Ecran français.
On préfèrera de loin Nous irons à Monte Carlo, bien sympathique musical de l’orchestre de Ray Ventura, où Miss Jeannette se retrouve avec un bébé encombrant sur les bras (celui de la débutante Audrey Hepburn) qui va vite être adopté par les différents membres de la formation. Un bon divertissement sans prétention, où elle se chamaille gentiment avec son cher Henri Génès ; on retrouve le couple dans une série de comédies musicales à très petit budget comme Soirs de Paris, destinée à mettre en valeur des spectacles de cabaret et de revue, et de fort jolies figurantes. Des films souvent creux et réalisés sans la moindre once de talent, qui reflètent une certaine idée de Paris, et qui sont davantage destinés à l’exploitation dans les villages et à l’étranger. Pas grand-chose non plus à sauver dans les remakes d’opérettes marseillaises comme trois de la canebière, ou trois de la marine, car les chansons si connues sont souvent réduites en fond sonore et les ballets bien mal filmés ; quant à l’auberge fleurie (1954) destinée à mettre en valeur le ténor Rudy Hirigoyen : malgré la glorieuse voix du chanteur, c’est une adresse à fuir !
Miraculeusement, parmi tous ces nanards, des « carottes sont cuites » au « coup dur chez les mous » ce situe un classique du cinéma la Traversée de Paris de Claude Autant Lara, où elle tient le rôle de l’épouse de Bourvil et donne la réplique à Gabin : un attaque corrosive sur le marché noir pendant l’occupation et de loin le film le plus prestigieux de sa carrière.

Alors qu’Henri Génès connaît quelques gros succès dans le monde de la variété et du disque (la tantina de Burgos 1956, le facteur de Santa Cruz 1957), Jeannette enregistre aussi quelques titres (dont une chanson d’Aznavour) mais avec bien moins de succès. Elle grave aussi sur la cire quelques airs gouailleurs de l’opérette Coquin de printemps (1958) qu’elle joue au théâtre avec son mari puis Fernand Sardou.
Au cours des années 60 et 70, tout en poursuivant les opérettes avec son mari , des spectacles d’une qualité toujours décroissante de Francis Lopez, Jeannette parait à l’occasion dans un médiocre western allemand , une sorte de copie des gendarmes de St-Tropez avec Sim (Henri Génès ne s’est il pas compromis dans le facteur de St Tropez- dont l’affiche précisait que « le gendarme est son meilleur copain » ?) ou encoure Touche pas à mon biniou : Tout est dans le titre.
Elle figure aussi dans la version télévisée de l’opérette A la Jamaïque (1980) avec José Villamor et Maria Candido.
En 1981, on reconnaît brièvement Jeannette Batti lors du banquet donné dans la comédie culte le Père Noël est une ordure. C’est donc sur l’un des plus gros succès du cinéma comique français de ces trente dernières années, que l’actrice a tiré sa petite révérence. Elle vient de nous quitter début 2011 dans une totale discrétion six ans à peine après le décès de son cher Henri Génès.

samedi 28 mai 2011

Yvonne Printemps, l'éblouissante diva de l'opérette française








Née en 1894 à Enghien dans une famille très pauvre (son père a déserté le foyer peu après sa naissance), Yvonne Printemps a toujours rêvé d’échapper à sa modeste condition : grâce à une amie de sa mère, elle débute à 14 ans au Music hall dans la revue « Nue cocotte » où elle tient le rôle du petit chaperon rouge avant de rejoindre la troupe des Folies Bergère où elle va rester plusieurs années. Remarquée pour son abattage, sa voix céleste et ses fort jolies jambes, la belle fait battre bien des cœurs dont celui de l’aviateur Georges Guynemer, héros de la première guerre mondiale, disparu au combat en 1917. Mais c’est sa rencontre avec Sacha Guitry, dramaturge et comédien de grande renommée qu’elle épouse en 1919, qui va faire d’elle une étoile de première grandeur. Subjugué par le charme piquant et l’esprit de la blonde divette, Sacha lui consacre plusieurs opérettes (dont la musique est signée Willemetz, un ex d’Yvonne) et 34 pièces de théâtres, taillées sur mesure pour mettre en valeur sa galathée.
Yvonne devient vite une égérie du tout Paris, à la pointe de mode, avec ses bijoux somptueux (des cadeaux de Sacha) et son tempérament caractériel.
Dès 1918, le couple paraît dans un film muet « un roman d’amour et d’aventures », avec des effets spéciaux très perfectibles, qui sera un échec commercial. Le film était-il si mauvais ? Comme il a entièrement disparu, on ne pourra en juger. En tous les cas, blessé dans son immense orgueil, le vaniteux Sacha jurera de ne plus toucher à la pellicule…parole qu’il tiendra pendant près de 15 ans. Peu photogénique en raison de son nez pointu et son menton en galoche, Yvonne dédaignera aussi longtemps le cinéma pour enchaîner les triomphes sur les scènes parisiennes.
Parmi ses immortels succès, on n’oubliera pas les fameux airs de l’opérette Véronique (poussez l’escarpolette…), son pot pourri en hommage au navigateur Alain Gerbault et ses interprétations d’œuvres d’Offenbach. Si son charisme, son incroyable présence avaient fait d’elle la « meilleure actrice d’opérettes de son temps » pour reprendre les louages de Colette, c’est sa voix incomparable et incroyablement nuancée qui étonne encore aujourd’hui : une façon toute personnelle de moduler chaque note, avec une aisance presque surnaturelle, et surtout une voix toute emprunte de sa personnalité à la fois primesautière et malicieuse.
Au début des années 30, la très infidèle Yvonne quitte Guitry pour le comédien Pierre Fresnay. Les innombrables bijoux que lui offraient le roi de théâtre ne pourront pas la détourner de sa passion pour le comédien qui vient de triompher dans Marius de Marcel Pagnol : Une idylle qui fait le bonheur des journalistes. Encouragée par le nouvel homme de sa vie, et surtout désireuse de rester le plus souvent à ses cotés, Yvonne revient au cinéma, malgré ses réticences et son mépris pour le milieu des studios. Elle incarne la dame aux camélias, hélas sous la direction du fort médiocre Fernand Rivers, heureusement secondé par Abel Gance. Si le film parait bien fade, l’actrice s’en sort avec les honneurs et d’excellentes critiques qui saluent une performance meilleure que celle de Sarah Bernhardt…avant qu’elle ne soit elle-même supplantée 2 ans plus tard par la divine Garbo dans le superbe film de Cukor ;
En 1934, la Diva le plus cotée de Paris se rend à Londres pour jouer dans une pièce de Noël Coward, que beaucoup ont surnommé le Guitry anglais, écrite tout spécialement pour elle. On en retiendra surtout le merveilleux air « I’ll follow my secret heart ».
En 1937, Yvonne fait un véritable tabac dans l’opérette « trois valses », confirmé par le succès triomphal de l’adaptation cinématographique très réussie qui demeure une des opérettes filmées les plus réussies de l’histoire du cinéma français.
. Toujours aux cotés de Pierre Fresnay, Yvonne crève en effet en incarnant brillamment 3 personnages avec un charme insolent. Galvanisée par ce succès, l’actrice poursuit avec une autre opérette filmée « Adrienne Lecouvreur », une production franco-allemande très agréable à l’œil et à l’oreille, alors que les nazis viennent d’envahir l’Autriche.
En 1939, Pierre Fresnay s’essaie à la réalisation en confiant à son épouse le rôle principal, mais c’est un échec cuisant. Pendant la guerre, on retrouve le couple dans une très décevante fantaisie musicale complètement ratée « Je suis avec toi » pourtant signée du très inégal Henri Decoin. Les dialogues censés être drôles sont pénibles, et Miss Printemps pourtant si plaisante dans les trois valses, n’arrange pas les choses en sur jouant comme dans une mauvaise comédie de boulevard ; Le seul bon moment est la jolie séquence où le couple Fresnay/Printemps revient ivre de la soirée, et où elle lui emprunte son chapeau claque pour chanter le délicieux « mon rêve s’achève » composé par Sylviano.
En 1943, la comédienne triomphe sur scène dans Léocadia de Jean Anouilh (d’où est tirée les chemins de l’amour, une sublime valse de Francis Poulenc).
Après guerre, on retrouve le couple Fresnay-Printemps dans un mélo bien poussif « les condamnés », « la valse de Paris » un film musical réussi sur la vie d’Offenbach (où elle fournit une excellente prestation dans le rôle de la cantatrice Hortense Schneider). Yvonne fait sa dernière apparition à l’écran dans le voyage en Amérique, comédie qui prône le confort de la bourgeoisie campagnarde face au rêve américain.
L’actrice se produit encore sur scène jusqu’en 1958 puis préfère se retirer pour ne pas écorner son mythe. On raconte qu’elle était fort méchante avec son pauvre compagnon, qu’elle le trompait sans arrêt (elle avouera elle-même 396 soupirants !!), le menait par le bout du nez alors qu’il exauçait benoîtement ses nombreux caprices. Il est possible que la très prétentieuse Yvonne lui reprochait de l’avoir supplantée en popularité au fil des années : en tous les cas, pour maintenir le train de vie luxueux de Madame, Pierre Fresnay n’hésitera pas à se compromettre dans de nombreux navets lucratifs.
Yvonne printemps est décédée en 1977, deux ans jour pour jour après la mort de Pierre Fresnay., et avec elle c’est tout une époque, à la fois frivole et charmante, qui disparaissait.